‹ Nouveau manuel complet de la bonne compagnie, ou, Guide de la politesse et de la bienséanceChapitre 31 sur 70 · LS · texte numérisé non relu

LS

QE SX.

; \ Des Discussions el des Citations.

| Quel que soit le sujet de la conversation, proposez otre avis avéc modestie; défendez-le de sang-froid et #'un ton doux si on le combat ; cédez de bonne grâce ( vous avez tort; cédez encore, bien que vous ayez Maison, si la chose qu'on discute est de peu d’imporlance, et surtout si la personne qui vous combat est une lame ou un vieillard. Cependant, si l'amour de la véité ou le désir de vous instruire vous forcent à entrer n discussion , faites-le avec ménagement et politesse. Si vous ne ramenez pas votre contradicteur à votre J\vis, vous vous serez du moins concilié son estime.

| Mais si vous avez affaire à un de ces gens qui, posfédés de la manie de la discussion, commencent par jontredire avant d'écouter, et qui sont toujours prêts à Joutenir l’avis contraire , cédez-lui la place; vous n’aujiez rien. à gagner avec lui. Tenez-vous pour certain que l'esprit de contradiction ne peut étre vaincu que jar le silence,

L'insuppo ortable pédantisme d’une nuée de citateur£} sans tact et sans esprit a justement décrédité, pour longtemps, les citations ; mais, lorsqu'elles sont bien choisies , rares, courtes ; qu ‘elles sont protégées par V'àpropos,

Qui fuit comme | St qui plaît comme les ras

qu’elles sont tout-à-fait neuves et maniées par une personne pleine de modestiestde finesse et de goût, ayant) un parfait usage du monde, les citations ont beaucoup

de succès et de charme ; maïs, hors ces conditions, point de salut, et en ce genre point de milieu : ou bien vous

serez un modèle, ou bien un insupportable pédant. Voyez si vous voulez en courir étourdiment la chance, surtout à votre début dans la société, lorsque les jeunes gens doivent, avec tant de soin, éviter de faire parade

d’une vaine érudition de collège, et ne pas briguer la!

réputation de savant par l'emploi de mots empruntés à des idiomes étrangers, ou des termes de sciences inconnus aux gens du monde. Il est une manière e faire passer agréablement une citation : lorsqu’ elle est connue des RUE on doit la commencer de manière

à l'indiquer, et la laisser inachevée, semblant dire: Con- |

tinuez, vous qui contez si bien.

Mais donnons, sur les emprunts faits aux langues étrangères, quelques courtes explications.

Des Citations en langue étrangère.

Nous professons une aversion implacable , un invin cible dégoût pour le pédantisme sous toutes ses formes:

1 qu ñl se fasse littérateur, poète, artiste, historien, sawant, nous abhorrons toutes les nuances de son langage. Partout nous frappons de notre réprobation suprême . tout discours hérissé de citations en langue étrangère, | me faisant pas plus de grâce au pédantisme d'idiomes modernes qu'au pédantisme grec ou latin, regardé | comme la pire espèce. La règle ainsi nétement posée, | les exceptions auront plus de poids.

On peut employer rarement, heureusement, quel- | ques mots latins , lorsque leur signification. est généra-

| | nent de la cie ou de la grâce au discours, tels que : À vice versà (réciproquement), subito (d’une manière | subite), ex professo (à fond), vade retro (éloigne-toi), | et autres termes analogues. |

| De même les expressions italiennes : far niente (le

| rien faire), desinvollura , morbidezza (abandon, gra-

| | cieuse mollesse), qui n’ont guère d’équivalents dans

| notre langue, et qui, d’ailleurs, ont reçu droit de cité.

| Quant aux noms d’ouvrages.et de personnages célèbres,

| ils ont été si francisés, qu'il y aurait une affectation ridi- | | cule à dire : #7 Petrarca, au lieu de Pétrarque ; la Gieru- | | | salemme liberata, au heu-de la Jérusalem délivrée, etc. | | On peut éncore rappeler agréablement, quoique avec | | sobriété , le lasciale ogné speranza, e son 10 pillore, | et autres beautés consacrées, du reste , dans toutes les | langues ; mais ceci, à deux conditions qui dégagent la | citation de tout émbarras, pour en laisser goûter libre- | ment le charme : l’une, c’est de posséder parfaitement | le sujet que l’on cite ; l’autre, est de ne jamais s'adresser | à des gens auxquels il faudrait l'expliquer. L’entretien Bonne Compagnie. 11

procède par échanges, et non par commentaires. Dans ce cas, il faut traduire ou s’abstenir.

Mais l'allemand, mais l'anglais, si recherchés de nos 1

jours, ont des exigences bien différentes. Qu'il s'agisse de personnages, d'objets bien connus ; que les auditeurs puissent lapprèécier ou non, ne prononcez jamais Goëthe, mais Gueute; Byron, mais Beyrone ; Shakespeare, mais Chespire; Holyrood, mais Holeiroud ; Fotheringay , mais Fozirinegay; Times, mais Tuïsme, attendu que chacun est censé connaître l’auteur de Werther , de Child-Harold, de Hamlet; que chacun doit prononcer comme il convient le nom de la retraite de

Louis XVIIT, de la prison de Marie-Stuart, d’un jour- | pal anglais dont nos gazeltes parlent sans cesse. Par |

une raison semblable et plus plausible, prononcez splin pour spleen; kipsèke pour keepsake; Meuffine pour Muffin; Sandouiche pour Sandwich; car vous comprenez bien que l’humeur sombre, les livres d’étrennes, les gâteaux délicats, les tranches superposées et succulentes, nous sont encore plus familiers que les souvenirs historiques et les noms des hommes de talent (1).

(4) Nous ne prétendons pas donner l’exacte nomenclature de tous

les mots étrangers passés dans le discours usuel; la tâche serait dis proportionnée. II nous suflit d’avoir indiqué la marche aux personnes alouses de se conformer aux bons usages; elles s’empresseront, sans nul doute, d'apprendre comment prononcer Westminster, Steeplechase, etc. Quant aux personnes insouciantes de la prononciation, qu’elles songent à ce que serait le: mot bee/flake (biftek) prononcé

comme il s'écrit; qu’elles se souviennent des innombrables moqueries »

qu’une dame s’est attirées dans le monde parisien, pour avoir prononcé le dernier mot cité, sep{ petites chaises.

Lu

BIENSÉANCES DE LA CONVERSATIONe 423

Page 1