‹ Nouveau manuel complet du chandelier du cirier, et du fabricant de cire à cacheterChapitre 13 sur 87 · Partie destinée à la fonte des matières · texte numérisé non relu

Partie destinée à la fonte des matières

Planche VII , figure 1 . Élévation de l’appareil vu par devant.

A 1 , cuve en bois, fermée de fonds, cerclée en fer, et destinée à la formation de la vapeur nécessaire pour toutes les opérations de la fabrication. C’est dans cette cuve que sont placés le foyer et l’eau produisant la vapeur.

A a , cuves en bois , ouvertes au fond supérieur, et destinées à recevoir la miitière fondue. Elles ont chacune à sa base , un robinet pour donner écoulement à la matière grasse qui traverse les filtres placés à l’ouverture.

B, quatre poteaux assemblés dans une construction horizontale et solide , en traverses de bois liées ensemble par des boulons, et au moyen de laquelle toutes les cuves sont élevées à 8 on 10 pouces du sol sur ladite construction ,

à laquelle on peut placer à volonté des roues, pour mouvoir tout l’appareil.

C, traverses qui, joignant les poteaux ci-dessus et posant sur les 5 cuves , forment un carré.

D, panneaux fixés sur les traverses , et qui joignent contre les flancs des trois cuves, de manière qu’elles ne sont vues qu’à moitié de leur circonférence.

E, cimaise enveloppant le bâtis à sa base.

F, corniche entourant le carré de Fappareil à sa partie supérieure.

G, couvercles brisés au milieu, avec charnières, et couvrant chacune des cuves.

A\ où ils sont incrustés à demi-épaisseur du bois. La moitié de ces couvercles, joignant la grande cuve V , est fixe; l’autre moitié, en-avant, est mobile et s’ouvre au moyen des deux poulies H.

J, ouverture du foyer pour l’introduction du combustible , au moyen du cylindre mobile F; cette ouverture est formée

f iar un tuyau de métal fixé par un bout à la cuve a* et à autre bout soudé à la sphère aplatie en métal , qui sert de foyer.

K, robinet pour l’écoulement de la cuve A *, quand il convient de la vider.

L , tiroir pour retirer les cendres tombant du foyer.

4f, tube en verre servant à indiquer le niveau de l’eau dans la cuve à vapeur ; les parties qui l’ajustent sont munies de robiuets , pour donner passage à l’eau et à l’air. iV, tube conduisant la vapeur dans le tube spiral de la cuve supérieure U; elle y est introduite au moyen d’un robinet. O, tube servant à faire retourner de la cuve V dans celle A * l’eau condensée. Ce tube plonge dans l’eau.

P , soupape de sûreté fixée à la partie supérieure de la cuve a 1 pour donner issue à la vapeur arrivant à excès de pression. La même soupape laisse rentrer l’air pour rétablir l’équilibre , lors du refroidissement des vases.

Q, cylindre enveloppant la cheminée R, pour empêcher l’excès de chaleur au tuyau de la cheminée , avant que la vapeur n’ait encore pu passer dans la spirale. Ce cylindre contient de l’eau dans toute sa hauteur, et descend audessous du niveau du liquide dans la cuve A '.

S, tube à robinet , servant à introduire l’eau du double cylindre Q, au moyen d’un tube plongeant dans la cuve A'.

Jï, cheminée servant à dégager au dehors de l’atelier, les gaz incombustibles.

T , tube plongeant à la partie inférieure du cylindre qui enveloppe la cheminée pour remplacer l’eau qui s’est écoulée dans la cuve A 1 . Cette eau provient d’un réservoir qu’on devra placer à une élévation supérieure à l’appareil.

17, grande cuve dans laquelle s'opère la fusion des matières.

v , partie supérieure de la vis de la presse.

S‘, tube à robinet , servant à régler la pression.

Figure 2. Élévation de l'appareil vu par derrière.

A % les deux cuves à filtrer.

B, les poteaux joignant la construction.

x , ouverture transversale donnant passage au levier de la presse.

y , levier de la presse.

Figure 3. Plan de la partie de l’appareil , destinée à la fusion.

A 1 , cuve à vapeur, contenant le foyer et l’eau à vaporiser.

A a, cuves à filtrer.

B, les quatre poteaux de l’assemblage de l’appareil.

s, les quatre colonnes de l’assemblage de la presse.

