‹ Nouveau manuel complet des instruments d'agriculture et de jardinage les plus modernes contenant la gravure et la description détaillée des instruments nouvellement inventés ou perfectionnés, la plupart dessinés dans les meilleurs ateliers de la capitaleChapitre 5 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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préparer la terre à recevoir des semences et des plantations? Le seul qu'on put alors sc procurer, fut le bâton pointu. Encore aujourd'hui, les nègres de quelques parties de l'Afrique et les sauvages Américains du Chiioé, étant au premier degré de la civilisation, ne se servent pas d'autres instruments d'agriculture.

Ce bâton , employé de diverses manières , selon que les circonstances l'exigeaient , fut modifié avec le temps en raison des fonctions auxquelles on le destinait. Pour retourner aisément la terre, on l’aplatit dans le bout et on lui donna de la largeur, à peu près comme une spatule ; on y ajouta une cheville en travers pour appuyer le pied et l'enfoncer plus aisément dans la terre , cl cette pelle grossière , figurée sur un tombeau romain et publiée par Fahretli , fut le modèle des premières bêches. On s'aperçut que , pour tracer de petites rigoles , soit pour l'écoulement des eaux , soit pour y déposer des semenres , un bâton terminé en crochet était plus commode , et dès cet instant la houe fut inventée. On voit une figure de cet instrument dans une médaille de Syracuse.

Ce qu’il y a de Singulier, c'est que le bâton crochu, d'une invention si simple qu'on le trouve chez tous les peuples plus ou moins civilises ou barbares , est resté, depuis des milliers d'années jusqu’à ce jour, le type uniforme de nos charrues les plus vantées , les plus perfectionnées. Estce que le génie des hommes , aidé par tous les progrès que nous avons faits en physique et en mécanique, ne saurait aller au-delà? est-cc qu'il n’existe pas , dans les conceptions humaines, pour soulever et renverser la terre, d'autre type d'instrument que le bâton crochu? il serait bien à désirer que des savants mécaniciens fussent frappés de cette réflexion.

Pour travailler les terres rocailleuses , on allongea le crochet que l'on rendit très-pointu , on raccourcit le manche , et l'on eut ainsi le premier modèle des pics, dont nous retrouvons la figure sur les anciens monuments égyptiens. Dans les terres plus légères , on chercha au contraire à élargir le crochet, qui devint alors une lame de bois , puis de pierre tranchante, et enfin de fer; telles sont nos pioches et nos houes. Muratori en a dessiné plusieurs modèles qu’il a recueillis sur d'antiques tombeaux. Les formes sc perfectionnèrent par la suite; une pierre antique publiée par Vinkclman ( Monumniti nnlichi, t. 1 , n° 34) représente une houe dont la lame fourrhuc, ou au moins très-échancrée au taillant, est encore en usage dans quelques parties méridionales de l’Europe.

Il parait que dès qu'on eut trouvé la houe , la charrue ne tarda pas à être inventée, l'n instrument gravé sur des tombeaux étrusques indique parfaitement bien le passage de l'une à l’autre; il consiste en un bâton un peu arqué, beaucoup plus gros du cùté du crochet; devant celui-ci est un coude assez prononcé pour placer la partie supérieure qui repré-

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sente ta lame on le soc dans nnc position parallèle an manche. Ce dernier peut très-bien figurer la flèche, le coude devient le sep , et le crochet le soc. 11 ne s'agit plus que de faire tirer l'instrument par des animaux, et voilà une charrue toute trouvée. Probablement que cet instrument n'était pas plus perfectionné chez les Hébreux au temps où Samgar, juge d’Israël, s'en servit à la place de massue pour combattre les ennemis du peuple de Dieu.

Longtemps après , on ajusta un manche au-dessus du crochet , pour diriger l'instrument pendant que les bœufs le tiraient, et la charrue resta pendant plusieurs siècles en cet état , comme on peut l'établir par des médailles et des monuments antiques datant de plusieurs époques. Il parait que ce ne fut que longtemps après son invention qu'on lui donna un soc de fer, invention que les Grecs attribuent à Gérés.

Parmi les monuments qui représentent ces premières et grossières charrues, nous citerons un camée, publié par Ménétrier [tymbolica Diana Ephesiœ), où elle est figurée absolument comme nous venons de la décrire : deux abeilles sont attelées & la flèche, tandis qu'une troisième la dirige au moyen du manche. Une autre charrue , dessinée par Spon sur un tombeau antique, et une médaille de la ville d’Enna , publiée par Combe, la représente d'une façon encore plus simple; elle consiste en une fourche dont les deux branches forment un angle droit : l’une , fort courte, sert de soc, l'autre, allongée, sert de manche. Une pièce de bois, droite dans une des figures , arquée dans la médaille , est ajustée au milieu de l'angle formé par le soc et le manche, et sert de timon pour atteler les animaux. Enfin une onyx du muséum de Florence représente une charrue d'une invention encore plus grossière : le manche , le soc et le timon sont d’une seule pièce et ont la forme d'une ancre de vaisseau.

Toutes ces charrues n'atteignaient qu'imparfailcment le but pour lequel on les avait inventées ; elles déchiraient , elles soulevaient la terre , mais elles ne la retournaient pas. Les versoirs y furent ajoutés, mais à une époque postérieure , car on ne les trouve figurés sur aucun monument antique , et je crois que Virgile est le premier auteur qui en parle. Ces versoirs ne consistèrent , pendant fort longtemps , qu’en deux chevilles fixées dans le sep : et encore aujourd’hui , dans beaucoup de pays , même en Europe , on n’en emploie pas d'autres. Les Romains, cependant , en formèrent avec des planches , comme Varron nous l’apprend: nenm labellii additif ad t omerum simul et tatum frumentum aperiunl in porcit, et lu/cant fotsas, quo pluvia aqua delabatur. » Il ne manquait plus que des roues et un coulrc pour que le bâton crochu devint une charrue , telle que nous l'employons encore aujourd'hui.

Les roues furent inventées peu de temps avant Pline, et, si l’on s'en

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