SUR
Les sciences occultes, les oracles, les sybilles , les sortsÿ les revenants, les vampires, les farfadets, les fées et autres apparitions fantastiques.
Les préjugés , a dit fort éloquemment le chancelier Bacon* sont autant de spectres et de fantômes qu’un mauvais génie envoya sur la terre pour tourmenter les hommes. C’est une espèce de contagion qui s'attache surtout au peuple, aux: femmes, aux enfants et aux vieillards. Le préjugé n’est pas toujours une surprise du jugement iuvesti de ténèbres ou sé— duit par-de fausses lueurs; il uaît de cette malheureuse pente de l’âiue vers l’égarement qui la plonge dans l’erreur malgré sa résistance; car, l’esprit humain est une espèce de miroir magique qui défigure les objets, et ne présente que des ombres ou des monstres. Quant aux sortilèges, ce sont les rêves d’une imagination blessée qui communique sa maladie à des cerveaux aussi faibles.
Les préjugés et la superstition ont fait de temps immémorial concevoir à l’hamme l’espoir d’arracher à la nature ses; secrets, d’eu intervertir les lois, da connaître les arrêts du destin, et d’en diriger le cours; enfin, ce penchant de l’espriï
Sorcier st i
ü NOTICE HISTORIQUE
à adopter aveuglément tout ce qui tient du merveilleux ou du surnaturel, joint ait charlatanisme, fruit ou de l'ignorauce ou de la mauvaise foi, ont donné naissance à la magie ou aux sciences occultes.
Dès le principe, la magie se borna à l’étude des rudiments des sciences, des arts, et à la pratique des devoirs religieux ; c’est ainsi qu’elle était d’abord cultivée par les mages de la Chaldée et tout l’Orient ; mais, bientôt on allia à l’étude des productions de la nature et de l’astrologie, les divinations, les enchantements, les maléfices , les sortilèges, etc. ; dès-lors la magie revêtit les livrées du charlatanisme, de la mauvaise foi, et parfois du crime même.
Nous ne discuterons point ici s’il a existé des magicieDS avant st après la venue du Christ. Nous professons le plus grand respect pour l’Ecriture- Sain te, et nous nous en rapportons sur ce point à la croyance publique. A cela près, nous n’hésiterons pas à dire que, quelle que soit la profondeur du génie de l’homme, il est de toute impossibilité que, par sa seule volouté, il puisse à son gré troubler l’harmonie de la nature et opérer des prodiges que l’esprit humain, malgré son penchant au merveilleux, a peine à concevoir. Il est vrai que, dans les temp# reculés, lorsque les lettres, les sciences et les arts étaient encore dans leur berceau, la moiudre découverte ou innovation passait pour un effet surnaturel, et l’inventeur, regardé comme sorcier, était poursuivi comme tel (i). Les Grecs, chez lesquels les lettres, les arts et la civilisation avaient fait plus de progrès, par de plus nobles motifs, puisqu'ils avaient pour base la reconnaissance, firent des dieux et des demi-dieux de ceux dont l'ignorance des xvi® et xvn® siècles eût fait des magiciens.
