‹ Nouveau manuel complet des sorcier ou La magie blanche dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique par m. ComteChapitre 111 sur 173 · LES MOINES · texte numérisé non relu

LES MOINES

du pain, en attendant sâ punition. La garde arrive. Infer* roge le captif; celui-ci répoud ; on parle de démolir la. cheminée. Fitz-Jatnes se place alors à côté du poêle, parle, et chacun croit que le voleur s’est glissé dans le poêle par le tuyau. Quand il voit tout le monde eu émoi, il dévoile son secret à la société; la garde se retire en riant; chacun reprend sa place eu pouffant de rire et en félicitant notre eugastrimythe.

Le Bêf ractaire.

Un jour, il faisait entendre une voir plaintive derrière le paravent de la cheminée. On se demande avec effroi ce que cela peut être; qu’importe, dit Fitz-James, nous ne devons pas avoir peur d’un homme seul et souffrant ; on ouvre le paravent et l’on ne trouve personue. Où êtes-vous donc, s’écriejt-il ? Je me sauve, répond lu voix qui s’éloigne eu montant; je suis conscrit, et vous me feriez arrêter. Les lois, à cette époque, punissaient sévèrement ceux qui donnaient asile au conscrit réfractaire. On avertit donc un commissaire de police qoi arrive et fait cerner la rnaiswn qu’il fouille dans tous les sens, en entendant la voix jusques sur les toits.

Knfin, te commissaire de police et la garde fatigués de l'inutilité de leurs recherches, se retirent complètement mystifiés.

La Cuillère dargent.

U A jour Fitz- James était invité à un grand dîner; on fdt fort surpris de le voir parler mystérieusement et d’un ton animé à une personne qui s'était cachée sous la table et qui avait essayé de s’approprier une cuillère d’argent. L’illusion devint telle que tous les convives se levèrent spontanément en criant : Au voleur ! Au voleur! Fitz-James, en éclatant de rire, mit fin à leur frayeur.

Le Dentiste.

Les scènes où ce ventriloque produisait les plus grands effets étaient celles qu’il exécutait derrière un paravent ; déco nombre était celle du dentiste qui arrachait successivement toutes les dents saines, au lieu de la dent gâtée, et faisait souffrir le martyre au patient. Les cris de douleurs étaient parfaitement imités.

Les Moines,

Dans cette scène, les spectateurs entendaient très-distino

CAFÉ BOREL. 3o5

tement, et avec ravissement, les chants des moines, les sons de l’orgue, le tintement de la cloche.

Le comité révolutionnaire,

Fitz-James montre qu’il n’a qu’une chaise pour s’asseoir et un morceau de bois; il replie le paravent autour de lui; on entend l’heure sonner; on entend scier le bois; le feu s’allume et brûle avec vivacité et pétillement, du moins ou croit l’entendre. — Ou entend ensuite un grand bruit; c’est le public qui arrive; ce mouvement et le bruit des pas s’apaisent peu à peu, à la suite l'on entend une discussion qui est censée s’établir au sein du tribunal révolutionnaire.

Cet habile ventriloque est mort glorieusement, eu i8i5, assassiné sur les buttes Montmartre par les cosaques.

Voici l’eloge qu’en a fait le célèbre Lalande :

« En entendant Fitz-James, j’ai retrouvé tout ce que Lachapelle raconte des ventriloques dont parlent Van-Dale, Broleau, etc. Je l’ai vu , à côté de moi, faire sor^r des réponses du fond d’un poêle, du haut de la cheminée, et de toute autre partie de la salle et des pièces voisines; dès lors je n’ai pas douté des histoires surprenantes qu’on en raconte. Mais le baron de Mengen, qui possédait l’art du ventriloque, m’a expliqué le mécanisme de l’air et de la bouche.

Mon honorable ami feu M. Robertson m’a raconté des scènes surprenantes qu’il lui a vu exécuter pendant qu’il l’avait associé à ses exercices fantasmagoriques qui faisaient l’admiration des spectateurs, produisaient une illusion parfaite et qui persuadaient les esprits même les plus disposes à ne pas croire aux prestiges de cet art.

