‹ Nouveau manuel complet de perspective, du dessinatuer et du peintre contenant les elements de geometrieChapitre 6 sur 126 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

nous a semblé convenable de donner en même tems les

observations du Poussin sur la peinture. *

Élément essentiel et base fondamentale de la peinture, le dessin indique avec des clairs et des ombres les. contours apparens des corps ; il peut même , à l’aide d’un trait spirituel et d'un crayon liabile-,. en faire sentir la pose et le. relief ; mais l’expression , le mouvement et ta vie , c’est le coloris seul qui les donne : il faut donc savoir dessiuer pour être en état d’apprendre à

peindre. * . . , '

Les lignes qui, dans, la nature, servent de limites *

aux surfaces des corps, sont plus ou moins compliquées;.

mais les plus simples de toutes, les plus régulières , les mieux définies et dès-lors les plus* faciles à saisir , sont # sans contredit celles de la géométrie élémentaire. Cette science, dont les premiers principes sont nécessaires au dessinateur, a d’ailleurs une langue particulière , con j cise et énergique , indispensable à l'intelligence delà.

perspective, et que le peintre doit s’habituer, à corn-

prendre ainsi qu à parler Correctement.

Dès que l’élève saura dessiner avec justesse , suivant Ipurs positions respectives et leurs aspects différeus , les figures géométriques dont les contours fortement ar-. rètés par des lignes définies lui seront devenus familiers, il aura acquis une grande facilité poirir copier avec exactitude tous les corps de la nature ; malgré le vague et l’irrégularité de leurs contours , son œil exercé en saisira d’abord l’ensemble , puis les détails , et son crayon docile retracera le tout avec fidélité. Mais, quant k l’har-

io vrt du roussis,

monie des tons de la perspective aérienne , nul ne peut espérer la comprendre , s’il n’a d’avance acquis le sentiment profond de toutes les dégradations de la perspec- ' tive linéaire. . .

Ainsi nous .nous occuperons successivement dans ce Manuel , de quelquei définitions et des principes les plus élémentaires de la géométrie; du tracé de la perspective linéaire et des licences perspectives; de Y étude du

dessin, de la peinture et de la perspective aérienne,

spécialement appliqués au paysage. . ' •

Nous y ajouterons , sur les couleurs dont on se sert

actuellement pour la peinture , une note que nous devons en partie à l’obligeance de M. Colcomb , et nous donnerons enfin à ,peûx de nos lecteurs qui désire-

raient consulter les ouvrages déjà publiés sur le dessin , la peinture et la perspective ; les titres exacts de ceux qui ont été imprimés sur ces sujets, tant en France qu’à l’étranger. •

• * * § II. Vie du Poussrw-.

Nicolas Poussin naquit en juin i5g4 , aux Andelys , petite ville de Normandie. Ses parens, nobles d’origine., „ mais dont les ancêtres avaient été ruinés durant les

guerres civiles, en servant sous Charles IX , Henry III et Henry IV , jouissaient d’une très petite fortune. Cependant l’éducation du jeune Poussin ne fut pas uégli,- •gée ; l’état d’obscurité où les circonstances avaient

plongé sa famille , mûrit de bonne heure son esprit :

la raison chez lui devança l’âge ; il en donna des preu-

VIE DÛ FOIJSSIW.

vcs par une grande application , et l’étude des lettres ne fit qu’ajouter un plus nqble essor au penchant invin- • cible qui le portait vers la peinture. .

Cette inclination pour la peinture alarma ses parens,

qui ne l’envisageaient que d’une manière vnlgaire ; mais

les reproches et les moyens qu’ils employèrent pour

l’en détourner furent inutiles. Varin , peintre, fut le

premier qui devina le génie du Poussin ; il s’en empara * * 1 \ •

avec l’agrément de ses parens ; son élève répondit à ses

soins , et ses progrès furent rapides. ^ ,

Lorsque le Poussin eut atteint l’âge de dix-huit ans,

il réfléchit au prix dont on achète les connaissances

, ' d’un art aussi étendu que la peinture ; sa province lui

parut trop stérile pour suivre ses études ; il résolut de

quitter son pays ,. et , sans secours , sans recommandation , il abandonna la maison paternelle et se rendit à Paris. Déjà doué d’une solide vertu et d’une prudence consommée, il comptait sur l’intérêt qu’inspire la jeunesse laborieuse, pour, s’attirer l’estime des gens de bien. Il ne fut point trompé dans ses espérances ; la rencontre qu’il fit d’un jeune* homme de qualité qui se,

