XXV. CHOIX DU SITE
Lorsque le dessinateur se sera suffisamment exercé à rendre d’une main sûre et ferme , avec un trait exact et pur , les tracés élémentaires que nous venons de donner; lorsqu’il en aura conçu et exécuté de luimême les nombreuses applications , de manière à ce qu’il ait acquis un sentiment profond de la perspective linéaire, il pourra, sans crainte de s’égarer, copier hardiment 4a nature , parce qu’il saura l’envisager sous ses différens aspects. C’est ainsi qu’il parviendra bientôt à comprendre tout ce que l’heureux choix de l’horizon, du point de vue et de la distance , peut ajouter de grandeur et de charme aux beautés simples et naïves du site le moins pittoresque.
La nature est si majestueuse dans son ensemble, d’une harmonie et d’un accord si parfait dans tous ses détails , que la vue de l’homme se promène sans cesse avec complaisance sur toute l’étendue qu’elle peut embrasser , sans s’astreindre à l’unité de l’angle optique ; la pensée redresse alors toutes les déformations que la position de l’œil du spectateur peut occasioner ; le souvenir de la dimension bien connue de certains objets assigne aux autres une valeur relative , souvent même des formes arrêtées et précises à des corps qui n’en ont perspectivement aucune , à cause de leur éloignement et des vapeurs atmosphériques qui , en les baignant de toutes parts , les confondent dans des masses imposantes
malgré leur uniformité et leur indécision.