‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 89 sur 171 · NOUVEAUX PROCÉDÉS INTRODUITS DANS LART DU DOREUR · texte numérisé non relu

NOUVEAUX PROCÉDÉS INTRODUITS DANS LART DU DOREUR

PAR MM. ELKINGTON ET DE RüOLZ.

« Un art nouveau , de la plus haute importance , car il tend à rendre générales les jouissances du luxe le mieux raisonné, vient, sinon de naître en France, du moins d’y recevoir des développements inattendus. C’est l’art d’appliquer à volonté les métaux les plus résistants ou les plus beaux, en couches minces comme celles d’un vernis, ou en couches plus épaisses, à volonté, sur des objets façonnés avec d’autres métaux moins i'chers et plus tenaces que ceux-ci.

» Ainsi, des objets en fer, en acier, c’est-à-dire tenaces, durs ou tranchants, mais oxydables à l’air, peuvent, tout en conservant leurs anciennes propriétés, devenir inaltérables au moyen d’un vernis d’or, de platine ou d’argent, vernis si léger et si mince que leur prix s’en ressent à peine.

* Des ustensiles en cuivre, laiton ou étain , qui seraient dangereux ou désagréables, peuvent recevoir la même préparation en couches plus épaisses et devenir inaltérables à l’air, inodores et d’un emploi salubre. Et comme l’agent qui opère de tels effets possède une puissance sans limites, il faut ajouter jque ce n’est pas seulement l’or, le platine et l’argent qu’on

APPENDICE

peut appliquer sur quelques métaux, mais le cuivre, le plomb, le zinc, le nickel, 4e cobalt, etc., qui, mis à contribution selon les circonstances , viennent à leur tour changer l’aspect des objets sur lesquels on les force à se déposer, ou bien leur communiquer des propriétés utiles et nouvelles.

» C’est assez dire que l’agent qui détermine ces précipitations métalliques n’est autre chose que la pile, mais la pile appliquée à des dissolutions d’une nature convenable et dont jusqu’ici la nécessité n’avait point été comprise pour ces sortès de réactions. *

» Nous demanderons à l’Académie la permission de l’arrêter quelques moments sur un art qui aura pour effet presque certain de détruire tous les ateliers si dangereux de dorure au mercure; qui transportera jusque dans la plus humble chau mière l’usage agréable et salubre de l’argenterie ; qui permettra d’appliquer le vermeil à une foule d’objets d’usage commun, et qui, par cela même, provoquant une déperdition considérable des métaux précieux, viendra ranimer l’exploitation des mines d’argent, rehausser le prix avili de ce métal, et faire équilibre à l’excès de production, qui à son égard se manifeste depuis longtemps d’une manière si frappante.

» La Commission formée au Ministère des Finances, par M. Lacave-Laplagne , pour l’examen de nos monnaies , de nos ateliers monétaires et la refonte générale de tous nos métaux en circulation, verra donc avec plaisir une découverte qui tendi à corriger un inconvénient dont elle s’était vivement préoccupée, l’accumulation excessive de l’argent en France , qui en moins de quinze années a vu doubler son capital en argent et disparaître les 5/7 au moins de son capital en or. Mais elle verra peut-être aussi avec quelque inquiétude qu’à tant de causes qui menacent la situation de nos monnaies en circulation, les procédés nouveaux , les forces nouvelles dont l’industrie s’empare, viennent ajouter des moyens de fraude jusqu'à! présent inconnus. Chacun de ses membres trouvera, nous n’eij doutons pas, dans ce peu de paroles où pous ne pouvons pa.‘ : néanmoins dire toute notre pensée, un motif grave et pro- j fond pour appeler de tous ses vœux et pour susciter autan I qu’il est en lui de le faire, la mise en pratique des résolution j longuement élaborées qui auraient pu déjà placer nos monnaies' dans une situation moins dangereuse pour le pays e mieux en harmonie avec l’état actuel des sciences et de arts.

>• Les détails dans lesquels nous allons entrer feront aisément comprendre, en effet , les conditions nouvelles dans lesquelles va se trouver le commerce et le maniement des métaux précieux , en présence d’un art qui permet de dorer d’argenter, de platiner toute matière métallique, à toute épaisl seur, sans altérer en rien ses formes les plus délicates ; d’un art qui, avec l’objet, permet de refaire le moule, tout comme avec le moule il donne le moyen de reproduire l’objet • d’un art, enfin, où les produits s’obtiennent sans bruit, sans appareil , sans dépense première, sans main-d’œuvre, et où le moindre emplacement suffit pour une exploitation étendue.

" La Commission connaît toute la gravité de ses paroles* elle les a mûrement pesées. Mais il était de son devoir de ré-I veiller alors qu’il en est temps, et en présence d’un danger inévitable, la sollicitude de l’administration et celle du commerce.

La dorure sur laiton et argent, celle qui se pratique le plus, se faisait constamment, il y a peu d’années encore au moyen du mercure. Après avoirdécapé soigneusement la pièce onia barbouillait d un amalgame d’nr ™ 1 V ’

|onla barbouillait d’un amalgame d’or, puis ôü ià'p'aTsaiTau feu: le mercure s évaporant, laissait l’or à la surface de la

>. Maiî. HantlanrufitmoJ’ : i , . .

.7» 7 : taïwan î or a la surface de la

piece. Mais, dans la pratique d’un pareil procédé, les ouvriers exposes sans cesse au contact du mercure liquide ou à l’action du mercure en vapeurs, éprouvent au plus haut degré les funestes effets de l’empoisonnement par les émanations mercurielles.

» L Académie a toujours pris un intérêt particulier au perfectionnement de cette industrie, sous le rapport de la salubrité. Lu 1818, un prix de 3ooo francs, fondé par un ancien doreur sur bronze, M. Ravrio, a été décerné par elle à notre confrère M. d Arcet, qui, à cette époque, n’avait pas encore ete appelé dans son sem par la Section de Chimie. Depuis lors 1 Academie n’a pas perdu de vue l’art du doreur ; elle a suivi tous les essais dont il a été l’objet, avec l’espoir d’v trouver la solution dune question si digne de la sollicitude de tous les amis de la classe ouvrière.

« C est dans cet esprit que la Commission des arts insalubres est venue proposer cette année à l’Académie , de récompenser 1 introduction dans les arts de la dorure galvanique , ainsi que la decouverte de la dorure par voie humide , qui mise en pratique sur le laiton , tant en Angleterre qu’en Galvanoplastie. 32

APPENDICE

France, y est devenue l’objet d’un commerce important, sûr garant de son succès et de sa valeur.

» La Commission distingua l’un de l’autre ces deux procédés de dorure , par la raison que le premier, qui repose sur l’emploi de la pile, permet d’obtenir de la dorure à toute épaisseur et de dorer tous les métaux, ce qui l’assimile au procédé de la dorure au mercure , tandis que le second fournit une dorure mince, qui ne remplace réellement pas la dorure au mercure, et qui, le plus souvent, ne s’applique pas aux mêmes objets. Cependant elle soumît les ateliers où se pratique la dorure par voie humide à un examen scrupuleux; elle en étudia les procédés avec soin; elle les fit répéter et varier sous ses yeux.

» Mais au moment où elle allait faire connaître son opinion à l’Académie, de nouveaux incidents vinrent compliquer la question, en lui donnant des proportions et un intérêt toutà-fait imprévus.

•• En effet , la Commission connaissait diverses publications ou documents émanés de M. De la Rive, professeur de physique et correspondant de l’Académie, où cet habile physicien fait connaître les résultats qu’il a obtenus par la dorure exécutée au moyen de la pile, en agissant sur des dissolutions de chlorure d’or. Ce procédé, dont la Commission avait compris tout l’avenir, permet d’augmenter à volonté l’épaisseur de la couche d’or; mais il offre des inconvénients réels, dus à quelques difficultés d’exécution et à certains défauts d’adhérence entre l’or et le métal sur lequel on l’applique. Le principe physique, base du nouvel art, une fois trouvé, il fallait encore y joindre toutes les ressources chimiques nécessaires pour rendre la dorure solide, brillante, capable de prendre le mat, le bruni et les couleurs; enfin, il fallait surtout rendre l’opération économique.

» La Commission connaissait aussi tout ce qui concerne le procédé de dorure par voie humide, tel que le pratique M. Elkington, soit en France, soit en Angleterre , et elle avait constaté que ce procédé ne pouvait pas remplacer, dans le plus grand nombre des cas, la dorure au mercure. En effet, par la voie humide on ne peut fixer qu’une quantité d’or tellement faible à la surface de la pièce, qu’il est impossible à la meilleure dorure par voie humide d’atteindre l’épaisseur à laquelle la plus mauvaise dorure au mercure est forcée d’arriver.

« Ainsi, il restait quelques doutes dans l’esprit de la Corn-

RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. 255 mission, sur l’efficacité du procédé de M. De la Rive dans la pratique, quoiqu’il parût de sa nature capable de remplir 1 objet que se propose la dorure au mercure, et elle était demeurée convaincue que, de son côté, le procédé deM. Elkington ne remplace pas la dorure au mercure, tout en constituant une nouvelle et très-intéressante industrie. La Commission avait cru pouvoir conclure de ses essais, que le procédé de M. De la Rive donne une dorure assez épaisse, mais manquant de solidité, d’adhérence, tandis que celui de M. Elkington, pù 1 adhérence est parfaite, ne donne pas l’épaisseur qu’exigent [es pièces bien fabriquées au mercure.

I ” Diverses réunions de la Commission , où les représentants le M. Elkington avaient été appelés, avaient fourni l’occasion i ses divers membres d’exprimer très-nettement leur opinion ur ce point, et Ion n avait fait connaître aucune solution à la difficulté dont nous étions préoccupés.

|i » Sur ces entrefaites , l’Académie reçut de M. de Ruolz un jÆemoire ou se trouvent décrits des procédés dans lesquels auteur , combinant 1 emploi de la pile et celui des dissolutions or dans les cyanures alcalins, arrive à obtenir sur tous les betaux une dorure à la fois adhérente , solide et d’une épaisïur susceptible de se modifier à volonté, depuis des pellicules ifiniment minces, jusqu à des lames de plusieurs millimètres, généralisant son procédé , M. de Ruolz l’applique à l’or , à Argent, au platine et à nombre d’autres métaux plus diffi— Iles à réduire.

» Ce Mémoire, les produits qui l’accompagnaient, avaient vement excité l’intérêt de la Commission, lorsque l’agent de [• Elkington , à Paris , s’empressa de soumettre à l’Académie fi brevet pris par M. Elkington, et antérieur de quelques urs à celui de M. dë Ruolz. La Commission reconnut, en effet, ec surprise , que ce brevet existait , qu’il renfermait la desfiption d’un procédé pour l’application de l’or, ayant de nalogie avec celui de M. de Ruolz, et elle est encore à com- •endre aujourd’hui par quels motifs on lui a caché l’existence t ce brevet, qui répondait victorieusement à toutes ses objecpns, tant qu’il n’était pas encore question de M. de Ruolz et : ses procédés.

” Quoi qu il en soit, son devoir était tracé; elle s’est effore de le remplir. Les mandataires de M. Elkington ont opéré sa présence ; M. de Ruolz en a fait autant ; les uns et les itres ont remis entre ses mains tous les documents qu’ils ont

cru propres à l’éclairer; l’analyse de ces documents, le récit de ces expériences mettront l’Académie en état de porter un jugement sur la valeur des procédés des deux inventeurs.

» Nous diviserons ce rapport en trois parties : la première est relative au procédé par voie humide, tel que le pratique en grand M. Elkington; la seconde a trait au procédé galvanique du même industriel ; la troisième, enfin, a pour objet les procédés de M. de Ruolz.

i° Dorure par voie humide.

» La dorure par voie humide s’obtient par un procédé trèssimple en pratique, mais dont l’explication ne se présentait pas d’une manière très-satisfaisante à l’esprit des chimistes et qui, par cela même, d’ailleurs, devait offrir et offrait en effet des irrégularités inexplicables à l’emploi.

» Ce procédé consiste à dissoudre l’or dans l’eau régale , ce qui le convertit en perchlorure d’or ; à mêler celui-ci avec une dissolution d’un grand excès de bicarbonate de potasse, et à faire bouillir le tout pendant assez longtemps. On plonge ensuite, dans la liqueur bouillante, les pièces de laiton, de bronze ou de cuivre bien décapées, et la dorure s’applique immédiatement, une portion du cuivre delà pièce se dissolvant pour remplacer l’or qui se précipite.

» Dans une note adressée à l’Académie, un chimiste anglais, M. Wright, a fait connaître les résultats des recherches entreprises par lui, conjointement avec M. Elkington, et d’où dériverait une explication plus satisfaisante de ce procédé que celles qui ont été proposées jusqu’ici.

» Il résulte de leurs expériences, que le perchlorure dor ne convient pas bien à la dorure; que le protochlorure réussit beaucoup mieux. Ils expliquent par là comment il est nécessaire de faire bouillir longtemps le perchlorure d’or avec la! dissolution de bicarbonate de potasse ; car, pendant cette ébullition prolongée, le perchlorure passe lentement et difficilement, il est vrai, au minimum. La liqueur prend ainsi une teinte verdâtre. Mais le choix du bicarbonate de potasse influe beaucoup sur le résultat. Ce sel renferme presque toujours des traces de substances organiques capables de réduire le per-: chlorure d’or à l’état de protochlorure. Quand le bicarbonate de potasse est trop pur, quand ces matières organiques manquent, l’opération ne réussit donc qu’avec difficulté, tandkj

Ique la présence de ces mêmes matières la rend très-aisée à conduire. Du reste, l’acide sulfureufc, l’acide oxalique, le sel Ip’oseille, et bien d’autres matières organiques ou minérales, r peuvent jouer ce rôle, et rien n’empêche de les ajouter au liquide peu à peu jusqu’à complet retour de l’or à l’état inférieur de chloruration.

| » D’après ses propres essais, votre Commission est disposée i croire que l’opinion de MM. Wright et Elkington est fondée. Ipllle regarde donc le liquide employé à la dorure par la voie Ifiumide, comme essentiellement formé d’une combinaison de Iprotochlorure d’or et de chlorure de potassium dissoute dans an liquide très-chargé de carbonate et même de bicarbonate de potasse. Bien entendu qu’on pourrait envisager la liqueur :omme renfermant du protoxyde d’or dissous dans la potasse, ;t supposer tout le chlore à l’état de chlorure de potassium.