W, roue de fonte, servant à faire mouvoir l’écrou. Cette roue a des échancrures à sa surface pour recevoir la dent du levier.

F, levier de la presse, ayant une dent mobile qui tombe dans les échancrures de la roue w , pour y prendre point d’appui.

U, grande cuve de fusion, ayant au fond le tube spiral conducteur de la vapeur.

Figure 4. Vues par élévation de la vis garnie de sa roue et de scs accessoires.

Z, colonnes de la presse.

A, traverses assemblant les montants de la presse, entre lesquelles sont placées la roue de fonte te, et la vis v.

F, vis de pression traversant la grande cuve u.

B, partie inférieure de la ris formant un carré et glissant dans la traverse c.

F, le levier de la presse.

V, coupe intérieure de la grande cuve de fusion.

S, coupe du cylindre.

Figure 5. Coupe en élévation de la figure A', fig. 1 .

A % coupes des cuves à filtrer.

d, filtres en tissu de lin , coton ou laine , à travers lesquels s’écoule la matière fondue , sortant de la cuve u , planche I.

e, entonnoirs fixés à la partie non mobile du fond , pour recevoir le liquide venant de la cuve u , et allant dans les filtres.

Figure 6. Coupe en élévation de la figure a 1 , fig. 2G.

f, cylindre mobile, servant de pelle pour le combustible et de porte du foyer.

g , manche mobile du cylindre , pour sortir et replacer le cylindre-pelle.

J, ouverture du foyer pour l’introduction du combustible .

A\ coupe de la cuve à vapeur.

h, hauteur de l’eau dans la cuve.

J . , tiroir mobile pour retirer les cendres.

k , conduit en métal sous le foyer, et traversant le fond de la cuve, pour donner introduction à l’air sous la grille. Ledit conduit va , en s’évasant en forme d’entonnoir, jusqu’à la grille l; dans la partie évasée k, se trouve soudé un tuyau o, qui sc recourbo autour de la sphère aplatie »n.

o , tuyau qui , partant de la partie inférieure k , vient , en s’élargissant , s’ajuster au tuyau n. Ce tuyau a pour objet d’introduire de l’air non décomposé dans l’intérieur de l’appareil de combustion.

n , tuyau assemblant les deux sphères aplaties et qui, par sa

S osition et l’action de Pair non décomposé venant de o , étermine la décomposition complète aes matières combustibles.

I, grille du foyer.

m , sphère aplatie , ou foyer principal dans lequel est placé la grille.

p, sphère aplatie , supérieure, et communiquant ù la sphère m par le tuyau n.

q, tuyaux , au nombre de trois, ajustés à la circonférence de la sphère p, lesquels se rendent dans le corps de le cheminée r, fig. 1 , pour y donner issue aux gaz incombustibles. Cette cheminée est enveloppée du cylindre q, lig. 1 .

Figure 7. Vue géométrale de la cuve U.

r, tube en cuivre étamé , roulé en spirale plate et destiné à porter la vapeur sur toute la surface du fond de l.i cuve u , fig. 4. Celte spirale est placée et fixée sur des supports , à un demi-pouce du fond , et communique par un bout avec le tube n , et par l'autre avec le tube o r fig. 1 .

Figure 8. f, plateau circulaire , percé de trous , du centre à la circonférence, pour être placé dans le cylindre de la presse de la grande cuve U , lequel reçoit l'effet de la pression; le centre de la spirale passe dessous ce plateau.

Figure 9. Coupe de la grande cuve de fusion U, fig. 4.

U, cuve de fusion.

r, coupe de la spirale , fig. 7.

S, cylindre de métal percé de petits trous dans toute sa circonférence , fixé sur le fond de la cuve , et dans lequel se fait la pression.

t, plateau de la fig. 8, servant à soutenir l'effort de la pression et à donner passage au liquide et à la chaleur.

u , petit tuyau traversant le fond de la cuve U, et servant à donner passage à la vis de la presse v.

Figure 40. Élévation de V appareil à mouler.

v , construction en bois formant l’appareil , au moyen de montants et de traverses à la paitie supérieure.

ce, sont deux rigoles servant, au moyen d’un robinet, à conduire dans tous les moules les matières fondues. Ces rigoles sont en métal, et dans leur milieu sur la longueur, elles communiquent avec les moules :

y, moules en verre glacé de longueur et formes ordinaires,, pour toutes les sortes de chandelles et bougies.