La magie a été l’écueil des esprits crédules, et une mine féconde que les charlatans et les fourbes ont longtemps exploitée et exploitent encore de nos jours ; c’est par sou secours que les prêtres de l’antiquité, les sectaires, etc., ont enchaîné la crédulité populaire et fait adopter leurs principes religieux. Mais comment concevoir que, hors des cas où Dieu a voulu
(t) Plise, Lib. XV) n, dit qne Furtus Cretinus fut accusé de magie parce que ses terre» étaient beaucoup plu» fertile» que celle» de ses voisins. Pour mi défense, il présenta à ses juges des inslrunienl» et outils perfectionnés, des enfants et des vnlets inteiligonts et laborieux, et de» trnupoaux nombreux et bien soignés, en ajoutant : Folia, messieurs, mes pièces justificatives ; je regrette de ne pouvoir rendre, en eu moment, visibles à vos yeux mes travaux et mes sueurs. Que de noblesse et de vérité dans cette réponse , et que de ebosea réputées sumaturolles par l'ignorauce , qui ne tout aussi que le fruit du travail et de l’industriel
manifester sa toute-puissance, il ait pu constamment et bénévolement consentir à ce que les anges rebelles fissent des pactes avec les hommes, et les rendissent presque dépositaires de la toute-puissance pour ne s’en servir qu’à corrompre et perdre le genre humain. Il est cependant de graves l&toriensÿ des pères de l’église, etc., qui adoptent l’existence des sorciers; Bacon même, ce héros de la philosophie, n’est pas éloigné de croire à quelques effets surnaturels, si j’en juge du moins par le passage suivant: <>,11 n’est pas horsde vraisemblance, dit-il, que le cœur d’un lion appliqué tout fumant au cœur d’un homme lâche, lui donnerait du courage. Indépendamment de la force de l’imagination élevée par ce stratagème, il y a une raison d’analogie entre les parties. »
« Quand même la sympathie agirait à une distance fort éloignée, quelle influence passe d’un homme sur une multitude, ou d’une multitude sur un homme? Cependant, comment expliquer ces illuminations soudaines qui faisaient connaître la victoire d’une armée à un particulier, ou la mort d’un ennemi à toute une nation? On attribuera ces prodiges à une révélation surnaturelle; mais que répondre aux Romains, à des païens qui ont vu tout un peuple assemblé dans le cirque; pousser des cris de joie et de triomphe, au moment de la bataille qui se donnait à plus de vingt milles, et remercier les dieux d’un combat, trois jours avant d’en recevoir la nouvelle ? Est-ce hasard, ou bien l’imagination conçoit-elle un pressentiment assuré de ce quelle espère? » Nous trouvons qu’en cette circonstance Bacon a manqué de scepticisme ; le hasard ou quelque circonstance politique peuvent avoir fait annoncer d’avance des succès qu’on désirait d’obtenir, afin dç fortifier l’esprit national. Mais est-il bien démontré que ces faits soient réellement exacts? En fait d’histoire, il suffit de lire les mensonges imprimés de Voltaire pour se défier un peu des récits merveilleux des historiens,1 même des plus estimés de l’antiquité.
Comme la magie se propose plusieurs buts et qu’elle exige par conséquent la connaissance des divers moyens propres à y parvenir, l’étude et la connaissance de ces divers moyens constituent plusieurs branches des sciences occultes que nous examinerons. Il est bon auparavant de retracer l’iiistorique de la magie, en général, chez les peuples anciens et modernes; nous ne parlerons cependant que des auteurs les plus conuus qui ont écrit sur ce sujet.
Agrippa, dont le nom passe cliez le Vulgaire pour dia« bolique, est un des plus anciens auteurs et des plus connus qui aient traité un pareil sujet : il a admis quatre espèces de magie.
i° L^AIagie naturelle , qui n’est selon lui qu’une connaissance pl® rare et plus parfaite des propriétés et des vertus inconnues au vulgaire, que la nature à mises en plusieurs choses, par le moyen desquelles cette espèce de magie peut opérer des effets surprenants et merveilleux, comme produire des fleurs et des fruits hors de saison, etc. ; il est aisé de voir que la Magie naturelle se rattache intimement aux recherches des chimistes, des physiciens, même des naturalistes, et qu’elle est, pour ainsi dire, l’étude des productions naturelles ainsi que des produits et des phénomènes qu’elles présentent dans leurs modifications ou par leurs réactions. Le P. Kircher, si connu par son monde souterrain, définissait lainagie naturelle : une connaissance de la sympathie et de l’antipathie des choses. Par ce mot de sympathie, nous devons entendre l’afünité : or, cette définition rattacherait intimement la magie lilanche ou naturelle à la chimie. Enfin, c’est cette branche «le la magie qu’ont principalement cultivée les Chaldéens, les Indiens, les Ethiopiens et les Perses, et dans laquelle Hermès, Trismégiste,Tubalcain, Ostanès, Zamolxis, Zoroastre, etc., ont acquis une si grande réputation; que Platon n'a pas craint de nommer la magie de ce dernier une connaissance des mystères divins.
