MÉLANGES PHOTOGRAPHIQUES
§ 1er. DES IMAGES DE MOSER.
M. Régnault a communiqué à l’Académie des résultats trèscurieux obtenus par M. Moser, de Kœnigsberg, sur la formation des images daguerriennes , et qui lui ont été adressés par M. de Humboldt.
On sait maintenant que lorsqu’une plaque iodée est laissée pendant un temps convenable dans la chambre obscure, on obtient une image immédiatement visible, sans avoir besoin de >asser la plaque au mercure. Mais cette image est une image nverse ou négative, c’est-à-dire que les clairs y sont représentés en noir, et les ombres, au contraire, se trouvent représentées par des clairs. Dans les expériences de M. Daguerre, >n n’attend pas que cette image négative paraisse; quand on retire la plaque de la chambre noire , on n’y aperçoit rien ; [nais la couche iodée est suffisamment affectée pour que 1 image paraisse lorsqu’on expose la plaque aux vapeurs mercurielles. 1 ut néanmoins, pour cela, que la plaque soit restée exposée m temps suffisant à la radiation.
» Les expériences curieuses de M. Ed. Becquerel ont rnonré qu’il suffisait d’un temps extrêmement court pour que la Pellicule iodée reçût une impression notable, laquelle n’était bas, à la vérité, rendue immédiatement sensible par la vapeur
de mercure ; mais que si la plaque était placée ensuite pendant quelque temps au soleil sous un verre rouge , la pellicule continuait à s’impressionner, et l’image pouvait, après cette nouvelle action, devenir sensible par la vapeur mercurielle. De là, la distinction établie par M. Becquerel , cle rayons excitateurs et de rayons continuateurs.
» M. Moser a constaté les principaux résultats de M. Becquerel et a observé de nouveaux faits.
» Il a reconnu qu’il était nécessaire que la plaque iodée restât exposée pendant un certain temps sous l’influence des premiers rayons , dans la chambre noire, pour que l’image pût se développer ensuite sous le verre rouge ; mais que si l’on prolongeait très-longtemps l’action sous le verre rouge, on voyait apparaître directement une image négative (sans emploi de mercure).
» M. Gaudin avait déjà reconnu que les verres jaunes sont, dans cette circonstance , beaucoup plus actifs que les verres rouges. M. Moser a observé ce fait curieux : une plaque iodée, qui avait séjourné dans la chambre obscure à peu près le temps convenable pour donner l’image positive ordinaire (i) à la vapeur de mercure, fut placée au soleil, sous un verre jaune; elle ne montrait alors aucune image; on vit aussitôt se former très-rapidement une image négative ; celle-ci disparut au bout de quelques instants, et, après io à i5 minutes, il apparut à sa place une image positive.
» En employant des verres rouges, M. Moser n’a jamais pu obtenir d’image positive , quel que fût le temps de l’exposition ; il a reconnu, au contraire, que cette transformation avait lieu très-bien sous les verres verts.
« M. Moser se trouve conduit à distinguer de la manière suivante l’action de divers rayons du spectre; sur la couche iodée intacte, les rayons violets et bleus sont les seuls actifs ; ils produisent un commencement d’altération qui n’est pas visible directement , mais qui le devient par l’action de la vapeur mercurielle quand cette altération estarrivéeà un certain point. Maison peut distinguer deux périodes dans cette altération progressive de la couche iodée; à la fin de la première période, la couche iodée est tellement modifiée, que les rayons rouges et orangés agissent maintenant aussi bien que les rayons bleus et violets ; mais les rayons jaunes n’agissent pas encore;
(i) On donne le nom d’image positive ou directe h. celle dans laquelle les clairs sont ^présentés par des clairs, et les ombres par des noirs, comme dans nos dessins ordinaires.
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ar, si l’on retire la plaque trop tôt de la chambre obscure, m voit que les rayons jaunes sont tout-à-fait inactifs. A la fin le la seconde période, les rayons verts et jaunes agissent à leur our ; la plaque est alors à peu près au point où l’image dénient visible sous l’influence des vapeurs mercurielles.
» Une plaque iodée a été placée dans la chambre obscure it laissée pendant plus d’une heure dirigée sur des objets éclaiés par le soleil, de manière à présenter une image négative très-distincte; cette image a été mise ensuite en plein soleil ; au jjaout de quelques minutes, l’image négative avait disparu et ’on vit apparaître à sa place une image positive tout aussi nette, dans laquelle les clairs avaient une nuance verdâtre et les ombres une couleur d’un rouge-brun foncé. M. Moser attribue ce dernier effet aux rayons jaunes et verts.