» Si l’expérience démontrait à l’avenir que les métaux se précipitent mieux quand on prend leurs dissolutions au même i |tat de saturation que le sel qui doit les remplacer , la remarque de MM. Wright et Elkington aurait de l’importance. Ils pensent, en effet, que ce qui assure le succès de la dorure par roie humide, c’est que le chlorure de cuivre qui prend naissance étant un chlorure à 2 atomes de chlore, on doit employer un chlorure d’or renfermant aussi 2 atomes de chlore, :t non point un chlorure qui en contienne 3, comme c’est le |as pour le perchlorure d’or.

» Du reste, pour apprécier le véritable rôle de la dorure par voie humide dans les arts, il nous suffira de rapporter ici Iles analyses de diverses plaques dorées soit au mercure , soit |j>ar la voie humide, et essayées par les soins de notre confrère 1 II. d’Arcet, au laboratoire de la Monnaie. Des plaques de l’ai— liage connu dans le commerce sous le nom de bronze, ont été omises à divers fabricants qui se sont chargés de les faire doer. Ils ont cherché à obtenir la dorure la plus forte et la do- 'ure la plus faible, en demeurant toutefois dans les limites des pabitudes commerciales.

J » Voici les résultats obtenus sur des plaques de r décimètre l!iarré :

■Puantité d’or par décimètre carré dans la dorure au mercure.

Par M. Plu. Par M. Denièrc. Par M. Beaupray. gr. , gr. gr.

dorure maximum. . . 0,1420 . . o,2333 . . o,25g5

W'ure minimum. . . 0,04.28 . . 0,0736 . . 0,0695

APPENDICE

» La quantité d’or, dans les deux cas, varie donc dans le rapport 100 ) i6,5, ou sensiblement de 6 * i.

» Voici maintenant les résultats obtenus par la voie humide.

Quantité dor par décimètre carré dans la dorure par voie humide.

Par MM. Bonuet et Villermé. Par M. Elambert gr. gr.

Dorure maximum. . . . o,o353 , . . 0,04.2s

Dorure minimum. . . . 0,0274 ... »

» Ainsi, la meilleure dorure par voie humide ayant fixt 0,0422 d’or par décimètre carré, et la plus pauvre au mer cure en ayant pris 0,0428, on voit que la dorure par voi« humide arrive à peine, dans le cas le plus favorable , au deg d’épaisseur que la plus mauvaise dorure au mercure est obligé d’atteindre.

» Ce sont donc deux industries distinctes : l’une ne peu pas remplacer l’autre.

20 Procédé galvanique de M. Elkington.

» Comme ce procédé est assez simple et que sa descriptio 11’est pas bien longue, nous donnerons ailleurs le texte d brevet; ici , une analyse suffira.

» M. Elkington prend 3t grammes 2 5 centigr. d’or con verti en oxyde , 5 hectogrammes de prussiate de potasse , < 4 litres d’eau. Il fait bouillir le tout pendant une demi-heure dès-lors le liquide est prêt à servir. Bouillant, il dore très-vite froid, il dore plus lentement. Dans les deux cas, on y plong les deux pôles d’une pile à courant constant, l’objet à don étant suspendu au pôle négatif, où le métal de la dissolutio vient se rendre.

» Dans le brevet de M. Elkington, le mot prussiate de p< tasse, qui est employé sans autre définition , pouvait laissi de l’incertitude, car les chimistes connaissent trois prussiat de potasse : le prussiate simple , le prussiate jaune ferruginet et le prussiate rouge. Le mandataire de M. Elkington, prié ( s’expliquer sur ce point, nous a dit que le brevet entends parler du prussiate simple , du cyanure de potassium. En effe lorsqu’il a exécuté devant nous ses procédés, c’est le cyanu simple de potassium qu’il a mis en usage.

» Dans les essais que nous avons faits du procédé de M. E

I RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. 25g

kington, nous avons doré du laiton, du cuivre et de l’argent.

» En opérant sur une cuillère de dessert en argent, avec | la liqueur portée à 6o» centigrades, on obtient une dorure ra-

Îpide et régulière. A peine immergée, la cuillère était déjà couverte d’or. Par chaque minute, il s’en déposait environ 5 centigrammes, et nous n’avons pas prolongé l’expérience ‘j lorsque, après six pesées successives, nous avons reconnu que la quantité demeurait la même pour le même temps.

» On peut donc augmenter l’épaisseur de la couche d’or à volonté, et se rendre compte de cette épaisseur par la durée de l’immersion.

« Mais le cyanure de potassium simple est un sel coûteux, difficile à conserver en dissolution, dont l’emploi susciterait divers obstacles en fabrique, et il reste douteux qu’en l’employant, la dorure se fit à meilleur compte que par la mé- | thode actuelle au mercure.

3° Procédés galvaniques de M. de Ruolz, pour l'application d'un grand nombre de métaux sur d’autres métaux.

» Ainsique nous l’avons fait remarquer plus haut, tandis que M. Elkington sollicitait une addition à ses brevets, M. de Ruolz, de son côté, prenait un brevet d’invention pour le J même objet. Le brevet de perfectionnement de M. Elkington est du 8 décembre i84o; celui de M. de Ruolz, du 19 décembre. Tout démontre que M. de Ruolz a travaillé de son côté, sans connaître la demande de M. Elkington ; d’ailleurs, ses procédés sont aujourd’hui fort différents de ceux de l’industriel anglais.

» Laissant de côté ces questions de brevet que nous n’avons pas à examiner, et nous renfermant dans la discussion scientifique , nous allons exposer à l’Académie les résultats remar- , quables obtenus par M. de Ruolz.

>• Dorure. — Pour appliquer l’or, M. de Ruolz emploie la pile, comme le font MM. De la Rive et Elkington ; mais il a i éprouvé une telle variété de dissolutions d’or, qu’il lui a été i! facile d’en trouver de moins chères et de plus convenables que

| celle dont M. Elkington fait usage lui-même.

» Ainsi, il s’est servi i° du cyanure d’or dissous dans le cyanure simple de potassium; 20 du cyanure d’or dissous dans le cyano-ferrure jaune ', 3° du cyanure d’or dissous dans le

cyano- ferrure rouge; 4o du chlorure d'or dissous dans les mêmes cyanures; 5° du chlorure double d’or et de potassium, dissous dans le cyanure de potassium ; 6» du chlorure double d’or et de sodium dissous dans la soude (1); 70 du sulfure d’or dissous dans le sulfure de potassium neutre.

» Les chimistes seront même étonnés , à entendre tous ces procédés, que le dernier de tous, celui qui repose sur l’emploi des sulfures, soit le plus convenable, et qu’appliqué à dorer des métaux, tels que le bronze et le laiton, dont on connaît la sensibilité en ce qui concerne la sulfuration , il réussisse à merveille et en donnant la dorure la plus belle et la plus pure de ton.

Du reste, tous ces procédés réussissent bien, et les trois derniers, en particulier, permettent de dorer tous les métaux en usage dans le commerce, et même des métaux qui , jusqu’ici, n’y ont pas été employés.

» Ainsi, l’on peut dorer le platine soit sur toute sa surface, soit sur certaines parties , de manière à obtenir des dessins d’or sur un fond de platine.

» L’argent se dore si aisément, si régulièrement, et avec des couleurs si pures et si belles, qu’il est permis de croire qu’à l’avenir tout le vermeil s’obtiendra de la sorte. On varie à volonté l’épaisseur de la couche d’or, sa couleur même. On peut faire sur la même pièce des mélanges de mat et de poli. Enfin , on dore avec une égale facilité les pièces à grandes dimensions, les pièces plates ou à reliefs, les pièces creusés ou gravées et les filaments les plus déliés. Les échantillons mis sous les yeux de l’Académie nous dispensent de tout détail à cet égard.

» Tout ce qu’on vient de dire de l’argent, il faut le répéter du cuivre, du laiton, du bronze. Rien de plus aisé, de plus régulier que la dorure des objets de diverse nature que le commerce fabrique avec ces trois métaux. Tantôt l’or, appliqué en pellicules excessivement minces, constitue un simple vernis propre à garantir ces objets de l’oxydation; tantôt, appliqué en couches plus épaisses, il est destiné à résister, en outre, au frottement et à l’usage. Par un artifice très-simple, on peut varier l’épaisseur de la couche d’or, la laisser mince partout où l’action de l’air est seule à craindre; l’épaissir, au contraire, là où il importe d’empêcher les dégradations dues au frottement. La bijouterie tirera grand parti de ces moyens,

{ 1 ) Le sel de potasse analogue ne réussit pas.

mais la science y trouvera aussi sa part d’avantages. Ainsi, rien ne nous empêche, à l’avenir, de dorer à bon marché tous ces instruments de cuivre qui se dégradent si rapidement dans nos laboratoires; de nous procurer des tubes, des capsules, des creusets de cuivre doré qui remplaceront des vases d’or nécessaires quelquefois, et que nul chimiste ne possède aujourd’hui.

» En effet, parmi les pièces déposées sur le bureau de l’Académie, se trouve une capsule de laiton dorée qui a résisté très-efficacement à l’action de l’acide nitrique bouillant.

» Le packfong prend très - bien la dorure par ce procédé, et il devient facile de convertir en vermeil les couverts en packfong, déjà assez répandus et qui ne sont pas sans danger.

» L’acier, le fer se dorent bien et solidement par cette méthode, qui n’a aucun rapport, à cet égard , avec les procédés si imparfaits de dorure sur fer ou acier; seulement , il faut commencer par mettre sur le fer ou l’acier une pellicule cuivreuse. Les couteaux de dessert, les instruments de laboratoire, les instruments de chirurgie, les armes, les montures de lunettes et une foule d’objets en acier ou en fer, recevront ce vernis d’or avec économie et facilité. Nous avons constaté que divers objets de cette nature avaient été reçus avec une vive satisfaction par le commerce. L’emploi des couteaux dorés à l’usage habituel nous a fait voir, d’ailleurs , que cette application était de nature à résister à un long usage, quand la couche d’or était un peu épaisse.

» L’étain a été, sous ce rapport, l’objet d’expériences trèsintéressantes de M. de Ruolz. Il s’est assuré qu’il ne se dore pas très-bien par lui-même ; mais vient-on à le couvrir d’une pellicule infiniment mince de cuivre, au moyen de la pile et d’une dissolution cuivreuse, dès-lors il se dore aussi aisément que l’argent. Le vermeil d’étain est même d’une telle beauté, qu’on peut assurer que le commerce saura trouver d’utiles débouchés à ce nouveau produit, quoiqu’il soit de notre devoir d’ajouter qu’à raison du prix élevé de l’or, il devient difficile de mettre sur des couverts d’étain une couche d’or suffisante pour les rendre durables, sans élever trop leur prix.

» La Commission a mis un grand intérêt à s’éclairer, d’une manière précise, sur les circonstances de l’opération au moyen de laquelle on applique l’or sur les divers métaux. Diverses questions se présentaient ; pouvait-on , en effet, augmenter à

26“» APPENDICE

volonté l’épaisseur de la couche d’or, de manière à produire les mêmes effets qu’au moyen du mercure, ou même de manière à aller plus loin? Le dépôt du métal se faisait-il régulièrement ou d’une manière variable? Quelle était la part de la température du liquide , de sa concentration, du nombre des éléments de la pile , de la nature des métaux employés ? Votre Commission, sans prétendre à approfondir ces questions, comme elles le seront par de plus longues recherches, a voulu, dès à présent, les aborder nettement, pour les traiter au point de vue pratique.

» i° La précipitation de l’or est régulière; elle est exactement proportionnelle au temps de l’immersion : circonstance précieuse qui permet de juger de l’épaisseur de la dorure par la durée de l’opération , et de la varier à volonté. Pour le prouver, il suffit de rapporter ici quelques-unes de nos expériences.

» On a opéré sur un liquide renfermant i gramme de chlorure d’or sec dissous dans ioo grammes d’eau contenant io grammes de cyano-ferrure jaune de potassium.

« La pile était chargée avec du sulfate de cuivre et du sel marin à io°du pèse-sel. On a employé 6 éléments de 2 décimètres de chaque côté.

» Nous avons opéré d’abord sur des plaques en argent poli de 5 centimètres de côté; la surface à dorer était donc de 5o centimètres carrés.

Température du liquide, 60® cent.

Or déposé.

Cr*

Première immersion de deux minutes. o,o63

Deuxième immersion . o,o63

Troisième immersion . o,o63

Moyenne. ..... o,o63

Température du liquide, 35° cent.

Or déposé.

Gr-

Première immersion de deux minutes. 0,028

Deuxième immersion . 0,028

Troisième immersion . o,o3o

Quatrième immersion . 0,029

Cinquième immersion . 0,027

Sixième immersion. ..... 0,029

RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. a63

Septième immersion . o,o3o

Huitième immersion . o,o3o

Neuvième immersion . 0,029

Dixième immersion . 0,028

Onzième immersion . 0,029

Douzième immersion . 0,027

Moyenne . 0,0296

Température du liquide , i5° cent.

