‹ Nouveau manuel complet de l'architecte des jardins ou L'art de les composer et de les décorerChapitre 11 sur 134 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

DE LA PLANTATrON.

Nous ne parlerons pas ici des plantes herbacées vivaces; tout le monde sait combien il est aisé de les multiplier et de les mettre en place; en trois ans, au plus tard, elles pro-

duisenl tout l’effet qu’on en devait attendre, surtout si, comme cela se doit, on a eu. le soin de leur donner l’exposition et la terre qui conviennent à chacune.

Doif-oa préférer pour la plantation d’uu jardin paysager les arbres et arbrisseaux fort jeunes, ou ceux qui ont déjà atteint dans la pépinière un certain degré de grosseur ? Celte question se pose tous les jours dans la pratique, et rarement on cherche à la résoudre d’une manière méthodique; comme elle est ici d’une grande importance, nous allons tâcher de l’éclaircir, ce qui, js crois, sera court et facile.

Dans les terres très-fertiles, où la végétation est vigoureuse et où les arbres reprennent facilement, on fera bien de planter des sujets déjà parvenus à nue certaine croissance; on y trouvera plusieurs avantages ; t® on jouira beaucoup plus promptement de son ouvrage, et deux ou trois ans au plus seront suffisans pour pouvoir juger avec certitude de ses effets pittoresques; a" il faudra beaucoup moins de sujets pour garnir, et, s’il n’y a pas économie sous le rapport du prix des arbres, puisque tes gros coûtent plus que les petits, il y aura au moins économie de main-d’œuvre pour la plantation.

Mais dans les terres peu fertiles, surtout dans celles qui sont sèches, et où, par conséquent, la reprise est difficile, ou fera très-bien de planter de jeunes sujets. Plus les arbres sont jeunes, moins ils craignent la transplantation. Ils s’acroulumeut plus aisément à la nature du sol dans lequel on les place, et finissent par croître très-bien. Outre cela, ceux qui périssent ne laissent pas de places vides, parce qu’elles se trouvent remplies par les autres à mesure qu’ils prennent de l’accroissement.

Ceci, cependant, doit s’entendre des végétaux indigènes, car parmi les espèces exotiques il en est qui, très-robustes dans l’âge adulte, craignent cependant le froid dans leur jeunesse, ou exigent la terre de bruyère pendant leurs trois ou quatre premières années. Ceux-ci doivent nécessairement etre plantés dans un âge assez avancé pour pouvoir résister « la pleine terre. D’autres, au contraire, par exemple les arbres résineux, reprennent avec une grande facilité dans Çur première jeunesse, et périssent presque constamment SI on les transplante passé leur cinquième ou sixième année, quelle que soit la qualité du terrain dans lequel ou les place.

Il sera nécessaire, ou de les planter fort petits, ou, si absolument on les veut gros, de se les procurer en pots.

Plus le trou que l’on fera pour planter un arbre sera grand, mieux le sujet végétera; aussi n’est-ce que pour éviter de la dépense qn’on se borne à en restreindre les dimensions. Il ne faut pas que les racines reposent directement sur le fond du trou, mais bien sur un lit de bonne terre qu’on y aura jeté; outre qu’elles y trouveront une nourriture plus abondante et plus facile, elles ne courront pas la chance d’ctre baignées et pourries par les eaux qui souvent s’accumulent au fond du trou pour peu que le sol soit compacte. Il est nécessaire aussi que le terrain , autour du trou, ait été miné à une certaine profondeur, sans cela les eaux de pluies glissent sur la surface du sol, se rendent dans le trou comme dans une espèce de vase, y croupissent, altèrent les racines, les font pourrir, et l’arbre meurt rapidement.

Nous terminerons par une observation. La plupart des jardiniers, quand ils plantent un arbre; ont la mauvaise habitude découper l’extrémité des petites racines, sous le prétexte insignifiant de les rafraîchir. Ils ont d’autant plus de tort, que les racines ne pompent leur nourriture de la terre que par leur extrémité, qui est munie pour cela d’un organe ou suçoir particulier. Cet oi-gane détruit, il faut que la racine périsse, car il ne s’en reforme pas d’autre. On ne doit donc amputer que celles qui sont rompues, meurtries ou déchirées.

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