‹ Nouveau manuel complet de perspective, du dessinatuer et du peintre contenant les elements de geometrieChapitre 11 sur 126 · OBSERVATIONS DE NICOEAS POUSSIN · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE NICOEAS POUSSIN

dans les lignes et dans les couleurs. La peinture sera élégante quand les termes supérieur et inférieur serout fondus par l’intermission des milieux. C’est ainsi que l’on peut expliquer l’amitié et l’inimitié des couleurs et de leur terme. «

De l’action.

Il y a deux moyens de maîtriser l’esprit des' auditeurs , l’action et la diction. La première est si puissante et si efficace par elle-même , que Démosthènes

lui donne, le pas sur l’art de la rhétorique; Cicéron l’appelle la langue du corps ; Quintilien lui attribue tant de force et de puissance, que sans elle il regarde comme inutiles les pensées, les preuves et lesaffec-' tions oratoires : de même, en peinture, sans cette action , le dessin et la couleur ne persuadent pas l’es-

prit. . ♦

Dè quelques J ormes, de la magnificence du sujet , delà ' pensée', de l'exécution et du style.

* La manière magnifique consiste en quatre choses :

la nature ou le sujet , la pensée , l’exécution et le style.

La première chose que l’on demande, comme ie fondement de toutes les autres , est que la nature ou le sujet soit grand , tel que les choses divines , les batailles , les , actions héroïques. Mais lorsque le sujet sur lequel travaille le peintre est grand , la chose à laquelle il doit s’attacher davantage est d’éviter les puérilités , pour ne pas manquer au décorum de l’histoire ; et , après avoir « parcouru avec un pinceau fier les choses magnifiques

SDR LA. PE1HTURE. WJ

et grandes, affecter de répandre une certaine négligence sur les choses ordinaires et d’un -intérêt secou-

daire. •

Il faut qu’un pejptre ait npn- seule ment l’art d’inventer son sujet, mais il faut qu’il ait encoro le jugement nécessaire, d’abord pour le bien connaître, et qu’ensuite il soit d’une nature propre à être d’une grande perfection en peinture. ’ * *

Les sujets \Ss sont le refuge de ceux qu», par la fai- » blesse de leur géuie, n’en peuvent choisir d’autres. H faut donc mépriser la bassesse de ces sujets, pour lesquels toutes les ressources de l’art sont inutiles. Quant à la pensée, c’est une pure production do l’ame qui combine toutes les parties de son sujet. Telle fut la pensée d'Homère et de Phidias dans le Jupiter Olympien qui d’un signe ébranle l’Univers. Il faut que le dessin tourne toujours aH profit de la pensée. L’exécution ou la composition de toutes les parties ne doit poiut être recherchée , étudiée, ni trop élaborée , mais conforme • en tout à la nature du sujet. Le style est une manière

particulière dans l’application et l’usage des idées, .et un * * * « art de peindre et de dessiner né du, génie particulier de

chacun.

De Vidée de la beauté.

• L’idée de la beauté, n’arrive pas dans le sujet qu’elle n’y soit préparée le plus possible. Cette préparation consiste en trois choses : l’ordre , le mode et l'espèce ou la forme. L’ordre signifie Cintervalle^des parties , le mode a trait à la quantité , et la forme consiste dans. ^

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les contours et les couleurs. Il ne- suffit pas que toutes les parties aient l’ordre et l’intervalle convenables, nique tous les membres du corps soient dans leurs places naturelles, si l’on n’y joint le mode, qui sert àde : meurer dans de justes bornes; la forme , dans dès traits

faits avec grâce et finesse , l’accord parfait entre la lu-

mière et les ombres. . .

, On voit donc clairement que la beauté s’éloigne tou- , jours de la#nature des corps , et ne s’en approche que lorsqu’elle est disputée par des moyens préparatoires qui élèvent l’imagination en portant l’esprit à donner une plus haute idée des choses qu’elles ne sont en effet.

La peinture agréable de la beauté est le nec plus ultra de l’art.

La nouveauté dans la peinture, consiste moins dans le choix, d'un sujet qui n’a jamais été traité que dans, une disposition et une expression neuve et variée; ainsi

un sujet commun ou ancien devient neuf et particulier

à celui qui s’en empare, en l’élevant au-dessus de ceux

qui l’ont traite avant lui. On en peut citer un exemple dans. la Communion de saint Jérôme du Dominiquin; elle est si supérieure en expression à celle d’Augustin •

Carrache , faite antérieurement , qu’on citera toujours de préférence celle du Dominiquin. v • *

Ce que le sujet que l’on veut traiter ne peut apprendre , et la manière d'y suppléer.

Si le peintre veut exciter de l’étonnement , quoique , n’ayant pas devant les yeux un sujet propre à le rcpro- • ( duire , ce n’est point par des efforts hors de la raison ni

. VIE DE CLAUDE LE LORRAIN. üg

par des nouveautés étranges qu’il y parviendra ; mais s’il exerce son génie dans une belle exécution , la supériorité avec laquelle il aura traité son sujet fera dire , le mérite du peintre surpasse le sujet.

De la -forme des choses.

La forme des choses se distingue par l’effet qu’elles

produisent sur l’esprit. Les unes excitent la joie et là

gaîté , les autres, la tristesse on l’horreur. Si elles agitent l’ame du spectateur dans l’un ou l’autre de ces divers sens , la forme des choses est atteinte.

* De la magic des couleurs .

Les couleurs , en peinture , sont comme les vers dans la poésie ce sont les charmes que ces deux arts emploient pour persuader.

§ IV. Vie de Claude le Lorrain.