» On voit par ces expériences de M. Moser, qu’il y a deux qui se forment successivement et directement sur la plaque. M. Moser a cherché s’il ne s’en formait pas encore d’autres ; pour cela il a pris deux plaques dont l’une fut passée à l’iode et la seconde au chlorure d’iode; il plaça chacune de ces plaques dans une chambre noire particulière dont les lentilles étaient dirigées sur des maisons éloignées ; les chambres noires étaient renfermées dans une pièce complètement obscure, pour éviter l’action de la lumière diffuse. La saison était très-défavorable, on était en hiver : l’expérience fut prolongée pendant treize jours ; au bout de ce temps, on trouva des images positives sur les deux plaques. La plaque au chlorure d’iode présentait l’image la plus vive; elle était d’un très-bel aspect par la vivacité de ses couleurs ; les clairs étaient d’un bleu de ciel bien franc et les ombres d’un rouge de feu jtrès-intense. M. Moser regarde ces images comme étant toujours la première image positive.
» La plaque au chlorure d’iode ayant été plongée dans la luissolution de l’hyposulfite de soude, les couleurs disparurent immédiatement, et l’on vit paraître l’image négative.
>» M. Moser a fait ensuite une série d’expériences avec des rayons polarisés, dans le but de rechercher si les rayons qui produisent les images se différentiaient , sous ce rapport, des I rayons lumineux; il n’a pu constater aucune différence.
» En plaçant au-devant de la lentille de la chambre obscure un prisme de chaux carbonatée achromatisé pour une des images, et dirigeant la lentille sur une statue, il obtint
deux images parfaitement distinctes et nettes, bien qu'une seule des deux images parût achromatique à l’œil.
» M. Moser prit également les épreuves des anneaux colorés et des figures données par la lumière polarisée dans lesplaques cristallines, verres trempés, etc., etc.; dans toutes ces circonstances les images se trouvèrent semblables à celles que l’on voit à la vue directe.
>, On sait depuis longtemps que si l’on écrit avec certaines substances sur une plaque déglacé bien polie, qu’ensuite on efface les caractères , et qu’on nettoie complètement la surface, les caractères reparaissent toujours quand on y projette de l’humidité par le souffle de l’haleine. M. Moser a reconnu que ce phénomène se présentait pour tous les corps polis, et quelle que soit la matière avec laquelle les caractères ont été tracés. Ainsi, on l’obtient d’une manière très-marquée en soufflant l’haleine sur la plaque de glace, et traçant immédiatement quelques caractères avec un pinceau très-propre; si l’on vient à souffler de nouveau l’haleine dessus après que la première humidité s’est évaporée, on voit reparaître les caractères. Le même phénomène se présente , même après plusieurs jours, à la surface du mercure, pourvu qu’on laisse ce liquide parfaitement tranquille. On l’observe aussi en plaçant sur une plaque polie un écran découpé, et projetant ensuite l’haleine sur l’écran. La vapeur d’eau qui se condense à l’endroit des découpures étant évaporée, on reconnaît toujours, d’après M. Moser, en soufflant de nouveau l’haleine sur la plaque, la place occupée par les caractères à la première insufflation.
» M. Régnault pense que, dans ces dernières expériences, la petite quantité de matière grasse qui se trouve constamment à la surface des corps, ou qui peut être envoyée par l’haleine, peut jouer un grand rôle ; en se déposant différemment à la surface delà plaque, elle peut modifier suffisamment la nature de cette surface, pour que la modification devienne sensible par les réflexions inégales de lumière produites sur les dépôts inégaux de la vapeur.
« M. Moser a reconnu que la vapeur d’iode et la vapeur de mercure se prêtent très-bien à la manifestation des images; dans le cas où la vapeur d’iode seule ne manifestait pas l’i-’ mage, on la faisait naître ordinairement en exposant ensuite la plaque aux vapeurs du mercure.
Une plaque d’argent fut iodée comme pour les épreuves daguerriennes. On plaça sur cette plaque des objets divers,
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les médailles métalliques et non métalliques; l’objet étant
Iinlevé, on reconnaissait quelquefois immédiatement sa place; nais c’est surtout en exposant la plaque aux vapeurs de mercure que l’image paraissait d’une manière assez nette pour ue fon pût reconnaître parfaitement bien des figures, des ettres, etc.
I Cette expérience réussit tout aussi bien dans une obscuité complète f pendant la nuit, que sous l’influence de la lumière.
IXJne plaque iodée, traitée delà même manière, ne présenait aucune image après l’enlèvement de l’objet , mais l’image arut immédiatement avec la plus grande netteté , quand la flaque fut exposée à la lumière diffuse ou au soleil.
On obtient même une image sensible sur une plaque d’arent très-bien polie et n’ayant jamais servi, sans la passer préaablement à l’iode : on l’expose, après le contact de l’objet, à i vapeur de mercure. La même expérience a réussi avec des laques d’autres métaux.
M. Moser conclut de ces expériences que, lorsqu’une surface été touchée dans certaines parties par un corps, elle a acquis i propriété de condenser les vapeurs des substances qui ont jour elle une certaine force d’adhésion , d’une autre manière ans les parties touchées que dans celles qui n’ont pas été au ontact; de sorte que le contact aurait produit ici unemodifiation analogue à celle de l’action delà lumière.
Parmi les expériences faites par M. Moser, je citerai la suiante : Une plaque d’argent fut iodée pendant la nuit et dans : ne obscurité complète, on plaça ensuite sur la plaque une aédaille taillée en agate, une plaque métallique gravée, un nneau en corne , etc. ; la plaque fut ensuite soumise aux vaeurs mercurielles. On vit apparaître les images parfaitement Jettes des figures gravées sur l’agate , des lettres gravéessur la laque métallique, de l’anneau, etc.
