Scènes rustiques
Les tableaux de ce genre appartiennent autant au site qu’aux fabriques; comme leur caractère est dans l’utile, il faut au terrain peu d’accidens , et point d’ambition dans les plantations. Le pittoresque est le plus souvent un effet de la nature; le rustique, au contraire, est toujours un produit de l’art, où la main de l’homme se montre partout. Mais cet art parait être encore dans son enfance; tous ces efforts se bornent a chercher l’utile, et il u’a rien fait encore dans la vue de l’élégant et de l’agréable.
Les matériaux qu’il emploie sont bruts, tels qu’ils sortent des mains de la nature. C’est une barrière ou une porte simplement composée de branches adroitement entrelacées (pl. 67, fig. 2,) ou de bois recouverts de leur écorce et ajustés avec solidité (fig. i, 3 , 4), donnant entrée à uu modeste enclos que la main laborieuse du propriétaire a défendu par une enceinte de palissades faite des mêmes matériaux (pl. 70, 71, 73 ).
Cet enclos renferme une petite maison couverte de chaume
(pl. fig. 3 , 5 ; pl. 45, fig. 5 ), dont les meubles rustiques (pl. 69, fig. 5, 8,9 , 10), annoncent de r;ême le peu de progrès de l’art. Tout ici vous rappelle la simplicité de mœurs du cultivateur qui l’habite. Vous ne verrez pas les tulipiers exotiques, les magiioliers aux fleurs larges et odorantes, ou môme le nol)le maronnier d’Inde, ombrager le seuil de la modeste habitation ; les clématites odorantes , les cissus d’Amérique ou les bignones aux grandes fleurs rouges, ne tapisseront pas les murailles; mais l’utile poirier, le pommier ou le cerisier, couvriront de leur ombre protectrice Je banc de pierre placé à la porte, et le pampre de la vigne s’étendra en longs rideaux ou en rians festons autour des fenêtres, et grimpera le long des piliers de l édifice.
Mais, pour rendre ce tableau plus piquant, pour mettre ses charmes dans tout leur jour, animez-le par la présence de quelques animaux domestiques. Que le chien Adèle, couché dans le tonneau qui lui sert de loge (pl. 90, fig. 4 ) veille à la sûreté des habitans qui se fient à sa surveillance. Que la brebis paisse dans un coin herbeux de 1 enclos, tandis que la chèvre vagabonde vient, à la porte de la chaumière, mendier le morceau de pain ou la poignee d épis que les enfans l’ont accoutumée à recevoir de leurs mains. Mais n’imitez pas cet architecte du jardin des Plantes, qui ayant à loger dans la même fabrique, des poules, des pintades et des chèvres, avait logé les chèvres au grenier, tandis que les poules et les pintades occupaient le rez-de-chaussée ; soyez toujours naturel.
Ne croyez pas que les fabriques rustiques manquent aux convenances de temps. Ces meubles grossiers mais solides, cette maison construite avec les matériaux les plus simples employés tels que la nature les présente, tout cela annonce, il est vrai, l’enfance de l’art, mais dans l’homme seulement qui a construit, et non dans le siècle. La cabane rustique est le résultat d’une honnête pauvreté et de l’économie, non de l’ignorance du beau, du grand, du majestueux.
La scène rustique a cela d’avantageux, qu’elle convient au plus grand nombre des compositions, même à celle des jardins symétriques si elle paraît en être un épisode détaché. Tel est l’état de la civilisation, que presque toujours une chaumière est adossée au palais d’un prince, sans que pour cela nos yeux en soient blessés, Mais, je le répète, pour
conserver les eonvenauces, il faut que la scène t*uslique soit absolument isolée d’une composition symétrique'et noble, et qu’elle semble même ne pas en faire partie. D’ailleurs, rien n’est si aisé que d’atteindre ce but; il s’agit d’un mur, d’une haie, d’une simple palissade qui les sépare. En voulez-vous des exemples? voyez ces misérables échoppes séparées du Louvre, du Luxembourg, par l’épaisseur d’une muraille, elles ne choquent pas vos yeux ; mais transporiez-les de quelques pieds, de l’épaisseur d’un mur, c’est-cà-dire placcz-les en dedans du palais, et vous aurez fait quelque chose d’un ignoble intolérable.
Il est d’autant plus aisé de placer des animaux dans nue scene rustique, qu on peut toujours la clore sans manquer aux convenances.