Pline, Eusèbe, Saint-Clément d’Alexandrie, Saint-Epiphane et Orosius regardaient aussi Zoroastre, roi des liactriens comme l’inventeur de la magie. Suivant Arnobe, il se servait de sa science magique pour combattre contre Ninus. Saint-Augustin dit à ce sujet, dans son i ie liv. de sa Cité de Dieu, on tient «jue Zoroastre inventa la magie ; mais elle ne lui servit de rien contre ses ennemis, puisqu’il fut vaincu par Ninus, roi des Assyriens. Naudé, dans son Apologie des grands hommes accusés de Magie, en a fait le premier objet de son apologie ; il a fait ensuite celle de Numa Pompilius, Orphée, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve, Paracelse, Agrippa, Roger Bacon, Saint-Thomas, Albert-le-Grand, des Papes Sylvestre II et GrégroireVH, etc. Saumaise croit que le mot de magie tire son origine de Mog, qui était le surnom de Zoroastre.
La Magie Mathématique. C’est cette partie qui se rattache à la mécanique et qui» dit-il, joignant les subtilités de
l’art avec les secrets naturels, produit des machines qui ont du mouvement, des statues qui parlent, etc., (i). Albert-le-Grand, Arçhytas, lioëte, out joui de beaucoup de réputation; dans des temps plus modernes, Vaucanson les a tait oublier. Cette magie se rattache à la magie blanche.
Ces deux magies constituaient, à proprement parler, la magie égyptienne, si célèbre dans toute l’antiquité. En effet les philosophes grecs qui, à l'instar de Démocrite, d’Empédocie, de Platon, de Pythagore, etc., visitèrent l’Egypte, y recueillirent des connaissances mathématiques, astrologiques, philosophiques et naturelles. Dans Josèphe, Moïse traite la magie des Egyptiens de naturelle.
3° La Magie empoisonneuse. C’est celle, dit-il, qui opère les métamorphoses effrayantes, par les compositions et les breuvages, qui produit l’amour et la haine par les filtres, et ren-' ferme plusieurs sortes de maléfices. On a peine à concevoir le degré d’aberration de l’esprit humain dans cette espèce de magie. En effet, comment lire sans étonnement ce tissu d’absurdités qui nous a été donné par des hommes doués d’ailleurs d’un grand mérite, mais vivant nn peu trop sous l'empire des préjugés? Tout nous porte à croire qu’ils n’ont été que les échos de leurs devauciers, et qu’ils nous ont transmis de bonne foi des erreurs qu’ils partageaient. Laissant de côté les enchantements de Circé, nous voyons Démocrite attester qu’il y a des plantes douées d’une telle force et vertu, qu’elles servent à l'évocation des dieux et à faire confesser aux coupables ce que la question la plus rigoureuse ne saurait leur faire avouer.
De telles absurdités ne méritent aucune réfutation; nous faisons remarquer seulement qu’elles partent d’un philosophe tellement habitué à étudier les effets et les causes, qu’il entrevit alors la décomposition de l’air par la respiration, comme on pourra s’en convaincre par le passage suivant : In uereenim grandem numerum esse, guœ ille (Democritus) mentem ani- Matngue appcllut. Ac respirante g uule ni animali, et acre ingre-
(i) Guillaume de Pari», ain«i que plusieurs autres auteurs, n'onl pas craint de publier qu' Albert-le-Grand avait travaillé pendant trente ans il construire une statue humaine , sous les divers aspects des constellations. Ainsi les yeux lurent faits tous t'influence la plus directe du soleil, et la tète, le cou, les jambes; les cuisses, nie., sous les constellation* qui dominent ces parties. Cet homme, nu mieux celte suinte révélait ti Albert tontes ses diftirultés ; mais II advint un jour qu'ayant parlé à l'improvistc et import n né saint Thomas d'Aquin qui était * en ce moment , très-appliqué à lu lecture de l'Ecriture-Sniute, du dépit lu saint homme In mit en pièces. L'on parle aussi d'une tête d'airain parlante que Roger Bucou tait sept ans il faire, ce qui le lit accuser de magic.
diente en pariter ingredi, et compressione rêsistendo, animant g me in eo est, egredi prohibere : algue ob id in rcspirando et expirando, mortem et vilam consistere (i). Ou ne saurait méconnaître dans cette âme de l'air qui entretient la vie, l’air ‘vital ou gaz oxygène des modernes.