Or dépoté.

Première immersion de deux minutes. 0,009

Deuxième immersion . 0,01 3

Troisième immersion . 0,0 1 4

Quatrième immersion . 0,01 4

Cinquième immersion . o,oi3

Moyenne . 0,0126

» Ainsi , comme on voit, rien de plus régulier que tous ces pombres; les différences tiennent probablement plutôt à l’int:ertitude des expériences et des pesées, qu’au procédé luiinême. Quant à l’influence de la température, elle est manifeste, et la rapidité du dépôt augmente beaucoup avec la iempérature de la dissolution.

» La nature du métal à dorer exerce probablement peu l’influence , pourvu qu’il soit bon conducteur. L’expérience uivante semble du moins le prouver; elle sera d’ailleurs confirmée par d’autres renseignements.

» O11 a doré, en effet, une plaque de laiton de 5 centimètres de côté, avec les mêmes éléments, le même liquide et en Ipérant exactement dans les mêmes circonstances de tempéraure que pour la plaque d’argent qui avait servi à notre derlière opération. On va voir que le poids de l’or déposé s’est

aontré exactement le même.

Plaque de laiton de 5 centimètres de côté. — Température du liquide, i5° cent.

Or dépoté.

er-

Première immersion . 0,010

Deuxième immersion . o,oi3

Troisième immersion . 0,012

APPENDICE

Quatrième immersion . o,ô 1 2

Cinquième immersion . 0,01 3

Sixième immersion . 0,012

Moyenne . 0,012

» Nous avons remarqué, dans ces sortes d’essais, que la première immersion était souvent moins efficace que les immersions süivantes. Cette circonstance s’explique par la difficulté qu’on éprouve toujours à nettoyeur JLe métal au point de le rendre capable de se mouiller immédiatement sur toute sa surface. Une fois vaincue, cette cause d’erreur ne se reproduit plus dans les épreuves suivantes. Tout en l’expliquant par une circonstance accidentelle, il nous resterait à ce sujet quelques doutes que nous soumettons aux physiciens. Ils auront à vérifier si cette particularité 11e tiendrait pas à une certaine résistance de la part d’un métal à se déposer sur un autre métal, résistance qui disparaîtrait quand il ne s’agit plus que de se déposer sur lui-même (1).

» En un mot, dans beaucoup de nos épreuves, quand l’or, j par exemple , se déposait sur des plaques dorées, le poids du dépôt était toujours le même pour un temps donné, tandis que dans la première immersion où l’or devait se déposer sur l’argent ou le bronze, le poids du dépôt était plus faible.

» Argenture. — Tout ce que nous venons de dire des applications de l’or, il faut le répéter de celles de l’argent. M. de Ruolz est également parvenu , au moyen du cyanure d’argent dissous dans le cyanure de potassium, à appliquer l’argent avec la plus grande facilité.

» L’argent peut s’appliquer sur l’or et sur le platine , comme affaire de goût et d’ornement.

» Il s’applique très-bien aussi sur laiton , bronze et cuivre, j de manière à remplacer le plaqué.

(1) Des expériences récentes faites par le prince Bagration, et répétées par le docteur Sandonnini, expliquent d'une toute autre manière le peu d’épaisseur de la couche d or lors de la première immersion. Suivant l’opinion de ces savants, ce phénomène >: serait dû à l’action que le liquide exerce toujours sur les. objets à dorer, quelque soin i qu’on ait pris pour le rendre neutre. Il en résulte que, lors do la première immersion, l. le métal à dorer cède à la solution une partie de son propre poids à peu près proportion- i| nelle au poids de l’or qu’il reçoit. 11 n’est donc pas étonnant quela pesée la plus exacte U accuse un poids d’or réduit moindre que dans les immersions ultérieures, puisque dansé ces dernières immersions la réaction de la solution ne peut plus avoir lieu sur la plaque) d'essai, protégée désormais par la première couche d'or réduit. Cette explication parait plus satisfaisante que celle de M. Dumas ; elle ne suffit pas, toutefois, pour dissiper toute) espèce de doute sur cette importante question. ( Voir le Manuel complet de Dorure et [i d' Argenture Electro-Chimiques , de l’Encyclopédie-Roret. )

! RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. a65

» On argente aisément aussi l’étain, le fer, l’acier, j » L’application de l’argent sur le cuivre ou le laiton se fait I avec une telle facilité, qu’elle est destinée à remplacer toutes | les méthodes d’argenture au pouce , d’argenture par voie humide, et même en bien des cas la fabrication du plaqué. En effet, l’argent peut s’appliquer en minces pellicules, comme J cela se pratique pour garantir d’oxydation une foule d’objets de quincaillerie, et en couches aussi épaisses qu’on voudra, de manière à résister à l’usure. C’est une des applications qui ont le plus attiré l’attention de votre Commission.

» Pour l’usage des chimistes , nous avons constaté qu’une capsule de laiton argentée peut remplacer une capsule d’argent jusqu’à résister à la fusion de la potasse hydratée ; épreuve qu’il ne faudrait pas trop renouveler pourtant, puisque l’ar- (j! gent se dissout dans la potasse.

» D’où résulte évidemment qu’il sera de quelque intérêt de ’ voir jusqu’où pourra s’étendre l’application de ces nouveaux 1 procédés à la conservation des balances, à celle des machines l de physique , à la préservation des ustensiles employés dans i nos ménages, chez les confiseurs et les pharmaciens pour tou- : tes les préparations d’aliments et de médicaments acides.

» L’argent s’applique très-bien sur l’étain. Il fournit ainsi le moyen de faire disparaître, à bon marché, l’odeur désa- ( gréable des couverts d’étain , en leur donnant d’ailleurs l’aspect j et toutes les propriétés extérieures des couverts d’argent. Ce î serait là, sans nul doute , une des circonstances les plus importantes des procédés qui nous occupent , si, à la place de l’étain , y comme corps de la pièce, on ne pouvait substituer un autre métal plus économique et plus solide, i » Il s’agit du fer ou même de la fonte. Ces métaux, façon- ■ nés en couverts et revêtus d’une couche d’argent, permettront ! de populariser en France, par leur bon marché, des objets déjà i usuels en Angleterre. On fabrique , en effet, par d’autres procéi désbienplus chers etbien moins parfaits , beaucoup découverts | , en fer argenté à Birmingham , et leur usage est habituel dans la plupart des familles en Angleterre. L’expérience en est donc 1 faite, et la Commission a vu avec le plus vif intérêt les procéj dés de M. de Ruolz fournir une argenture égale et parfaite, i sur fer, acier ou fonte , comme le prouvent les objets mis sous les yeux de l’Académie.

[» Tout en reconnaissant que l’étain peut s’argenter sans Galvanoplastie. a 3

APPENDICE

difficulté, il semblerait plus convenable aux vrais intérêts du consommateur, de faire des couverts en fer ou fonte argentés, et de réserver l’étain argenté pour des pièces destinées à des maniements moins fréquents, et surtout pour des pièces obtenues par des moulages délicats.

» L’argent se comporte comme l’or quand on le réduit de ses dissolutions dans les cyanures, si l’on en juge du moins par les expériences suivantes , où l’on s’est servi de la même pile que pour l’or, chargée de la même manière, et placée dans les mêmes circonstances de température , mais où l’on a fait j usage seulement de 4 éléments au lieu de 6.

» Le liquide employé pour argenter renfermait 1 gramme il de cyanure d’argent sec, dissous dans 100 grammes d’eau, 1 contenant 10 grammes de cyano - ferrure jaune de potas- il sium.

Température du liquide 45°. — Plaque de cuivre rouge de b centimètres de côté.

Argent déposé.

Sr"

Première immersion. ..... 0,007

Deuxième immersion. ..... 0,01 3

Troisième immersion. ..... 0,012

Quatrième immersion . 0,01 3

Cinquième immersion . 0,01 3

Sixième immersion . 0,01 3

Septième immersion . 0,012

Huitième immersion . 0,011

Neuvième immersion ..... 0,010

Dixième immersion . 0,010

Moyenne. . . . . . 0,011 4

Température du liquide , 3o° cent. — Plaque de cuivre rouge de 5 centimètres de côté.

Argent déposé.

... Sr-

Première immersion. ..... o,oo55 Deuxième immersion. ..... o,oo65 Troisième immersion. ..... 0,006

Quatrième immersion . . 0,007

Moyenne,

o,oo83

Température de la dissolution , 3o° cent. — Plaque de laiton de 5 centimètres de côté.

Argent déposé.

gr-

Première immersion . 0,008

Deuxième immersion . 0,007

Troisième immersion . 0,007

Quatrième immersion . 0,007

Cinquième immersion . *>>009

Sixième immersion . 0,008

Septième immersion . 0,008

Huitième immersion . 0,008

Moyenne.

Ainsi, de même que pour l’or, l’argent s’applique avec régularité, en poids proportionnels à la durée des immersions et sans que la nature du métal qu’on argente exerce une influence appréciable. Celle-ci ne saurait guère se manifester, en effet, qu’au moment de la première immersion, et elle devrait disparaître dans les immersions suivantes.

» Comme on pouvait d’ailleurs s’y attendre, la précipitation de l’argent est un peu plus lente que celle de l’or.

» Platinure. — Au premier abord, d’après l’analogie qui i existe entre le platine et l’or à beaucoup d’égards, on aurait pu croire que le platine s’appliquerait aussi facilement que l’or sur les divers métaux déjà cités. Cependant, ce résultat a offert de graves difficultés pendant longtemps, par la lenteur j avec laquelle il obéissait à l’action de la pile. Il fallait avec les ! dissolutions , dans les cyanures par exemple, donner à l’expé- ! rience une durée cent ou deux cents fois plus longue pour le platine que pour l’argent ou l’or, à égales épaisseurs.

» Mais en faisant usage de chlorure double de platine et de potassium dissous dans la potasse caustique, on obtient une j liqueur qui permet de platiner avec la même facilité et la |j même promptitude que lorsqu’il s’agit de dorer ou d’argenter.

» Nous n’insisterons pas sur les applications très-variées i que le platine pourra recevoir dans cette nouvelle direcj tion.

» Les chimistes y trouveront un moyen de se procurer de j1 grandes capsules de laiton platinées qui réuniront au bon j marché toute la résistance necessaire aux dissolutions salines I ou acides.

APPENDICE

» Les armuriers mettront à profit sous diverses formes ce moyen de préservation des métaux oxydables ou sulfurables qui entrent dans la fabricatiou des armes.

« La bijouterie pourra faire entrer le platine dans ses décorations.

>» L’horlogerie y trouvera un excellent agent pour couvrir d’un vernis très-durable les pièces dont elle redoute l’altération.

» Comme le platine ainsi appliqué peut s’obtenir de la dissolution brute de la mine de platine, et que les métaux qui accompagnent le platine ne nuisent en rien à l’effet, on voit que le platine, en cette occasion, coûte à peine autant que l’argent lui-même, car l’expérience prouve qu’à épaisseur moitié moindre, il préserveaussi bien. Il en résulte évidemment que les usages du platine, trop peu nombreux jusqu’ici pour la production possible de ce métal , vont s’étendre sans limites et lui ouvrir des débouchés certains.

» Les fabricants de produits chimiques auront, sans doute, de fréquentes occasions d’utiliser le platine sous ces nouvelles formes, et il serait bien à souhaiter , par exemple, qu’on pût remplacer les cornues en platine par des cornues en fer platiné dans la concentration de l’acide sulfurique. Beaucoup de fabriques où s’est conservé l’usage des cornues de verre l’abandonneraient sans doute, et exposeraient par là bien moins la vie ou la santé de leurs ouvriers, si les appareils de platine prenaient une forme moins dispendieuse.

» Les pharmaciens trouveront dans ces nouvelles manières d’employer le platine, l’occasion et le moyen de mettre à bon marché leurs instruments à l’abri d’une foule d’altérations fâcheuses ou nuisibles.

>• Pour donner une juste idée des difficultés qui pourraient résulter dans ces sortes d’applications de la nature des dissolutions mises en usage, nous rapporterons ici les résultats de quelques expériences.

» On s’est servi de six éléments de la même pile employée pour la dorure; ils étaient chargés de la même manière et l’on opérait dans les mêmes circonstances de température.

» La liqueur renfermait i gramme de cyanure de platine dissous dans 100 grammes d’eau, à la faveur de io grammes de cyano-ferrure jaune de potassium.

» Enfin, on opérait à 8o° ou 85°, température à laquelle For déposé s’élevait à o gr.o3o par minute au moins. Avec le

RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. 269 platine, le dépôt obtenu en une minute aurait été si faible, qu’on n’aurait pu l’apprécier. Il a fallu prolonger les épreuves au moins pendant quatre minutes.

Plaque de laiton de 5 centimètres de côté. — Liqueur à 85° cent.

Platine déposé, gr.

Première immersion de quatre minutes. 0,001

Deuxième immersion . 0,001

Troisième immersion . 0,001

" Ainsi, en douze minutes, une plaque qui aurait reçu

oSr,378 d’or, n’a pris, dans les mêmes circonstances, que 1 offr,oo3 de platine.

» Ces détails feront apprécier tout l’intérêt de l’observation ! de M. de Ruoiz, quia reconnu, comme nous l’avons dit plus haut, que si l’on fait usage d’une dissolution de chlorure de platine dans la potasse, le dépôt du platine marche avec la même rapidité que celui de l'or, ou de l’argent du moins.

