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rapporte à ccl auteur , ce fut dans la Gaule Cisalpine que l'on j'en servit pour la première fois. On les trouve dans quelques monuments Grecs , et Caylus (Recueil d'antiquité , t. V, pl. 83 , n° 6) a public une charrue à roues, qu'il croit romaine ; .elle est fort remarquable en ce quelle porte un coulrc, et c’est la première fois que l'on voit figurer celte partie essentielle de la charrue. Comme on ne voit pas de coutrc dans les autres monuments romains , plusieurs savants en ont conclu qu'il n'était pas connu par ce peuple célèbre. Quant à moi , je ne partage pas leur opinion , et voici sur quoi je me fonde : Pline , en parlant de la charrue des chrétiens , dit que son coutrc , eulter , avait la forme d'une bêche. Il ne peut pas y avoir là d'ambiguité, car un sait que les Romains appelaient le soc vomer ou romù, et quelquefois rostrum quand il était allongé. Dans un autre passage , cet auteur s'explique plus clairement encore : « Il y a plusieurs sortes de socs , dit-il ; l’un, appelé coutre, porte un tranchant qui , ouvrant la terre avant quelle soit déchirée , trace la limite que les sillons doivent suivre, tandis que le soc coupe la terre horizontalement. « Vomera plura généra : eulter vocanlur , preedensam , priusquam proscindatur, terrain secans , futuris sulcis vestigia prœscribens , incisuris quas resupinus in arando modérai vomer. » 11 me semble que ce passage, appuyé de la figure d'une charrue romaine, publiée par Caylus, dans laquelle figure un coutre courbe fort long , placé fort eu avant du soc , doit fournir des preuves suffisantes pour établir que cette partie de la charrue était connue par les conquérants du monde. Du reste , nous en avons dit assez sur celte matière peu importanle.
Dans cette esquisse rapide, nous avons montré comment les instruments aratoires sont parvenus à un certain degré de perfection que nos ayeux n’ont guère dépassée, du moins jusqu'au règne de Henri IV, car ce n'est guère que du règne de ce monarque que l’on peut dater les progrès , depuis si rapides, de l’agriculture française. Quelques parties de l'Europe sont absolument restées stationnaires, et en Espagne même, malgré la conquête des Maures, qui a, sous quelques rapports, tant influé sur la civilisation des vaincus , on retrouve encore la charrue chantée par Virgile , absolument comme le poêle nous l'a décrite: depuis plus de deux mille ans on n'y a pas changé une cheville. Il y a plus , on trouve encore dans quelques parties de l'Europe , comme dans l'Inde , des charrues qui sont encore bien loin d'avoir atteint le degré de perfection qu'avaient les instruments aratoires des Grecs et des Romains , sous les premiers Césars. Comme je l’ai dit, ce n'est guère que sous le ministère de Sully que l'on commença à protéger l'agriculture d’une manière efficace , et ce n’est qu'à dater de là que les hommes puissants n'ont pas dédaigné de s'en occuper sérieusement.
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Depuis un siècle environ elle a pris un essor qui semble s'élever chaque jour. Tous les hommes qui se piquent (l'une véritable philanthropie tournent leurs vues de ce côté: des savants du premier ordre ont consacre leurs veilles et leurs talents à perfectionner l'agriculture , à éclairer sa pratiqur , par une heureuse application des sciences naturelles et mathématiques.
Les Ji°,nmes 1rs plus éclairés et les plus influents , dans presque tous les départements, se sont réunis en Sociétés agronomiques, afin de se communiquer les lumières qu’ils recevaient d'autres provinces, ou celles qui étaient le fruit de leurs propres travaux , et de les répandre sur tout le sol de la France. Les gouvernements qui se sont succédés ont aussi protégé plus ou moins l’agriculture , et cependant ses progrès , quoique trèsremarquables , sont loin d'étre aussi rapides et aussi satisfaisants qu’on avait lieu de s’y attendre. Nous allons en expliquer une des principales causes.
Le premier objet à considérer, toutes les fois que l’on tente une amélioration en agriculture , c'est l’économie de temps et de bras , unie à la perfection du travail. Or , ccs conditions ne peuvent se trouver que dans le perfectionnement des instruments et des machines aratoires.
