LK COCHON QUI PARLB
partie de ta société embarquée , et que le soupçon pourrait peut-être planer sur nous, gendarmes, vidons nos poches à notre tour. Quelle fut la surprise générale lorsqu’on reconnut que M. le commissaire avait dans ses poches le portrait et la chaîue de la dame, ainsi que la montre et la bague de M. Comte , et MM. les gendarmes tous les autres vols. Chacun était stupéfait, lorsqu’on entendit une voix plaintive criant, au dehors de la barque : Au secours! au secours! accoure s vite! je me noie... L'effroi est général; on croit que c'est le voleur. Soudain M. Comte et le batelier se déshabillent et se jettent à l’eau; on continuait à entendre le même cri, tantôt d’un côté, tantôt de l'autre de la barque; enfin après que le patron a plongé un grand nombre de fois, il s’écrie que c’en est fait du passager. Ils remontent dans la barque et changent de linge. L’effroi est général, mais il se dissipe en songeant que Dieu a puni le voleur de ses méfaits. Enfin l’on arrive, et le directeur du théâtre de Mâcon , eu demandant au patron M. Comte , donna la solution de ces prodiges. Chacun en rit de tout son cœur, et se promit bien d’aller le lendemain applaudir l’habile prestidigitateur qui les avait tous si adroitement mystifiés.
Le Cochon qui parle.
Le lendemain de son arrivée à Mâcon , M. Comte rencontre une grosse Bressane chassant devant elle son cochon. — Combien votre cochon, bonne femme? — Mon beau monsieur, cent francs, tout au plus juste. — C’est trop de deux tiers, j’en donne dix écus. — Je ne puis en rabattre uu sou. — Chanson que tout cela ; je parie que votre cochon est plus raisonnable que vous, et qu’il me dira qu’il ne vaut pas cent francs, si je le lui demande. — Tiens, e&t-il bon enfant, ce monsieur, de vouloir que mon cochon parle! Quoique je ne soyons qu’une paysaune, je savons bien qui gnia que les perroquets, les pits et les maries qui baragouiuent. — On voit que vous n’avez jamais été à sacrogorgon. — Qu’est-ce que ce village-là? — C’est un endroit où toutes les bétes parlent, et le grand-père de ce cochon en est sorti. Tu vas voir. Dis-moi, l’ami cochon, ta maîtresse n’a pas de conscieuce ; tu ne vaux pas cent francs, n’est-ce pas? Mon, sans doute, répond une voix rauque et caverneuse qui semblait partir de la bouche de l’animal : je suis ladre, et ma maîtresse est une coquine qui veut vous voler votre argent; depuis trois mois quelle cherche à me vendre, plie n’a pu trouver encore an marchand. A ces mots tout U
LA niUGENCB ADRÊTÉE PAH tES VOtEOHS. 3oi
iBOttde s'attroupe, prend la femme pour une sorcière, et le cochon pour le diable. M. Comte regagne alors gravement son hôtel du Sauvage.
L'Ane révolutionnaire.
Notre célèbre engastrjmythe étant à Châlons, se promenait un matin sur la route de Bourges, lorsqu’il vit venir un bon paysan monté sur son âne; soudain il projette de s’amuser un momeut aux dépens du rustre. Voilà donc fane qui, à l’instar de l'ânesse de Balaam, commence à adresser cette mercuriale à son maître : Maroufle, descends vite de dessus moi ou tÿ es mort à l’instant. Il y a assez longtemps que je te porte; il est juste que tu me portes à ton tour. Liberté , égalité, fraternité, ou la tnort. A ces funestes mots, qui accompagnèrent tant de crimes, le paysan tombe à terre tout abasourdi. Bientôt après il se relève avec effroi et court à toutes jambes à la mairie dénoncer son âne. Pendant ce temps. M. Comte enfourche le grisou, pique des deux et rejoint le paysan, le rassure et lui rend le vieux compagnon de ses fatigues, en lui mettant une pièce de 5 fr. dans la main.
La Diligence arrêtée par les Voleurs.
La diligence de Châlons à Mâcon était remplie de voyageurs, parmi lesquels se trouvait incognito M. Comte, et plusieurs originaux, une vieille plaideuse, sa nièce, un grand vicaire, un capitaine de hussards et un rabbin. Tout allait le mieux du mondé lorsque dans la nuit plusieurs brigands crient : La bourse ou la vie! en ordonnant au conducteur d'arrêter. Soudain une voix,crie à la portière : Votre or et vos bijoux, sinon vous êtesnr' rts. M. Comte était placé à côté de la portière. Qu’on juge de l’effroi des voyageurs ; chacun remet sou argent, sa montre, sa chaîne et sa bague à M. Comte pour les remettre au voleur. Celui-ci crie alors d’une voix de Stentor : C’est très-bien ; conducteur, tu peux partir. Celui-ci ne' >e le fiait pas dire deux fois, et le postillon donne avec son rouet des ailes anx chevaux. Revenus de leur effroi, tous les royngeurs accusaient le maudit rabbin de leur avoir porté nalheur et d’être même de la bande de ces fripons. En desrendant de voiture on dénonce unanimement le rabbin aux feudarmes charges de vérifier les passe-ports des voyageurs, klors M. Comte De voulant pas tourmenter plus longtemps ‘enfant d'Israël', s'avoue lni-méme complice des voleurs et end tous les- vols; Les gendarmes l’arrêtent; M, Comté1
Sorciers. 26
3oa LE VOLEUR ËW DÉFAUT.