” En effet, si la précipitation du platine n’avait pas pu être accélérée, la dépense nécessaire pour appliquer ce métal aurait augmenté au point d’en borner beaucoup les usages. Il est à désirer, au contraire, que ceux-ci deviennent nombreux et profitables, d’une part dans l’intérêt des mines de platine qui manquent jusqu’ici de débouchés, de l’autre dans l’intérêt des consommateurs, qui trouveront dans les métaux revêtus de platine, des objets remarquables à la fois par leur inaltérabilité, leur belle apparence et la sûreté de leur emploi à toutes les choses de la vie.

» L’extensibilité extraordinaire de l’or est bien connue ; elle a déjà fixé l’attention de Réaumur et de beaucoup de physiij ciens depuis que cet illustre naturaliste a fait connaître ses |j observations. Mais on pouvait admettre que le platine ne jouissait pas de la même faculté, ou que du moins son extenj sibilité était bien moindre.

» Il n’est donc pas sans quelque intérêt de faire remarquer jî quavec 1 seul milligramme de platine, on couvre uniformé- 1 ment une surface de 5o centimètres carrés; ce qui correspond

à une épaisseur de de millimètre, analogue, comme

IOOOOO

• on voit, aux pelliculesles plus ténues dont nous puissions nous I faire une idée juste par l’observation directe.

» Cuivrage. — M. de Ruoiz ne s’est pas borné à l’application

APPENDICE

des métaux précieux. Etendant ses procédés à tous les métaux utilisables, il a essayé de cuivrer, de zinquer, de plomber divers métaux usuels.

*» Le cuivrage, appliqué sur tôle ou fonte, donne le moyeu de faire à meilleur marché le doublage des navires , si l’expérience vient confirmer les idées qu’on peut se faire sur la résistance de ce produit.

» Il est évident, en tous cas^ que la tôle, le fer, la fonte naturelle ou doucie, peuvent recevoir par le cuivrage toutes les propriétés du cuivre en ce qui concerne la couleur , le poli, la résistance à l’air, et que par la nature même de la matière intérieure, le bas prix du produit se trouve garanti.

» On cuivre, comme on argente, au moyen du cyanure de cuivre dissous dans les cyanures alcalins ; mais la précipitation du cuivre est plus difficile que celle des métaux précieux. Du reste , ce que nous venons de dire du platine montre combien l’influence de la dissolution peut être grande à cet égard.

» Avec huit éléments de la pile déjà décrite, chargée comme dans les cas précédents et marchant dans les mêmes conditions de température , nous avons obtenu des dépôts de cuivre bien plus faibles que s’il eût été question d’or et d’argent.

» Cependant, nous opérions sur une dissolution qui renfermait 1 gr. de cyanure de cuivre sec pour 100 gr. de dissolution.

Température du liquide , 3o° cent. — Plaque d’argent de 5 centimètres de côté.

Première immersion de trois minutes.

Deuxième immersion .

Troisième immersion .

Quatrième immersion .

Cinquième immersion .

Sixième immersion. ......

Cuivre déposé.

Sr-

0,001 5 0,0025 o,oo3o o,oo3o 0,0020 0,0020

Moyenne.

» Ainsi le cuivre , en se précipitant de son cyanure, se dépose comme le platine, à raison de 0,001 par minute, pour 5o centimètres carrés. Cette lenteur serait, en pratique, un obstacle dont M. de Ruolz devra se préoccuper.

» En effet, le cuivre, ainsi précipité sur le fer, peut directement servir à le préserver, à donner une belle apparence

aux objets de serrurerie, aux balcons, balustrades, grilles, ustensiles de cheminées, etc.

» Il peut en outre , nous nous. en sommes assurés, permettre de renfermer le fer dans une enveloppe ou fourreau de laiton. Il suffit de faire déposer sur le fer, ou la fonte, du cuivre et du zinc, puis de chauffer la pièce au rouge dans du charbon en poudre. Le laitonse produitet constitue un vernis métallique moins altérable que le cuivre et d’une couleur qu'on peut varier à volonté.

» Du reste, toutes les fois qu’on voudra faire la dépense de combustible qu’exige cette dernière opération, on pourra produire sur les métairie des dépôts d’alliage aussi aisément que des depots de métaux purs. C’est un point de vue dont M. de Ruolz ne s’est pas occupé, mais que nous recommandons à son zèle et à sa pénétration.

» Plombage. — En agissant sur la dissolution d’oxyde de plomb dans la potasse, au moyen de la pile, on plombe la tôle, le fer, et en général tous les métaux.

» La fabrication des produits chimiques tirera parti de cette découverte en obtenant ainsi des chaudières en tôle plombées à l’intérieur, et où la solidité de la tôle se trouvera unie à la résistance du plomb aux actions chimiques des dissolutions salines et des acides faibles.

» Du reste, il est bien peu de circonstances où le plomb mérite par lui-même la préférence sur d’autres métaux , si ce n’est par son bas prix et son maniement facile. Les nouveaux procédés qui nous occupent auront donc plutôt pour objet d’éviter l’emploi du plomb que de le provoquer.

» Etamage. — Nous n’en dirions pas autant de l’étain. Les procédés nouveaux peuvent en étendre les applications, en donnant un moyen facile et prompt d’étamer le cuivre, le bronze, le laiton, le fer, la fonte elle-même , en opérant à froid et sur toute sorte d’ustensiles.

k » Il y a longtemps, du reste, que, sans le savoir, les ouvriers qui étament les épingles se servent d’un véritable procédé galvanique; car ils mettent ensemble les épingles, la grenaille d’étain et de l’eau chargée de crème de tartre. Les deux métaux constituent une véritable pile où le pôle négatif formé par les épingles attire l’étain à mesure qu’il se dissout et s’étame en l’obligeant à se précipiter.

» L’étamage du fer, celui du zinc seraient impossibles par un tel procédé; il faut nécessairement recourir à l’emploi auxiliaire d’une véritable pile indépendante des métaux employés.

APPENDICE

« Au contraire, pour le cuivre et les métaux qui sont négatifs à l’égard de l’étain, on peut faire un couple avec l’étain lui-même et le métal à étamer, et se servir soit de crème de tartre pour dissoudre l’étain , comme on le pratique dans l’étamage des épingles, soit d’une dissolution d’oxyde d’étain jjl dans la potasse, comme l’a proposé M. Boettger.

» Cobaltisage, nickélisage. — L’Académie pourra remarquer avec quelque intérêt des pièces métalliques recouvertes de nickel ou de cobalt, parmi les échantillons déposés sur son bureau.

» Le cobalt, dont la teinte se rapproche assez de celle du platine, a été employé à recouvrir des instruments de musique J de cuivre, et il fournit, en pareil cas, un vernis métallique | agréable à l’œil , durable et d’un prix peu élevé. Cependant, I tout porte à croire que le platine, l’or ou l’argent obtiendront . la préférence. Mais le cobalt pourra trouver sa place dans de | telles applications comme moyen de varier les teintes.

» L’expérience a prouvé, du reste , qu’en changeant ainsi [ la surface des instruments sonores, et qu’en recouvrant le ruétalqui les forme d’une couche d’un autre métal, on ne modifie en rien leurs propriétés sous le rapport musical. L’oreille la plus exercée ne reconnaît pas de changement à cet égard.

» Le nickel a surtout été essayé sur des objets de serrurerie ou de sellerie. Comme il n’est pas cher, qu’il en faut peu et qu’il résiste assez bien à l’air, il est bon de noter ici que ce métal s’applique très-bien sur le fer, ce qui peutdevenir d’une importante application pour les serrures soignées et surtout pour la grosse horlogerie , les compteurs , et même pour beaucoup de pièces de machines qu’on veut préserver de l’action de l’air, sans être obligé de les graisser souvent.

yi Zincage. — Parmi les procédés de M. de Ruolz , ceux qu’il applique au zincage des métaux, et du fer en particulier, ont très-vivement intéressé votre Commission.

» Le fer zinqué acquiert la faculté de résister aux actions oxydantes de l’air et surtout de l’air humide ou de l’eau. C’est qu’en effet, le zinc, qui est plus oxydable que le fer, préserve ce métal d’oxydation, et 11e s’oxyde presque pas lui-même; car lorsqu’il estcouvert d’une couche de sous-oxyde, toute altéra- I tion ultérieure s’arrête.

» Dans la plupart des applications essayées par M. de Piuolz, le métal décomposé se trouve au contraire négatif par rapport 1 au métal recouvert. Toute la garantie que le vernis métalli-

RAPPORT SUR DE NOUVEAUX PROCEDES DE DORURE. 273 que promet en pareil cas repose sur sa parfaite intégrité ; car s’il s’entame sur un point quelconque, et si l’air humide peut arriver jusqu’au métal intérieur, la couche superficielle, bien loin de servir de préservateur, deviendra au contraire une cause déterminante d’oxydation.

« Le zinc appliqué sur le fer le préserve donc doublement : tant qu’il est intact, comme vernis; quand il est entamé, par une action galvanique. Cette particularité rend compte du succès qu’a obtenu le fer zinqué dans toutes les applications où le fer, la tôle, s’employant à froid , n’avaient pas besoin de toute leur ténacité et pouvaient supporter un supplément de dépense.

» En général, le fer zinqué ne doit pas être appliqué à contenir de l’eau chaude: l’action galvanique des deux métaux détermine très-rapidement l’oxydation du zinc , et le fer se ronge à son tour avec une singulière activité. Cette remarque devra même diriger les industriels dans l’emploi qu’ils feront des nouveaux procédés, et pourra leur éviter des mécomptes dans des circonstances rares, sans doute, mais par cela même moins susceptibles d’être éclairées par l’expérience seule.

» Le zincage de fer, fait en plongeant le fer dans un bain de zinc fondu, a quelques inconvénients d’ailleurs. Le fer s’y alliant au zinc, constitue ainsi un alliage superficiel très-cassant ; le fer perd donc de sa ténacité, circonstance qui ne s’aperçoit pourtant qu’alors qu’on essaye de zinquer du fil de fer fin ou des tôles très-minces. D’ailleurs la surface ainsi revêtue d’une couche de métal peu fusible se déforme toujours.

>» Ainsi, par ce procédé, on ne peut pas zinquer du fil de fer fin ; il deviendrait fragile et difforme. On ne peut pas zinquer des boulets; ils se déformeraient et ne seraient plus de calibre. Le zincage du fer n’est pas non plus applicable aux objets; d’art ; toutes les formes seraient détruites.

»> L’industrie, l’art militaire , les beaux arts accueilleront donc avec un vif intérêt les procédés de M. de Ruolz, qui est parvenu à zinquer économiquement le fer, l’acier, la fonte, au moyen de la pile, avec la dissolution de zinc, en opérant à froid et en respectant conséquemment la ténacité du métal; en l’appliquant en couches minces, et en conservant ainsi les formes générales des pièces et même l’aspect de leurs moindres détails.

* Rien n’empêche donc de zinquer le fil de fer employé à une foule d’usages, et qui, loin de se rouiller , se conservera

274 APPENDICE

maintenant pendant de bien longues années sans doute. Ainsi les cordes des ponts suspendus, les conducteurs des paratonnerres pourront être faits en fil de fer zinqué. Nous en dirons autant des toiles métalliques employées pour fabriquer les tamis, les blutoirs ; de celles qu’on applique à la construction des lampes desûreté. Dans ce dernier cas même, l’ouvrier chargé, dans les mines, du soin de nettoyer les lampes , pourra , sans dépense sensible, être muni de tout ce qui est nécessaire pour restaurer le zincage, de temps en temps, sans démonter la lampe.

» Toutes les pièces de machines que leurs dimensions trop fortes ou trop menues rendraient impropres au zincage à chaud, seront, au contraire, susceptibles d’être facilement zinquées par voie humide.

» La tôle la plus mince peut recevoir cet apprêt sans devenir cassante, ce qui permet de produire des ardoises artificielles en tôle zinquée parfaitement applicables, avec une grande économie , à la toiture des bâtiments.

» La Commission a voulu s’assurer qu’on pouvait zinquer la fonte et en particulier les boulets. Elle était certaine que cette application exciterait tout l’intérêt du ministère de la guerre et celui de la marine surtout; car les boulets s’altèrent si rapidement en mer, que leurs dimensions en sont bientôt modifiées d’une manière nuisible à la fois à la justesse du tir et à la durée des pièces. Elle dépose un boulet zinqué sur le burreau.

» Enfin, le zincage du fer et celui de la fonte sont d’une grande importance pour l’architecture et les arts d’imitation. Tout le monde sait avec quelle promptitude les clous, les barres de fer, employés dans les constructions , s’oxydent et perdent conséquemment leur ténacité, et tout le monde comprend à quel point il est utile de préserver à bon marché toutes ces pièces de fer disséminées dans l’épaisseur des murs d’un bâtiment, car elles sont destinéesà lui donner une solidité qui deviendra par là durable et susceptible d’être calculée avec précision. De même, les grilles , les balustrades en fonte recevant un zincage au lieu d'une peinture, qui exige de fréquents renouvellements, se trouveront ainsi bien mieux garanties de l’action de l’eau et de l’air. ,

» Il est surtout à désirer que ces nouveaux moyens soient mis à profit pour préserver les statues eu fonte dont on a récemment fait l’essai dans plusieurs de nos monuments, et qui,

dans quelques cas, ont subi l’application d’enduits ou peintures mal calculés sous le rapport de la science , et d’un effet bien triste sous le rapport de l’art.

» Les procédés de M. de Ruolzpour le zincage peuvent s’appliquer non-seulement sur des objets petits et libres , mais il serait possible encore d’en faire usage pour des monuments en place et de grande dimension, en prenant quelques précautions faciles à prévoir.

» Votre Commission est loin d’avoir cherché à énumérer ici toutes les applications que ce nouveau moyen de zincage du fer est susceptible de présenter; elle s’est bornée aux plus essentielles, mais elles suffisent pour faire apprécier à l’ Académie toute la portée des travaux de M. de Ruolz sur ce point.

