DE L'ÉCORCE. — DU LIEGE
L'écorce présente une composition plus complexe encore et plus variée que le bois , dans les divers exogènes. On peut toujours y distinguer trois parties essentielles , le liber , le parenchyme cortical et \épiderme % qui est analogue à celui des feuilles et qui, de même aussi, présente des stomates ; mais de ces trois parties , les deux premières au moins peuvent offrir des modifications de structure et même des élémens de structure particulière : ainsi au liber paraissent appartenir les vaisseaux du latex et les fibres textiles , et le liber lui-même peut former des couches uniformes ou des réseaux , avec ou sans parenchyme interposé entre chaque feuillet.
Le parenchyme cortical qui , dans le principe , était en continuité avec les rayons médullaires et la moelle , devient de plus en plus distinct et présente deux , trois ou quatre différences de structure et de composition; ainsi, dans le prolongement des rayons médullaires , ou ce qui revient au même , dans les mailles du liber et dans les intervalles de ces feuillets, il conserve à peu près les caractères des rayons médullaires de nouvelle formation , et peut contenir également de la fécule dans ses cellules ; en dehors du liber , il fournit une couche herbacée dont les cellules sont remplies de chlorophylle , et et qui , dans une foule de circonstances , étant susceptible de s'accroître indéfiniment par formation de nouvelles cellules t
EGORGE ; LIEGE. *l5
après que l'épidermè a disparu , repousse continuellement à l'extérieur des eouches de cellules sèches qui ont cessé de vivre et ne contiennent plus de chlorophylle. Une production plus considérable d'un semblable tissu cellulaire , desséché à la surface du parenchyme vert , donne naissance au liège ( pl. XIII, fig. 7) qui , pour les usages domestiques, est fourni par une seule espèce de chêne ( quercus suber ) , mais qui se forme également , quoîqu'avec moins de qualités usuelles , à la surface de l'écorce de l'orme (pl. XX.VI , fig. 11), de l'érable champêtre , du fusain et d'une foule d'autres arbres. Les cellules dont le liège est formé , sont comme celles du parenchyme cortical , quadrangulaires , alongées dans le sens des rayons , et disposées en séries partant du centre ; mais , à certaines époques de l'année , ces cellules , par suite d une moindre activité dans la végétation du parenchyme cortical , se trouvent plus courtes et constituent ainsi un tissu plus compact et par conséquent plus coloré, d'où résultent , dans l'épaisseur du liège , des zones irrégulières qu'on serait tenté d'assimiler aux couches annuelles du bois , mais qui sont beaucoup plus multipliées et sans rapport avec les périodes annuelles de végétation.
Le parenchyme cortical de certains végétaux , au lieu de s'accroître lui-même , produit à sa surface des couches succès • sives d'un tissu cellulaire particulier , à cellules très aplaties et qui le séparent de l'épiderme ; ces couches , que l'on a nommées le périderme , se développent surtout plus activement quand l'épiderme a disparu ; ce sont elles qui deviennent ces feuillets blancs si minces et si nombreux qui s'enlèvent à la surface de l'écorce du bouleau. Ce sont elles aussi qui , sur le prunier et le cerisier , forment les lames brunâtres satinées qui se déchirent transversalemen t . *
Les lenticelles qui se montrent à la surface de l'écorce des jeunes rameaux, comme de petites taches oblongues, grises ou blanchâtres , et qui, plus tard , sur les branches , sont quelquefois devenues transverses , ne sont autre chose que des productions de la couche externe du parenchyme cortical , ayant traversé le périderme quand il existe. C'est à tort que~ Decandolle a prétendu que ce sont des gemmes de radicelles susceptibles de se développer, si la branche est plongée dans l'eau ou plantée dans la terre humide.
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Les aiguillons , comme ceux du rosier et de la ronce , ont uue structure cellule use qui permet de les regarder comme dépendant aussi de la couche celluleuse externe du parenchyme cortical ; on doit bien se garder d'ailleurs de confondre les aiguillons , qui sont toujours des productions corticales , avec les épines qui tiennent au corps ligneux et qui sont des rameaux ou~des- pétioles avortés.
Dans le parenchyme cortical se trouvent souvent des faisceaux de fibres ligneuses ou de parenchyme à cellules très alongées et complètement remplies de substance ligneuse , qui augmentent l'élasticité delà jeune tige et lui permettent de résister davantage à la violence du vent. Dans les tiges quadrangulaires des labiées et des rubiacées , on voit un de ces faisceaux à chaque angle; les tiges des ombellifères en ont un plus grand nombre , qui , de même , sont sans connexion avec le liber.
Si beaucoup de tiges se dépouillent successivement des couches de leur périderme et du produit toujours croissant de leur parenchyme cellulaire, il en est d'autres qui se dépouillent en outre de leur ancien liber , et par conséquent de tout ce qui était au dehors. C'est ainsi que, claque année, la vigne sécrétant un nouveau liber séparé de l'ancien par une nouvelle couche de parenchyme cortical , peut se dépouiller de tous les libers des années précédentes , qui s'enlèvent en longs filamens bruns ligneux, accompagnés de l'ancien parenchyme desséché et en partie décomposé.