Agrippa, disposé à adopter et à propager les erreurs les plus grossières, a écrit, d’après Juba, roi de Mauritanie, qu’il y a des plantes qui sont douées de la vertu de ressusciter les xnorts. Dans sa philosophie occulte, il dit aussi, »° que le foie de caméléon, brûlé par les extrémités, excite les pluies et les tonnerres; 20 que, d’après Albert- le*Grand et Guillaume de Paris, la pierre héliotrope rend invisible; 3° que d’autres pierres, auxquelles il donne des dénominations bizarres, évoquent les esprits infernaux, apprivoisent les bêtes féroces et font connaître l’avenir par des songes; 4° que la peau de l’hyène rend invuluérable au milieu d’une armée ennemie; 5° qu’il possède une composition au moyen de laquelle il engendre dans un œuf de poule une figure semblable à celle d’un homme, qu’elle a des vertus admirables et qu’elle est la vraie mandragore. Nous ne poursuivrons pas le détail de ces absurdités ; la saine raison en a fait justice. Ce qu’il y a de plus déplorable, c’est de voir des hommes tels que Pline, être également imbus de ces erreurs. En effet, cet homme célèbre reconnaît également les vertus magiques de l’hyène; il parle aussi de la propriété qu’a le cœur de taupe, mangé tout cru et encore palpitant, de donner le don de prophétiser et d’opérer des prodiges. Avec saint Isidore, il attribue à ceux qni portent sous la laugue une petite pierre qui existe dans la tête des torlues des Indes, le don de. prédire l’avenir. Ce qu'il y a de curieux, c’est que dans le xt* siècle, Mardochée, évêque de Jtennes, n’a pas craint d’ajouter que, suivant le croissant, la pleine lune, ou le déclin, celte pierre faisait deviner jusqu’à midi, ou tout le jour, ou seulement la nuil, et avant le lever du soleil. Suivant Asclépiade, plusieurs plantes étaieut douées de vertus magiques ; ainsi :
L'elliiopis, que le père Hardouin dit avoir vu au Jardin du J\oi , jouissait de la propriété de tarir les fleuves et les étangs, et d’ouvrir, par le contact, tous les lieux fermés.
V achéinénis jetée dans les rangs ennemis les mettait en fuite.
La lalace produisait l’abondance.
(1} ArUtolcIii, ilt Retplrationti
Dioscoride dit qu’en broyant la pierre ætite et mêlant cette poudre dans du pain fait exprès, on parvient à découvrir les voleurs; ceux qui sont coupables de vol ne peuvent d’aucune manière avaler ce pain, taudis que les autres le mangent facilement.
L’on conçoit aisément que les poètes , qui , courant après le merveilleux, voient la plupart des choses à travers le prisme brillant de l’imagination , aient vanté la vertu de certaines plantes pour opérer des prodiges opposés aux lois immuables de la nature, comme on le voit dans Homère, Théo* crite, Virgile (i), Horace, etc. Mais, qu'Hérodote et Mêla aient assuré que certains peuples devenaient loups pendant quelques jours, voilà ce qu’on a peine à concevoir; voilà ce qui a mérité à Hérodote le titre de Père du mensonge. D’après de telles autorités, comment les esprits faibles et crédules n’adopteraient-ils point de semblables puérilités, surtout quand on voit un des Pères de l’Eglise, si vanté par son éloquence et l’étendue de ses connaissances, saint Augustin, affirmer qu’il existe en Italie certaiue! femmes qui, par le moyen de» certain poison, convertissent les hommes en chevaux, et leur^ rendent leur forme première après leur avoir fait porter leurs fardeaux. Il ajoute que le père d’un prêtre, nommé Prœstantius, ayant été changé en mulet, portait le bagage. Enfin, Lucius de Fatras a pris la peine de composer et de publier un recueil aussi bizarre qu'amusant de métamorphoses magiques que Lucien a si bien ridiculisées dans l'^ne itor d' Apulée, qui est, à proprement parler, une excellente satire contre la crédulité où l’on était de son temps sur les transformations que les magiciens avaient le pouvoir d’opérer.