» Avant de quitter ce sujet important, nous rappellerons que M. Sorei d’un côté, et M. Perrot de l’autre, étaient déjà parvenus à recouvrir le fer d’une couche de zinc par le moyen de la pile, mais en faisant usage toutefois de dissolutions différentes de celles que M. de Ruolz a cru préférables et qui lui ont permis d’agir avec économie, ce qui est ici le point vraiment important.

» MM. Sorel et Perrot avaient même annoncé , à cette occasion, qu’ils s’occupaient du problème général de la fixation des métaux les uns sur les autres ; espérons qu’en faisant connaître leurs procédés, ils ajouteront à la perfection d’un art qui paraît déjà si avancé.

» L’Académie verra avec le plus vif intérêt une industrie destinée à se répandre sous toutes les formes dans le monde, mettre à profit un instrument, la pile de Volta, qui n’avait été jusqu’ici appliqué industriellement qu’aux travaux métallurgiques de notre confrère M. Becquerel , et aux procédés galvanoplastiques.

» Par la vérité de ses applications, M. de Ruolz donne à la bile une occasion de se multiplier et de se répandre , qui deviendra, on n’en peut douter, une cause de perfectionnement très-certaine , soit pour la construction de cet appareil , soit pour les moyens de le rendre économique.

I » En terminant , votre Commission se croit obligée de déclarer que, forcée comme elle l’a été de limiter le temps [quelle pouvait consacrer à cet examen , puisqu’elle agissait comme Commission pour les prix Monthyon , et qu’elle ne pouvait retarder plus longtemps son Rapport, elle a du se

27$ APPËNDICË.

borner à tracer ici l’histoire sommaire de ses expériences, sans prétendre à faire une exposition systématique de l’état de la science sur le point dont elle s’est occupée.

» Ce quelle a eu en vue, c’est l’application économique; toutes ses recherches ont été tournées de ce côté : c’était son J devoir.

» Sous ce rapport, les expériences de M. de Ruolz lui ont j présenté un caractère de nouveauté très-réel. Leur utilité lui a ' paru digne de toute l’attention de l’Académie. Elle se plaît à il reconnaître, d’ailleurs, que l’auteur a fait preuve, dans ce long j travail , d’une pénétration remarquable et d’une persistance j bien digne d’être couronnée par un succès complet.

» Elle vient donc vous demander avec confiance de décider J que le Mémoire de M. de Ruolz soit admis à faire partie du Recueil des Savants étrangers.

« Mais elle vous demandera de plus , et cela dans des vues d’intérêt public faciles à comprendre, de décider qu’une copie du présent Rapport soit adressée à MM. les Ministres de la Guerre, de la Marine, des Finances, des Travaux publics et de l’Intérieur, qui pourront y trouver des renseignements de nature à intéresser les services dont la haute direction leur est confiée. »

Les conclusions de ce Rapport ont été adoptées.

§ IV. DE LAPPLICATXON AUX ARTS DES PROPRIETES ELECTRO- CHIMIQUES DE l’oR, PAR M. BECQUEREL, DE L’INSTITUT.

( Extrait. )

M. De la Rive est le premier qui ait songé et ait réalisé , l’idée d’appliquer l’or sur les métaux, en faisant usage de mes ] appareils électro-chimiques simples; mais, comme cela se voit ^ fréquemment , celui qui découvre un art n’est pas toujours j celui qui le porte à la perfection ; car c’est dans la pratique que ( l’on reconnaît les avantages et les inconvénients dont on a , besoin pour le perfectionnement , il faut pour cela le concours d’un grand nombre de personnes. En attendant, l’honneur ( appartient à l’inventeur. Immédiatement après la découverte ( de M. De la Rive, les physiciens et les industriels en France, en ( Angleterre, en Allemagne, dans toute l’Europe en un mot, se mirent à l’œuvre pour perfectionner ce nouveau mode de do- , rure, soit en opérant avec des dissolutions plus convenables ( que celles indiquées par M. De la Rive, soit en faisant intervenir un certain «ombre d’éléments de la pile de Volta. Mal- .

propriétés électro-chimiques de l’or. 377 heureusement, peu de résultats furent publiés, parce que l’on cherchait plutôt à spéculer qu’à en faire un But de recherches scientifiques. Des brevets d’invention, dont la date établit la priorité en faveur de M. Elkington, ont été pris, mais je n’ai pas à m’en occuper ici ; je sais seulement que la publication la plus complète que la science ait enregistrée dans ses annales, est celle de M. de Ruolz, après toutefois celle de M. De la Rive, qui , pendant plus de dix ans , à ma connaissance, a cherché un procédé simple de dorure, sans l’intermédiaire du mercure. Je dois dire cependant que M. Elkington est le premier qui ait fait connaître que l’on pouvait subsiituer , dans la dorure par la voie humide, au chlorure d’or, un autre sel d’or, l’aurate 1 de potasse, ce qui était déjà un grand perfectionnement.

A peine la communication de M. de Ruolz eut-elle été faite à l’Académie, que de toutes parts on apprit que différentes personnes étaient parvenues à dorer tous les métaux avec une assez grande perfection. M. Elkington est un de ceux qui, sous I ce rapport, revendiquent la priorité. Nous voyons aussi dans l une Notice de M. Louyet, insérée dans le tome VIII des Annales de i Académie de Bruxelles , une réclamation de priorité relativement à l’emploi du bisulfure d’or dans le cyanure de po- I tassium et d’éléments voltaïques. Suivant lui, ce procédé a été exposé , il y a huit mois, dans un cours public fait à l’école centrale de Bruxelles, par conséquent avant la publication de M. de Ruolz. Je me borne à indiquer ces faits, comme documents historiques, sans chercher à en discuter la valeur. Je dirai seulement que M. de Ruolz se distingue entre tous les prétendants à la découverte de la meilleure méthode pour la I dorure au moyen de la pile, en ce qu’il a fait connaître le premier, à l’Académie, comment on pouvait appliquer avec facilité non-seulement l’or, mais encore un métal sur un métal 1 [quelconque. La question a donc été envisagée par lui de la majnièrela plus générale.

Du choix des dissolutions dépendait le succès de l’applica- ‘ tion des métaux; sous ce rapport M. de Ruolz a été heureux;

! i car celles dont il s’est servi sont les plus avantageuses qu’on ait 1 encore trouvées jusqu’ici.

e 1 Le Rapport rempli de détails intéressants de votre Commisj sion , par l’organe de M. Dumas, n’a donc rien dit de trop à * [cet égard.

Le travail de M. de Ruolz y a été envisagé, comme elle le ■ reconnaît elle-même, plutôt sous le point de vue technique que ; Galvanoplastie . a4

2^8 APPENDICE

sous le rapport scientifique. C’est actuellement à la science â éclairer l’industrie naissante de la dorure électro-chimique, qui ne connaît le courant électrique que par la propriété qu’il possède de décomposer les corps, et de transporter leurs éléments en certains points ou certaines surfaces appelées pôles. Mais le courant électrique est comme un torrent qui renverse indistinctement tout ce qui s’oppose à son passage : il sépare, entraîne les parties dans deux directions différentes, suivant leur nature et les rapports chimiques qui les lient ; et si l’on ne dirige pas son action , il agit pour ainsi dire tumultueusement en déposant d’un côté tous les corps qui jouissent des propriétés acides , de l’autre tous ceux qui se comportent comme alcalis; car, notez-le bien, il n’y a point de composé chimique, organisé ou inorganisé, qui, obéissant à son action, ne se partage en deux éléments distincts qui, eux-mêmes, se partagent en deux autres, ainsi de suite , jusqu’à ce qu’on arrive aux éléments simples.

Pour obvier à ce dépôt tumultueux à chaque pôle , il faut savoir régulariser la marche du courant, le forcer à prendre tel corps plutôt qu’un autre; il faut que le dépôt se fasse régulièrement sur toute l’étendue de la surface , et que la couche eu soit égale partout; il faut enfin se rendre maître de son action. Voilà, ce me semble, ce que la science doit indiquer à l’industrie ; et n’est-ce pas faute de connaissances précises à cet égard, que rien n’annonce encore qu’on ait pris les précautions nécessaires pour que l’or soit également réparti sur toute la surface, et que la dorure sur bijoux, au moyen de l’électricité, n’ait pas atteint le degré de perfection désirable, c’est-à-dire ce mat vif tant recherché? Ne serait-ce pas, par hasard, parce que l’on a opéré sur des dissolutions qui renfermaient encore quelques parties de fer, et parce que l’action était trop rapide? Dans le premier cas, le courant amène sur la pièce à dorer, non-seulement l’or, mais encore le fer et les autres substances métalliques qui se trouvent dans la dissolution, quoique en petite quantité ; dans le second cas, une action trop vive ne permettant pas aux molécules de se grouper régulièrement, empêche la production du mat vif.

Ce sont des questions que j’examinerai ci-après.

Il est facile d’expliquer aussi pourquoi certaines dissolutions d'orne réussissent pas, tandis que d’autres produisent un excellent effet. Tout métal oxydable qu’on plonge dans une dissolution neutre d’or la décompose plus ou moins rapidement;

propriétés électro-chimiques de l’or. 279

l’or se réduit sur la surface du métal : mais si on le rend suffisamment négatif, il n’est plus attaqué par la dissolution, et sa surface reste brillante. Augmente-t-on cet état négatif, alors il décompose la dissolution, non plus en raison de son affinité pour celle-ci, mais à cause de son pouvoir électro-chimique. C’est précisément ce qui arrive quand on plonge dans l’eau de mer, comme Davy l’a fait, un couple fer et cuivre; le fer, en rendant électro-négatif le cuivre, non-seulement le préserve, mais encore détermine une action électro-chimique, en vertu de laquelle l’eau et les sels qu’elle renferme sont décomposés, la soude et les bases se déposent sur le cuivre qui conserve son brillant. Il résulte de là qu’en opérant avec un courant électrique simple, si l’on étend suffisamment la dissolution d’or pour que la pièce à dorer qu’on plonge dedans soit assez négative pour ne plus réduire chimiquement le sel d’or, alors l’action électro-chimique décomposante commence. De même, en opérant avec un courant provenant d’une pile composée d’un grand nombre d’éléments, si la dissolution a une énergie suffisante pour réagir sur le métal à dorer, même lorsque ce métal est en communication avec le pôle négatif, l’action de celui-ci est alors paralysée, et le sel d’or est décomposé par l’action chimique directe, et non par le courant. Voilà pourquoi il n’y a qu’un petit nombre de dissolutions aurifères qui puissent être employées. Un des avantages de l’emploi de la pile dans la dorure, comme le fait M. de Ruolz,est de séparer la dissolution métallique aurifère de l’appareil qui fournit le courant ; dans ce cas , on n’a pas à craindre des pertes d’or. Il n’en est pas de même avec les appareils électrochimiques simples, tels que ceux employés jusqu’ici; mais on ipeut éviter en grande partie cette perte, et arriver en même temps à un résultat semblable à celui de M. de Ruolz, en opérant toutefois avec des dissolutions suffisamment étendues ; il faut alors plus de temps, mais aussi l’on arrive à la perfection. | C’est là toute la différence qui existe entre le mode d’action des appareils composés et celui des appareils simples. U ne [faut, pour tout cela, qu’invoquer les principes précédemment énoncés. J’expose d’autant plus volontiers les recherches que l’ai faites à cet égard, que tout en pouvant être utiles, elles pennent à l'appui de l’opinion que j’ai émise il y a plus de [quinze ans, qu’un seul couple formé d’un métal et de deux iquides différents, de deux métaux et d’un seul liquide, ou [f}e deux liquides différents convenablement choisis, peut

■380 APPENDICE

produire les mêmes effets qu’une pile composée d’un grand nombre d’éléments ; seulement , avec plus ou moins de temps, selon le choix des substances employées, leur quantité et leur j rapport. On peut ainsi, avec un seul couple, se passer dans ■ un grand nombre de cas d’une pile, et même obtenir des effets que celle-ci ne peut donner , surtout quand on désire avoir des composés cristallisés. Il y a certes là un avantage, car la pile est d’un usage dispendieux, et même incommode dans la science et dans la pratique; aussi, tous mes efforts ont-ils tendu à la remplacer par un appareil simple que l’on emploie déjà dans les arts. M. De la Rive a suivi cette marche en faisant usage, pour la dorure, d’un appareil composé d’une plaque de zinc, de la pièce à dorer, d’un diaphragme en vessie contenant la dissolution neutre d’or où plonge cette pièce, et d’un bocal rempli d’eau acidulée dans laquelle plonge le zinc. Dès l’instant que le zinc communique avec le métal à dorer, la dissolution d’or est décomposée, l’or se précipite sur la surface d. métal, qui devient noirâtre et légèrement dorée. Il suffit alors de frotter la pièce à dorer avec un linge fin pour obtenir le brillant. Après plusieurs immersions et opérations semblables, i la pièce est dorée avec un beau poli, à peu près de même que; par la méthode dite d’application; il est impossible d’obtenir par ce moyen le mat comme le donne la méthode de M. de Ruolz,;i ce qui restreint nécessairement ses applications; car le doreur tire un parti avantageux du mat qu’il transforme en poli à l’aide du brunissoir. Il est facile d’expliquer pourquoi il ne peut en être ainsi dans le procédé de M. De la Rive : la dissolution n’étant ni assez neutre ni assez étendue, la pièce à dorer réagit chimiquement sur la dissolution d’or; il en résulte un courant électrique dirigé en sens inverse du premier, de façon que l’on n’a que la différence d’action des deux courants. C’est pour ce motif que la pièce est en partie dorée par l’action électro-chimique et en partie recouverte d’or réduit. En général , pour que l’action électro-chimique produite pan le courant provenant de la réaction de l’eau acidulée sur le zinc fût à son maximum , il faudrait que la pièce à dorer ne ' fût pas attaquée par la dissolution aurifère ; c’est ce qui a lieu pour le platine, qui se dore par ce moyen avec une grande facilité.

