ARBRES, PLIS DU TERRAIN, ARCHITECTURE
Ciel. — Pour que le ciel fasse bien la voûte , i) doit être plus faiblement crayonné près de l’horizon que dans sa partie supérieure ; les nuages qui sont plus près de la terre ont en général , surtout le matin et le soir , des masses moins distinctes quoique plus étendues, un relief plus faible et une forme moins tranchée que ceux des régions les plus élevées de l’atmosphère.
L’intensité variable de la lumière , les vapeurs naissantes , la mobilité des nuages qui s’amoncèlent , ou se fondent et disparaissent , ne permettent guère de faire surplace le dessin fini d’un ciel ; c’est par une élude contemplative des phénomènes de la lumière , et par une observation constante des effets qu’ils produisent sur les vapeurs de l’atmosphère , qu’on s’habitue à saisir sur-le-champ les ciels qu’il convient surtout d’étudier , et à distinguer la beauté réelle des nuages , de ces for-
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mes bizarres et fantastiques qu'ils offreut le plus sou* veut.
Il est bon pourtant de crayonner d’après nature ou de mémoire les ciels singuliers que l’on remarque ; c’est un exercice nécessaire pour acquérir la. facilité de rendre fidèlement ceux qui méritent d’être dessinés avec soin. On observera d’ailleurs que le ciel le mieux choisi pour un site particulier , est celui qui convient le moins à tout autre site : c’est' que les lignes des nuages ne s’accordent pas toutes également bieu avec celles du terrain , et que si dans la nature où tout est harmonie , celte fâcheuse rencontre ne frappe que des yeux exercés , sur le papier et dans un cadre bien autrement resserré , elle devient désagréable et choquante pour tous les yeux.
Les nuages occupent des plans plus ou moins reculés dans l’espace ; mais tous viennent en avant de la voûte azurée du ciel : il faut donc assigner à chaque nuage le plan qui lui convient et en rendre dès lors les contours avec ce sentiment de perspective qu’il faut posséder avant même de songer à crayonner la moindre esquisse d’après nature.
Dans les tems de pluie ou d’orage , on voit les nuages courir et se heurter en tout sens ; les plus légers passent sur les autres , et leur transparence laisse distinguer les masses sombres et vigoureuses qu’ils recouvrent ; la lumière alors , voilée dans les nuages les plus reculés , brille d’un éclat p’us pur sur les autres, et la vivacité des reflets ajoute encore à la beauté de ces
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masses étincelantes de lumière que le crayon impuissant ne peut que noter comme un souvenir précieux pour la palette du peintre.
Lointains et eaux. — Les lointains en général se détachent en vigueur sur le ciel , à moins que des nuages d’une couleur sombre très intense ne voilent entièrement l’horizon ; dans ce cas , les sommets des montagnes qu’on aperçoit à peine dans l’ombre , disparaissent dans la vapeur , tandis que l’on voit distinctement se détacher en clair les sommités moins éloignées des coteaux et des forêts que peuvent atteindre la lumière et ses reflets alors bien caractérisés.
Mais quel que soit l’état du ciel , les eaux de la mer se distinguent toujours , indépendamment de la ligne d’horizon , par une teinte vigoureuse et fîère qui leur est propre , et qu’on ne retrouve ni dans les flots agités et transparens des fleuves , ni dans les eaux écumantes des torrens , ni dans les ondes tranquilles de ces lacs immenses qui réfléchissent le ciel tout entier.
La planimétrie des eaux tranquilles des lointains s’exprime, dans un dessin , par un léger frottis hori- « zontal limité par la perspective des bords , et dont l’uniformité n’est rompue que par l’image pâle et renversée des objets qui s’y réfléchissent. Lors même que les flots agités nécessitent sur les devans l’emploi de lignes brisées , plus ou moins distantes et inégales d’intensité, les plans intermédiaires se ressentent moins vivement de cette agitation ondulée dont l’apparence
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diminue à mesure qu’on s’éloigne des devans , el finit par disparaître entièrement près de l’horizon.
