CHAPITRE II
DES RÈGLES PHOTOGRAPHIQUES QUE l’on DOIT SUIVRE POUR FAIRE LES PORTRAITS.
: Eclairage, 114. — Localité convenable, 115. — Des vêtements, 116.— Des fonds, HT. — Des accessoires, 118. — Pose du modèle, 119.
1 14. Outre les recommandations générales que nous avons i faites dans le cours de ce traité, il en est qui intéressent partij culièrement la réussite des portraits. Nous allons maintenant nous en occuper, en les classant suivant leur importance.
1 0 Eclairage. — La première condition pour réussir dans une [ opération où. la lumière joue un si grand rôle , est que la perï sonne dont on veut reproduire les traits soit éclairée d’une majniére convenable. L’état de l’atmosphère et l’heure plus ou moins avancée du jour exercent une influence remarquable sur la rapidité et sur la perfection des épreuves obtenues.
On évitera donc d’opérer par un temps brumeux ou nébu-
(1} ÎO. Ce fait deviendra encote plus palpable par une comparaison empruntée à la mécanique. Si l’on examine deux vis ayant le même diamètre et le même filet, mais taraudées l'une à droite , l’autre à gauche , le pas à gauche paraîtra beaucoup plus rampant que celui à droite, quoique l’inclinaison soit la même, mais en sens inverse. L'œil , habitué avoir des hélices à droite, s’aperçoit à peine de leur inclinaison, tandis que le rampant d'une hélice à gauche lui parait en quelque sorte monstrueux.
leux ; il vaudra mieux choisir un jour calme et serein ; mais un ciel couvert de nuages blancs est sans contredit le plus favorable de tous à la daguerréotypie.
Quant à l’heure du jour , on sait , par les expériences de M. Daguerre , que l’intensité photogénique du soleil diminue d’une manière très-sensible, à mesure que cet astre approche de son coucher. Il ne faut donc pas croire que les heures de l’aprèsmidi soient aussi favorables que les heures correspondantes de la matinée. Cette observation a du reste perdu beaucoup de son importance, depuis la découverte des substances accélératrices ; on est quitte pour prolonger un peu plus l’exposition à la chambre obscure. On pourra même obtenir encore des épreuves peu d’instants avant le coucher du soleil, pourvu que cette exposition soit largement prolongée , cinq à six fois autant que dans les conditions ordinaires; les heures les plus favorables sont : de 8 à i o heures du matin , et de 2 à 4 heures de l’après-midi. Le soleil est alors moins élevé sur l’horizon, les ombres moins perpendiculaires, et le modèle mieux éclairé.
On devra éviter d’exposer le modèle à l’action directe du soleil, car, outre la fatigue qui en résulterait, les portraits faits à l’ombre sont toujours mieux modelés , les demi-teintes mieux dégradées , et l’ensemble plus harmonieux. Si néanmoins on voulait un portrait avec des oppositions fortes et avec des ombres fortement accusées, on pourrait placer le modèle sous les rayons directs du soleil, mais alors l’exposition pourra être abrégée, ou bien on garantira la figure avec un verre bleu, N° 1 o5 . Dans tous les cas, il sera avantageux de disposer une tenture horizontale au-dessus de la tête de la personne qui pose.
Quelques essais ont eu lieu pour obtenir des portraits au moyen d’une lumière artificielle, nous ne pensons pas qu’ils aient été couronnés de succès.
11 5. 20 Choix de la localité. — Autant que possible, les portraits seront faits à l’air libre, sur une terrasse élevée ou dans un jardin. Dans ce dernier cas, on évitera l’ombrage des massifs d’arbres qui absorbe une grande quantité de lumière.