Les soi-disant magiciens ou enchanteurs se vantaient encore d’éteindre ou de faire naître l'amour au moyen de certains breuvages qu’ils nommaient filtres, lesquels étaient dus à des plantes délétères qui produisaient le plus souvent des empoisonnements très-prompts. C’est ainsi que périrent Lucullus et Properce; Ferdinand-le-Catholique mourut des suites d’un pareil breuvage que lui fit prendre sa seconde femme Germaine de Foix, pour en avoir un garçon. Suivant la dose et la nature de ces plantes, qui probablement devaient ap-
(i) Témoin ce patsaRo qu'on lit dans I'ërIorus tiii do Virgile : lias herbus, nique turc Pantu mihi tecta revenu Ipte dédit Mirrix : nascuntur fdurima Ponto.
Mis erjo sapi tnvumjieri, et sa comterc tytris Yidi, rtc.
è NOTICE HISTORIQUE
partenir à la classe des narcotiques, les malheureux qui avaient été ainsi empoisonnés, entraient dans un tel état dé fureur, que plusieurs, parmi lesquels nous nous bornerons à citer le poète Lucrèce, se tuèrent dans un de ces transports,' Ces filtres furent préconisés par les Grecs (1) et surtout par les Romains, qui colportèrent cette funeste manie chez les peuples qu’ils soumirent à leur domination.
Plusieurs auteurs ont écrit sur les filtres, entre autres lé P. Delrio, Tiraquau, Pomponace, Cœlius Calcagninus, Apulée, etc. Il est à regretter qu’ils ne nous aient pas transmis le nom des plantes qui servaient à ces infernales préparations;, nous les trouverions à coup sûr parmi celles qui ont reçu lç nom de vénéneuses et dont les propriétés toxiques ont été si bien étudiées de nos jours. Nous savons seulement qu Aristote a rangé deux poissons, nommés la sèche et la remore oa rémora, parmi les filtres. Ellien attribue les mêmes vertus à la cervelle de grue, tandis que Léonard Vaire atteste l’effica- - cité du foie de chameau contre les effets des filtres. Dans •SHomère, Mercure conseille à Ulysse, pour se préserver dés enchantements de Circé, la plante nommée pioly ; mais le plus célèbre de tous les filtres, celui sur lequel tant d’auteurs et Saumaise même ont écrit, c’est l’hippomane. Aristote en a. également traité dans son histoire des animaux: il en est de même du sceptique Bayle. Virgile, tant dans ses Géorgiques que dans son Enéide, fait mention des effets merveilleux de cette ou de ces plantes, car le P. Delrio en compte trois espèces que l’érudit Saumaise réduit à deux. Nous rangerons dans cette espèce de magie, les divers crimes commis ou les assassinats pour connaître l’avenir par l’inspection des entrailles humaines, pour interroger l’enfant dans le sein de sa mère, et mille autres horreurs dont nous nous bornerons à citer quelques exemples. Ainsi, Eusèbe dit, que Maxence ouvrait le ventre des femmes enceintes et examinait les entrailles des enfants pour évoquer les démons, afin de remporter la victoire. L'histoire raconte également que Pollentianus , tri—
(i) Il parait que chez les Grecs 4e pareils empoisonnement, n’élniont point considéré! comme tin Crime lorsqu'ils nVlaienl pas ckéeutés avec- do Coupables Intentions; ainsi , Aristote rapporte qu'une fille ayant empoisonné son atnnol , au moyen ti’uu breuvage qu’elle lui lit prendre, aliu de le rendre fidèle, fut acquittée par l'aréopage. Il parait que la jurisprudence française partageait celte opinion; puisque sur les conclusions de l’avoeal-générol Le Bret, le parlement acquitta également le gouverneur d’un prince de Portugal, qui avait -voulu lui faire avaitr un filtre pour le délivrer d’une passion qm’il éprouvait pour une femme; il lui fut fait seulement défense d user à l’avenir d'aucun charme, sous quelque prétexte que ce fût.
bufl, fut convaincu d’avoir ouvert une femme enceinte pour apprendre de l’enfant le nom de celui qui devait succéder à l’empire. Tout le monde connaît le dévouement d’Antinoüs pour Adrien; enfin Héliogabale choisissait pour ses sacrifices magiques les enfants les plus nobles et les plus beaux, et toujours de préférence ceux qui avaient leurs père et mère , afin que, par ce raffinement de barbarie, il pût augmenter leurs Tegrets et leurs douleurs. Il nous serait facile «le retracer ici nue longue suite de ces épouvantables atrocités qui annoncent l’ignorance, la superstition, les préjugés et la dépravation de ces malheureux temps.
