‹ Nouveau manuel complet de la fabrication des collesChapitre 32 sur 75 · VII. GÉLATINE ALIMENTAIRE AVEC LES OS, PAR ROPER · texte numérisé non relu

VII. GÉLATINE ALIMENTAIRE AVEC LES OS, PAR ROPER

On charge le cylindre d'un digesteur avec des os, de préférence f eux de mouton, qu'on a brisés en morceaux ou mieux réduits en poudre, et par 100 kilogrammes d'os on ajoute 60 litres d'eau; le digesteur est fermé hermétiquement et on y fait arriver de la vapeur d'une petite chaudière à une atmosphère et demie de pression. Au bout d'une heure, la pression est portée peu à peu à deux atmosphèrei et demie et soutenue à ce taux pendant trois à quatre heures. Au bout de ce temps, on soutire la gélatine. Si on a employé des os en poudre, il faut filtrer cette gélatine, tandis que si l'on s'est servi d'os entiers enveloppés dans une grande toile de laine, la chose n'est pas nécessaire, on fait couler cette gélatine dans des formes plates en fer-blanc et on la fait sécher comme à l'ordinaire sur des filets.. On la lave ensuite, on la dissout à la vapeur et on y mélange du sucre, de l'essence de citron, 4e l'huile d'amandes, etc. Pour. 3 kilogrammes de gélatine on prend 16 grammes d'essence de citron, on mélange le sucre après l'avoir fait fondre dans du jus de citron. L'huile d'amandes est mélangée dans la même proportion que l'essence de citron, mais au lieu de jus de citron on emploie de l'eau pour faire fondre le sucre.

Cette gélatine est conservée dans des pots, avec de l'eau bouillante dans laquelle on délaie un blanc d'œuf et quelques gouttes devin, on en prépare instantanément des gelées; pour les blanc-manger on fait bouillir dans du lait.

SECTION IX

Colle à bouche.

La colle à bouche est une matière gélatineuse, sèche, que Ton emploie à froid pour coller le papier sur les planches à dessiner, ou pour attacher plusieurs feuilles de papier les unçs à la suite des autres. On la prépare en faisant macérer, dans une petite quantité d'eau, de la colle de Flandre de belle qualité. Quand la colle est ,bien ramollie, on la chauffe dans l'eau qui la couvre et elle s'y dissout facilement. On y ajoute alors environ un dixième de son poids de sucre blanc, et l'on continue de chauffer jusqu'à ce que la masse soit transparente et homogène ; à cette époque, on la retire du feu, et lorsque par le refroidissement elle est sur le point de se figer, on l'aromatise avec de l'huile volatile de citron. On la coule ensuite dans un moule parallélipipédique, et qui doit avoir en longueur et en largeur des dimensions telles, qu'elles correspondent à un" certain nombre de tablettes ae colle h bouche prise à l'état frais.

Lorsque la colle est entièrement figée et qu'elle est sous forme d'une gelée très-consistante, on la détache du moule on la renversant sur un plan bien dressé ; alors on la coupe par bandes parallèles et horizontales de 6 millimètres d'épaisseur au moins, en commençant par la partie supérieure; cela s'exécute avec un fil de cuivre très-mince, tendu à la partie inférieure d'un assemblage de trois pièces de bois réu- . nies à angles droits et formant un rectangle dont le fil métallique est le quatrième côté. *€e cadre se meut à coulisse dans un autre cadre n'ayant aussi que trois cotés assemblés d'une manière très-solide. Le fil de cuivre glisse en dehors du deuxième cadre et peut être amené à toutes les hauteurs désirables en levant ou baissant le cadre qui le porte dans la coulisse du second cadre qui doit être appuyé sur le plan horizontal; il suffît alors de l'y promener de manière que le • fil rencontre la colle, pour que celle-ci soit coupée régulièrement, si l'on a soin de tenir le cadre toujours vertical ou de l'incliner d'une quantité toujours égale.

Lorsque la colle est coupée en lames horizontales, on la divise verticalement en long et en travers^pour lui donner toutes les dimensions convenables. Ensuite elle est placée sur des plaques de fer-blanc, dont la surface est amalgamée avec 4« mercure, pour qu'elle ne s'y attache point, et on la fait sécher dans un courant d'air, à l'ombre, ou dans une

étuve dont la température est peu élevée d'abord, pour » pas la liquéfier.

Pour employer la colle à bouche, il faut la ramollir dans la bouche en l'imprégnant d'une petite quantité de salive, puis la poser entre les parties que l'on veut faire adhérer, et l'y comprimer en lui donnant un mouvement de va et de vient. Il ne faut plus ensuite que frotter rudement ces parties avec un corps dur et lisse, pour qu'elles adhèrent fortement. Entre le frottoir et le papier que l'on veut coller, il faut placer une bande de papier commun pour empêcher que le premier ne soit lissé ou déchiré.

SECTION X

Colle de Poisson.

La colle de poisson est une substance animale qu'on prépare avec la vessie natatoire de quelques espèces d'esturgeons Linné, Pallas, Chevalier, Bon et plusieurs voyageurs ou naturalistes, ont donné des détails intéressants sur cette matière, détails qui se trouvent résumés dans le programme publié en 1825, par la Société d'encouragement d'un prix pour la fabrication de la colle de poisson et que nous allons

! reproduire ici.

« Depuis longtemps, dit le programme, on a cherché les

! moyens de remplacer Yichthyocolle par une substance moins

I rare, et pour laquelle on ne fût plus tributaire de la Russie ;

j des sociétés savantes en Allemagne, à Londres, à Paris, ont

i proposé des prix pour la solution de ce problème.