Si l’on voulait opérer dans un appartement , on disposera le modèle devant une grande fenêtre ouverte, de manière à ce qu’il reçoive une grande affluence de lumière. L’instrument sera placé le plus près possible de la fenêtre. Si les tentures de l’appartement étaient d’une couleur sombre, on y disposera plusieurs draps blancs pour refléter la lumière sur le modèle»
RÈGLES PHOTOGRAPHIQUES POUR LES PORTRAITS. 497 C’est surtout lorsqu’on opère à l’intérieur, qu’on doit tenir compte de l’état de l’atmosphère et de l’heure de la journée. Il est difficile, au reste, d’obtenir un succès complet.
ii 6. 3° Des vêtements. — Le choix des vêtements est aujourd’hui bien moins important que dans l’origine des portraits daguerriens. Le blanc éclatant et le noir mat devront être proscrits, toutes les autres couleurs peuvent être reproduites, j Néanmoins les nuances foncées sont les plus favorables.
Il suffira d’un peu d’habitude pour éviter la solarisation des chemises, des bonnets, des fichus et de toutes les parties blanches des épreuves.
Pour les femmes , les robes de soie noire brillantes et les robes écossaises produiront les plus riches effets. On pourra tirer un grand parti des dentelles, des manchettes et des guipures disposées avec discernement. On évitera que les cols et les fichus ne tranchent d’une manière brusque avec la couleur du visage ; une petite cravate nouée entre le fichu et le cou empêchera cet effet désagréable.
1 17. 4° Des fonds. — Derrière la personne qui pose, on disposera un paravent ou une tenture d’étoffe dont la couleur tranchera avec celle des vêtements. Mais il faut éviter que cette tenture 11e fasse une opposition trop forte avec le teint du modèle; sans cela il en résulterait une sorte de silhouette d’un très-mauvais effet. Les différentes nuances de jaune et de gris, et le bleu de ciel forment des fonds très-agréables. Si le modèle avait des cheveux blancs ou une coiffure de même couleur, ou évitera les fonds trop clairs qui se confondraient inévitablement avec le bonnet ou les cheveux. C’est dire assez que nous proscrivons ces fonds d’un blanc éclatant auxquels le vulgaire attache tant de prix.
1 18. 5° Des accessoires. — On pourra disposer sur le fond, ou autour du modèle, des plâtres, des attributs ou des objets d’art disposés avec goût et sur le même plan que la personne qui pose.
Si c’est un militaire, un fonctionnaire ou un dignitaire dont on fait le portrait, on aura soin de transporter de droite à gauche, et vice versâ, les décorations et insignes qui indiquent son grade, sa profession ou sa dignité. Il sera encore mieux de faire alors une épreuve redressée, Nos 8 et ii3.
119. 6° Pose du modèle. — La personne qui pose devra être placée devant l’appareil à une distance proportionnée au foyer de l’objectif, et à la grandeur de la reproduction qu’on
veut obtenir. Un peu de goût et d’habitude apprendront bien vite la distance convenable pour obtenir une image qui ne soit ni trop grande, ni trop petite.
La mise au point nécessite une attention toute particulière. On avancera donc ou on reculera l’objectif jusqu’à ce que l’image se peigne de la manière la plus nette sur le verre dépoli. IN0S 6 et 76.
Le modèle sera assis sur un siège pesant et solide, on évitera surtout les fauteuils élastiques. La tête devra être maintenue par un appuie-tête solidement fixé. Cette condition est indispensable pour obtenir une épreuve nette.
Ces dispositions prises, on placera convenablement le modèle, la tête devra être tenue bien horizontale, mais sans affectation ni raideur; les yeux fixeront constamment un point peu éloigné , et on recommandera à la personne de se méfier d’un mouvement instinctif qui la porterait à regarder l’instrument et l’opérateur. On la priera d’éviter le plus possible le clignotement des yeux, et de se tenir dans la plus parfaite immobilité.
Les portraits de face et de profil sont peu gracieux; ils seront beaucoup mieux dans cette position que les peintres appellent de trois quarts .
Les mains devront être placées le plus près possible du corps, et jamais trop en avant de celui-ci; sans cela elles seraient représentées hors de proportion avec le reste du portrait. Nos 112 et 121.
Enfin , on évitera que le nez ne projette une ombre portée désagréable sur le visage; et l’on aura soin que les yeux soient bien éclairés, et que leur éclat ne se trouve pas voilé par la saillie des arcades sourcilières. C’est surtout pour éviter ce désagréable effet qu’on doit prendre garde à ce que le modèle soit éclairé par une lumière plutôt horizontale que verticale.