La Magie cérémoniale est la quatrième espèce de magie d’ Agrippa ; elle se divise en goétie, ou ayant pour but spécial le commerce et l’évocation des démons ou esprits immondes, et en théurgie ou commerce avec les anges ou esprits purs et bienheureux. Les cérémonies magiques ont été décrites par plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons Horace, Lucain, Sénèque, etc. L’on voit que cette espèce de magie démoniaque ne se proposait rieD moins que de troubler l’harmonie de l’univers en évoquant les esprits infernaux pour se les rendre favorables, tant pour le succès de leurs entreprises que pour satisfaire leurs passions, lire dans l’avenir et commettre toutes sortes de crimes, etc. Aussi, les impostures les plus absurdes et les plus grossières ont été écrites pour enseigner les abominables préceptes de cette sorte de magie; parmi ces préceptes, on voit avec horreur les assassinats et les sacrifices humains ensanglanter les autels des dieux pour se les rendre favorables ; il n’est pas enfin de crime que les auteurs de cette magie n’aient commis chez les Juifs ; elle fut longtemps en honneur même dans les temps modernes; on n’a qu’à parcourir le recueil des causes célèbres pour y lire la condamnation de quelques rabbins accusés et convaincus d’avoir égorgé religieusement de jeunes enfants. Ce crime vient d’avoir lieu en Egypte sur un adulte ( j84o).
Dès la plus haute antiquité, l’on a cru généralement au commerce des démons avec les hommes; de grands noms ont même partagé cette croyance.
D’après cela, des charlatans et des imposteurs ont débité les fables les plus absurdes et les récits les plus extraordinaires et les plus invraisemblables, que plusieurs auteurs out soigneusement recueillis et commentés eu les enrichissant de
leurs magiques rêveries. Parmi ces auteurs, l’on voit Cassien attribuer des livres de magie à Àbel, fils d’Adam, et à Chain, fils de Noé.
L’on en a également attribué gratuitement à Abraham Enoch, Raziel, Raphaël, Salomon, Démocrite, Platon, Al» bert-le-Grand, Ovide, Galien, saint Jérôme, saint Thomas, etc. Les recherches des savants ont démontré le ridicule de ces prétentions, et les deux comtes de la Mirandole. Jean et François Pic, se sont moqués avec juste raison des ouvrages de nécromancie donton a voulu faire honneur à Platon, ainsi qu’à saint Jérôme et à saint Thomas. Enfin, d’autres auteurs ont soutenu que la Sainte-Ecriture ne laisse aucun doute sur l’existence des enchanteurs et des sorciers ; l’un d’eux, mêrae(i), n’a pas craint d'avancer que la magie démoniaque existe réellement suivant la foi, et quelle est pro« bable en bonne philosophie. A coup sûr, ce n’est pas de la philosophie du six® siècle dont Gerson a voulu parler.
L’existence ou, si l’on veut, la réalité de la magie, est attestée et par le droit romain et par le droit canon, ainsi que par les ordonnances de nos rois (2) et les décisions des conciles que Du Perray a pris soin de recueillir. Elle est prouvée, dit, comme historien, le marquis Le Gendre, par les témoignages les plus respectables de tous les pères de l’Eglise. L’uu d’eux n’a pas craint même de dire que nier les presliijcs des démons , c’est ne point croire à i Ecriture-Sainte (3). Outre qu’un grand nombre d’auteurs célèbres ne l’ont point révoquée en doute, l’on en trouve des preuves incontestables dans plusieurs endroits de l’Ecriture-Sainte, telles que les mages de Pharaon, l'histoire de Tobic et de la Pythonisse d’Endor, du roi Manassès, etc. On lit aussi dans le Deutérono.me, Ch. 18, ces mots : « Que personne parmi vous ne consulte ceux qui » prédisent l’avenir, n’observe les songes et les augures, » n’exerce aucun maléfice ni enchantement, n’ait recours aux » pythons ni aux devins, et n’évoque les morts pour leur » faire des questions, car Dieu a eu abomination toutes ces » impiétés, et détruira ceux qui en sont coupables. » La loi des douze tables portait aussi défenses cC enchanter les champs et les moissons; c’est sans doute d’après ces autorités respectables que Vœtius établit les dix preuves suivantes de la réalité de la magie : »
(1) Voyez Ci- non, de errorihut ctrea artem inatjlcam,
(2) l/i dernière eit de juillet 1683,
(3j Saial-Auijuislio, de Civiiuie Dei,
i° Les témoignages de I’Ecriture-Sainte.