, Café Borel.

Il existait encore en 1802 au Palais-Royal, galerie Valois, un café tenu par Borel, digne imitateur de Fitz-James, qui attirait chez lui beaucoup de monde par son engastrimysme. Voici la manière dont il mystifiait les étrangers : un ami en conduisait un autre à ce café, et, en entrant, il laissait au comptoir, le plus adroitement possible, un billet contenant le nom, le lieu de naissance et celui d’une connaissance intime de cet ami; à peine étaient-ils à savourer le café, que Borel agitait une soiiDette et demandait à haute voix : Messieurs, y a-t-il quelqu'un ici qui se nomme M. tel; soudain le porteur

3û6 FILLE VENTRILOQUE.

de ce nom se levait. Alors Borel montait sur un tabouret, et, par le soupirai! qui donuait dans la galerie, il demandait au prétendu demandeur : qui êtes-vous ? une voix répondait : je suis porteur d’une lettre de sort pays de la part de M. tel, sou ami; inaiscoinmeje suis avec des dames, je ne puis descendre pour m’acquitter de ma commission i priez-le d’avoir la bonté de se déranger un instant; je l’attends. Alors l’individu montait étné trouvait personne; étant rêdescendù au caFé, il disait à Borel : ma foi, je n’ai vu personne, — Est-il possible, s’écriait Botel; alors, montant sür son tabouret, il demandait à cclül qu’on croyait attendre dans la galerie : Monsieur, oît êtes-vous donc, on vient de vous chercher sans vous trouver. — Je n’ai vu personne, je vous le jure. Pour en finir, je vais votiS jeter la lettre. Soudain Bofel appelait celui pour qui elle était, et le faisant monter sut le tabouret, il lui disait : tendez votrô chapeau pour la recevoir. Alors, on entendait la voix de la

Slerîe s’écrier : y êtes-vous? — Oui, monsieur, répondait-on.

ors Borel disait à l’étrabger : n’est-ce point une erreur ; étes-vousêbien M. tel (supposons de Narbonne); il répondait : oui, monsieur; àcésrdbtS Borel lui répondait : vous êtes aussi bién iriystifié que si vous étiez de Carcassonne. Alors tout le monde applaudissait, et chacun reprenait sa place. Il est bon d’ajouter que ces mystifications ont donné quelquefois lieu à des scènes ijul n’êiàient rieu moins qüe comiques.

Fille ventriloque,

Marguerite Margoffia, prussienne, âgée de a8 ans, était sujette depuis 6 ans à tomber dans des états violents. Ces accès duraient de 3 à 18 heures, tlne fouie decurieüx allaient b voir de toutes parts, afin d’être témoins de cetté scène t-rdgicomique; les attaques commençaient par un tremblement universel qui était bientôt suivi d’une immobilité et d’une rtûdenr surprenantes; un moment après on entendait trèsdistinctement, souvent aux pieds, quelquefois au chevet de sou lit, le bruit d'un tambour dont on distinguait très-bien les divers battements ; tantôt c'était la marche des gardes da roi, mais qui était exécutée avec un mouvement très-prompt; d’autres fois c’était le bruit des maréchaux battant le fer en cadence. Il est boo de faire observer qu’aussitût qu’on approchait du lit de cette fille, le bruit cessait ; à peiue l’entendaiton respirer; dès qu’ou s’en éloignait de trois on quatre pas, ces divers bruits se faisaient entendre avec la même intensité

AUTRE rim VBMTRltOQUB. S07

qn'anparavant. On entendait mieux ces divers son* dil côté du chevet que de toute autre parti Dès que cette fille était censée reprendre connaissance, l’oa n’entendait plus rien. Une infinité de personnes ont été tépioins de ce phéno* mène; comme cette fille était réduite à la mendicité, il est facile de penser quelle se servait de ce moyen, ou mieux de cette ruse , pour exciter la commisération publique. Quoiqu’il en soit, dit le Journal de médecine (art. 1757), on peut ranger Màrguerité MàrgofGa dans la classé des Ventriloques.

