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… Des Plaisanteries , des-Proverbes, des Calembourgs et des Bons mots.
Si la société n’est point une école pour exercer les pédants, elle n’est point aussi une arène à l’usage de ces gens malignement spirituels, qui se croient patentés pour insulter avec grâce. Quels que soient la finesse de leurs traits, le sel de leurs observations , le rire même qu’ils excitent en moi, je ne refuse pas moins aux esprits caustiques et railleurs le nom de personnes polies, de personnes du bon ton, car la politesse, c’est la bien
veillance. Or, ceux qui s’étudient sans cesse à troubler,
- à blesser les gens, en ne prenant d’autre précaution
que de leur enlever le droit et le moyen de se plaindre; qui sont à l'affût de la moindre erreur, pour l’amplifier, l’envenimer , la présenter sous le point de vue le plus ridicule; qui s’attaquent lâchement à ceux qui ne peuvent leur répondre, ou s’exposent chaque jour, pour un sarcasme , à jouer leur vie et celle d'autrui dans un duel; ces gens-là, que sont-ils? Je n'ose, en vérité, le dire.
Un tel portrait, qui certes n’est pas chargé, rendrait à jamais la plaisanterie odieuse ; mais plaisanter n’est pas ressembler à ces méchants-là, grâce à Dieu! c’est s'en éloigner , au contraire; car la plaisanterie douce , gracieuse, légère, doit être partagée de bon cœur par ceux même qui en sont l’objet; c’est une lutte amicale, enjouée, où jamais ne doivent apparaître la causticité ,
la défiance , le ressentiment. Dès que vous en apercevez l'ombre, la plaisanterie cesse en effet : cessez-en . donc aussitôt l'apparence. |
Quand au persifflage, cette causticité des sots ; à cette gaîté niaise, excitée par là candeur où par la politesse des gens auxquels vous faites faussement croire des choses assez simples, parce qu'ils se refusent à vous dire qu'ils dévoilent ce plaisir d'hébété, je n’ai rien à en dire, sinon que j'ai trop bonne opinion de mon lecteur pour penser qu'il ne méprise pas ces travers comme je le fais.
Les citations populaires , les proverbes, comme les autres cilations , exigent quelques soins; et d’ailleurs, hors de la causerie familière , ils sont tout-à-fait dépli
cés. S'ils sont fréquents, la conversation devient un en- :
nuyeux commérage ; s’ils sont lancés sans an court avis préalable, de deux choses l’une, ou ils empéchent le causeur d’être Compris, ou ils lui donnent l'air de Sancho Pança. Mais l'avertissement nécessaire est fort court : Comme dit le proverbe ; comme veut la sagesse des nations. Un proverbe bien appliqué, et placé à la fin d’une phrase, offre souvent une très-heureuse conclusion.
Je n’en parle que pour les blâmer, que pour supplier mes lecteurs de ne se point mettre fabricants de calembourgs; de mépriser cet esprit des sots, ce moyen puéril d'exciter un rire passager. Ce n’est point qu'ils ne puissent répéter dans la bonne société un de ces rares Calembourgs politiques qui sont heureux et pour la forme et pour le fond: ce n’est pas qu'ils doivent dénigrer cette forme de plaisanterie dévant les per-
ne “Vite
cdere
sonnes qui l’aiment, et moins encore leur dire ce que, d’ailleurs, elles entendent tous les jours : C’est
‘mauvais ; avoir du goût n’est pas un titre pour être
impoli.
Il faut être bien plus sévère pour un autre genre d'équivoques , pour celles qui blessent la pudeur. La bienséance permet, elle ordonne même de ne point écouter , d'interrompre le mal-appris qui vous importune de ces indécents jeux de mots qu’un homme de bonne compagnie doit toujours éviter. Ce sont celles à l’aide desquelles on couvre certaines plaisanteries d’un voile si transparent, qu’elles sé remarquent da-
vantage. Quel plaisir peut-on trouver à faire rougir
les dames , et à mériter le titre d’ homme de mauvaise éducation ? |
IL est des gens qui croient pouvoir se permettre toute espèce de plaisanterie devant certaines personnes; mais un homme de bon ton doit être réservé partout. On pourrait citer plus d'un exemple de ceux qui ont perdu la politesse de manière et de langage en prenant les habitudes et la conversation de toutes les sociétés où le hasard les conduisait. Il ne faut qu'un instant pour perdre ces nuances délicates qui font l’homme du monde et qu'on a tant de peine à acquérir.
C'est une très-grande erreur de croire qu'il faille toujours briller dans la conversation, et qu'il soit plus avantageux de se faire admirer par une vive et prompte répartie, que de se renfermer quelquefois dans le silence ou dans quelque réponse moins brillante que judicieuse (1). I ne faut pasg'imaginer que les traits
(1) Pour qu’une réponse soit vraiment agréable, il faut que celui qui
d'esprit soient tous dans l’ordre de la bienséance : un air vain et triomphant gâté un bon tot ; aussi, lorsque . vous répètez un mot de cegenre dont vous êles Lau. teur , gardez-vous d'en instruire ceux qui vous éct pu tent. La tendance qu'ils auraient à blâmer votre orgueil, les empécherait d'apprécier votre esprit.