2° L’histoire ancienne et moderne.
3° Les décisions des conciles.
4° L’accord unanime, sur ce sujet, de tous les théologiens de toutes les religions et de toutes les sectes.'
5° Le consentement .unanime des pères de l’Eglise.
6° Les lois des puissances séculières et les sentiments des jurisconsultes.
7° L’expérience générale.
8° Le consentement unanime des peuples de toutes les religions.
9° Le droit canon.
to° Les relations qui viennent de différents pays.
Il est aisé de voir combien cet échafaudage de preuves doit s’évanouir aisément aux yeux de la raison, comme nous le dirons ailleurs.
Les protestants, dit-on, croient à la réalité de la magie, et le roi d’Angleterre, Jacques W, perdit son temps à composer sa Démonologie , dans laquelle il assure que les prêtres, même les papistes, peuvent expulser les démons. Ce monarque va plus loin : il prétend offrir une connaissance exacte des preuves suffisantes pour convaincre juridiquement tout homme accusé du crime de magie.
Cette croyance des protestants n’a pas été cependant générale, puisqu’un de leurs ministres, Bekker, si connu par sa physique souterraine publiée en 16G9, ouvrage qui contribua puissamment à débarrasser la chimie de l’alchimie, et fut la première ébauche rationnelle de cette science, Bekker ou Becker, dis-je, s’est prononcé fortement contre la réalité de la magie et comme contraire aux principes de la foi. En effet, dans son Monde enchanté, il traite de dilhèistes et de manichéens tous ceux qui ajoutent foi à la réalité de la magie, comme gens qui, craignant la puissance de Dieu et celle du diable, admettent deux principes, l’un bon et l’autre mauvais ; il ajoute que la réalité de lé magie est contraire à la Sain te- Ecriture et ne peut subsister avee les fondements de la religion chrétienne, et qu’il n’y a ni raison naturelle, ni révélation, ni expérience qui donnent lieu d’attribuer ni aux démons ni aux sorciers, les effets qu’on leur attribue. Quant aux démoniaques, il regarde les possessions comme des maladies extraordinaires que Jésus-Christ et les apôtres gué-
rissaient miraculeusement (i); enfin, il finit par dire que notre Seigneur et les auteurs sacrés de l'Evangile, en parlant des possédés, se sont accommodés aux façons vulgaires de parler de ce temps.
Certes, le philosophe le plus renforcé, du xvin® ou du xix® siècle, n’eût pas mieux dit; à coup sikr, s’il eût pris la peine de lire Becker, il n’eût pas mauqué de s’écrier :
Le bon «ont du maraud quelquefois m'épouvante.
Si, d’une part, nous voyons les conciles, les canons et les pères de l’Eglise croire aux sorciers et aux enchantements; si les ouvrages d’un grand nombre d’imposteurs sont remplis de prétendus faits surnaturels ; si des charlatans éhontés, si des prêtres de l’antiquité ont cru pouvoir enchaîner la croyance des peuples, pour en abuser ou pour se créer une grande réputation, en s’attribuant des pouvoirs magiques; si les vieilles chroniques sont remplies de métamorphoses produites par les enchanteurs, etc.; d’une aut|p part nous voyons des auteurs trcs-recommandables nie^et l'existence des démons et celle, par conséquent, de la magie démoniaque. Ils pensent, avec juste raison, que l'esprit de mensonge ne saurait connaître l’avenir, et que les réponses obscures ou ambiguës des oracles étaient plus susceptibles de tromper que d’éclairer ceux qui les consultaient. Ainsi, disent-ils, tous les effets surnaturels attribués aux talismans, à divers noms ou mots diversement prononcés, aux entrailles humaines ou des animaux ; au vol des oiseaux, à certaines plantes et à une foule de pratiques superstitieuses, sont des rêves de cerveaux creux, ou, si l’on veut, des aberrations de l'esprit humain.