Autre fille ventriloque.

ï*diir né pis sortir des bornes qne poys nous sortîmes prescrites, nous crpyons devoir passer sous silence divfets autres Ventriloques rjiii Ont joui dé plus Où moins de célébrité, tels qde lé baron de Mcn/jcn ', Srtûile Cdrey , Alexandre , l’un dés plnë cüriéux imitateurs de Fitz-J.TineS, etc. Pour dire un itidt des vetitrllOques Esquimaux d’igloolick , nous allons laisser parler le capitaine Lyon i u Parmi nos connaissances d’Iglooliek, dit-il, il y avait deux magiciens et deux magiciennes; le principal était Toolemak, Il était adroit, intelligent, ét toutê sa tribü le considérait comme un homme d’importance; il avdit la complaisance dé me laisser assister à ses entrevues avec Tomqn ou son esprit Familier. Je le priai donc de hle montrer son habileté daiis ma cabine. Il y consentit à grande peiné. Toute lumière fut enlevée; îiotre Sorcier commença à chdüter à sa femme itVec véhémence, et cèileci lui répondait en chantant VAnmdayü; ce qui hé discontinua pas pendant toute ia cérémonie. ll tourna rapidement en rond, appelant à haute voix Tornga avec une grande impatience, soufflant et mugissant comme un bœuf. Sun brait, son impatience et son agitation s'augmentaient à chaque instant; puis il s'assit; variant ses tous et froissant ses \éteinents; tout àccrap sa voix devint étouffée et le son eu fut ménagé de manière qu'elle semblait venir de dessous terre, s’éloignant de plus en plus jusqu’à cé qu’elle cessât tout-à fait. Sa femme me dit alors qu’il avait ploiigé pour aller trouver Tornga. Après une demi-minute, un souffle éloigné se fit entendre, s’approcha très lentement, et une voix qui différait de celle qu’on avait entendue jusqu’alors se mêla au souffle ; alors cette femme me dit que Tornga allait répondre à mes questions f Je lui eu fis donc d’assez difficiles, à chacune des-

3o8 VEKTRILOQDIE.

quelles je reçus une réponse par deux forts coups sur le pont, qui signifiaient que l’esprit m’était favorable.

Une voix creuse et forte, très-différente de celle de Toolemak , se mit à chanter pendant quelque temps, avec un mélange de sifflements, de soupirs, de cris et de gloussements tels que ceux d'une poule. Enfin, le magicien épuisé demanda à se retirer.

La voix s’éloigna, comme la première fois, graduellement, et un sifflement très-distinct lui succéda. Un autre sifflement tel que celui d'une fusée volante se fit ensuite entendre, et Toolemak annonça son retour par un hurlement.

La lumière étant rapportée, notre magicien suait à grosses gouttes et paraissait^xcédé de fatigue. »

D'après ce que nous venons de rapporter, il est évident que lorsque des sons d'une origine mystérieuse arrivent aux oreilles des personnes disposées à croire aux prestiges, au merveilleux, au surnaturel, leur influence doit acquérir une grande intensité sur elles. En effet, celle que donne à un habile ventriloque son adresse à imiter les sons, est plus grande sur l'esprit de l’homme que celle de toute autre espèce de magie, à laquelle il faut pour complément des compères, des instruments, ud théâtre, des préparations. Le ventriloque n’a, au contraire, besoin que de lui seul pour produire ses illusions. Ainsi, au milieu des champs comme à la ville, dans un appartement et dans quel lieu quelconque, il peut évoquer les spectres, imiter les cris, établir des dialogues, des discussions, jouer, quoique seul, ses scènes variées, etc., etc.