• trouvait à Paris pour suivre ses cours d’étude, fut pour lui d’un heureux présage ; le jeune amateur des» beauxarts lui ouvrit sa bourse et son cœur , et le mit à même d’étudier sans inquiétude. Le Poussin ne fut pas également heureux du côté de ses maîtres; il se confia suc<.

cessivement , dans l’espace de trois mois , à un nommé Ferdinand Elle, peintre de portraits , et à un nommé* •L’Allemand ; mais lçs vues qu’il se proposait daus la

' Vie dd poussin.

ta

peinture étant bien au-dessus de leur capacité , il les * abandonna. Ses manières douces et prévenantes lui méritèrent l’estime de plusieurs savans et amateurs ; il en profita pour s’introduire dans les galeries; il y trouva

de bons modèles , on Jui prêta de belles et rares estam-

pes d’après Raphaël et Jules Romain : il les copiait dans la plus grande perfection. Il essaya son génie dans la composition ; et Ifes premières pensées qu’il mit aû

jour rappelaient tellement ces deux grands maîtres,

qu’elles semblaient avoir été créées dans leur école.

Le Poussin fut bientôt arrêté dans une si belle route : le départ du jeune amateur qui l’aidait dans ses études en fut la cause, et il suivit ce jeun^ homme dans sa famille , qui habitait le Poitou. Mais le Poussin ne tarda pas à s’.éloigner de cette maison où il était regardé comme un hôte inutile et incommode , -et revint à Paris. C’est alors qu’il fut contraint de travailler dans la province , pour fournir a ses besoins et pour faire les frais de ce voyage long et pénible ; il tomba malade et alla passer une année dans son pays natal pour y rétablir sa santé. . • .

A son retour , il reprit ses travaux avec une nouvelle activité*, et s’appliqua surtout à copier de nouveau des estampes d’après Raphaël et Jules Romain. Ce fut alors qu’il se sentit animé du désir de voir Rome ; mais il nç put aller que jusqu’à Florence , et revint sur ses pas. Quelque tems après , un second voyage éprouva les mêmes obstacles, et la mauvaise fortune du Poussin semblait l’éloigner pour toujours de la patrie des beaux*

vie do roussi». i3

arts ; cependant , comme il s'était fait connaître avantageusement par l’exécution de six tableaux à fresque qu’il peignit en moins de huit jours pour l’église des Jésuites , le cavalier Marini , qui était alors à Paris , le

vit et l’engagea à venir le joindre à Rome. Le Poussin

y fut accueilli comme il s’y était attendu*, et recommandé parle célèbre poète au cardinal Larberini*. Bientôt la mort lui enleva le premier de ces deux protecteurs , et l’autre quitta Rome pour se rendre à ses lé- .

gâtions. Le Poussin se trouva tout-à-coup dans une situation pénible. Forcé de donner à vil prix ses meilleurs tableaux , il vécut long-tems dans la détresse ; mais , calme et ferme dans l’adversité , il ne porta ses regards que vers la perfection de son art ; il n’estimait pas assez les richesses pour les acquérir , soit en donnant moins d’attention à terminer ses ouvrages , soit en se conformant au goût des peintres italiens , étrangement dégénéré de celui des grands maîtres .qui les

avaient précédés , et dont les principes semblaient être méconnus.

Ennftmi du luxe et de l’ostentation , dont quelques artistes n’ont pas su se défendre , il conserva par goût , lors meme que dans la suite la fortune cessa de lui être contraire, cette réserve et cette austère simplicité de mœurs dont la nécessité lui avait fait une loi dans ses premières années. Sa vie privée n’offre rien de remarquable. Le Poussin est tout entier dans ses ouvrages. Travaillant dans le silence et dans la solitude (personne n’était admis* à le voir peindre) , il connut peu la so-

aiété des gens du monde.

FEisrECTivc^ a

vie dü poussin.

L’Algarde, et François "Flamand avec lequel il demeurait , l’un et l’autre excellent sculpteurs , étaient seuls admis' dans son intimité. Le besoin que ces trois amis eurent dans la suite l’un de ‘l'autre fortifia leur union ; ils travaillaient ‘ensemble à modeler des anti-

ques f pour assurer leur existence avec le produit de ce travail -dont ils se défaisaient à vil prix. Leurs entretiens ordinaires avaient pour objet les beautés "des chefs-d’ceuvres anciens , et le Poussin dut beaucoup aux observations d'aussi habiles artistes.