ET DE LA FABRICATION DES CHANDELLES. 40ï>

x, est une traverse sur laquelle sont appuyés les moules y. Ladite traverse est percée de trous dans toute sa longueur, en face de l’orifiee inférieur de chaque moule , afin d’y laisser passer la mèche.

o, traverse fixe , portant une rigole en métal et servant à recevoir la matière qui pourrait s’écouler des moules et la conduire dans un réservoir, au moyen du tube b ; de chaque côté du bâtis et à la traverse fixe sont attachés, avec des charnières, deux portes ac, qui tombent ou se r erment à volonté sur la partie où sont les corps des moules , ce qui permet d’y introduire l’air ou la vapeur, pour nettoyer les moules ou les refroidir.

b, tube de métal , percé de petits trous, pour y laisser passer la vapeur et traversant en longueur, entre les deux rangs de moules.

c , tringle mince en métal , traversant en dessous l’anneau de chaque mèche.

Figure 4 1, D, toile métallique mobile , fixée à des cercles et rayons qui lui donnent la forme intérieure de la cuve u, qu’elle joint dans toute sa circonférence ; elle est fixée au ' milieu , au cercle mobile qui entoure le cylindre de la presse, de manière que ladite toile peut s’élever, au moyen d’une poulie , au niveau du bord du cylindre de la presse.

5 IX. RECHERCHES ET EXPERIENCES FAITES PAR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ DE LA VILLE DE NANTES, DANS LE BUT D’OBTENIR DES PROCEDES D’ASSAINISSEMENT DANS LA FONTE DU SUIF EN BRANCHES.

Extrait du rapport général sur les travaux du conseil de salubrité de Nantes , pendant Vannée 4827.

Le conseil de salubrité , dans la vue d’arriver plus tôt au but qu’il se proposait d’atteindre , ouvrit une nombreuse correspondance , tant en France qu’à l’étranger, avec tous les hommes qu’il jugea capables de jeter quelque jour sur cette question importante. Mais son espoir fut déçu. « Partout , dit le rapport , nous avons trouvé que le même procédé , plus ou moins modifié , était en usage avec toutes ses fâcheuses conséquences ; c’est-à-dire que , si dans quelques

lieux oh est parvenu à obtenir de meilleurs produits , et même 4 écarter de l'atelier la mauvaise odeur, nulle part on n’emploie de moyen efficace pour préserver les habitations voisines, ce qui était l’objet principal que nous devions avoir en vue.

« Cependant , plusieurs chimistes avaient déjà porté leur attention sur cette branche importante de l’industrie , et quelques essais avaient été tentés , soit pour améliorer les produits , soit pour épargner aux ouvriers une partie de l’incommodité et de l’insalubrité de leurs travaux. »

Plusieurs procédés, proposés par les chimistes que lé conseil avait consultés, furent vainement essayés. Voici ceux qui parurent s’approcher du but.

« M. Gannal, dans un établissement qu’il dirigeait dans la plaine de Mousseaux , près de Paris , et qui avait excité les plaintes des voisins, mit en usage divers moyens de désinfection , dont deux seulement lui parurent atteindre le but. Le premier consistait à ajouter au suif en fonte, une certaine quantité d’acide , dont il ne désignait pas la nature, qui , précipitant une partie de carbone contenu dans les vapeurs , et les réduisant presque à n’être plus que de l’hydrogène, avait l’avantage de changer l’odeur de ces vapeurs et de la rendre bien plus supportable.

Le second moyen était de faire passer la fumée , qui s’élève de la chaudière . à travers un lit de charbons embrasés. La combustion était tellement entretenue par le carbone et l’hydrogène contenus dans cette fumée, qu’il était à peine besoin de renouveler les charbons.

« Enfin, M. Chevreul nous a communiqué deux procédés de M. d’Arcet. Le premier , qui constitue une méthode particulière de fonte , consiste à placer dans une chaudière de cuivre rouge suffisamment grande , bien propre et ouverte , cent kilogrammes de suif en branches coupé par petits morceaux , cinquante kilogrammes d’eau et un kilogramme d’acide sulfurique à 60°. Ce procédé analogue à celui de M. Gannal, sous le rapport de la salubrité, a pareillement l’avantage de donner lieu à des vapeurs moins fétides : mais d’après notre expérience , ce procédé ne détruirait pas la mauvaise odeur , comme nous l’avait annoncé M. Chevreuil.