Claude Gelée naquit en 1600, à Chamagne , près de Mirecourt , dans le diocèse de Toul en Lorraine ; et de là lui vint le surnom de Claude le Lorrain , qu’il a immortalisé. ' *

Issu de parfens pauvres , après avoir quitté l’école où il n’apprit rien , pour le métier de pâtissier qui ne lui réussit pas davantage , et sc trouvant orphelin-à l’âge de douze ans , il entreprit à pied le voyage de Fribourg pour aller trouver son frère aîné , Jean Gelée , graveur en bois, qui lui enseigna le dessin. Emmené à Rome patun de ses parent , et s’y trouvant bientôt abandonné , il se mit , faute d’argent*et d’ocrûpation , au service, d un

3o VIE DE CLACDE DK DORRAIW.

peintre nomme Augustin Tassi, dont il apprêtait la nourriture et broyait les couleurs.

C’est là qu’il prit du goût pour la peinture , dans laquelle son defaut d’instruction et une intelligence bornée semblaient lui interdire toute espèce de succès , lorsque la vue de quelques paysages de Goffredi Wals ,. élève de Tassi , vint échauffer son imagination et lui révéler sa véritable vocation. Il se décida sur-le-champ à partir pour Naples, où demeurait Goffredi , et après deux ans d’étude sous ce maître , il revint à Rome , fit un voyage en Lorraine , et retourna enfin , à l’âge de trente ans , se fixer en Italie , où il se perfectionna.

Ses progrès furent lents d ? abord , et rien ne semblait

annoncer l’éclat des succès qu’il obtiendrait un jour dans la carrière qu’il avait entrepris de parcourir.

Privé d’éducation première , son indigence , ët plus particulièrement son peu de ? capacité , concoururent pendant long-tems à l’empêcher d’apporter dans ses études la suite et surtout la méthode convenable pour en * •

obtenir des résultats bien satisfaisans ; mais l’habitude

de contempler la nature , une sorte d’instinct à la bien

choisir, et sa .persévérance à comparer attentivement les

divers effets dë la lumière selon les différentes heures du

jour , dessillèrent insensiblement ses yeux , et une fois

que, familiarisé avec les phénomènes périodiques qui

frappaient sans cesse ses regards , il parvint à s’initier

aux secrets dë leur magie pittoresque , son intelligence

se développa tout-à-coup, son imagination s’agrandit, et *

ses ouvrages dès-lors captivèrent l’admiration générale.

VIE &E CLAUDE LE LORRAIN. 3t

Claude le Lorrain , malgré le prix, élevé que dès ses premiers succès il ne balança point à mettre à ses tableaux ,• pouvait à peine suffire à l’empressement des amateurs; de sorte qu’en peu dç tems il amassa une fortune considérable , dont il se plut , n’étant point marié, à faire .un emploi' digne de son .cœur , naturelle- , ment bon et généreux , en la faisant servir au soutien de toute sa famille. Il obtint la protection du pape Urbain YHI , et après avoir fourni- une carrière laborieuse, également utile à sa gloire et à sa fortune, il mourut de la goutte à l’âge de quatre vingt-deux ans.

Ce grand paysagiste a laissé, outre ses tableaux, un nombre ‘prodigieux de beaux dessins , et lui-même’ a gravé à l’eau forte une suite de passages. Le plus connu de ses élèves est Herman Swanevelt.

Les paysages de Claude le Lorrain sont des modèles de perfection ; il a>su joindre la beauté des sites à la vérité du coloris. ‘Inférieur au Poussin pour la richesse de la composition , il le surpasse dans la dégradation aérienne et la variété des effets de la lumière : il a le même avantage sur les Carraches, le Dominiquin et tous les paysagistes de l’école italienne , si l’on excepte le Titien , qui possède une fierté de teinte que nul autre ne peut lui disputer. Quelques maîtres flamands sont supérieurs à Claude pour la finess* des détails et la grâce du pinceau ;- mais il a rendu avec un plus grand

goût le feuillé des arbres et le caractère de leurs différente» especes. * •

Il ne dut son habileté ni aux maîtres dont il reçut

3a VIB DE CLAUDE LE LORRAIN . ••

les premières leçons ni à la vivacité d’un-génie facile ^ son esprit s’était refusé dès l’enfance aux notions lesplus simples. Né de parens obscurs, privé (Féducatiou ,

stupide eu apparence , à peine savait-il écrire son nom.

Les règles* de la perspective que lui donna Goflredi à Naples semblaient être au-dessus de son intelligence ; et ce fut inutilement qu’il s’appliqua à l’ctude de la figure ; celles qu’il a introduites dans ses tableaux sont au-dessous de la médiocrité , et il ne s'aveuglait pas sur ce point ; car le plus souvent il confiait à quelque main étrangère le soin d’animer ses paysages. Quelquesunes des figures que l’on voit dans ses tableaux sont

attribuées à Jean Miel ; mais il' est reconnu qu’elles

sont pour la plupasl de la main de Jacques Courtois

Ou de celle de Philippe de Lauri , peintre d’histoire , qui parait avoir également cultivé le paysage. Quant aux figures que Claude a peintes lui-môme , il est aisé de les distinguer à leur incorrection ; et loin qu’il se fit illusion dans cette partie , il avait coutume de dire en plaisautant qu’il vendait le paysage et donnait les figures par-dessus le marché.

. U ne fut redevable de ses talens extraordinaires qu’à de longues méditations et à un travail opiniâtre. Il passait une partie- de son tems à contempler dans les campagnes ou sur le rivage de la mer les effets de la lumière du soleil aux différentes .heures du jour; il observait les montagnes, l’horizon, les nuages, les * tempêtes. Retiré chez lui plein, de ses souvenirs , il prenait ses pinceaux , et ne les quittait que lorsqu’il

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