Dans la méthode de M. De la Rive, une partie de la dissolution d’or est décomposée par la vessie qui se recouvre d’or; une autre ne tarde pas à passer au travers et est réduite par le zinc, dont l’action est alors diminuée en raison des couples

PROPRIÉTÉS ÉLECTRO-CHIMIQUES DE l’ûR. a8r

secondaires zinc et or qui se forment à sa surface. On est alors forcé de recueillir l’or disséminé et sur la vessie et sur le zinc.

I De plus, l’eau acidulée étant un bon conducteur pour l’électricité, il s’ensuit qu’une portion des deux électricités, dégagée dans sa réaction sur le zinc, se recombine dans le liquide même, ce qui diminue d’autant l’intensité du courant.

On peut néanmoins éviter les inconvénients du diaphragme en vessie, obtenir le mat avec les appareils simples, et une adhérence peut-être encore plus forte de l’or qu’en employant la pile ; mais alors il faut opérer dans d’autres conditions.

On a vu précédemment que lorsque deux dissolutions de même nature, ayant même densité et ne différant entre elles qu’en ce que l’une renferme une très-petite quantité d’un composé qui ne se trouve pas dans l’autre, sont séparées par un diaphragme de toile, de terre demi-cuite, de porcelaine ! dégourdie ou d’argile humide , les phénomènes d’endosmose et d’exosmose ne se manifestent qu’à un faible degré , et même n’ont lieu qu’après un certain laps de temps, lorsque la densité étant différente ainsi que les composés, le diaphragme jest formé d’une couche d’argile suffisamment épaisse, huméej|tée de l’une des dissolutions. On peut se servir de ce principe 'pour l’application de l’or sur divers métaux et avoir le mat en (faisant usage des appareils simples. Le mat étant la conséquence d’une très-forte adhérence de l’or aux métaux et de l’état d’agrégation de ses molécules , ne peut être obtenu qu’ailvec des dissolutions suffisamment étendues ; car si l’on opère iavec des dissolutions d’une densité égale à celles de M. de (Ruolz, on retombe dans les effets de M. De la Rive , dont on a (parlé précédemment.

I Les liquides employés sont le double cyanure de potassium (et d’or, et la dissolution de cyanure d’or dans l’eau salée.

| Une solution formée avec i gramme (18 grains) de chlorure ild’or sec, 10 grammes (2 gros 44 grains) de cyano-ferrure jaune de potassium et 100 grammes (3 onces 3 gros) d’eau, ne (donne qu’une couleur d’or sale , rejetée par l’industrie ; pour (obtenir le mat, il faut étendre cette solution de plusieurs foi» (son volume d’eau. L’expérience suivante indique le dispositif |le plus simple que l’on puisse employer pour des essais eu îpetit.

I On a pris un tube de verre de 1 centimètre (5 lignes) de diamètre et de 1 décimètre (3 pouces 9 lignes) de longueur ; un ides bouts a été fermé avec du kaolin en pâte un peu consis-

APPENDICE

tante , humectée d’eau salée et formant une espèce de tampon de 1 centimètre (5 ligues) de longueur, et ce même bout fut coiffé avec du linge pour retenir le kaolin. Il faut bien se garder de mettre aucune substance organique dans l’intérieur du tube sur l’argile, attendu qu’elle serait réduite par le sel d’or. Le tube a été rempli de la dissolution étendue de double cyanure d’or et de potassium. On a plongé ensuite dans un cylindre de laiton , poli et parfaitement décapé , comme 011 le fait dans les arts, avec un mélange d’acide nitrique concentré et de suie , décapage qui se fait en frottant avec un linge humecté du mélange, plongeant immédiatement la pièce dans l’eau, replongeant de nouveau, et ainsi de suite, et essuyant bien quand le décapage est arrivé au degré voulu. Le tube a été placé dans une éprouvette remplie d’une dissolution à même densité de cyano-ferrure jaune de potassium , renfermant du sel marin, mais privée d’or, danslaquelle plongeait une lame de zinc que l’on mit en communication ave le cylindre de laiton , au moyen d’un fil de cuivre. La décomposition électro-chimique ne tarda pas à se manifester, l’or se précipita sur le laiton , et dix minutes après sa surface avait déjà un aspect mat. L’opération fut continuée jusqu’à ce que tout le cyanure d’or, et même une grande partie du cyanure de potassium fût décomposée. On retira alors le cylindre qui était doré mat, comme par la méthode de M. de Euolz. La dissolution contenue dans le tube était devenue très-alcaline, conséquence de l’action du courant sur les sels alcalins; dans ce cas , le zinc étant attaqué par suite de la réaction du cyanure et du chlorure alcalin , il se forme un cyanure et un chlorure de ce métal ; tandis que la soude est transportée sur le laiton, et, devenant libre , réagit sur le sel d’or, le décompose, sépare l’or, qui, étant attiré par ce même laiton, en raison de son état négatif, se dépose sur sa surface et y ad-U hère d’autant plus fortement que l’action a été plus lente. Ce dépôt résulte donc de deux actions combinées, d’une action chimique et d’une action électro-chimique. C’est ce concours qui donne une puissance si grande aux appareils électro-chi- ! iniques simples, et qui leur permet de rivaliser avec les piles composées d’un grand nombre d’éléments.

Quand on s’aperçoit, par la lenteur des effets produits, que le zinc est faiblement attaqué par la dissolution mixte de cya- f nure et de chlorure alcalins , on augmente la proportion de celui-ci, et même on remplace entièrement la dissolution par J

PROPRIÉTÉS ÉLECTRO'CHIMiQUES DE L’OR. 283

une autre plus ou moins concentrée de sel marin; mais , dans tous les cas , il faut bien se garder d’employer des acides, par les raisons ci-dessus mentionnées. Les effets électro-chimiques dépendant de l’épaisseur du tampon d’argile, et de son état plus ou moins pâteux , on ne peut donner aucune règle à cet égard. Quoique l’endosmose soit très-faible, néanmoins elle finit par avoir lieu, si l’on n’a pas l’attention de changer de temps à autre la cloison en argile ; il est bon aussi de la visiter quelquefois dans la crainte que quelques cristallisations , formées dans la masse, ne lui donnent trop de consistance , et ne s’opposent au passage du courant. Mais lors même qu’il passerait du cyanure d’or dans le bocal où se trouve le zinc, ce cyanure, qui ne s’y trouverait qu’en très-petite quantité, serait décomposé par le chlorure de zinc, il se formerait un chlorure d’or qui serait décomposé par le zinc, et il se déposerait au fond du vase un précipité floconneux de cyanure de zinc. On recueille l’or en nettoyant le zinc avec un linge ; mais, je le répète, cette quantité est toujours très-minime quand on prend toutes les précautions indiquées. Avant de ; soumettre une pièce à la dorure, il faut s’assurer que la dis— I solution est dans un état convenable. A cet effet, on opère avec un fil parfaitement décapé , et si dans l’espace de quel- ! ques minutes il conserve son brillant métallique, alors on peut . commencer les opérations avec toutes chances de succès. Comme il arrive quelquefois qu’on mêle à la dissolution de cyanure d’or et de potassium une solution de sel marin , il faut bien se garder d’en ajouter une trop grande quantité, car l’argent, quand le courant n’a pas assez d’énergie, est attaqué et devient noir.

Si l’on opère avec un cylindre de cuivre dont la surface est parfaitement décapée, on obtient absolument les mêmes effets. Un cylindre d’argent à surface mate se dore également, j mais moins promptement que lorsque la surface est polie.

Voici les proportions qui m’ont donné les plus beaux I effets :

On a fait une dissolution avec i gramme (i8 grains) de I chlorure d’or sec, 10 grammes (2 gros 44 grains) de cyanoferrure jaüne de potassium, et 100 grammes (3 onces 3 gros) i d’eau ; on a filtré pour séparer le cyanure de fer, puis on a ajouté encore 100 grammes d’une solution saturée de cyanure 1 jaune. Ce mélange, employé à la dorure, a donné un mat ! terne; en étendant la solution de son volume d’eau, et même

284 APPENDICE

de deux volumes, on a eu un mat clair. En général, le ton varie selon que la solution est plus ou moins étendue : il est d’autant plus beau qu’elle est plus étendue et qu’elle renferme moins de fer. La raison en est toute simple : dans le premier cas, les molécules n’étant pas précipitées tumultueusement, peuvent se grouper régulièrement ; dans le second , le cyanure de fer passe successivement à l’état de protocyanure de fer et de fer métallique , quand une grande partie du cyanure d’or a été décomposée; il résulte de la réunion de ces divers précipités une surface dorée sale ; mais pour faire paraître le mat , il suffit de laver la pièce avec de l’eau acidulée par de l’acide sulfurique . et de frotter légèrement avec un linge pour enlever les dépôts non adhérents.

Dans les expériences précédentes, il n’a point été question du temps, attendu que pour obtenir les mêmes effets dans différents appareils, il faut plus ou moins de temps, suivant la densité de la dissolution, l’épaisseur de la cloison, la manière dont a été pressée l’argile humide, et suivant la quantité de solution quelle renferme elle-même, etc.

Je dirai seulement qu’avec les conditions les plus avantageuses, on aperçoit quelquefois le mat en moins de dix minutes ; mais , en général, à la température ordinaire, il faut plusieurs heures pour obtenir une dorure très-épaisse. Mais on verra, ci-après, qu’à l’aide d’une faible chaleur, on peut, en moins d’un quart d’heure , obtenir une très-bonne dorure. La différence entre le mode d’action d’une pile composée d’un certain nombre d’éléments et celui d’un appareil électro-chimique simple, conforme au modèle précédemment décrit, ne consiste donc que dans le temps, qu’il est possible, néanmoins, dans la plupart des cas, d’abréger à un point tel que cette différence soit peu sensible. Les appareils simples dont on peut varier la forme à l’infini permettent de se passer des piles, toujours dispendieuses, en raison de la consommation du zinc et des dissolutions qui servent à les charger, de la destruction assez rapide des sacs en toile à voiles , indispensables pour avoir des effets constants. Les appareils simples sont, pour ainsi dire , de nulle valeur ; ils peuvent être placés partout sans inconvénient. Leur manœuvre est des plus faciles ; enfin leur volume peut varier depuis celui d’un tuyau de plume jusqu’à celui d’un tonneau, suivant les besoins de l’industrie. Ils fonctionnent en outre parfaitement à la température ordinaire, et donnent alors avec un peu plus de temps une très-belle dorure.

PROPRIÉTÉS ÉLECTRO-CHIMIQUES DE l’or: 2 85

Après avoir envisagé la question sous le point de vue scientifique , je vais le faire sous le rapport industriel. A cet effet, j je me suis entouré des documents qui pouvaient m’éclairer le i plus , en m’adressant aux artistes les plus habiles de la capitale.

Je commencerai par indiquer les dispositions qui m’ont paru les plus convenables pour dorer les objets d’une certaine étendue. On peut prendre d’abord une cloche en verre ayant à sa partie supérieure une large tubulure que l’on remplit de kaolin ou d’argile ordinaire, privée de calcaire, retenue par une coiffe de linge ficelée autour de la paroi extérieure de la tubulure , et, pour que la ficelle tienne , il est nécessaire qu’il y ait une gorge à la tubulure. On passe la cloche dans une ouverture pratiquée dans une planche, jusqu’à ce que son bord inférieur affleure le bord de la planche ; on l’assujettit au moyen de coins en bois, après quoi la cloche est renversée ; on la remplit de la dissolution d’or et on la plonge par la tubulure dans un seau de faïence ou autre contenant une solution plus ou moins saturée de sel marin , avec la condition que les deux solutions soient à la même hauteur, afin d’éviter qu’une différence de pression ne tende à faire passer un liquide d’un i vase dans un autre. On opère ensuite comme il a été dit cidessus. Quand l’épaisseur de la couche d’argile est de plusieurs centimètres , et qu’elle a été suffisamment tassée, on n’a pas à craindre d’endosmose, du moins d’une manière sensible, dans l’espace de plusieurs jours.

Quand on veut faire concourir l’action de la chaleur avec celle des forces électro-chimiques, il faut chauffer le seau de faïence au bain-marie.

On peut remplacer les cloches en verre par des cloches en faïence, munies de tasseaux également en faïence et destinés à supporter la cloche et à la retenir sur la planche.

Ces deux indications suffisent pour diriger les industriels dans la construction des appareils.

Il faut bien se garder d’employer du zinc amalgamé, car, outre qu’en le manoeuvrant il peut tomber du mercure dans la dissolution d’or, on a à craindre encore qu’il ne se forme de petites quantités de chlorure de mercure qui finissent par passer à travers l’argile, et de là dans la dissolution d’or, où elles sont réduites en même temps que l’or.

On peut encore prendre pour diaphragmes des vases cylindriques en porcelaine dégourdie, mais il ne faut en faire usage

APPENDICE

qu’autant que les deux dissolutions ne diffèrent que par la présence de l’or dans l’une d’elles ; car sans cela l’endosmose i est toujours assez marquée. Les diaphragmes d’argile humide i sont, dans tous les cas, préférables aux vases en porcelaine dégourdie ; néanmoins on obtient les mêmes résultats en opérant j de la manière suivante.