« Dans le second procédé , on fond le suif au moyen d’un appareil particulier , en dirigeant les vapeurs dans le foyer où se brûle ce qu’elles ont de combustible. Mais ici on opère selon l’ancienne méthode et la presse aux cretons reste toujours indispensable.

« Dans ces dilîérens documens , on aura sans doute remarqué avec plaisir , que tous les efforts tentés pour améliorer l’art du fondeur de suif, l’ont été par nos compatriotes: les renseignemens qui sont parvenus de l’Angleterre et de l’Allemagne montrent cette nranche de l’industrie dans son ancien état d’imperfection.

« Mais si notre correspondance nous a fourni la preuve que , ni en France ni à l’étranger, rien n’a été encore adopté pour détruire tout ce que les procédés de la fabrication du suif ont de contraire à la salubrité , elle nous a laissé l’heureux espoir de pouvoir , en combinant entre eux les divers essais déjà tentés , et eu les appuyant de nos propres expériences , atteindre le but que nous nous étions proposé.

« Ce n’est point ici le lieu d’entrer dans les détails employés généralement pour la fabrication du suif ; il suffira de dire que cette fabrication est toujours accompagnée d’un dégagement de vapeurs infectes , permanentes , et qui se ré-

I iandent au loin en conservant leur mauvaise odeur ; et que e but du conseil de salubrité était de coërcer ces vapeurs ou d’en neutraliser l’odeur.

« Première expérience. Pour y parvenir , hohs avons tenté de fondre le suif en vase clos , au bain-marie et sous une certaine pression. Pour cela, nous avons fait usage d’une marmite autoclave de la contenance de six litres et

E ortant une pression de cent huit degrés. On a introduit un ilograrame et demi de suif en branches, non divisé , et trois litres d’eau. Le tout a été placé sur un fourneau et entretenu à l’ébullition pendant quarante minutes. Au bout de ce temps , l’appareil a été ouvert , mais il a été reconnu que le suif n’était pas entièrement fondu : plusieurs morceaux , quoique très-diminués de volume , présentaient au centre leur premier état.

« Considérant alors que le temps de l’ébullition n’avait pas été assez prolongé , et que la division préalable que l’on avait espéré éviter devenait nécessaire , on procéda à une. seconde opération , en remplissant ces deux conditions.

a Deuxième expérience. Dans la même marmite, uiv kilogramme et demi de suif coupé en petits morceaux , et trois litres d’eau ont été entretenus en ébullition pendant une heure. Cette fois la fonte a été complète. Le suif passé au travers d’une toile et exprimé à bras , a donné quatrevingt-seize grammes de résidu , pesé froid. On conçoit que l'action d’une presse en eût laissé beaucoop moins.

Le suif obtenu par ce procédé s’est trouvé de bonne

Q ualité , mais, malgré sa prompte fusion, il s’est répandu es vapeurs fort incommodes , la soupape de la marmite les laissant dégager continuellement ,* bien qu’en très petite quantité , comparativement à celles qui doivent résulter de cette opération , faite à vase ouvert , dont la durée est double ou quadruple. Le conseil a pensé d’ailleurs , que si ce procédé devait être adopté, il ne serait pas impossible de faire disparaître entièrement l’odeur , soit en brûlant , soit en condensant les vapeurs.

« Troisième expérience. Suivant l’un des procédés de M. d’Arcet indiqué par M. Cbevreul, on a introduit dans la même marmite un kilogramme et demi de suif en branches, 750 grammes d’eau et 124 grammes d’acide sulfurique. Nous voulions essayer ce procédé à vaisseau clos , par économie de temps et de combustible *, mais au bout de vingt minutes , le boursoufflement de la matière , dont une partie s’échappait par la soupape, nous eût bientôt convaincu que ce moyen était peu praticable, sans doute à cause de la réaction de l’acide sur les matières animales. Toutefois , en démontant l’appareil, on vit que le suif était entièrement fondu. Le suif refroidi était plus blanc et plus consistant que le précédent. Mais nous perdîmes , dans cette expérience , 1 espérance que nous avions conçue , d’après l’annonce de M. Chevrenl , que le suif traité par l’acide sulfurique ne laissait dégager aucune odeur fétide ou malfaisante. Il est cependant vrai de dire que cette odeur était d’une nature particulière et moins incommode que dans les deux autres expériences.