( Des plaques traitées de la même manière furent exposées , iprès le contact, à la lumière diffuse ou à la lumière solaire, t l’on vit apparaître directement des images tout aussi nettes, i nfin les expériences furent faites en exposant la plaque imressionnée sous des verres colorés aux radiations solaires : on ( 'obtint que des traces d’images sons les verres rouges et jauges; les images furent, au contraire, très-nettes sous les verbes violets.
Une plaque d’argent qui n’avait pas encore servi fut polie
avec le plus grand soin , puis placée sous un écran noir, dans lequel on avait découpé des caractères; l’écran ne touchait pas la plaque. L’appareil fut placé pendant plusieurs jours à la lumière solaire; la plaque ayant été ensuite exposée aux vapeurs mercurielles, l’image des découpures parut d’une manière parfaitement nette.
La même expérience réussit très-bien avec une plaque de cuivre, en l’exposant ensuite à la vapeur d’iode.
Enfin , on obtint le même résultat sur une plaque de glace en projetant dessus l’haleine, après le contact.
Les expériences précédentes montrent qu’au contact il se forme, à la surface des corps polis, des modifications analogues à celles que ces corps éprouvent sous l’influence de la lumière; mais voici un résultat bien plus extraordinaire de M. Moser , c’est que le même phénomène se produit dans l’obscurité la plus complète, par les corps placés à distance. M. Moser énonce ce fait de la manière suivante : Lorsque deux corps sont suffisamment rapprochés , ils impriment leur image l’un sur l’autre.
Les expériences ont été faites dans une obscurité complète la nuit; les plaques et les corps produisant image étaient placés dans une boîte fermée , située elle-même dans une chambre complètement obscure. Les images paraissaient quelquefois au bout de dix minutes d’action.
M. Moser a cherché si la phosphorescence jouait un rôle dans ce phénomène ; il n’a pu observer aucune différence entre l’action d’un corps laissé depuis plusieurs jours dans une obscurité complète et celui qui venait d’être exposé à l’action des rayons solaires. Ce résultat fut très-net pour une plaque d’agate qui fut exposée au soleil, la moitié de sa surface étant garantie des rayons solaires. Il fut impossible de distinguer sur l’image obtenue, au moyen de cette agate, sur une plaque d’argent polie , la partie soumise à l’insolation de la partie qui était restée couverte.
Les vapeurs ne sont pas essentielles pour manifester ces phénomènes. Ainsi , une plaque d’argent iodée étant soumise, dans l’obscurité complète, à l’action d’un corps placé à petite distance , pendant un temps suffisant, on voit paraître l’image ; les parties qui ont été le plus influencées sont noircies d’une manière très-sensible.
La seule manière d’expliquer la formation d’images distinctes dans ces circonstances, si on l’attribue à des radiations,
DESCRIPTION DÜN photographe a verres COMBINÉS. 5 2 J
consiste évidemment à admettre que ces radiations diminuent très-rapidement d'intensité avec l’obliquité. C’est, en effet, ce ju’admet M. Moser.
M. de Humboldt annonce dans sa lettre que les expériences de M. Moser sur la formation des images dans l’obscurité , au contact et à petite distance, ont été répétées avec plein succès i Berlin, par M. Aschersohn, en sa présence et en celle de 'astronome M. Enck. /
Une vignette gravée en creux dans une plaque d’alliage métallique a été placée sur une plaque d’argent parfaitement polie et non iodée, et laissée pendant vingt minutes : l’image était peu marquée ; mais elle est devenue plus nette en iodant la plaque et en la passant ensuite au mercure. Dans une autre expérience, on a placé sur la plaque d’argent polie un cainée en cornaline portant une inscription , les lettres étaient parfaitement lisibles sur l’image.
M. Aschersohn a obtenu des traces d’images très-distinctes en plaçant la plaque d’alliage gravée à une distance d’environ i millimètre (une demi-ligne) de la plaque d’argent.
Aussitôt la publication des phénomènes curieux observés (par M. Moser, les savants de tous les pays se mirent à l’œuvre , et se livrèrent à une foule d’expériences, soit pour reproduire les résultats connus, soit pour en rechercher l’explication scientifique, soit enfin pour trouver une application pratique à cette nouvelle branche de la photographie. Parmi les personnes qui s’en sont le plus occupées nous citerons : MM. Fizeau, Bertot, Masson, Knorr, Morren , Karsten, H. Prater. iLes résultats de leurs observations ont été consignés dans le ITechnologiste ; mais encore bien que ces observations présentent le plus grand intérêt sous le rapport scientifique, nous n’avons pas cru devoir les insérer dans ce Manuel, parce qu’elles [sont encore pour la plupart à l’état de théories, sans application utile.
Nous renverrons donc au Technologiste ceux de nos lecteurs qui voudraient approfondir l’étude des phénomènes de Moser.