Une infinité d’auteurs ont cherché à donner une explication des phénomènes de la ventriloquie : Mollet et Haller ont prétendu que la voix des ventriloques se formait pendaut l'inspiration. M. le baron de Mengen en donna la solutionsuivante, qu’il avait trouvée en s'étudiant lui-même : la laugue, dit-il, se presse contre les dents et la joue gauche, y circonscrit une cavité dans laquelle la voix est produite avec de l’air tenu en réserve dans le gosier; les sons acquièrent alors uu timbre creux et sourd qui fait croire qu'ils viennent de loin. H faut, d’après lui, ménager l’air et ne respirer que le moins souvent possible.

Dumas et Lauth considèrent la ventriloquie comme une rumination de sons qui, après avoir été formés clans le larym, sont repoussés dans la poitrine. Le baron Richerand et Four- ;

'PfcNThTLOQtitf. 3o<)

hier 'behsent que la voix, formée d’abord datis la glotte, est reFoulée ensuite, d’où elle ne sort plus que d’une manière graduelle, pour être étouffée par le larynx qui produit sut elle l’efFet de la sourdine sur un violon.

Herschel! pense que la voix des ventriloques se fonbe dans îâ gorge sans que la bouche et les lèvres y entrent pour tien. La déception qui résulte de ces sons qu’il nomme artificiels, provient de la différence qui existe entre eux et ceux que le inécauisme de la voix produit. M. Brewster s’est occupé également de la ventriloquie; voici son opiniou que nous allons rapporter textuellement :

■ L’incertitude à l’égard de la direction du sort, est la base de la ventriloquie. Si i’ou place en rang dix personnes, de telle façon qu’elles soieut comprises dans l’angle où l’on ne peut juger la direction du soo, et si, par un jour calme, chacuue d’elles parle successivement, on ne pourra savoir celle qui a parlé, et l’on ne trouvera aucune différence dans les sons provenant de celles qui sont aux deux extrémités de la file. Si un homme et un enfant sont placés dans le même angle, et si l’homme imite la voix de l’enfant sans qu’on lui voie remuer la figure ou les lèvres, on croira que c’est l’enfant qui a parlé; si l’enfant est assez éloigné de l’homme, on continue à croire que c’est lenfant qui parle. Ainsi, quand les sons qui doivent être censés venir d’un objet, sont bien calculés, l’illusion est facile ; on l’exécute aisément, lors même que l’angle, entre la direction réelle et celle supposée est beaucoup plus graud que l’angle d’incertitude.

M. Coloinbat, dans un travail qu’il a publié sous le titre de Mcmoiiv Physiologique de la ventriloquie, s’exprime ainsi : « L’art de la ventriloquie consiste non-seulement dans la faculté d’imiter toute espèce de son dans leur caractère ordinaire et lorsqu'ils sont modifiés par la distance ou par toute autre cause, mais encore de produire ces différentes espèces de sons par des mouvements musculaires qui ne soient pas aperçus des spectateurs. Le principal secret des ventriloques, ajoute-t-il, est d’empêcher que l'air ne sorte par le nez, et de faire en sorte que ce fluide ue sorte par la bouche que d'une manière lente et tout- à -fait forcée. Il résulte de ce mécanisme

3ue la voix semble être sourde et avoir la faiblesse et le timbre e la voix éloignée, ce qui, pour cette raison, fait croire qu’elle vient de loin; pour augmeuter encore le prestige, en douuout à la voix un sou qui paraît venir d’un lieu déterminé, il suffit

d’appeler adroitement l'attention vers ce lieu, et de parler ensuite dans cette direction en élevant plus ou moins le voile du palais pour que la voix s'éloigne ou s’approche à volonté. On doit aussi tâcher de faire, en parlant, le moins de mouvement possible de la mâchoire inférieure et avoir soin d’articuler la bouche fermée. Or, le ventriloque doit tirer les sons de son larynx sans mouvoir les muscles de la face, en leur donnant de la force à l'aide de l’action puissante des muscles abdominaux. » ’

Malgré ces diverses théories, nous croyons qu’il y a beaucoup à faire encore pour arriver à la solution de ce problème engastrimyque.

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