» La colle de poisson, nommée ichthyocolle dans les arts, et isin-glass par les Anglais, sert à beaucoup d'usages, les médecins la prescrivent comme médicament; elle sert à ctari-

; fier la bière, le vin, l'infusion de café ; on l'emploie pour donner du lustre et de la consistance aux étoffes de soie, aux

' rubans, aux gazes, pour préparer le taffetas d'Angleterre, les fleurs artificielles et le papier glacé; pour contrefaire les perles fines, pour recoller la porcelaine et le verre; elle entre dans la composition des gelées alimentaires: les lapidaires l'emploient pour monter les pierreries. M. Rochon a fait une très-belle et très-utile application de l'ichthyocolle en composant les lanternes des vaisseaux avec des toiles métalliques trempées dans une solution de colle de poisson. De tous ces usages, la clarification de la bière est le seul pour lequel l'industrie n'ait encore pu parvenir à remplacer Yichthy.ocolle : c'est, donc à cet emploi qu'il faut attribuer lo

Fabricant de Colles. 12

prix souvent fort élevé que le commerce met à l'achat de cette substance.

» Jusqu'à présent les Russes ont eu le commerce exclusif de cette colle, qui se prépare sur les bords du Wolga, de l'Iaïk, du Don et de la mer Caspienne : les Hollandais vont la chercher au port d'Archange!.

» La colle de poisson se fait avec la vessie natatoire du grand esturgeon (acipenserhuso). Les Moscovites procèdent de la manière suivante : ils ouvrent dans leur longueur les vessies aériennes, et les lavent dans de l'eau de chaux trèslégère ; ils en retirent la fine membrane qui les recouvre, puis ils enveloppent ces vessies dans de la toile mouillée, les pressent, les étendent ensuite et les font sécher en feuilles, ou les roulent sur elles-mêmes, plient ce rouleau et le contournent en forme de cœur ; ils rapprochent les deux bouts, et les assujettissent l'un contre l'autre au moyen d'une petite cheville de bois, qui ompeche les feuillets de se désunir, enfin ils suspendent ces rouleaux cordiformes à l'air pour les faire sécher.

» On distingue dans le commerce cinq sortes de colle de poisson; une en petits cordons, une autre en gros cordons, une troisième en feuiUes ; leur prix varie, en France, suivant leur qualité et les chances du commerce, depuis %i jusqu'à 36 francs le kilogramme. On vend aussi une colle de poisson en gâteaux, préparée avec les débris des membranes; elle a beaucoup moins de valeur que les deux autres, et est impropre à la clarification de la bière.

» Enfin, on obtient eu Laponie, une colle de poisson en tablettes, en faisant dissoudre à chaud la peau, la queue et les nageoires des poissons sans écailles; celle-ci ne peut être assimilée qu'à la colle-forte bien préparée.

» Il paraît que les Russes ne se bornent pas à la vessie natatoire de l'esturgeon pour fabriquer l'icnthyocolie, ils emploient plusieurs autres membranes de quelques autres poissons, tels que le sterlet, le silure, les squales. ' » Les recherches entreprises jusqu'à ce jour dans la vue de trouver une substance indigène capable de remplacer TicnthyocoUe de Russie, ont été dirigées vers la préparation d'une gélatine la plus pure possible. Les produits obtenus en suivant cette direction ont pu suppléer à la colle de poisson dans tous les emplois où celle-ci est convertie en gélatine, c'est-à-dire dissoute dans Teau chaude ; mais relativement à son usage spécial, le seul important aujourd'hui, la clarification de la oière, on est resté tout aussi loin du but qu'on l'était avant les premières expériences.

» La théorie de l'action de VichtkyocoUe dans la clarification de la bière ne paraissant pas bien connue, des observations microscopiques et des recherches chimiques ont été entreprises récemment; elles ont amené les résultats suivants :

» La colle de poisson, détrempée à froid dans Veau et malaxée jusqu'à être réduite en une bouillie claire, conserve une organisation remarquable; elle se compose de fibres droites, blanches, nacrées; délayée dans du* vin blanc ou de la bière faite, elle forme une gelée remplie de fibrilles excessivement déliées, qui se disséminent dans toutes les parties de la bière lorsque l'on y verse cette gelée en l'agitant fortement.

» Si cette espèce du réseau restait ainsi étendu dans le liquide^ on ne concevrait pas comment il pourrait opérer une clarification quelconque ; il était probable qu'un agent inconnu déterminait sa contraction. Des, expériences sur tous les principes solubles et insolubles contenus dans la bière trouble au moment où elle va être livrée au consommateur, ont appris que la levure réagit sur les fibrilles de l'ichthyocolle de manière à les contracter. On conçoit alors que le réseau étendu dans le liquide, se resserrant de plus eu plus sur lui-même, enveloppe toutes les substances insolubles; la solution claire seule peut traverser ses innombrables mailles. Des bulles de gaz acide carbonique, enfermées elles-mêmes, entraînent à la superficie de la bière une partie du réseau contracté avec les substances qu'il retient, et forme cette écume rejetée par l'ouverture de la bonde. Les fibrilles gélatineuses ne se dissolvent pas dans les solutions acides faibles, en sorte que l'ichthyocolle peut être employée pour clarifier le vinaigre; mais dans cette circon r Btance, la contraction ne s'opère pas, et la clarification ne peut être complète sans faire filtrer' le liquide sur des copeaux.

