OBSERVATIONS MICROSCOPIQUES SUR LES INFUSOIRES
Comme pour les systolides, nous devons, pour les iufusoires, nous en référer à l'Histoire naturelle que nous avons publiée daus les Suites àBuffon. Le nombre de ces animaux est trop grand, les modifications de leur structure sont trop variées, pour qu'il soit possible de les mentionner seulement dans un chapitre de ce Manuel. Nous nous bornerons donc à quelques renseignemens généraux , sur leur étude et sur la manière de les obtenir. Et d'abord , nous dirons que c'est une erreur que de croire qu'il faut chercher les infusoires dans les eaux pourries et infectes, c'est à peine si Ion y trouverait quelques monades et vibrions ; bien au contraire , la majeure partie des infusoire> vivent , ainsi que les systolides , dans les eaux stagnantes , mais pures, entre les herbes submergées et parmi les débris vaseux
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dont ces herbes sont recouvertes. U faudra donc , pour se procurer le plus grand nombre des infusoires , recueillir dans des vases de verre , l'eau et les herbes aquatiques , notamment les conferves, les lentilles d'eau, les cératophylles, lescallitriches, etc., des localités les plus différentes et dans toutes les saisons de l'année ; car, dans ces diverses circonstances , les infusoires ne sont pas les mêmes. Les eaux stagnantes sur un sol calcaire, contiendront avec les chara , des infusoires qu'on chercherait vaine ni eut dans les eaux d'un canton exclusivement argileux , lesquels d'ailleurs , auront aussi leurs animaux particuliers , comme aussi les eaux ferrugineuses, celle des tourbières , celle des fossés entourant les habitations , etc.
De même encore, on cherchera vainement, à certaines époques, les infusoires qui ne se rencontrent que dans une autre saison. Les peridiniens paraissent vivre exclusivement au priutems. Le volvox se trouve plus ordinairement à celte même époque et jusqu'au commencement de l'été , etc. Il faudra d'ailleurs conserver , en les étiquetant avec soin , les bocïux quicontiennent les différentes eaux, et les explorer de teins en tems avec la loupe, car certaines espèces d'infusoires s'y montreront successivement et s'y multiplieront quelquefois beaucoup. Quand les eaux ont été mises avec les herbes aquatiques dans un vase , on voit bientôt certains infusoires ramper ou se fixer aux parois : telles sont les vorticelles simples ou composées , lesslentor, les arcelles et les amibes; on peut les transporter sous le microscope , au moyen de la plume en cuiller dont on se sert pour racler les parois. Un peu plus tard , cette même opération peut procurer des espèces plus nombreuses d'infusoires et de systolides , quand une couche de débris et de bacillariées et de petits algues ou d'oscillaires , s'est fixée à la paroi , et que la plume enlève à la fois cette couche de débris qui emprisonnent un grand nombre de petits animaux.
La couche de débris et de petites algues qui recouvrent les tiges et les feuilles submergées , et les pierres et les branches mortes tombées au fond des marais , est extrêmement riche en productions microscopiques ; il faut aussi en enlever un peu avec la plume en cuiller pour le transporter sur la plaque de verre ; ou bien racler un de ces objets couverts de débris avec un canif ou un scalpel au-dessus du porte objet.
Pour les infusoires qu'on n'a pu obtenir ainsi en raclant la
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paroi du flacon ou la surface des végétaux submergés , il faut les pêcher au hasard, soit en prenant une goutte d'eau en un point quelconque du vase , soit en transportant sur la plaque de verre un petit paquet de conferves qu'on y presse pour faire tomber L'eau interposée , et qu'on enlève ensuite , afin de.chercher dans la mince couche d'eau abandonnée t ce qui peut s'y trouver.