Pour le spectateur qui , placé sur un léger esquif ou sur un rivage peu élevé , considère la mer courroucée » la hauteur des deux ou trois premières vagues qui masquent par intervalles la ligne d’horizon ne lui permet pas toujours d’apercevoir les Ilots intermédiaires , et laisse son œil passer brusquement de l’agitation terrible des premières vagues , à l’apparente uniformité de l’espace à peine ondulé qui précède la ligne d’horizon , ainsi que nous l’avons dit tout-à-l’heure.
Si les ombres portées ne paraissent que faibles , indécises , d’un contour mal arrêté , sur les eaux limpides et peu profondes dont la surface est parfaitement unie , ces ombres s’étendent et se tranchent avec une intensité plus caractérisée sur les eaux profondes et peu transparentes : cet effet a lieu principalement stir la mer , dont les eaux ont toujours et par elles-mêmes une teinte particulière qui les distingue de toutes les autres. . t
Quelquefois un état particulier de l’atmosphère , une certaine disposition des nuages , voilent les eaux des lointains de manière à ce qu’il devient difficile de les distinguer du terrain de leurs rives; mais en général , la lumière qu’elles reçoivent directement et par reflets , les détache en clair sur les objets environnans autres que le ciel.
Nous avons dit que dans le dessin d’après nature ,
c’est l’effet général qu’il faut considérer avant tout , et
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qu’on doit s’interdire en conséquence les details inutiles , qui deviennent nuisibles par cela seul qu’ils ne contribuent pas à l’ensemble ; nous avons insisté fortement sur ce principe d’unité qui doit diriger l’exécution d’un dessin d’après nature , et nous avons montré qu’en s’occupant des masses et sacrifiant même au besoin les détails accessoires , l’harmonie du dessin et sou effet général , loin d’en souffrir , peuvent au contraire y gagner beaucoup. Mais en répétant sans cesse ces vérités trop méconnues dans la pratique habituelle du dessin où l’on force le copiste à ne crayonner fastidieusement que des détails isolés et décousus , avant de songer à l’ensemble auquel ils se rattachent, nous n’avons pas prétendu interdire l’étude spéciale de certains détails nécessaires au dessinateur , et qui nous semble au contraire un exercice convenable à scs crayons ; nous avons voulu seulement qu’il ne s’occupât de ces détails de métier qu’après s’élre pénétré des principes essentiels de l’art , qu’après avoir pris l’habitude de considérer la nature , comme elle doit l’être par un artiste , dans la beauté sublime de son ensemble , dans ses effets les plus majestueux , dans toute son harmonie et non dans quelques détails insignifians dès qu’on les isole ; car les détails ne doivent exercer la main du dessinateur que pour ne pas arrêter plus tard l’essor de son imagination.
Après avoir fait un grand nombre d’esquisses d’après nature , le peintre devra s’exercer à copier , toujours sur la nature bien enteudu , quelques études de loin-
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tains, d’eaux , de feuiilé d’arbres, etc., afin d’acquérir la plus grande habitude possible de crayonner rapide* ment , sans traits inutiles, et surtout avec la plus grande exactitude. C’est par ces études de détails qu’il s’habituera à conserver à tous les objets la physionomie qui leur est propre , et à faire ainsi à volonté sur le papier, des eaux, des pierres, du bois, etc.
Feuiilé des arbres. — Le feuiilé des arbres , très distinct et fortement prononcé sur les premiers plans , l’est beaucoup moins dans les plans intermédiaires , et finit par disparaître insensiblement à mesure que les arbres s’éloignent.
Chaque arbre , indépendamment de son feuiilé particulier , qui ne peut servir à le faire reconnaître que lorsqu’il est voisin de la ligne de terre , a un embranchement , un port , une répartition de masses de feuillage , un ensemble enfin qui le caractérise de fort loin.; c’est donc , môme pour une étude de détail , à cet en. semble qu’il faut s’attacher d’abord ; une fois qu’il est saisi , que les masses sont disposées convenablement -, que la cîme des branches et leur réunion sur le tronc sont suffisamment indiquées , le feuiilé n’offre plus de difficulté réelles , on peut l’exécuter en quelque sorte mécaniquement, par une certaine configuration de traits qu’il ne s’agit plus que de circonscrire avec une heureuse indécision , sans les compter surtout et sans une régularité mathématique dans les contours qu’on a d’abord arrêtés.