» Des expériences directes ont démontré que la colle de poisson dissoute dans l'eau chaude est désorganisée, ne produit aucun des phénomènes ci-dessus décrits et n'opère pas la clarification de la bière.

*> D est donc désormais inutile de présenter de la gélatine ou colle-forte, quelque pures qu'elles puissent être, pour remplacer la colle de poisson : c'est parmi les matières susceptibles de former un réseau semblable à celui de l'ichthyocolle que l'on peut espérer trouver celle qui remplacera cette substance.

» Les intestins et autres détritus des poissons sont rejetés

dans dos villes maritimes; à Marseille notamment, où la salaison des poissons a lieu en quantités considérables; ces -débris encombrent plusieurs rues; ils pourraient probable* ment fournir aux concurrents une matière première propre à la fabrication d'une ichthyocolle indigène.

» Si les essais sur cette matière ne réussissaient pas, ou que la quantité recueillie fût insuffisante, on devrait diriger ses vues sur toute autre substance organisée, susceptible de former des gelées fibreuses peu solubles dans la bière, où elles pussent être contractées par l'un des agents contenus dans cette boisson.

» Le règne végétal offrirait même des chances de succès, ainsi l'acide gélatineux trouvé dans l'écorce de Vaylanthus glandtdosa, et répandu dans les racines charnues, les tubercules, etc., et miscibles à l'eau au moyen de l'ammoniaque ou d'une solution alcaline, et tous les acides le coagulent en gelée. Le mucilage du salep, soluble dans l'eau, se prend en gelée fibreuse par une addition de magnésie, d'ammoniaque, de soude, etc. Ces substances et d'autres analogues peuvent donner lieu à des recherches utiles. »

A ces détails nous ajouterons l'extrait d'un très-bon article que M. A. Baudrimont a inséré sur cette substance dans le Dictionnaire de l'industrie manufacturière»

« La colle de poisson, dit ce chimiste, se prépare, comme on sait, avec la vessie natatoire de quelques espèces d'esturgeons : on cite Yacipenser sturio, Yacipenser huso et l'actpenser ruthenus, de Linné. Cette colle est une matière gélatineuse d'une grande pureté; sa couleur est nulle et sa cohésion est considérable. On la trouve dans le commerce sous différentes formes :

» 1° En petits cordons, première sorte, dite patriarche. C'est une membrane roulée sur elle-même en forme de fuseau allongé n'ayant tout au plus que 1 centimètre de diamètre vers le milieu de sa longueur, qui est de 5 à 8 centimètres. Cette espèce de cordon est plié circulairement, et chacune de ses extrémités est recourbée en sens contraire de la grande .courbure, et dans le même plan; disposition qui lui donne la forme d'une lyre. Cette colle de poisson est la plus recherchée du commerce; elle est incolore, translucide quand on la voit en masse, et ne renferme aucune substance étrangère dans son centre.

» %° En petits cordons, deuxième sorte. Elle ressemble à la première ; mais elle est colorée , opaque et renferme souvent des matières étrangères dans son intérieur.

» 3° En gros cordons. Cette troisième espèce ressemble

COLIiE de poisson. 137

à la première ; mais les cordons en sont beaucoup plus gros et plus longs, ils ont 2 à 3 centimètres de diamètre, et 25 à 35 centimètres de longueur. Ils sont également plies en lyre. Cette colle de poisson est quelquefois aussi belle que la première ; mais quelquefois aussi elle lui est de beaucoup inférieure. Il faut la choisir peu colorée, translucide, se déchirant facilement, et ne renfermant pas de matières étrangères dans le centre des cordons.

» 4° En feuiUes. Cette espèce, dont le nom indique l'état, est quelquefois fort pure et de très-bonne qualité. D'autres fois, elle est falsifiée par des plaques faites avec de la gélatine dissoute puis desséchée.

•» 5° Factice, Celte sorte de colle de poisson est excessivement variable par son aspect : tantôt elle est sous forme de membranes, tantôt elle est en lyre, et tantôt en boules. On la prépare avec des membranes intestinales de poissons, desséchées, ou avec les mêmes parties dissoutes dans l'eau, puis étendues en membranes. On en rencontre qui ne peut se dissoudre dans de l'eau maintenue en ébulbtion pendant quelques heures, et on en trouve qui peut remplacer la colle de poisson dans tous ses usages : avant d'en faire l'acquisition il est donc important de l'essayer. *

» La préparation de la colle' de poisson est très-simple; on nettoie les vessies natatoires en enlevant les parties étrangères qui les couvrent; on les lave, et on les coupe en leur donnant les dimensions convenables aux différentes espèces commerciales; on roule chaque lame , on l'enfile avec une feuille et on la fait sécher à l'ombre. Four préparer la colle en feuille, on monde les vessies natatoires, on les dessèche, puis on les jette dans l'eau bouillante, et on les y laisse jusqu'à ce qu'elles surnagent; alors on les retire, on les ouvre et on les étend en feuilles pour les faire sécher.

» La colle de poisson est distinguée de la gélatine par des traces d'organisation qu'elle présente toujours lorsqu'on l'examine avec uq bon microscope.

» La colle de poisson est employée pour clarifier des boissons, pour faire' des gelées alimentaires, pour les ouvrages de marquetterie, pour préparer des membranes artificielles d'une grande transparence, qui sont employées par les graveurs pour calquer } et enfin pour faire des vitres de navires.