Les eaux colorées en vert ou en rouge , doivent toujours leur teinte plus ou moius prononcée à une infinité d'iufusoires de cette couleur, qu'on n'aura pas de peine à se procurer, car chaque gouttelette d'eau en contient un très grand nombre ; ils se meuvent ordinairement d'abord avec une vivacité trop grande pour qu'on puisse bien distinguer le filament , ou les filamens flagelliformes qui leur servent d'organes locomoteurs , et qu'on peut signaler comme les objets les plus difficiles à voir nettement au microscope , et conséquemment comme les meilleurs test-objets.
L'eau qui baigne les oscillaires formant une couche glutineuse à la surface de la terre humide au bord des mares et des fossés , ou simplement l'eau qu'on aura conservée sur les plaques d oscillaires , enlevées de la surface du sol humide et ombragé, ou au pied des murs humides, sera rempli d'iufusoires avec des anguillules. Le dépôt brunâtre luisant qu'on voit quelquefois au fond de l'eau dans les ornières ou les fossés , devra être recueilli pour l'observation ; ordinairement c'est un amas de bacillariées , mais quelquefois aussi ce dépôt est composé d'infusoires , comme celui que j'eus l'occasion d'observer dans une ornière , près du parc de Monceaux , à Paris, en 1837, et qui se composait exclusivement de dileptes.
C'est parce que les premières observations sur les infusoires ont eu pour objet ceux qui se produisent dans des infusions, qu'on leur a donné ce nom. Il conviendra donc d'étudier les animaux des infusions , quoique , ainsi que nous l'avons dit , ils ne soient que la moindre partie de ceux que nous offrent les eaux stagnantes, et quoique, d'autre part, il n'y ait pas un des animaux observés dans les infusions, qui ne se trouve p^ssi dans l'eau des marais et des fossés , qui est déjà une vé • u tble infusion , et qui le devient de plus en plus , quand ov x d conserva dans un vase avec des herbes aquatiques.
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Les animaux observés dans les infusions artificielles , sont souvent en quantité considérable; mais ils appartiennent seulement à quarante ou cinquante espèces comprises dans les genres vibrion , bacterium , spirillura , amibe , monade , amphimonas , cercomonas , trepomonas , hexamite , enchelys , trichode, kolpode, trachelius , loxode, plœsconie , paramécie, glaucome , kerone , oxy trique et vorticelle.
On a varié de mille manières , la nature et les circonstances des infusions, sans obtenir d'autres modifications dans le résultat , qu'une rapidité plus ou moins grande dans l'apparition et dans le développement de ces petits êtres , et la coexistence d'un nombre plus ou moins considérable d'entre eux. On avait fait des infusions d'une foule de végétaux et de leurs diverses parties , et l'on avait noté , comme résultats différens , ce qui n'était réellement qu'un léger retard ou une plus grande activité de développement, pouvant provenir de la température, de la proportion du liquide et de diverses causes accessoires.
On peut bien poser , comme règle générale , que les infusions , pour donner un résultat convenable , doivent être préservées de la fermentation putride ; et pour cela , on doit éviter que la proportion de la substance mise en infusion , ne soit trop considérable, surtout en été, quand la température activerait la putréfaction. Il vaudra mieux , dans tous les cas , mettre l'eau en excès. On devra également favoriser l'accès de l'air et de la lumière sur l'infusion , sinon , il s'y développerait des moisissures et non des infusoires ; mais aussi , il faut éviter la chaleur des rayons solaires en été.
On avait jadis vanté beaucoup l'infusion de poivre ; et en effet , cette infusion , quand l'eau est en quantité suffisante , est fort riche en animalcules ; mais toute autre graine broyée de même, le chenevis , par exemple, peut donner un résultat semblable. L'infusion de foin donnera presque toujours de fort bons résultats , parce qu'elle ne se pourrit pas facilement ; elle pourra bien , d'ailleurs , comme celles des autres substances végétales sur lesquelles des œufs ont été déposés , présenter quelques rotifères et même d'autres animaux do classes différentes. Il faut bien aussi faire attention que certains diptères, dont les larves sont aquatiques, pourraient être venus déposer leurs œufs à la surface même de l'infusion