‹ Nouveau manuel complet de perspective, du dessinatuer et du peintre contenant les elements de geometrieChapitre 103 sur 126 · XXIX. COMPOSITION · texte numérisé non relu

XXIX. COMPOSITION

Soit qu’on ajuste , d’après nature, différeus sites pour eu composer un ensemble satisfaisant, soit qu’on exécute sans modèle , et qu’on crée réellement un paysage tout entier d’imagination , il faut lier entre elles, avec tant d’adresse et de soin , toutes les parties du tableau, . que l’on ne puisse s’apercevoir du travail de l’artiste, et le meilleur moyen pour y parvenir, c’est de s’attacher à l’unité de pensée qui doit dominer toute espèce de composition.

Il n’est pas, il ne peut pas y avoir d’autres règles pour la composition , cette œuvre du génie , que les règles inaltérables de la nature. Les études copiées sur place ou faites de mémoire d’après nature, la vue des -tableaux des grands maîtres , qui font naître l’esprit d’obsérva---

UtSSIX.

lion , le goût el le sentiment flu beau dans une tète bien organisée , ne servent aux artistes médiocres,* et c’est le plus grand nombre , qu’à cheminer obscurément et sans s’égarer tout-a-fait, dans une carrière qu’ils ne sont pas appelés à parcourir avec éclat.

Les descriptions pittoresques de sites majestueux, de fêtes pastorales, de scènes rustiques , qui donnent de la couleur et du nombre à une prose faeile et harmonieuse,' ces images séduisantes, que la poésie revêt souvent de

tout l'éclat de ses richesses , sont loin de fournir au

peintre autant de ressources qu’on le croit généralement:. c’est avec le plus grand discernement q\ie le

paysagiste doit puiser ses inspirations dans les'.livres ,

, • et il doit s'assurer , par }a contemplation de la nature , de la justesse des sensations que ses lectures ont fait naître en lui. C’est qu’en pffet le poète et le prosateur, en employant toutes les images intellectuelles et physiques que l’imagination humaine sait concevoir, peuvent s’adresser ainsi à tous les sens à la fois , tandis que le peintre est obligé de recourir à des images matérielles, à des formes en quelque sorte palpables, et de ne les représenter qu’aux yeux du spectateur, pour lui faire éprouver cependant les mêmes sensations morales. Ainsi, pour produire le même effet, le peintre ne doit pas employer les mêmes moyens, et ce sont souvent les moyens les plus puissans du langage écrit, dont il est réduit à ne faire aucun usage.

La vue de la première verdure du printems où nous, entrons, nous cause ordinairement une agréable sensa-

Page 1