» Pour dissoudre la colle de poisson, il est indispensable de la faire macérer dans l'eau pendant une douzaine d'heures. Après cette opération, on la déroule, on la coupe en lanière avec des ciseaux; et on la traite par l'eau bouillant*: elle

138 chapitre n.

se dissout alors facilement, et, par le refroidissement, l'eau se prend en gelée, si elle en contient environ 0.04.

» Quelques personnes ajoutent de l'eau-de-vie à l'eau dans laquelle on fait macérer la colle. Cette eau-de-vie ne peut que retarder l'action de l'eau ; mais elle a l'avantage de s'opposer à la putréfaction qui arrive facilement dans les grandes chaleurs. D'autres personnes ajoutent du vinaigre qui facilite réellement l'action de l'eau : mais il communique en même temps sa saveur et son odeur aux matières que Ton veut clarifier ; ce qui est nuisible.

» Pour clarifier une liqueur on y ajoute une dissolution de colle de poisson , on agite : les matières contenues ordinairement dans les liquides potables, l'alcool, le tannin, •* les acides, etc., agissent sur la colle de poisson, la précipitent, et elle entraine avec elle toutes les matières impures. Quand on l'emploie pour clarifier des vins peu astringents, comme ceux de Bourgogne et de Champagne, il arrive souvent qu'elle ne se sépare pas complètement ; on est alors obligé d'ajouter une matière qui puisse se combiner à la gélatine et la précipiter; on emploie pour cela une infusion de thé dont le principe astringent complète la clarification. Il arrive souvent que ces vins étant très-troubles, il faut employer une assez grande quantité de colle de poisson pour les clariftr ; dans ce cas elle les décolore souvent en partie, et leur donne la teinte pelure d'ognon qu'ils acquièrent en vieillissant.

» Si l'on opérait sur des boissons ou des matières communes, on pourrait, au lieu de thé, employer une matière astringente quelconque, telle que la noix de galle, qui atteindrait le même but;

» Nous sommes tributaires de la Russie pour la colle de poisson qui provient d'esturgeons que les Russes pèchent dans la mer Caspienne, dans la mer Noire et dans les fleuves qui y versent leurs eaux. Cela a engagé la Société d'encouragement à proposer un prix pour la fabrication de cette colle, avec les membranes des vessies natatoires de nos poissons. Dans son programme, elle a dit que la gélatine ne pouvait agir de la même manière que la colle de poisson, et qu'il était inutile de tenter des essais avec elle. Quoique je n'en aie fait qu'un petit nombre sur cette matière, j'oserai

qui e. 1 plus grande. Il est donc très-probable qu'en employant de la gélatine neutre et incolore, comme on en pré-

COTUE DE POISSON. 139

pare actuellement en France, on arriverait au même résultat. Si la précipitation n'était pas complète, on l'achèverait avec une matière tannante , et pour ne point employer un excès de cette dernière qui serait nuisible, on pourrait emplir une burette graduée avec une dissolution de gélatine , et une autre semblable, avec une infusion de noix de galle; on verserait une portion de gélatine dissoute dans un vase à précipiter, et on ajouterait par-dessus de l'infusion de noix de galle jusqu'à précipitation complète (1). En lisant sur les burettes graduées, on trouverait alors le rapport en volume des deux liqueurs qu'il faudrait ajouter dans un liquide pour le clarifier.

Un recueil anglais, le Pharmaceutical journal, a publié aussi en 1849 une note sur la colle de poisson dont nous extrayons ce qui suit :

« M. Sugden Evans a donné les détails que voici sur le procédé employé en Russie pour préparer la colle de poisson.

» On ouvre la vessie, du poisson, on la lave avec soin dans l'eau froide, puis on la cloue Sur une planche et on l'expose au soleil pour la sécher.

» Avant qu'elle soit tout-à-fait sèche, on enlève la pellicule (tissu argentin). En hiver, à mesure qu'on extrait les vessies de poisson, on les enterre dans la neige sans les laver, et, quand le printemps arrive et que le temps est assez chaud pour les faire sécher au soleil, on les traite d'après le procédé décrit plus haut.

» Au besoin, on les sèche devant le feu, et dans ce cas il en sort quelquefois un liquide clair qui se durcit et forme ce qu'on appelle de la colle de poisson en larmes; mais cette manière de la sécher est loin d'être aussi bonne que celle qui résulte de l'exposition au grand air.

» Lorsque les vessies sontséchées au soleil on obtient une matière glutineuse, qui, étant enlevée au moyen du pouce et de l'index, forme l'espèce de colle de poisson connue sous le nom de kroski, mot russe qui signifie miettes.

» Après son exportation de la Russie, la colle de poisson est soumise à plusieurs autres opérations, afin de pouvoir l'employer pour les usages auxquels elle est destinée. Elle

fi) Poar éviter le magma qui ae formerait, les liqueur* seraient reeues dans de l'eau tiède i et comme il se déposerait lentement, on filtrerait de temps eu temps une petite quantité de la liqueur pour l'essayer. Si l'on avait ajouté trop d'infusion de noix de galb, on ajouterait de la dissolution de gélatine pour achever de la précipiter. Sans tons les cas, il vaut mieux un excès de gélatine qu'un excès de matière luntnte.

est triée, lavée, roulée en feuilles minces et coupée en petites bandes par des moyens mécaniques. M. Evans, en décrivant ces procédés, fait allusion à la falsification qui a été récemment mise en pratique, et qui, suivant lui, consiste soit À rouler ensemble des feuilles de colle de poisson et de gélatine, soit à tremper la colle de poisson dans une solution de gélatine, avant de la rouler et de la couper.