C'est aussi là ce qui a le plus occupé le génie de nos grands cultivateurs cl de nos mécaniciens les plus habiles. Nous devons dire , pour leur rendre toute la justice qu'ils méritent , qu’ils ont atteint la perfection dans quelques-uns de leurs instruments ( vn l'état actuel des sciences physiques et mécaniques), et qu'ils semblent bien près de l’atteindre dans beaucoup d'autres. B n’est pas une personne instruite qui puisse mettre en doute l'énorme économie de bras, l'immense bénéfice qui en résulterait, si leurs inventions , aussi utiles qu’ingénieuses , étaient répandues dans toutes les provinces de la France . si leurs machines nouvelles ou perfectionnées étaient généralement connues et répandues partout.
Mais il s'en faut de beaucoup que nous en soyons là. Les découvertes les plus utiles restent souvent inconnues aux provinces ’toignées ayant peu de communications avec la capitale , surtout à celles qui ne possèdent pas de Société d’agriculture , ou qui ont peu de grands propriétaires s'occupant eux-mémes de l'exploitation de leurs domaines. Une découverte delà plus haute utilité, un perfectionnement précieux d'instruments, ne peuvent acquérir quelque publicité que par la voie des journaux d’agriculture, ou par les Mémoires de nos savants a" ronomes. Mais les descriptions qu'on y trouve sont toujours insuflisantes et inutiles , quelque bien faites qu'elles soient , quand elles ne sont pas accompagnées de bonnes gravures, et c'est ce qui arrive presque toujours. En cfTet , en ne parlant qu'à l’esprit on ne pan tendra jamais à douucr une idée assez pré-
I M HOUCCTIOX.
cisc d'une machine pour que le lecteur puisse en comprendre toute l'ulilité. Sur ce point important il sera obligé de s'en rapporter aveuglément au jugement d'un journaliste, ou d'un autre écrivain qui est ordinairement l'inventeur lui-méme , et l'on ne sait que trop, par expérience, que ces jugements sont toujours exagérés, et quelquefois entièrement faux.
Il existait un moyen unique de rendre ces découvertes éminemment utiles aux progrès de l'agriculture , c'était de les réunir en un faisceau , de les publier en masse , de joindre de bonnes gravures à des descriptions concises , bien rédigées , et surtout d'en faire un ouvrage spécial et complet, dont le prix fût à la portée de tous les propriétaires-cultivateurs, et permit à l'ouvrage de se répandre jusque dans les bibliothèques les plus modestes. Cette tâche difficile , j'ai essayé de la remplir , et le public jugera la manière dont j'ai atteint mon but. Dans mou traité des instruments aratoires , j'avais déjà publié plus de six cents instruments , tous eu usage, et dont beaucoup étaient nouveaux ou perfectionnés. Mais, dans le peu d'années qui se sont écoulées depuis cette publication , le nombre de ces instruments ayant beaucoup augmenté , je me suis vu obligé d’ajouter seize planches nouvelles et quelques ligures gravées sur bois, pour donner , sous forme d'appendice , tout ceux qui m'ont paru d'une véritable utilité.
Quelques personnes, ne me tenant pas compte du cadre dans lequel je m'étais d'abord reufermé , m'ont demandé pourquoi je n'avais pas joint à mes instruments aratoires les machines économiques aujourd'hui si vantées par les journaux , et mis en usage daus les grandes exploitations cl surtout dans les fermes-modèles.
A cela j'ai à répondre : 1» que la plus grande partie de ces machines ne me paraissent ni aussi économiques qu'ou veut bien le dire , 2° ni , sous le rapport de leur prix, à la portée du public cultivateur pour lequel j'écris spécialement ; 3» eu outre , ces machines seraient d’autant plus difficiles ' à décrire , quelles changent aussi souvent de formes que de fabriques, chaque mécanicien se croyant obligé d’y faire des changements , le plus souvent arbitraires et sans nécessité , et seulement pour s'en faciliter la vente.
Cependant, malgré cela, j'ai donné quelques-unes de ces machines, choisies parmi celles qui tiennent de plus près à l'agriculture , comme semoirs, hache-paille , etc.; et j'ai eu le soin de les choisir parmi les modèles que l'cxpcrieucc a fait reconnaître les meilleurs.