avoue que ses complices sont dans une auberge qu’il lear somme. Ils l’y conduisent ; en entrant dans la cour, notre ventriloque s’écrie : Holà, hé! Ducdesso , Trigan, Polonais, Delatte, Joanny, Ponelle! vite à vos postes. A ces mots, des voix diverses répondent des greniers et de la cave : Nous y sommes, comptez sur nous, mon cher La Rissole; nous aurons bientôt le cœur à l’ouvrage. Soudain le brigadier et les deux gendarmes courent aux greniers et à la cave. Pendant ce temps, M. Comte se rendit chez M. le préFet de Dijon, qui l’accueillit très-bien et fut avec lui à l’hôtel de la Galère rassurer tout le monde et féliciter les gendarmes de leur zèle pour remplir leurs fonctions. On assure que ces inesÜeurs ne furent nullement contents d’une telle mystification. On dit même que la moutarde leur mouta promptement au nez, quoiqu'un pareil plat n’en eût pas besoin pour paraître piquant.
Le Voleur en défaut.
Dans un de ses voyages, M. Comte étant descendu de voiture pour se promener un moment sur le bord du bouquet du bois de Botidy, fut arrêté par une espèce du bûcheron qui le pria de lui prêter un petit écu. — La demande est plaisante, à cette heure et en ce lieu ; passe ton chemin, l’ami, sinon... — Tu le prends sur ce ton, et bien ! côquin de richard, la bourse ou la vie. Cette demande tant soit peu brutale n’étonna pas notre célèbre prestidigitateur ; il appelle aussitôt l’engastrimythie à son secours, et sans hésiter, il pare avec sa canne le coup de bâton que lui portait le voleur, et s'écrie en même temps : A moi, Fréiny, Denizart, Lacriuière, Bagnolet, Sullivan, Alibrutai, Godiveau! Soudain différentes voir répondent à cet appel : le voleur, effrayé de voir que celui qu'il regardait déjà comme sa proie était en si nombreuse compagnie, lui demande grâce et s’enfuit à toutes jambes. M. Comte, le voyant courir, se mit à siffler, comme firent nos deux voyageurs à ce pauvre Melchior Zapata , pauvre comédien et comédien pauvre, parce que sa femme était alors vertueuse. Mais depuis...!!! Le son aigu du sifflet redoublait l’effroi du voleur; pendant ce temps M. Comte rejoignit tranquillement sa voiture et continua sa route sans aucun autre accident.
Nous pourrions multiplier à l'infini les citations des scènes cliniques auxquelles çet habile prestidigitateur a donné lieu,
FITZ-JAMES AU restaurant. 3o3
toit dans ses voyages, soit à Paris ; les journaux en ont publié un grand nombre : elles sont maintenant si connues qu’une telle répétition deviendrait fastidieuse. C’est donc avec regret que nous n’avons pu profiter de l’offre obligeante de mademoiselle Anna Colon, qui a eu la bonté de nous offrir quelques anecdotes semblables, qu’elle a recueillies.
Pour rendre cet article plus intéressant, nous avons cru devoir le rendre plus complet par les additions suivantes, que le lecteur lira avec plaisir.
Fitz-James, et quelques scènes de ventriloquie.
On se ressouvenait à peine à Paris du ventriloque Saint- Gilles de Saint-Germain, que Lachapelle avait tant préconisé, lorsque Fitz-James parut. Ses débuts eurent le plus grand succès et firent oublier tous ses prédécesseurs. Fitz-James était fils naturel de M,le Dubois, de la Comédie-Française, et d’un duc de ce nom. Tous ceux qui sont venus après lui ne peuvent être regardés que comme ses imitateurs. Lorsqu’il établissait un entretien entre deux personnes, l’une supposée à la cave et l’autre au grenier, *m n’apercevait pas même le mouvement de ses lèvres, et l'on était tenté de croire que les interlocuteurs étaient réellement l’un au grenier et l’autre à la cave. A cette époque les journaux se criaient dans les rues : Fitz-James imitait les crieurs d’une manière étonnante ; ils semblaient s’approcher ou s’éloigner graduellement de vous ; l’illusion était telle qu’on le croyait constamment secondé par quelque compère. Malheureusement, il était peu spirituel et fécond en lazzis de mauvais goût. Nous allons citer un petit nombre de ses scènes de ventriloquie.
Fitz-James au restaurant.
Ce ventriloque dinait un jour, avec quelques-uns de ses amis chez un restaurateur ; au moment du dessert, il voulut leur donner un échantillon de son talent : au milieu de la salle était un poêle dont le tuyau communiquait à une cheminée condamnée; la table à laquelle il était assis était placée à côté; alors Fitz-James établit une conversation eûtre lui et un individu présumé renfermé dans la cheminée. Les assistants surpris écoutent; le maître de la maison s’épouvante, on va chercher la garde, croyant qu’un fripon s’était introduit dans la cheminée, qu’il n’en pouvait sortir, qu’il mourait de faim et qu’il avouait sou crime, en demandant