Parmi les auteurs anciens, Averroès, Démocrite, Simplir.ius, les philosophes épicuriens, etc., se moquaient et desdémuns et de la magie démoniaque. Aristote, en partageant leur sentiment, faisait cependant la concession suivante : Ce philosophe n’étendait la providence divine et le ministère des intelligences que jusqu’à la sphère de la lune, en sorte que les êtres sublunaires, tout ce qui est compris entre le centre de la terrre et le centre de la lune, n'y avait aucune part. L’empereur Marc-Antouin , plus philosophe qu’ Aristote, dit positivement qu’il a appris à ne rien croire de tout ce qu’on a écrit et de ce qu’on dit des enchanteurs, des conjurations
(i) Arnubo dit que les païens ne pouvant attaquer la Certitude des miracles dç Jefut-ÜbrUi, les attribuaient à la magic égyptienne.
SUR LES SCIENCES OCCULTES. l3
des démons et de tous les antres sortilèges de cette nature. Toutes les chroniques annoncent que de temps immémorial et chez tons les peuples, on a été imbu de préjugés et de su* perstitiou, et que la magie en a été Je fruit inévitable. Laissant de côté les progrès qu’elle avait faits chez les Chaldcens, les Hébreux, ks Egyptiens, les Grecs, les Romains et nos pretnierÿ pères, nous nous bornerons à dire que cette croyance continua à se propager jusque vers le milieu du xvue siècle. Aiusi, d’après Grégoire de Tours, Sigebert ne fut vaincu que par les illusions magiques des Huns.
Mous ne pouvons nous dispenser de citer l’anecdote la plus extravagante qu’on puisse imaginer, laquelle a été d’abord racontée par François Pétrarque et publiée ensuite par Pasquier : Charlemagne, y est-il dit, devint éperdument amoureux d’une Feitime qui étant morte peu de temps après, l'empereur conserva la même passion pour son cadavre et ne pouvait le quitter. L’archevêque Tnrpin, profitant d’un moment où Charlemagne s’était éloigné, visite ce cadavre et trouve audessous delà langue un anneau qu'il garde; le prince s’éloigna promptement de ce cadavre et porta sou amour sur l’arche* vèque qu’il suivait en tons lieux. Ce prélat jeta cet anneau dans un lac des environs, Charlemagne devint alors si amoureux de ce lieu qu’il ne lie quitta plus et y fit bâtir un pa* lak(i) et un monastère pour y finir ses jours et y être enterré; il fit plus : par son testament il ordonna que désormais ses successeurs seraient sacrés eu ce lieu. C’est ainsi que jadis ou écrivait l'histoire : est- ce la faute de l’historieu? Nous aimons mieux croire qu'il n’a fait que partager les erreurs, de sot» siècle; erreurs qui avaient tant de créance que ce même empereur, dans les capitulaires de 8o5, parle des sorciers qui excitaient ks tempêtes, etc. Catherine de Médicis et sa suite ne contribuèrent pas peu à propager en France ce goût de la magie. On lit en effet dans le journal de Henri HJ que, sous Charles IX, un des principaux magiciens certifia qu’il y eu avait trente mille daus Paris. Le P. Delrio rapporte que le sorcier Trois-Echelles détachait, en présence de ce prince et par ses enchantements, les chaînons d’un collier de l’ordre du roi, qui était fort éloigné de lui, qu’il les faisait venir dans ses mains et. les renvoyait à leur place sans que le collier fût endommagé.
Depuis Charles IX, la magie ou la sorcellerie a trouvé
(i) Celui d'Aix-la-Chapelle»
Sorciers. 2
ti Jurisprudence
constamment plus ou moins de fauteurs, et surtout'force em* poisonneurs; les uns ont recours aux anneaux constellés, aux opérations magiques les plus bizarres; d'autres se sont atta~ chés à faire des simulacres en cire et à les piquer avec des aiguilles, afin de faire périr, par ces maléfices, ceux dont ils souhaitaient la mort; le dirai -je, à la honte de l’espècf humaine! les malheureux ont expié sur l’échafaud ces crimes imaginaires. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettant pas d’entrer dans de trop grands détails, nous allons donner un aperçu de la jurisprudence ancienne et moderne sur les prétendus crimes de magie, ce qui nous fournira l'occasion de retracer quelques-uns des plus fameux procès.