On prend un sac en toile à voiles que l’on remplit à moitié ou aux deux tiers d’argile en pâte demi-liquide , et l’on introduit dedans un cylindre à minces parois en porcelaine dégourdie , de manière qu’il se trouve au milieu du sac et que l’argile vienne au niveau du diaphragme, dont le diamètre doit être assez grand pour que l’épaisseur de l’argile soit partout de i à 2 centimètres (5 à 10 lignes). Au moyen de cette disposition , on a tous les avantages d’un diaphragme cylindrique et d’argile, attendu que l’action est uniforme et qu’on n’a pas à craindre d’endosmose, du moins d’une manière assez sensible pour nuire aux résultats.

J’ai dit précédemment que pour que la dorure fût uniforme , c’est-à-dire que la couche d’or déposée fût sensiblement la même sur toutes les parties de la pièce, il fallait ne pas la placer d'une manière quelconque par rapport au zinc. Supposons que l’on plonge dans une dissolution quelconque deux lames de platine en relation avec les deux pôles d’une pile, et que le courant exerce son action décomposante sur les parties constituantes de la dissolution , les parties acides se déposeront autour de la lame positive, mais en plus grande quantité sur la surface qui se trouve du côté de la lame négative que de l’autre; il en sera de même des éléments alcalins relativement aux deux surfaces de la lame négative. Ce n’est pas tout encore, le dépôt sera plus considérable dans la partie inférieure que dans la partie supérieure. On peut remédier, à la vérité, à cet inconvénient, en retournant d’abord les lames, puis les renversant. Mais cela ne suffira pas encore si cette manœuvre se fait à des intervalles un peu éloignés; car la pile fonctionnant sans interruption , la dissolution sur laquelle on opère est de moins en moins saturée, de sorte que, pendant le même temps, il ne se forme pas un dépôt de même épaisseur sur les lames; on n’atteindrait donc pas l’uniformité désirable.

Ce court exposé doit faire sentir que pour dorer, même avec la pile, il ne faut pas se bornera prendre pour pôle négatif une lame de platine, et pour pôle positif la pièce des-

Propriétés électro-chimiques de l’or. 287

! sai, placée d’une manière quelconque par rapport à la lame de platine.

Cela posé, voici les avantages des appareils simples, tels qu’ils ont été décrits.

I Lorsqu’on emploieun cylindrede porcelaine dégourdie destiné à recevoir la dissolution d’or, et qu’on le plonge dans la solution d’eau salée, si on l’entoure d’un autre cylindre en [zinc, plongeant dans la solution et mis en communication avec la pièce à dorer, il est bien évident que tous les points delà sur- I face de la pièce seront également soumisà l’action du courant. Pour que le dépôt d’or soit parfaitement uniforme, on n’aura plus qu’à retourner le plus souvent possible la pièce : on sera assuré d’avoir alors une dorure aussi uniforme que possible.

« Dans l’appareil où le cylindre en terre est remplacé par une cloche eu verre munie d’une tubulure remplie d’argile , l'action décomposante du courant n’est pas à la vérité aussi uniforme; mais si l’on opère comme ci-dessus, avec un cylindre de zinc qui entoure symétriquement la tubulure, les couvrants rayonnent alors symétriquement de tous les points de la isurface du zinc sur la pièce à dorer, de sorte qu’en la renversant très-fréquemment on doit obtenir une couche suffisamment [uniforme.

Passons à l’usage de ces appareils : j’ai soumis à leur action des pièces d’argent, des bijoux de même métal , et j’ai eu con^ stamment de beaux effets de mat : après la mise en couleur , la teinte était rouge, jaune ou verdâtre, suivant que la couche l’or déposée était plus ou moins épaisse. La dorure commence i’autant plus rapidement que la surface de la pièce est bien, polie et décapée avec une solution de potasse, puis lavée avec le l’acide nitrique étendu. Le mat agit plus lentement.

Une température de 20 à 2 5° au plus abrège singulièrement a durée de l’opération, parce que le zinc est plus fortement attaqué. Il m’est arrivé plusieurs fois d’obtenir une bonne dorure en moins de dix minutes; mais elle n’est jamais aussi [belle, sous le rapport du mat, que celle qui est faiteà la température ordinaire; au surplus, c’est le propre des actions Ipntes de produire un groupement plus régulier des molécules. |ous ce rapport , la méthode que j’indique ne peut avoir que Ile grands avantages.

La couche d’or supporte parfaitement le bruni et adhère jpllementà l’argent qu’on n’en enlève aucune trace appréciable fans le poli au tour. Des cylindres d'argent recouverts d’une

APPENDICE

couche épaisse d’or, se tirent parfaitement à la filière et donnent des fils d’argent doré : preuve que l’or est très-adhérent.

Il restait une question assez importante à examiner, c’est celle relative à la dorure des objets et bijoux en filigrane , qui a résisté jusqu’ici à tous les moyens employés pour l’obtenir d’une manière satisfaisante. Je me suis adressé à M. Christofle, l’un des plus habiles fabricants de bijoux de Paris, et qui excelle dans le genre filigrane. Je tiens de son obligeance, pour laquelle je le prie de recevoir mes remerciements, un certain nombre de pièces telles que corbeilles, fleurs, divers bijoux, lesquels ont été soumis à la dorure électro-chimique, en vertu d’actions lentes. Le résultat a été satisfaisant, comme peut le voir l’Académie en jetant les yeux sur les pièces que je lui présente. La dorure est un peu rouge, mais cela tient uniquement à l’épaisseur de la couche d’or déposée , qui est assez forte , attendu que l’appareil a fonctionné pendant plus de 1 2 j. heures. Des objets semblables mis en même temps en expérience et retirés à divers intervalles de temps, présentent les teintes verdâtre , jaune et rougeâtre. Les bijoux en filigrane dorés par les anciens procédés sont tellement mal venus, qu’ils ne supportent pas la comparaison avec les mêmes objets dorés au moyen des actions lentes.

Les vases et objets divers en cuivre, en laiton et en bronze, parfaitement décapés avec l’acide nitrique et la suie, comme il a été dit ci-dessus, se dorent quelquefois rapidement. J’ai obtenu de bonnes dorures en dix minutes, qui supportent parfaitement la mise en couleur et le bruni. Des cylindres de cuivre recouverts d’une couche d’or se tirent également bien à la filière. J’ai du examiner ensuite s’il n’était pas possible de frabriquer des bijoux en cuivre après dorure par le procédé électro-chimique, au moyen de la méthode de repoussé de M. Mourey, avantageusement connu pour ce genre de travail.

Je me suis adressé à cet effet à lui, et il a bien voulu mettre à ma disposition non-seulement les objets dont je pouvais avoir besoin , mais encore ses ateliers pour les confectionner. J’ai commencé d’abord par faire fabriquer deux bagues semblables, qui ont été dorées au moyen des actions lentes; l’une a été terminée au repoussé et l’autre est restée telle qu’elle était sortie de l’appareil. La première est très-bien venue et rivalise avec tout ce qu’on a fait de mieux dans ce genre. On peut voir dans la bague et autres objets du même genre que je

DE L ARGENTURE GALVANOPLASTIQUE DE LACIER. 289

présente à l’Académie, que les ornemeuts sont fouillés dans toute leur profondeur comme sile burin les avait sillonnés, et, cependant, la couche d’or était tellement adhérente au cuivre que le travail ne l’en a pas détachée. Il est démontré par là que la dorui'e électro-chimique peut êtreappliquée avec avantage à la fabrication des bijoux par la méthode de repoussé après dorure.

Telles sont les différentes questions auxquelles j’ai été conduit à m’occuper en étudiant les propriétés électro-chimiques de l’or ; j’y ai rattaché toutes celles qui avaient des rapports plus ou moins directs avec mon sujet. En effet, l’or a été pris dans les minerais les plus pauvres ; on l’a suivi dans les diverses opérations effectuées pour concentrer ces derniers en indiquant les méthodes les plus simples pour les retirer; après quoi l’on a étudié ses propriétés électro-chimiques, à l’aide desquelles on a indiqué un principe qui permet, quand ce métal est en dissolution, de le retirer de cette dissolution dans un grand état de pureté ; puis on a fait usage des mêmes principes pour dorer les métaux au moyen des actions électrochimiques lentes.

§ V. de l’argenture galvanoplastique de l’acier,

Par M. A. Desbordeaux, de Caen.

Le dépôt de l’argent sur l’acier est sans contredit l’une des applications les plus importantes des procédés galvanoplastiques, et c’est en même temps celle qui présente le plus de difficultés dans la pratique lorsqu’on tient à obtenir une argenture parfaitement solide. Aussi préfère-t-on généralement l’emploi de la dorure pour les objets en acier, quoique la différence de valeur qui existe entre l’or et l’argent permette d’y déposer, pour le même prix, une couche d’argent trois fois plus épaisse. En effet, la dorure galvanoplastique de l’acier est une opération extrêmement simple , qui n’exige d’autre précaution que de bien décaper la pièce avant de la plonger dans le bain de cyanure double d’or et de potassium ; l’or adhère directement sur l’acier et d’une manière extrêmement solide. Il 11’en est pas de même de l’argent, on ne pouvait jusqu’à présent en obtenir un dépôt adhérent sur l’acier qu’après avoir revêtu ce dernier métal d’une couche de cuivre au moyen du cyanure double de cuivre et de potassium ; car le cuivrage de l’acier par immersion dans le sulfate de cuivre, même en employant le contact du zinc par l’intermédiaire d’un conduc-

Galvanoplastie, 2.*)

APPENDtCS.

teur métallique , ainsique le conseille M. Waîker, ne peut ; iuspirer aucune confiance. Il s’opère toujours en pareil cas, à la surface de l’acier, une légère oxydation qui s’oppose à une adhérence parfaite de la couche cuivreuse.

Indépendamment de la difficulté occasionée par l’opération préalable du cuivrage, pour laquelle il est indispensable d’em- [ ployer un courant galvanique beaucoup plus fort que pour l’argenture, il est encore une autre cause qui fait préférer l’emploi de la dorure sur l’acier. C’est qu’en supposant les couches métalliques de la même épaisseur, la couche d’or préserve mieux l’acier de l’oxydation que la couche d’argent. A cet effet, si l’on se borne à revêtir l’acier d’un léger dépôt d’argent, : non-seulement il n’est pas préservé de l’oxydation lorsqu’il est ; exposé à l’influence de l’humidité, mais même il s’oxyde plus promptement qu’au paravant, et, au bout d’un certain temps, l’argent , dont 1’application ne paraissait d’abord laisser rien à désirer, se recouvre d’une foule de petites piqûres; c’est qu’a lors la couche d’argent, assez légère pour donner passage à l’influence des agents extérieurs, forme , par son contact avec f l’acier, une véritable pile dans laquelle l’argent joue le rôle de métal négatif, et l’acier de métal positif. Une couche d’or trèsmince ne met pas non plus l'acier complètement à l’abri de l’oxydation, parce qu’elle est également perméable , mais elle le préserve beaucoup mieux ; l’or étant un métal négatif à un degré beaucoup moins prononcé que l’argent, qui, sous ce rapport, tient le second rang après le platine.

Enfin, aux inconvénients précédemment signalés, il faut en ajouter un autre plus propre encore à dégoûter de l’argenture galvanoplastique de l’acier. Après avoir en effet pris toutes les précautions possibles pour l’opération préalable du cuivrage, après s’être assuré que la couche de cuivre est parfaitement adhérente, il n’est pas rare de la voir se dissoudre en partie dans le bain de cyanure d’argent; alors l’argent n’adhère que 1 dans les endroits où le cuivre s’est maintenu intact, et il devient impossible de le faire prendre sur les parties où l’acier a été mis à nu; ou bien encore, il arrive que le dépôt d’argent paraît se former d’une manière très-satisfaisante; mais, lorsqu’on vient à le frotter pour en essayer la solidité, on remarque , que l’adhérence n’est qu’apparen\e , et que la couche de cuivre qui en a d’abord déterminé le dépôt, s’est trouvée entièrement dissoute ; dans l’un et l’autre cas, ’l n’y a d’autres ressources que de recommencer en entier les d ?ux opérations du cuivrage

DE L’ARGENTURE GALVAN0PLAST1QUE DE l’aCIER. agi et de l’argenture. Cet effet tient sans doute à ce que , dans les premiers moments de l’immersion de la pièce cuivrée dans le cyanure d’argent, la couche de cuivre agit sur l’acier à la manière d’uue pile galvanique; car lorsque le cuivre est plongé isolément dans le cyanure de potassium, il s’y dissout beaucoup plus difficilement que l’or et l’argent. Au reste , c’est encore là un inconvénient uniquement attaché à l’argenture; rien de pareil ne se remarque lorsqu’on dore une pièce d’acier préalablement cuivrée.

Plus la couche de cuivre est mince , plus on est exposé au résultat fâcheux qui vient d’être indiqué ; il est donc indispensable de prolonger longtemps l’opération du cuivrage ; mais surtout il faut éviter, en cuivrant, d’employer pour anode du cuivre rouge du commerce, ce mélange renfermant souvent du zinc, et quelque petite que soit la proportion de ce dernier métal, elle suffit pour empêcher complètement la solidité du cuivrage lorsqu’il s’agit d’argenter ensuite. Le moyen qui paraît le plus sûr consiste à préparer le cyanure de cuivre au moyen de son oxyde précipité du sulfate de cuivre par le carbonate de potasse , et à employer pour le cuivrage un anode de platine ; alors on est certain d’avoir un dépôt de cuivre pur. L’anode de platine accélère d’ailleurs le dépôt de cuivre, il suffit d’avoir soin d’ajouter de temps en temps, dans la solution , de nouvel oxyde. L’anode de cuivre ne tarde pas au contraire à s’oxyder, et dès lors ne conduit plus l’électricité que d’une manière imparfaite.