Le platane se dépouille aussi de son ancien liber et du parenchyme extérieur, mais cela n'a lieu que par places, et les plaques qui s'enlèvent ainsi étaient en continuité de tissu avec des parties qui sont restées plus long-tems vivantes , mais qui se-détaclieront de même à leur tour.
Liber.
lut liber, comme nous l'avons dit, est cet assemblage de couches fibreuses qui forme la partie interne de. l'écorce, et qui résulte de l'organisation du cambium vers l'extérieur ; sur la tranche d'une tige , on voit bien , comme en e , dans la coupe du bois de vigne que nous avons donnée {pl. XIX , fig. i ) , le faisceau de libres ligneuses ou cellules alongées du
écorcb; liège. 217
liber , séparé du nouveau bois par la couche de cambium d , qui commence à s'organiser en cellules ; il est entouré sur les côtés par du tissu cellulaire de nouvelle formation, faisant suite aux rayons médullaires , et en dehors , par une autre couche de tissu cellulaire qui , plus ou moins abondant , accompagne toujours chaque nouveau faisceau fibreux du liber. Dans la vigne , cette couche externe de nouveau tissu cellulaire devient , chaque année , le nouveau parenchyme cortical , et sépare les parties extérieures qui ont cessé de vivre : de telle sorte, qu'il n'y a point ici de feuillets superposés de liber ; mais dans Técorce de beaucoup d'autres végétaux, au contraire , chaque faisceau fibreux du liber , quoique séparé de ceux qui le précèdent et de ceux qui le suivent, par une couche plus ou moins distincte de tissu cellulaire , reste en place et se trouve seulement repoussé de plus eu plus vers l'extérieur ; ainsi , dans les écorces , comme celle du tilleul , par exemple , qui ont conservé tout leur liber depuis l'origine , les couches successives restent superposées comme les feuillets d'un livre (//tar), et c'est pour cela qu'on a donné à cette partie de Técorce un nom très^ significatif pour certains végétaux , mais indiquant au contraire une idée fausse pour ceux qui , comme la vigne , n'ont point conservé tout leur liber. On conçoit , d'après le mode de formation du liber dans le tilleul , que les couches tout-à-fait extérieures correspondent aux couches ligneuses les plus internes, et doivent se composer d'un irès petit nombre de ûbres qui ont été de plus en plus écartées par du tissu cellulaire nouvellement formé , à mesure que de nouvelles couches plus complètes de liber, prenant naissance au-dessous d'elles , les repoussaient en dehors. Les feuillets externes représentent un réseau très lâche , à larges mailles, et en allant vers l'intérieur, on voit ces feuillets sous la forme de réseaux de plus en plus serrés , de plus en plus délicats en apparence , quoique toujours formés par une même sorti de fibres. Un arbuste d'Amérique le Daphne lagetto , est , sous ce rapport , plus remarquable encore que le tilleul : les couches très nombreuses de son liber peuvent être isolées comme autant de tissus blancs délicats, ressemblant à des mousselines, à des gazes de coton à jour , à des filets blancs, etc.
Quand les couches du liber sont aussi nombreuses , on doit bien reconnaître que chacune d'elles ne correspond pas isolément
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à une couche annuelle du bois ; dans ce cas , au contraire , la formation du liber et du tissu cellulaire qui l'acompagne , est continuelle comme celle du liège , dont les zones ne correspondent pas davantage aux couches annuelles du bois.
Tous les libers ne sont pas réticulés comme ceux du tilleul et du lagetto ; beaucoup d'autres ont] leurs fibres droites seulement rapprochées et non anastomosées de cette sorte; beaucoup d'autres aussi , quoique restant entièrement dans l'écorce depuis l'origine , ne peuvent se séparer de même eu feuillets , et forment une masse fibreuse dans laquelle on voit difficilement la stratification.
Fibres textiles. — Cltanvre, — Lin.
Toutes les fibres ligneuses du liber sont formées de cellules très alongées qui se remplissent promptement de substance incrustante , et deviennent ainsi très résistantes en conservant une grande flexibilité; aussi , sont-elles souvent employées comme fibres textiles , telles sont celles du chanvre , du lin , de certaines orties ; elles servent aussi pour fabriquer des cordages d'écorce. La grande ténacité des fibres textiles tient sans doute à leur structure intime ; car on conçoit que des vaisseaux rayés ou scalariformes devraient se rompre facilement dans tous les points où la substance incrustante présente des lacunes ; mais il ûe suffirait pas encore que cette substance incrustante fût uniformément étalée sur la paroi des cellules , pour offrir une résistance suffisante. C'est là simplement, en effet, ce que nous observous dans les filamens du coton, formés d'une seule membraue tubuleuse , et dont la ténacité est beaucoup moindre que celle du chanvre ou du lin. Ces dernières fibres doivent leur ténacité à la disposition de la substance incrustante qui s'est déposée sur la paroi des cellules primitives du liber , et qui , par le frottement ou l'écrasement , est susceptible de se diviser en fibriles parallèles égales , comme on le voit dans les figures 10 et i r de la planche XVIII. Ainsi, un tel filament résiste comme un faisceau de fibriles toutes égales sur lequelles se partage l'effort à supporter. Cette même structure fibreuse donne l'explication d'un fait qu'on avait mal interprété ; il s'agit des nœuds ou renflemens // (Jig. 10 , pl. XVIII) , plus ou moins rapprochés sur les fibres de lin ou de chanvre usés et