« Quatrième expérience. La même expérience exécutée dans un vase ouvert a présenté les mêmes résultats , quant à l’odeur et à la quantité du suil , qui a été fondu dans une demi-heure. Le résidu recueilli et examiné avec soin n’a paru retenir aucune particule graisseuse.

« Cinquième expérience. Considérant , d’après ces essais, que l’addition de l’acide sulfurique proposé par M. d’Arcet, donnait un suif de meilleure qualité , hâtait la fonte et la rendait si complète que les cretons ne retenaient plus aucune particule graisseuse , ce qui rendait inutile l’usage de la presse ; mais considérant en même temps que les vapeurs qui s’échappaient pendant l’opération étaient toujours trèsincommodes , nous conçûmes l’idée d’employer un moyen analogue au fourneau conseillé par M. d’Ârcet, par lequel ce savant se proposait de brûler les vapeurs , et de rendre l’opération encore plus satisfaisante , sous le double point de vue de la salubrité et de l’industrie , en traitant le suif par l'acide. Mais avant de procéder , nous crûmes devoir modifier l'appareil de M. a’Arcet. Nous craignions que , dans ce procédé , le couvercle de la chaudière étant mobile et laissé à la disposition des ouvriers pour agiter les matières avec le mouveron, afin d’empêcher qu’elles ne roussissent , ceux-ci, sous prétexte de surveiller la fonte, ne laissassent la chaudière continuellement découverte, et qu’alors les vapeurs ne se répandissent dans l’atelier et dans le voisinage. C’est ce qui nous engagea à opérer à vase clos, en plaçant à un pouce du fond de la chaudière un diaphragme de cuivre troué , pour empêcher les matières de roussir et éviter ainsi la. nécessité du mouveron.

« Ces dispositions étant arrêtées , on introduisit la même quantité de suif , d’eau et d'acide dans un alambic hermétiquement fermé et muni de son diaphragme. On lui avait adapté un tuyau recourbé pour diriger les vapeurs dans le foyer du fourneau. Cette expérience a complètement réussi, l’odeur a été presque nulle •, les vapeurs qui traversaient le feu et qui sortaient en assez grande abondance , par la cheminée en tôle du fourneau , sous forme de fumée épaisse , n’avaient qu’une odeur analogue à celle qui s’élève de l’eau jetée sur un fer chaud. Le suif retiré après une demi-heure d’ébullition , était complètement fondu ; refroidi , il était blanc , terme et sonore. La quantité de cretons, exprimés à travers une toile , ne s’est élevée qu’à 96 grammes ; ils rougissaient le papier bleu-tournesol dont la couleur n’était pas changée par son contact avec lesuif , ce qui nous prouva que ce dernier ne retenait aucun atome d’acide. M. a’Arcet

à qui nous communiquâmes le résultat de celte expérience, approuva les moditicatious que nous avions apportées à son appareil.

« Sixième expérience. Craignant que , dans l’expérience

P récédente , la mauvaise conduite du feu ne fit , à cause de addition de l’acide sulfurique , boursoufler les matières , et qu'en s'échappant par le tuyau de communication avec le foyer, elles ne donnassent lieu a un incendie, nous pensâmes qu’il serait possible , au lieu de brûler les vapeurs , de les détruire en les condensant ; c’est pour arriver à ce but que nous tentâmes l’expérience suivante :

« On introduisit dans un alambic , garni de son serpentin, sept kilogrammes et demi de suif en branches, avec la même quantité d’eau non acidulée *, aucune odeur ne se fit sentir pendant toute l’opération ; et l’eau, résultat de la condensation des vapeurs , qui sortait par l’extrémité du serpentin , était claire et conservait à peine une légère odeur de graisse. Après une heure d’ébullition, le suif n’était qu’imparfaitement fondu. Alors nous vîmes combien l’addition ae l’acide était nécessaire *, car en ayant introduit la quantité requise , une demi-heure d’ébullition suffit pour opérer une fonte complète. Dans cette expérience les crctons ne pesaient que 224 grammes.