Il pensait qu’il est plus litile de méditer sur les tableaux des grands maîtres que d’en faire des copies. Dans son examen et ses recherches sur les plus beaux tableaux de Rome, il ne recueillait de chaque maître que les qualités, essentielles et celles qui se rapportaient à ses spéculations. Les dons que la nature répand dans les ouvrages de l’art , disait-il, sont épars çà et, là ; ils brillent en divers hommes ,. en divers tems, en divers lieux : ainsi l’enseignement ne se trouve jamais dans un seul homme ; la réunion de tors ces dons doit être le but de l’étude et le terme de la perfection. C’est de cet amour du beau, du sublime , que naissait l’aversion du Poussin pour les ouvrages des artistes qui se laissent emporter sans choix à la simple vérité du naturel. N’ayant en vue que la pureté des arts, il rattachait sans cesse ce qu’ils offrent de flatteur pour les sens et pour l’esprit aux excellens principes de la savante antiquité ; aussi s’empressa-t-il de. méditer avec la pjjis sévère attention les ouvrages de Raphaël , du Titien, et surtout

vie du roussi».

ceux du Dominiquiu , pour lesquels il conserva toujours une prédilection particulière. Infatigable dans ses travaux , il ne s'appliqua pas moins assidûment à Ift géométrie et à l'architecture les plus beaux monumens de Rome * furent ses* modèles, il en recherchait les proportions , l’élégance , et eu restaurait sur ses dessins les parties dégradées jiar le tems. Faisant ainsi marcher

d’un pas égal l’étude de la perspective avec celle de l’ar- • . , . * , * • chitecture , il en fit usage avec tant d’art , qu’on peut

en cel§ le . citer comme une autorité en peinture. . - . *

Si la perspective' est le ressort le plus puissant de l’illusion, elle est encore la base de la composition. Aucun peintre n’a plus senti cette vérité que le Poussin , et c’est au moyen des belles connaissances qu’il en eut, qu’il parvint à produire .des situations aussi neuves que variées, ainsi qu’à ouvrir de grandes scènes , dans lesquelles il maîtrisait à son gré l’espace pour placer les

objets selon l’abondance de ses pensées , et à répandre

dans les plans une précision qui çeifd les distances ac-

cessibles partout.

Le eas particulier que le Poussin faisait des productions du Titien , les groupes d’enfans qu’il peignit d’a-* près ce fameux coloriste , prouvent que le Poussin était loin d’être insensible à la beauté du coloris; mais soit qu’il ne se sentit pas l’aptitude nécessaire pour exceller dans celte partie de -l’art, soit que, regardant comme plus essentiel l’invention , l’ordonnance, l’expression ,

son imagination inépuisable , sans cesse agitée du be-

soin de produire , l’eu traînât à une exécution expédi-

16 ' Tir. do roussir».

tive , il cessa de s’attacher au coloris , et donna même peu de soins à la pratique du clair obscur ; aussi est-il facile de remarquer que la .plupart de ses tableaux , excepté peut-être quelques paysages , n’ont été peints que d’après les dessins. , *

. Sa réputation s’étant répandue en France , où l’on possédait, plusieurs de ses ouvrages, J,ouis XIII le manda pour peindre la galerie du Louvre ; il*lui fit écrire par le ministre de Noyers, et lui écrivit lui -même pour l’engager à venir. Le ministre lui adressa la- lettre sui-

vaille en meme tems que celle du roi.

M. de Noyers à JJ. Poussin.

Monsieur , aussitost que le Roy m’eust fait l’honneur de me donner la charge de surintendant de ses bastiments , il me vint en pensée de me servir de l’auctorité qu’elle me donne pour remettre en honneur les arts et les sciences ; et comme j’ai un amour particulier pour la peinture ,je fais dessein de la caresser comme une maîtresse bien aimée , et de luî donner les prémices de mes soins. Yous Favez sceu par vos amis qui sont de '• deçà ; et comme je les pryai de vous écrire de ma part que je demandons justice à l’Italie*, et que du moins elle nous fist restitution de ce qu’elle délenoit depuis tant d’années , attendant que pour une entière satisfaction elle nous donnast encore quelques uns de ses nourrissons. Vous entendez bien que par là je répétais M. le

Poussin et quelque autre excellent peintre italien. Et ,

afin de faire coguoistre aux uus et aux. aultres l’estime'

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