VIII. NOUVELLE PILE DU PRINCE BAGRATION
M. Jacoby a publié récemment la description d’une pile de construction entièrement nouvelle, qui, selon lui, l’emporte de beaucoup sur toutes celles qui ont été imaginées jusqu’à ce jour, et par la constance de ses effets, et par son extrême simplicité, et surtout par le peu de soin qu’exige sa manipulation. Cette pile , dont l’invention est due au prince Bagration, nous paraît de nature à opérer une révolution complète dans l’art de réduire les métaux , et nous ne doutons pas que son usage ne soit bientôt universellement adopté , car elle est complètement exempte des difficultés et des embarras attachés à l'emploi des autres appareils. En effet, avecla nouvelle pile on n’a plus à s’occuper du liquide excitant, objet d’une surveillance et d’un renouvellement continuels, si on veut le maintenir toujours au même degré de force. Par la même raison, les diaphragmes poreux, sources ordinaires d’un endosmose inévitable, sont complètement supprimés. En un mot, d’après les expériences de M. Jacoby, la pile Bagration peut fonctionner pendant 6 semaines et plus, avec une constante régularité, sans qu’il soit nécessaire d’y apporter le moindre changement.
Voici la manière de construire cette pile, tellement simple quelle pourra être établie dans toutes les localités et par la personne la plus étrangère aux manipulations chimiques :
On prend un pot à fleur ou tout autre vase imperméable à l’eau On le remplit de terre salurée d’une dissolution assez concentrée de chlorure d’ammoniaque ou de sel ammoniac. On y place ensuite, à quelque distance l’une de l’autre, une
( i ) Quelques personnes ajoutent au mélange des charbons 2 parties de farine de seigle.
APPENDICE
plaque de cuivre et une plaque de zinc. On obtiendra ainsi un couple voltaïque, dont l’action pourra se maintenir constante pendant des mois entiers et même des années, pourvu qu’on ait soin d’humecter de temps en temps la terre, et de renouveler la plaque de zinc, lorsque, par un long usage, elle sera presqu’entièrement dissoute.
Avant de mettre la plaque de cuivre dans la terre , il est bon de la plonger pendant quelques minutes dans une solution de sel ammoniac, et de la laisser sécher jusqu’à ce qu’une oxydation prononcée se manifeste à sa superficie.
Il ne faut pas placer les deux plaques trop près l’une de l’autre ; elles ne doivent pas non plus être trop petites, afin de pouvoir vaincre la résistance que la terre oppose au passage du courant.
Plusieurs éléments de cette pile peuvent être réunis en séries au moyen de conducteurs convenables. Elle devient alors susceptible d’un grand nombre d’applications, surtout dans les cas où l’on recherche moins des effets énergiques qu’une action constante, régulière et prolongée, par exemple, lorsqu’il s’agit de réduire les métaux à l’état très-malléable.
La batterie dont s’est servi M. Jacoby se composait de 24 éléments ; il recommande d’isoler avec soin les vases qui contiennent chaque couple.
Voici maintenant la théorie que M. Jacoby a essayé de donnerde cette nouvelle pile, sans toutefois en garantir l’exactitude et la précision. Suivant lui, « la constance d’action
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j provient de ce que l’hydrogène qui devrait se développer à i la surface du cuivre est employé à réduire la couche du double j sel de ce métal, qui se forme par l’action chimique du sel ammoniac sur le cuivre, de telle sorte que la constance d’action pourrait être considérée comme l’expression d’une espèce d 'équilibre entre cette action chimique et la réaction galvanique. La terre ferait ici l’office d’un diaphragme poreux qui empêcherait le sel de zinc d’aller se réduire sur le cuivre par l’action du courant, et qui s’opposerait en même temps à ce que le zinc ne puisse réagir chimiquement sur le sel de cuivre. Il n’est pas impossible non plus que la terre, comme tout corps poreux, absorbe les bulles d’hydrogène qui, dans les piles ordinaires, recouvrent l’élément négatif, et diminuent ainsi la force électrique. »
Sans nous attacher à discuter le mérite de cette théorie, nous recommandons vivement à tous les expérimentateurs l’emploi de la pile Bagration. Chacun peut facilement en faire l’essai, et de ces essais multipliés il doit résulter nécessairement des perfectionnements nombreux qui contribueront à l’avancement de la science.