» Une fraude de cette nature a été récemment signalée par le chimiste anglais Redwood, des expériences duquel il résulte que la gélatine laisse par l'incinération, beaucoup plus de résidu que la colle de poisson, et que c'est le principal indice de son adultération par cette matière. 100 grains (6 grammes 583) d'ichthyocolle de l re qualité donnent, par l'incinération, 48 grains (Os.1485) de cendres; une même quantité de gélatine en laisse 4 pour 100.

» Pour éviter toute perte de matière pendant l'incinération, M. Redvood recommande l'emploi du creuset à large ouverture et la réduction en poudre de la masse lorsqu'elle & pris la forme spongieuse .

» M. H. Letheby, professeur de chimie et de toxicologie aa collège médical de l'hôpital de Londres, s'est également occupé d'une analyse comparative de l'ichthyocolle pure et <te celle renfermant de la gélatine. Voici de quelle manière il s'exprime au sujet d'un échantillon de ce produit débit* comme pur, dont il a fait l'analyse :

» 1° L'odeur de cette colle de poisson n'est pas bonne, car, tandis que la colle de poisson russe a simplement «ne légère odeur de poisson ou d'algue, celle par moi examinée possède une odeur caractéristique de matière animale en décomposition, odeur qui devient encore plus sensible lorsqu'on fait bouillir ce produit dans une petite quantité d'eau.

» 2° Son goût est très-désagréable et ressemble à celui de la colle-forte.

» 3° Elle rougit fortement le papier de tournesol, ce que la véritable colle ne fait jamais-

» 4° L'eau froide réagit sur elle d'une manière particulière ; car lorsqu'on traite la colle de poisson russe par l'eau froide, elle se gonfle à peine, devient opaque, et, lorsqu'elle est coupée en très-petits morceaux, les fibres se ramollissent légèrement, mais elles ne fournissent jamais uûe grande partie de flocons détachés, et Veau dans laquelle on l'agite pendant une douzaine d'heures ne se prend jamais sous la forme gélatineuse. La colle falsifiée, au contraire, disparut rapidement dans l'eau, les fibres se transforment en oie

masse floconneuse , et après douze heures de contact Feau perd sa fluidité et se prend en gelée.

» 5° Une solution de potasse caustique, après avoir agi sur cette colle de poisson, laisse une quantité de flocons non dissous plus forte qu'il ne le faudrait.

■» 6° Une forte solution d'acide oxalique agit différemment avec le produit en question, et laisse un dépôt plus abondant qu'avec la véritable colle de poisson russe. '

» 7° La cendre qui provient de l'incinération de la bonne colle de poisson russe est d'un rouge foncé; elle ne renferme qu'un peu de carbonate de chaux qui ne s'élève jamais à plus de 0.9 pour 100 décolle, tandis que la cendre provenant de la colle falsifiée a une couleur plus pâle, fait plus fortement effervescence avec les acides, et sa proportion s'élève à 1.42 pour 100.

» 8° Enfin l'ichthyocolle pure, vue au microscope, laisse apercevoir, dans toute sa masse, une structure organique, fibreuse, cellulaire ou épidermique, tandis que celle qui est falsifiée présente, indépendamment de ces caractères, une couche distincte d'une substance amorphe inorganique et transparente, possédant tous les caractères de* la gélatine ordinaire.

Purification de lacollede poisson. — La colle de poisson telle qu'on la reçoit de Russie n'est pas quelquefois assez pure pour certains usages alimentaires, pharmaceutiques ou économiques, et alors il est nécessaire de la purifier. Parmi les moyens qu'on peut employer pour cet objet, nous indiquerons ceux qui ont été proposés par un chimiste anglais, M. Nelson, qui a môme pris en France un brevet d'importation à ce. sujet, à la date du 2 mars 1838.

Les substances gélatineuses auxquelles s'appliquent mon invention, dit M. Nelson dans ce brevet, sont les différentes espèces de colles de poisson ou ichthyocolles, portant en Angleterre les noms de honey-comb, celles connues en France sous les noms de colle en gros cordons, de colle en cœur, de colle en morceaux; la colle dite de Samovy en Angleterre, en livre ou en feuilles : ces colles sont moins pures et moins solubles que la colle en petits cordons et celle en feuilles de Russie, qui, dans l'état où elles sont importées, sont suffisamment pures pour tous les usages auxquels on les emploie.

Je procède de la manière suivante :

Je prends les espèces d'ichthyocolle, auxquelles mon procédé s'applique, et les mets tremper dans de l'eau pure et froide, jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment imprégnées d'eau pour s'amollir et permettre de les nettoyer et de re-

tirer la crasse qui peut y avoir adhéré, ainsi que la peau de celles qui en sont garnies, comme aussi de fendre et de d> viser celles qui ont besoin d'être divisées, telles que la colle en gros cordons ou en cœur, ou la colle en masse ou en morceaux ; la colle Samovy, en livre, doit être fendue et divisée dans sa partie la plus épaisse, ce que j'exécute quand elle est suffisamment saturée ou amollie, comme il a été dit; et après cette macération, j'enlève avec soin la peau de celle des colles qui ont une peau, comme par exemple la colle en rayon de miel, le grand cordon ou la colle en coeur, la coùc en morceaux ou en masse ; les autres espèces, telles que la colle en livre et en feuille, n'exigent pas cette préparation.

J'enlève toutes les crasses qui peuvent y avoir adhéré ; je découpe, en parties distinctes, les morceaux qui sont plus épais dans un endroit que dans un autre, j'assortis les divers morceaux suivant leur épaisseur.