« Mais il ne suffisait pas d’avoir atteint le but sous le rapport de la salubrité : il fallait encore envisager ce procédé sous le point de vue industriel et commercial. En conséquence, nous fîmes examiner les produits des différentes fontes que nous avions opérées, par M. Thibault fabricant de cette ville , qui réunit .à des connaissances pratiques le louable désir d’améliorer, sous tous les rapports, la branche d’industrie qu’il exploite avec succès depuis un grand nombre d’années. M. Thibault a donné la préférence aux produits des4 8 ,?i e et 6 e expériences où le suifavait été traité par l’acide sulfurique. Il a eu la complaisance de fabriquer, sous nos yeux, avec les suifs provenant de ces diverses fontes , des chandelles qui, au sortir du moule , avaient la dureté , l’éclat et surtout la blancheur que la chandelle fabriquée par les procédés ordinaires n’acquiert qu 'après une exposition prolongée au serein. La chandelle ainsi fabriquée a brûlé , sans couler , beaucoup ptus lentement que

la chandelle ordinaire : elle donnait, peut-être, une flamme un peu moins volumineuse , mais sa lumière n’était pas surmontée de cette fumée épaisse qui rend si désagréable, par l’odeur qu’elle répand , la chandelle fabriquée par l’ancien procédé.

« Ici se présentait une difficulté : les résultats obtenus sur de petites masses auraient pu ne pas être identiques , lorsqu’on aurait opéré sur des masses plus considérables. M. Thibault a fait disparaître cette crainte en fondant , dans son laboratoire, cent kilogrammes de suif, avec addition de l’acide sulfurique et de l’eau , dans les proportions que nous lui avions indiquées. Dans cette expérience , cent kilogrammes de suif, en sorte, ont donné quatre-vingtdouze de suif fondu , et huit de déchet ; tandis que la même quantité du même suif, fondu le même jour par le procédé ordinaire , a donné quinze pour cent de déchet. Dans une seconde fonte de cent un kilogrammes de suif de choix , M. Thibault a obtenu quatre-vingt-seize de suif fondu et cinq de déchet : ordinairement la même qualité de ce suif lui donnait huit à dix pour cent de déchet.

« Dans ces deux expériences , quoique l’on opérât à vase ouvert , l’odeur , bien que fort désagréable , n’offrait point le caractère particulier à celle qui s’élève du suif fondu par l’ancienne méthode,

« Le procédé indiqué par M. d’Arcet est donc éminemment avantageux pour la quantité et la qualité du produit. A cet avantage , il en réunit un autre : c’est de rendre inutile la presse aux créions , parce que l’acide agit tellemcut sur la trame du tissu cellulaire qu il en rend la rupture facile , en sorte que , pendant l’énullition , toutes les parties graisseuses qui y étaient contenues peuvent facilement s’en échapper. Aussi , comme nous l’avons vu , les cretons ne consistent- ils plus qu’en une masse de tissu fîbieux, sec et entièrement dépourvu de graisse. C’est donc une maind’œuvre de moins et une machine désormais inutile *, il est vrai que les cretons ne pourraient plus servir alors à la coniection de gâteaux employés à la nourriture de certains animaux , à moins qu’ils n’eussent été dégagés, par le lavage à l’eau bouillante, de l’acide qu’ils contiennent, car ils rougissent le papier bleu-tournesol, 'ainsi que nous l’avons

déjà fait remarquer ; mais ce désavantage est bien compensé

f mr la quantité de suif qu'on obtient , par sa qualité et par 'économie dans la main-d’œuvre.

« D’une ajjtre part , en exécutant ce procédé dans l’ap- . . pareil de Ml d’Arcet, modifié par nous par l'addition au diaphragme , on peut tenir fermée l’ouverture de la chaudière , et il n’est plus nécessaire d’avoir un ouvrier chargé do remuer le suif pour l’empêcher de roussir , ce qui présente encore l’avantage de .ne laisser aucune vapeur s’échapper dans l’atelier , comme cela aurait eu lieu s’il y avait eu besoin de se servir du mouveron et de découvrir de temps à autre la chaudière.

« Le principal objet que devait avoir le conseil de salubrité était de parer aux graves inconvéniens qui auraient résulté , d’abord pour l’établissement , et ensuite pour le voisinage , de la production d’une masse considérable de vapeurs extrêmement fétides ; par le procédé qui consiste à brûler la fumée , c’est-à-dire à enlever aux vapeurs , par leur combustion , tout ce qu’elles ont de désagréable et d’odorant , on laisse au dehors un grand dégagement de fumée , encore incommode pour les habitations sur lesquelles le vent la pousserait; mais il y avait de plus, ainsi que nous l'avons déjà dit , les craintes d’incendie , par la mauvaise conduite du feu , qui pourrait occasioner le boursouflïeineut des matières et les obliger à passer par le tuyau destiné à conduire les vapeurs dans le fourneau.

