CHAPITRE VII
OBSERVATIONS MICROSCOPIQUES SUR LES ROTIFERES , LES TARr DIGRADES, LES BRACHIONS ET LES AUTRES SYSTOLIOES.
Les rotifères , si célèbres par leur faculté de résurrection après avoir été desséchés au soleil le plus ardent , et parleurs appendices ciliés que les anciens observateurs ont pris pour des roues en mouvement , seront sans doute un des objets que l'observateur désirera d'abord soumettre à son microscope ; mais , pour leur description et leur histoire , nous renverrons le lecteur à notre Histoire naturelle des infusoires faisant partie des suites à Buffon ; nous dirons seulement ici quelques mots sur la manière de les trouver : beaucoup de rotifères se rencontrent dans les eaux douces stagnantes, parmi les herbes submergées , et dans ces mêmes eaux conservées depuis longtems dans des vases de verre. Si , avec une loupe d'un court foyer ( de 8 à 1 2 millimètres ) , on explore en regardant contre le jour , les parois du vase de verre, on voit ramper à la manière des sangsues, de petits vers blancs ou rosés , très contractiles , passant d'une forme presque globuleuse à une forme de fuseau ou de cylindre renflé au milieu, ce sont les rotifères, dont la longueur peut aller jusqu'à 1 millimètre , et qui , par conséquent , sont déjà visibles à l'œil nu ; parfois ils se fixent par leur extrémité postérieure , et retirant leur partie antérieure, ils s'élargissent en avant, et s'épanouissent en deux lobes ciliés dont le mouvement vibratile produit
lÔO OBSERVATIONS MICBOSCOPIQrKS.
l'apparence de roues dentées , et excite un double tourbillon dans le liquide; souvent enfin, quittant leur point d'appui, ils nagent dans le liquide au moyen de ce même mouvement des cils vibratiles; quand on a bien reconnu avec la loupe remplacement des rotifères à la paroi interne du vase , on peut les aller chercher , en raclant cette paroi avec une plume taillée en cuiller , et transportant sur le porte-objet la goutte d'eau et l'amas de débris obtenus de celte manière ; mais à moins que les rotifères ne soient en très grand nombre dans le vase , on sera exposé à les chercher long-tems en vain , et souvent le hasard seul les fera rencontrer dans ces débris végétaux parmi lesquels on cherche en même tems d'autres objets. Une infusion de foin ou de quelques végétaux secs peut aussi contenir des rotifères , soit que leurs œufs aient été adhérens à la surface de ces végétaux , soit qu'ils aient été apportes avec la poussière qui voltige dans l'atmosphère. La terre humide des jardins et surtout celle qui est couverte de mousse, contient beaucoup de ces petits animaux , qu'on voit se mouvoir dans l'eau qui a baigné cette terre. I
On est presque certain de voir beaucoup de rotifères , dans l'eau qui aurait lavé plusieurs touffes de mousses humides , prises dans les bois , au pied des arbres , ou dans une infusion de ces mousses ; on en voit toujours dans les cellules même des sphagnum , mais les toits exposés alternativement à I hu- j midité des pluies et à l'ardeur desséchante du soleil, sont un séjour plus ordinaire et bien plus surprenant , pour des rotifères qui subissent là des alternatives d'humidité et de sécheresse , d'activité et de léthargie. Ces animaux contractés « desséchés en globules durs , derai-transparens comme de la gomme , et susceptibles de revivre un grand nombre de fois s'ils sont alternativement humectés et séchés, se trouvent réunis dans le sable des noues et des gouttières , et surtout dans les touffes arrondies que certaines mousses , les bryum , forment fréquemment sur les toits , et sur les murs. Il suffit de délayer, dans un peu d'eau , la terre mêlée de sable que ces mousses ont retenue , pour y voir, au bout de quelques heures, des rotifères m vans , avec des anguillules et des tardigrades; ces mousses et la terre contenue peuvent être conservées au sec pendant des années , sans que les animaux dont elles sont le ♦éjour aient perdu la faculté de revivre ; il est donc facile d'à-
SUR LES ftOTIFÈRBS , ETC. l6t
voir toujours en réserve une quantité de ces substances, pour se procurer à volonté des rotifères. Il paraît bien d'ailleurs que ces animaux vivent également sur les toits , sans mousse ni sable , entre les ardoises, où l'eau de pluie , retenue par capillarité, entraine et dépose une couche de la poussière portée parle vent; car, ayant recueilli et laissé au soleil; l'eau pluviale tombant d'un toit d'ardoise exposé au midi , pendant l'été de 184 1 , à Rennes , je vis au bout de quinze jours cette eau rendue verte par une infinité de diselmis , fourmiller de rotifères; aussi, suis-je disposé à indiquer ce moyen comme un des meilleurs pour obtenir facilement ces animaux.
Les tardigrades que nous avons cités comme partageant avec les rotifères et les anguillules, la faculté de ressusciter après avoir été desséchés , se trouvent fréquemment dans les mousses des toits et des murs , et dans le sable des gouttières ; leur forme est celle d un petit ver épais , blanc ou rougeâtre , long de o,5 à 0,8 et marchant lourdement au moyen de buit pattes très courtes pourvues de petits ongles crochus. Les tardigrades ont été récemmpnt étudiés par M. Doyère , qui a trouvé le moyen de mieux voir leur structure interne, en les tenant sous l'eau jusqu'à ce qu'ils soient asphyxiés et gon- Ués par un excès de liquidé ; l'emploi du compresseur est surtout utile pour augmenter leur transparence et rendre leurs organes plus distincts en les écartant davantage.
Les tardigrades qui vivent sur les toits forment non seulement plusieurs espèces , mais encore des genres bien distincts , ce sont encore d'autres espèces différentes de celles-là qu'on trouve dans les eaux douces, et qu'avec la loupe on voit grimper aux parois des vases contenant ces eaux depuis un tems plus ou moins long.
Les brachions sont caractérisés par leur cuirasse diaphane ; ovale ou quadrangulaire , ouverte et dentée aux extrémités , d'où sortent , en avant , une paire de lobes ciliés comme ceux des rotifères , et eu arrière , une queue articulée et bifurquée. On les trouve parmi les conferveset les autres herbes aquatiques , dans les eaux douces , où ils sont très variés et quelquefois très nombreux ; on se les procure comme les autres systolides, qui constituent des genres et des ordres distincts, en remplissant des vases de verre avec l'eau et les herbes submergées des fossés ou des marais , ou même de*