Après ce premier travail, je fais macérer ces colles dam une solution caustique d'alcali, faisant usage, à cet effet, de vases de terre peu profonds, ou de vases en briques garnis de ciment ou de toute autre substance non attaquable aux alcalis : ces vases, que j'appelle vases à macération, sont munis d'un couvercle qui soustrait leur contenu à l'action libre de l'atmosphère.

Le temps requis pour la macération variera selon l'épaisseur des morceaux de colle : vingt-quatre heures seront sut Usantes pour les morceaux très-minces, et de six à huit jours, ou même un peu plus longtemps, seront nécessaires quand les morceaux seront plus épais.

On reconnaît que la macération a a durô assez longtemps en perçant, avec une fourchette ou autre instrument analogue, les morceaux de colle : si l'instrument les traverse sans dit ficulté, c'est signe que la macération est complète; si l'on éprouve de la résistance, cela prouve que la macération n'a pas duré assez longtemps.

Quand les morceaux de colle sont très-minces, je soutire la solution au bout de vingt-quatre heures, et cette partie de l'opération est terminée; mais, quand ils exigent un plus loug temps, je soutire la solution après les premières vingtquatre heures, et je remplis le vase avec une solution nouvelle.

L'alcali que je préfère, pour la solution, est la potasse, et je la prépare de la manière ordinaire, avec deux parties de potasse d'Amérique ou trois parties de perlasse d'Amérique, dissoute dans trente parties d'eau, avec une partie de chaux

vive ou une quantité de chaux vive suffisante pour rendre la lessive caustique.

Quand la macération est complétée, comme il a été dit, je soutire la solution au moyen d'un robinet placé, à cet effet, dans la partie inférieure du vase, et je place les morceaux de colle séparément sur des tamis formés de canevas grossier étendu sur un cadre, portant en dessous des règles transversales pour pouvoir les placer les uns sur If s autres, et que chaque tamis soit isolé de celui posé dessus ou dessous; je place ces tamis dans un vaisseau que je remplis d'eau pure en quantité suffisante pour couvrir les tamis et les mor-

auuÉà colle qu'ils contiennent.

A oMe i"

A eMe époque de l'opération, je préfère l'emploi de l'eau douce, c'est-à-dire de celle qui dissout le savon.

Je fais circuler l'eau dans le vase ci-dessus, au moyen d'une ouverture au bas dudit vase et sur un bout pour l'écoulement de l'eau, pendant qu'un tuyau verse constamment une eau pure dans le vase par sa partie supérieure et par le bout opposé.

Je laisse ces tamis dans l'eau jusqu'à ce que l'alcali soit, par le lavage, extrait des morceaux de colle, et cette partie de l'opération dure généralement environ trente-six heures, à l'expiration desquels je place les tamis et les morceaux de colle y contenus dans une caisse en bois construite en la manière ordinaire, pour empêcher la fuite du gaz, et j'expose dans cette caisse les morceaux de colle à l'action du gaz sulfureux produit par la combustion du soufre dans la caisse ; je continue d'exposer les morceaux de colle au gaz sulfureux pendant plusieurs heures, le temps variant suivant l'épaisseur des morceaux : six heures sont suffisantes pour les feuilles minces, et vingt-quatre heures sont nécessaires pour les morceaux plus épais.

Après ce traitement, je replace les tamis avec les morceaux de colle dans le vase à eau, que je remplis d'une eau pure, et les soumets de nouveau à un courant d'eau pure pendant quatre à cinq heures; je les sèche ensuite sur les tamis, que j'expose à un courant d'air sec et frais; je préfère une température de 65» Fahrenheit ou 18° 33 C. pour cet objet. Quand les morceaux de colle ont ainsi été complètement séchés, on peut les livrer au commerce ou en faire usage.

On trouvera quelquefois, lorsqu'on soutirera la lessive caustique après la macération, que quelques morceaux sont encore trop fermes pour que la fourchette puisse les percer; dans ce cas, il faut mettre à part ces morceaux et les placer,

saturés comme ils le sont, dans le vase macérateur, sans solution alcaline, jusqu'à ce qu'ils s'assouplissent assez pour que la fourchette puisse les traverser, et l'on achève ensuite l'opération comme il a été dit ci-devant.

11 arrive aussi que, après que le séchage a duré un ou deux jours, on aperçoit sur quelques-uns des morceaux des parties de peau que, comme je l'ai dit, on doit enlever de certaines espèces die colle ; je les enlève à cette époque de cette opération, c'est-à-dire après le premier ou le second jour du séchage, si toute la peau n'a pas été enlevée dans la première période de l'opération.

Voici maintenant comment on compose dans leAgrd la colle de poisson factice dont il a été question plus flRt.

Les animaux dont on tire cette colle, sont les loups marins, - les marsouins, les vaches marines, les baleines, les requins, les sèches et toutes sortes d'animaux marins. On prend de ces animaux la peau, les nageoires, la queue, la tète, les arêtes ou cartilages, en un mot, tout le corps, excepté la chair, la graisse ou l'huile.