11 est bien rare qu’on ne découvre pas un peu de ciel
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à travers le feuillage le plus touffu , et il faut tâcher de rdndre cet effet dans les arbres dont on doit distinguer le feuille ; dans les lointains même , les masses d'arbres ne doivent pas être lourdement découpées ; il faut surtout que les bords en soient légers et transparens , que l’ensemble tourne bien, et ne produise jamais une silhouette sans relief et sans harmonie.
• Une observation de perspective qu’il est bon de se rappeler quand ou dessine un arbre de souvenir , quelle que soit d’ailleurs sa physionomie particulière , c’est que les masses qui sont plus hautes que la ligne d’horizon étant vues en dessous , peuvent montrer le dessous des feuilles en laissant apercevoir le branchage , tandis que celles moins élevées que la ligne d’horizon , étant vues en dessus , cachent ordinairement , sous les feuilles qu'elles montrent en dessus, et le tronc , et les branches , et la ramification qui soutient le feuillage.
Les arbres mutilés, rabougris, pauvres de forme, tourmentés et défigurés par la main des hommes , au lieu d’ajouter à l’effet d’un paysage , y nuisent le plus souvent. ‘ ' .
En recommandant d’étudier la nature , de ne copier que la nature , nous avons eu soin d’indiquer avant tout avec quelles précautions il fallait procéder au choix d’un site , et se garder de copier à l’aventure , non seulement des formes ignobles , mais encore celles qui sont dépourvues d’élégance et de beauté , en évitant la moindre déformation désagréable, déformation qui résulte lé plus souvent , nous ne salirions trop le répéter , d’une
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application mal entendue des règles de la perspective linéaire.
Ce que nous avons dit à cet égard s’étend , sans réserve aucune , aux études de détails , qui ont ellesmêmes , quelque petit que soit le coin de nature sur lequel on s’exerce , un ensemble et une harmonie dont il ne faut jamais s’écarter.
Architecture. — Toutes les lignes de l’architecture étant dessinées avec régularité dans les 'édifices , rien n’est plus* facile que de les crayonner rapidement , en suivant les tracés perspectifs que nous avons donnés. Mais il faut savoir choisir les masses imposantes , les belles lignes bien développées qui ajoutent à l’effet du tableau , et s’interdire sévèrement ces misérables lignes saccadées , tourmentées , ajustées avec effort , qui n’ont ni style incorrection , et qui par leur découpure bizarre et malencontreuse, font disparate choquante avec l’élégance et la beauté du reste du paysage.
Ce sont les monumens de la Grèce et de l’Italie qu’il faut consulter sans cesse pour se former le goût à cet égard ; et si l’on n’a pas le bonheur de pouvoir parcourir cette terre classique des beaux-arts , si l’on ne peut admirer ces restes de l’antiquité qui rappellent de si grands souvenirs, c’est dans la lecture des bons auteurs, dans la vue des œuvres de "Vitruve , de Palladio , dans le parallèle des édifices anciens et modernes, qu’il faut chercher à puiser ce gouÇ du beau et cette grandeur véritable à laquelle les modernes ont atteint si rarement.
La cabane isolée du paysan , les masures d’un village.
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ont une physionomie particulière toujours en harmonie
avec les bois et les champs qui les avoisinent , et font un excellent effet dans un paysage agreste ; mais il ne faut pas les transporter sans motif dans un paysage historique du plus grand style ; c’est un véritable contresens qui révolte les gens de goût et que ne soupçonne même pas l’ignorante et présomptueuse médiocrité; elle copie bien ou mal la nature pauvre et mutilée des environs de nos grandes villes ; telle qu’on l’a sous les yeux ; elle y place au hasard quelque débris antique bien connu d’Athènes ou de Rome, et elle s’imagine avoir fait un paysage historique quand elle, a grotesquement affublé de vétemens grecs et romains quelquesfigures ignobles de laitières .et de charretiers.