Quoique, dans les différents traités de galvanoplastique , le fer et l’acier paraissent avoir été assimilés l’un à l’autre en ce qui concerne l'argenture, ils offrent cependant entre eux, sous ce rapport, une différence bien tranchée; car le fer peut s’argenter directement d’une manière assez solide et sans cuivrage préalable; cette différence semble tenir uniquement à la présence du carbone dans l’acier, puisque lors même qu’il a été détrempé , il estégalement impossible d’y faireadhérer l’argent. Par suite de cette affinité plus grande du fer pour l’argent, on peut, même parvenir à argenter l’acier en le recouvrant d’abord • d’une légère couche de fer au moyen de la pile et du cyanure ferrugineux, ou en employant directement du cyanure d’argent et de potassium , auquel on ajoute une forte proportion de cyanure ferrugineux ; mais il est bon d’observer que le dépôt qui se forme alors n’est pas parfaitement adhérent.

On peut encore argenter l’acier en le recouvrant d’abord

APPENDICE

d’une couche d’étain; mais, de même que l’argenture, l’étamage s’obtient bien plus difficilement sur l’acier que sur le fer. Ainsi, en employant à chaud la dissolution d’oxyde d’étain dansletartrate acidulede potasse rendu soluble par l’acide borique, l’étamage du fer s’opère immédiatement par le contact ! du zinc. L’acier, au contraire, ne peut s’y étamer que d’une manière presque insensible et qui ne permet pas l’application de l’argent. Il faut, pour étamer l’acier, faire agir la pile sur la solution d’oxyde d’étain dans la potasse, ou mieux encore dans la soude rendue caustique par l’hydrate de chaux, et encore, dans ce mode d’étamage, il faut un courant beaucoup plus énergique pour l’acier que pour le fer. Toutefois on peut argenter l’acier étamé de cette manière; mais, indépendamment de la difficulté de l’étamage, on éprouve l’inconvénient résultant du peu de dureté de l’étain qui rend l’argenture moins susceptible de résister aux frottements.

Frappé des difficultés que présentent les procédés employés J jusqu a présent pour l’argenture de l’acier, je me suis livré i i une suite d’expériences pour parvenir à perfectionner cette branche intéressante de la galvanoplastique, et mes recherches m’ont conduit, enfin, à un résultat aussi simple que satisfaisant.

Ce nouveau procédé consiste à plonger, pendant quelques instants, l’acier dans une solution extrêmement faible de nitrate double d’argent et de mercure , à laquelle on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique. Pour composer cette solution, il suffit de faire dissoudre séparément 1 gramme (18 grains) de nitrate d’argent dans 6p grammes (2 onces) d’eau, et 1 gramme (18 grains) de nitrate de mercure dans une égale quantité dm même liquide. On mélange ensuite les deux solutions auxquelles on ajoute 4 grammes ( 1 gros) d’acide nitrique à 4<> degrés de l’aréomètre de Bauraé. Peut-être ces proportions nei sont-elles pas tout-à-fait rigoureuses, mais l’addition de l’acide nitrique est absolument essentielle. Il faut éviter d’em-1 ployer de l’eau renfermant de l’hydrochlorate de chaux ou des matières organiques ; car elle produirait inévitablement l’effet bien connu de décomposer en partie le nitrate d’argent; ilij faut, autant que possible, se servir d’eau distillée. On ne doit ; pas s’attendre à voir le nitrate de mercure se dissoudre en totalité dans l’eau, car on sait qu’il s’y transforme en sousnitrate et en nitrate acide qui reste dans la liqueur, tandis que le sous-nitrate se précipite en poudre d’un jaune ver-

DE l’AKGENTURE GALVANOPLASTIQUE DE l’acier. 2<j3 dâtre. Ce dépôt doit être conservé dans la solution destinée à l’argenture. Il n’est pas nécessaire que le nitrate d’argent soit ! pur; celui qu’on obtient en faisant agir l’acide nitrique sous l’argent allié à un dixième de cuivre, produit absolument le même effet.

Lorsque l’acier a été plongé dans la solution de nitrate double de mercure et d’argent, il se recouvre presque constamment d’un léger dépôt noirâtre qui s’enlève avec facilité en passant un linge à sa surface. L’acier se trouve alors parfaitement décapé et revêtu en même temps d’une pellicule d’argent extrêmement mince, mais d’une adhérence intime. Le dépôt noirâtre qui se forme m’a paru composé presque exclusivement de carbone, corps dont la présence, comme je l’ai fait remarquer précédemment, s’oppose seule au dépôt de l’argent sur l’acier. Après cette préparation si simple et si rapide, La pièce d’acier se trouve parfaitement disposée à recevoir la couche d’argent, qui se forme avec la plus grande facilité, et d’une manière tellement adhérente que, non-seulement elle peut supporter le bruni le plus prolongé, mais quelle peut même résister à la chaleur rouge sans rien perdre de sa solidité. C’est une expérience que j’ai faite plusieurs fois, et dont le succès, quelque étonnant qu’il soit, a toujours été constant. Plongé dans la même solution, le fer ne subit aucune altération; il conserve son brillant métallique; il s’y forme cependant, comme sur l’acier, un très-léger dépôt d’argent qui paraît favoriser la solidité de son argenture , quoique cette préparation ne soit pas nécessaire pour le fer.

Si, au lieu d’employer le nitrate double d’argent ou de mercure, on se borne à tremper l’acier dans une solution de nitrate de mercure, il se forme bien une couche d’argent à la surface lorsqu’on fait agir la pile, mais il n’y a pas adhérence. Il en est de même si on emploie isolément le nitrate d’argent. Si, au contraire, après avoir plongé l’acier dans le nitrate d’argent, on le soumet ensuite à l’action du nitrate de mercure, en supposant l’un et l’autre de ces sels légèrement acides, on obtient ensuite par la pile une argenture aussi solide qu’en préparant directement la pièce à argenter par le nitrate double de mercure et d’argent; mais ce dernier procédé, comme étant le plus simple, doit être préféré.

Au reste, la proportion de la solution qui sert de base au nouveau mode d’argenture est très-peu dispendieuse, puisque 124 grammes (4 onces) reviennent à peine à 75 centimes. Elle

APPENDICE

ne paraît pas perdre sensiblement de son efficacité par l’usage prolongé qu’on en peut faire. On peut même se borner, au lieu de plonger l’acier dans la solution, à le frotter pendant quelques instants avec un linge qui en est imbibé, en se rappelant cependant l’effet que produit le nitrate d’argent sur la peau.

Il devient facile , au moyen du nouveau procédé, de réparer les pièces d’acier argentées par l’ancienne méthode du cuiv-rage, et sur lesquelles quelques parties de l’acier se trouvent mises à nu. Il suffit, pour cela, après avoir enlevé tout ce qui n’est pas adhérent, après avoir bien décapé ces endroits altérés, de les frotter quelques instants avec la solution indiquée, et de les argenter ensuite à la manière ordinaire. L’immersion dans cette solution produit un décapage tellement complet, qu’il a pour effet de faire adhérer l’argent même dans les petits défauts que le polissage laisse encore souvent à la surface des objets d’acier; avantage qu’on 11e pouvait obtenir par le cuivrage, et qui est d’autant plus précieux que c’est par ces petits défauts que commence ordinairement l’oxydation des pièces argentées.

Ainsi, dorénavant, l’acier pourra s’argenter aussi facilement et aussi solidement pour le moins que le cuivre ; plus de cuivrage préalable, plus d’argenture défectueuse et incomplète ; adhérence parfaite au moyen d’une simple immersion dans une solution qui sert, en quelque sorte, de mordant; tels sont les résultats satisfaisants que présente le nouveau procédé.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que la couche d’argent, dont on obtient le dépôt par la pile, doit , dans la nouvelle méthode comme dans celle du cuivrage préalable, atteindre une certaine épaisseur pour préserver complètement l’acier de l’oxydation. Comment reconnaître que la couche d’argent a contracté une épaisseur suffisante pour atteindre le but? Le moyen qui m’a paru le plus sûr, et en même temps d’une grande simplicité, consiste à plonger, pendant un certain temps, une très-petite partie de la pièce argentée dans une solution acide de sulfate de cuivre. Tant que l’argent y contracte une couleur jaune , c’est un indice certain que la couche d’argent est insuffisante ; elle est encore perméable, puisqu’elle permet à l’acier d’exercer son action sur le sulfate de cuivre. Au reste, on ne doit avoir recours à cette expérience que lorsqu’on est à peu près certain d’être arrivé à l’épaisseur convenable, car l’argent ne peut se cuivrer ainsi,

de l’argenture galvanoplastique de l’acier. 295

fût-ce même légèrement, qu’aux dépens de son adhérence, et, dans tous les cas, il vaut mieux aller un peu au-delà de ce qui est strictement nécessaire. Plus la couche d’argent sera épaisse, plus on aura de garanties contre l’oxydation.

Pour obtenir une bonne argenture.il n’est pas nécessaire d’employer le cyanure préparé avec l’argent pur, au moins lorsque la pièce d’acier a été décapée avec le nitrate double d’argent et de mercure. L’argent qui se trouve habituellement dans le commerce, et qui, comme on sait, renferme environ un dixième de cuivre, produit un effet aussi satisfaisant, sauf la blancheur un peu moins grande du dépôt. Il suffit , pour préparer ce cyanure, de faire dissoudre directement , à l’aide de la pile et d’une chaleur modérée, l’argent dans le cya- ! nure de potassium. On évite ainsi l’embarras assez grand résultant de la purification de l’argent et de la préparation de son cyanure. Lorsqu’il s’agit, au contraire, de pièces prépai rées par la méthode du cuivrage, on ne peut obtenir d’adhérence qu’en employant le cyanure double de potassium et d’argent parfaitement pur. C’est encore un nouvel avantage du procédé sur lequel je viens d’appeler l’attention.

Dans tous les cas, il est essentiel, pour la solidité du dépôt, ,que le courant galvanique ne soit pas assez fort pour faire dégager abondamment l’hydrogène à la surface de la pièce qu’on argente ; mais un faible dégagement de ce gaz ne paraît présenter aucun inconvénient.

Une autre observation non moins importante, c’est que, si l’on tient à conserver longtemps une solution de cyanure double de potassium et d’argent , il faut bien se garder de s’en servir pour argenterie laiton. Le contact du laiton et des autres alliages renfermant du zinc produit une prompte altération du cyanure , au point que celui qui a servi une seule fois à cet usage n’est plus propre à argenter l’acier. Il ne faut employer, pour le laiton , que des solutions à peu près usées.

Enfin, dans l’intérêt de ceux qui se livrent à des expériences de galvanoplastique , il est bon d’ajouter une dernière remarque , c’est que le cyanure de potassium préparé d’après le procédé du professeur Liebig, le seul dont j’aie fait usage et qui est certainement le moins dispendieux, puisque, lorsqu’on le prépare soi-même , il ne revient qu’à 4° centimes les 3o grammes (l’once) , ne peut se conserver qu’à l’état solide,

1 et doit être renfermé dans un flacon bouché à l’émeri immédiatement après son refroidissement à la sortie du creuset.

*96 APPENDICE

Lorsqu’il est en solution dans l’eau , il ne se conserve qu’autant qu’il est uni au cyanure d’argent ou à un cyanure métallique. S’il n’est pas en combinaison avec ces sels, il ne tarde pas à se décomposer en dégageant une forte odeur d’ammoniaque et donnant lieu à un dépôt d’un brun rougeâtre. Alors il conserve encore la faculté de dissoudre le cyanure d’argent ; mais on ne peut en obtenir le dépôt au moyen de la pile.

Tel est le résultat des recherches auxquelles je me suis longtemps livré sur l’argenture de l’acier. Puissent-elles offrir quelque utilité à ceux qui, comme moi , se plaisent à consacrer une partie de leurs loisirs aux expériences si attrayantes de la galvanopl astique !

Je dirai encore un mot sur la manière de sécher la pièce argentée. Èn effet, lorsque l’acier, après avoir été trempé dans le nitrate de mercure et d’argent, a été soumis pendant quelques instants à l’action de la pile, et qu’il a pris la couleur blanche, il est important de l’en retirer, et, après l’avoir lavé dans l’eau pure, de le soumettre à une chaleur modérée, de manière qu’il soit légèrement brûlant à la main. Le dépôt d’argent, qui auparavant était peu adhérent, contracte immédiatement une grande solidité. On plonge ensuite de nouveau l’acier dans le bain de cyanure de potassium et d’argeut, et, quand la couche est suffisamment épaisse, on la fait sécher une dernière fois de la même manière. On obtient ainsi dans tous les cas, une argenture très-solide.

Enfin, j’ajouterai qu’il ne faut pas chercher à hâter le dépôt de la couche d’argent en employant un anode d’argent volumineux, car il en résulterait des soufflures qui seraient sans adhérence. Il faut, au contraire, employer un anode mince et long que l’on plonge, à une certaine profondeur, dans le bain de cyanure d’argent, mais en ayant toujours soin d’éviter le dégagement de l’hydrogène à la surface de la pièce qu’on argente. Quoique ce dégagement paraisse sans inconvénient, lorsqu’il est presque insensible, il vaut mieux l’éviter complètement, car, poussé à un certain degré , il donne lieu à des soufflures dans la couche d’argent. J’emploie ordinairement une pile de Woîlastou de io éléments, disposés de manière qu’on peut, à volonté, modifier le courant en la plongeant plus ou moins dans le liquide excitateur. Il m’a paru avantageux pour l’argenture, lorsqu’on emploie le cyanure préparé avec, l’argent renfermant un dixième de cuivre , d’agir avec des élé-

Page 1