On fait cuire toutes ces parties dans de l'eau, en les préservant avec soin de la fumée et de tout ce qui pourra roussir le bouillon. Quand l'eau aura pris toute la substance qu'elle peut tirer du poisson et qu'il est bien cuit, on laisse tiédir et reposer le bouillon, pour le tirer au clair, et on le passe au tamis ou par un linge : ensuite on fait cuire le bouillon une seconde fois avec les mêmes précautions que la première, jusqu'à ce que les gouttes qu'on laisse tomber se figent en se refroidissant. C'est par là quton juge que la colle est faite. On la laisse alors refroidir , mais pas assez pour empêcher qu'elle ne puisse couler sur les tables de pierre, de caillou ou d'ardoise sur lesquelles on la jette. Lorsqu'elle fait corps, on la tortille en gaufre, et on l'enfile pour en faire des cordons qu'on' laisse sécher à l'ombre.

La colle est plus ou moins parfaite, selon le plus ou moins de soin qu'on a pris à la clarifier et à la conserver sans couleur. Pour qu'elle soit telle, il faut prendre garde si «lie ne se dissout totalement dans l'eau, sans y rien déposer.

Imitation de la coUe de poisson. — Voyons maintenant * quelles ont été les tentatives faites jusqu'à présent pour fabriquer, en France ou en Angleterre, de l'ichthyocolle artificielle "ou une colle ressemblant plutôt par son aspect que par ses propriétés à la colle de poisson. Malheureusement les produit fabriqués ne sont que de la 'gélatine, et bien loin de résoudre le problème posé par la Sbciété d'encouragement. La première de ces tentatives a été faite par M. Goubely ,

de Lyon, pour préparer un ichthyocole avec les écailles de carpes.

Les écailles de carpes, lavées et nettoyées avec soin, sont mises dans un cuvier, où Ton verse une quantité d'eau suffisante pour que les écailles en soient recouvertes. On ajoute ' ensuite 25 kilogrammes d'acide chlorhydrique par quintal métrique cKécailles ; op agite de manière que toutes les écail- ' les soient atteintes par l'acide. L'acide chlorhydrique décompose les phosphates et carbonates /le chaux renfermés dans l'écaillé , et alors la gélatine est bien plus facile à attaquer. Au bout de quelques minutes ,* temps nécessaire pour que l'acide ait produit toute son action , on lave de nouveau les écailles et on les laisse tremper pendant quelques heures dans une eau courante pour enlever ce qu'elles pourraient encore contenir d'acide. Toutes ces opérations de lavage se font dans des paniers à claire-voie.

Les écailles privées de leur sel sont mises avec une quantité d'eau égale en poids à celle des écailles employées dans une chaudière ordinaire étamée, dont l'ouverture est plus étroite que le reste, pour que le couvercle ferme mieux.

Le feu est modéré et entretenu jusqu'à ce que l'eau surnage les écailles et les agite librement; on verse ensuite le contenu de la chaudière dans un panier placé sur le cuvier pour séparer les écailles du liquide ; cette écaille , après qu'on Ta pressée ne contient plus de gélatine, et ressemble à des morceaux de corne dont elle a même toutes les propriétés chimiques.

Le bouillon ou la gélatine obtenu de cette manière est remis dans la chaudière avec trente-deux grammes de sul* fate d'alumine et de* potasse par chaque cent litres de bouillon; on fait bouillir avec précaution, afin d'éviter la carbonisation.

Lorsque cette composition est bouillante il se forme un précipité très-abondant qu'on laisse déposer dans le fond de la chaudière après qu'on a éteint le feu.

Après quelques heures on décante la liqueur qu'on verse dans un tonneau allongé dans lequel on fait passer un courant de gaz acide sulfureux obtenu par la décomposition de l'acide sulfurique à l'aide du charbon.

Le passage du gaz acide sulfureux dans le tonneau contenant la liqueur décantée s'opère au moyen d'une fiole ordinaire à médecine placée sur un réchaud et dans le goulot de laquelle entre un des bouts d'un tube à deux coudes dont l'autre bout plonge presque au fond du tonneau qui contient la liqueur; c'est ce coude en forme de siphon, qui

Fabricant de CoUes. gzedbyGdt^k

reçoit le gaz acide sulfureux qui s'élève de la fiole et qui le conduit dans la liqueur décantée.

La liqueur est alors pure e,t parfaitement claire ; elle conserve cependant une petite teinte verdàtre que Ton détruit et que Ton transforme en un blanc azuré au moyen de l'addition de quelques grammes d'acétate de plomb par chaque cent litres de bouillon.

La liqueur refroidie, c'est-à-dire descendue à la v température de 20 degrés, est coulée sur des planches horizontales de l m .65 de long sur 33 centimètres de large où elle ne tarde pas à se transformer en gelée.

Au bout de quelques heures cette couche gélatineuse est découpée avec des couteaux de bois en morceaux de 13 centimètres de long sur 8 de large.

Ces morceaux sont étendus sur des filets suspendus au plafond de l'appartement où ils se dessèchent au bout de trois ou quatre jours selon l'état de l'atmosphère. Le dessèchement .de ces morceaux s'opérant difficilement en hi- Ter, on peut employer à cet effet un calorifère ou poêle ordinaire composé de deux marmite* de fonte jointes ensemble. La marmite ^supérieure, qui est celle ouest établi le foyer, est environnée d'une enveloppe de tôle, formant une espèce de tambour en communication, à l'aide d'un conduit, avec l'air extérieur qui vient s'y échauffer; une ouverture est pratiquée au sommet de cette marmite pour l'échappement de l'air chaud.

La deuxième tentative a été faite en 1836 par MM. de Beau jeu et André qui s'expriment ainsi dans un brevet d'invention pris à cette époque pour cet objet.

« Frappé des avantages d'obtenirune colle de poisson à un prix peu élevé, M. André, à Marseille, après beaucoup d'essais, est parvenu à obtenir, par un nouveau procédé, une ich 1 thyocolle ou véritable colle de poisson qui ne laisse rien à désirer sous tous les rapports.

» Elle est diaphane, blanche, inodore, plus forte, plus belle et plus délicate qu'aucune espèce de colle connue, et elle peut servir non-seulement à clarifier la bière, le vin, les liqueurs fines, à lustrer la soie, à vernir et fabriquer le taffetas dit d'Angleterre, mais elle est encore très-utile comme substance alimentaire.

» Le procédé employé et la matière première dont on l'extrait permettent de l'établir à 25 ou 30 pour 100 au moins meilleur marché que la colle de poisson étrangère. n Pour obtenir l'ichthyocolle par ce procédé, on prend les

COLLE DE POISSON. é 147

grands os des grands animaux de la mer, tels que baleines, cachalots, marsouins, dauphins, requins, etc.

» Ces os, nullement utilisés jusqu'à ce jour, sont trèsabondants dans certains parages et faciles à se procurer.

» Pour extraire la colle contenue en grande quantité dans ces os, comme ils sont généralement fort durs, surtout les côtes, qui sont très-résistantes, il faut d'abord les scier ou ' les couper avec des coins et une masse de fer, pour leur donner environ 16 centimètres de longueur sur # 5 d'épaisseur.

» Ainsi disposés, ils présentent plus de surface à l'action des réactifs.

» Après leur avoir fait subir une opération préliminaire, très-essentielle, soit une forte ébullition dans l'eau pure, au moyen d'une grande chaudière en cuivre, pendant quatre ou cinq heures, ayant le soin d'enlever avec une écumoire toutes les parties grasses qui se montrent successivement à la surface ; on retire ces os de la chaudière , on les met à égoutter convenablement; puis on les met dans de grandes cuves en bois, cerclées en fer, pouvant contenir environ 60Q ou 800 kilogrammes.

» On les couvre ensuite d'acide hydrochlorique du c .'■• ■> merce à 22 degrés, que l'on réduit à 6 degrés au pèse-acide, en y ajoutant l'eau nécessaire pour arriver * à ce degré.

•» Après trois ou quatre jours de macération, cet acide affaibli se trouve neutralisé par les sels calcaires contenus dans les os, ce dont il est'facile de s'assurer par la dégustation, ou mieux encore en plongeant dans la cuve des papiers réactifs.

» Alors, au moyen d'un robinet en plomb au bas de la cuve, on en retire le liquide contenant presque en totalité de l'hydrochlorate de chaux, et après avoir laissé égoutter les os, on .verse dessus une seconde eau acidulée comme la première, à 6 degrés.

» Cette nouvelle immersion dure plus que la première, parce qu'il faut plus de temps à l'acide pour se saturer de phosphate de chaux, etc.

» On vide de nouveau la cuve comme il vient d'être dit, et, dans l'hypothèse que tous les os n'auraient point encore éprouvé l'action complète de l'acide, on les recouvrirait d'une troisième eau acidulée semblable aux deux premières.

» En un mot, le séjour des os dans cette eau doit durer jusqu'à ce qu'ils soient devenus mous au point d'être aisément courbés par la moindre force.

» Ce ramollissement varie, quant au temps, suivant que les os sont plus ou moins compactes.

» ToutefoiSTl a lieu d'ordinaire au bout de douze jours.

» A cette époque, les os sont sortis de la cuve, lavés dans de grands bassins d'eau pure, afin de les bien désacidifier.

» On répète, pour cela, trois fois les mêmes lavages, ayant soin de changer entièrement l'eau à chaque fois.

» Ramollis et bien lavés, les os sont placés sur des terrasses exposées au midi, afin de les faire sécher le plus promptement possible, puis dans une chaudière en cuivre remplie aux deux tiers de son contenu d'eau pure. de rivière; on en jette ainsi préparés jusqu'au haut de la chaudière, et on soumet le tout à une chaleur de 30° Réaumur, qui en fait sortir tous les corps gras, que l'on ôte avec soin.

» On porte à l'ébullition, que l'on soutient pendant deux ou trois heures, ce qui suffit pour que la cuisson soit opérée.

» On fait alors tomber tout le feu du foyer de la chaudière, et on clarifie le liquide avec la chaux ou avec la poudre de marbre, moyen infaillible pour avoir une colle de poisson pure, transparente, blanche, inodore et dégagée de tous corps étrangers, et parfaitement sèche.

» La clarification terminée, on verse dans un reposoir, qui doit être placé bien près de la chaudière, la colle, qui, par cotte précaution, dépose mieux et se dépouille entièrement des matières hétérogènes.

» Comme elle ne doit rester au repos que dix à douze heures, elle est, après ce temps, versée, encore chaude et liquide, par conséquent, dans des caisses, en un lieu frais, et pendant une nuit ; elle s'est alors prise au point de pouvoir être coupée plus ou moins épaisse, suivant la forme qu'on veut lui donner.

» Les lames sont passées sur des filets en ficelle tendus sur des châssis de bois, lesquels se trouvent dans des séchoirs sur plusieurs rangs.

» Le rendement, soit produit net des ossements des animaux marins, varie de 10 à 16 pour 100; cela dépend de l'espèce et de l'âge des animaux.

» Les procédés décrits ci-dessus réussissent parfaitement, mais sont cependant encore susceptibles de quelques perfectionnements, soit par l'emploi de la vapeur, soit en employant une haute pression. »

Page 1