« En faisant condenser , par l’autre procédé , les vapeurs au moyen d’un réfrigérant , on éloigne, d une part, toute crainte d'incendie , et de l’autre on ne détermine au dehors aucune fumée ; c’est ce qu’on se proposa d’obtenir en dirigeant les vapeurs dans l’égoût de l’établissement ; ce dernier avis fut adopté , et M. Démoion, architecte-voyer, chargé de la direction des travaux de construction de l’abattoir , à qui nous communiquâmes ce projet , en regarda l’exécution comme très-facile. Il alla même au-devant des inquiétudes de quelques membres du conseil, qui craignaient que les vapeurs, n’étant point assez tôt condensées, trouvassent jour à s’échapper par les ouvertures des égoùls, en nous assurant que tout retour était impossible , puisque chaque ouverture d’égoût devra plonger dans une cuvette à la Dcsparcieux.

jle

« Pour nous résumer , nous croyons avoir pourvu à éloigner de l’abattoir tout danger pour l’établissement luimême et pour le voisinage , en proposant :

« 1° De faire voûter les fondoirs pour placer les chaudières au premier étage;

« 2° De faire plafonner toutes les charpentes ;

« 3° D’opérer la fonte à vase clos avec addition d’acide sulfurique , dans les proportions indiquées par M. d’Arcet ;

a 4° De faire condenser les vapeurs dans les égouts de l'établissement ;

« 5° D’exiger la plus grande propreté dans les fonderies et de n'y pas laisser séjourner le suif en branches.

« Nota. Nous ne pensons pas toutefois que la proportion d’acide proposée par M. d’Arcet doive être rigoureusement observée dans tous les cas. Nous croyons , au contraire, qu’elle pourrait être augmentée avec avantage , lorsqu’on aurait» traiterdes suifs mous etde qualité inférieure, comme la plupart de ceux qui nous viennent du Brésil et de la Russie. Il serait bon , dans l’intérêt des fabricans , de se livrer à quelques essais à cet égard.

« L’acide nitrique est aussi employé à la préparation des chandelles économiques. M. Guépin , dans son utile investigation , a pu se convaincre que ce moyen est pratiqué par des fabricans qui eu font grand mystère ; car , ayant cnez l’un d’eux détaché un sel cuivreux des parois d’une chaudière , servant à la fonte du suif, il lui a été facile de s’assurer que ce sel n'était autre qu’un nitrate. C’est un anglais, M. Heard, qui paraît avoir, le premier, fait usage de l’acide nitrique , pour durcir le suif et les graisses animales; l’effet qu’on obtient par ce moyen est tel, qu’on rend ces matières d une consistance très ferme , et qu elles sont alors susceptibles de résister à une température élevée sans se fondre. »

Voyez à la page 28 de ce Manuel ce que nous avons cité Jor la* spécification de la patente délivrée à M. Heard , que nous avons transcrite littéralement.

iU DES GRAISSES, DES SCIES

5 X. NOTE SCR LA FONTE D'D SUIF, PAR M. d’aRCET.

Extrait du Bulletin de la Société d‘ Encouragement année 1828, Tome 27, pag. 256.

« Le suif, pendant sa fusion , laisse dégager une odeur fort incommode qu’on a cherché à détruire par plusieurs moyens.

« La fusion au bain-marie a été essayée , mais sans succès ; la température qu’on obtient par ce moyen est trop peu élevée , les cretons retiennent trop de suif, et la mauvaise odeur n’est pas suffisamment détruite.

« On a aussi essayé de laver le suif en branches avec une dissolution de chlorure de chaux , et l’on prétend qu’on a ainsi beaucoup diminué sa mauvaise odeur des vapeurs qui s’élèvent pendant la fonte. Mais il suffit, pour apprécier le mérite de ce procédé , de remarquer que le chlore se combine avec le suif, ce qui est un grave inconvénient, et de plus , que le suif , lavé seulement à sa surface , n’en donnerait pas moins l’odeur désagréable qui est le résultat de la fonte elle-même.

« M. Gannal , dans un établissement qu’il dirigeait dans la plaine de Mousseaux , près de Paris , était parvenu à diminuer l’odeur que donne le suif pendant sa fusion , en ajoutant au suif une certaine quantité d’acide dont la nature ma pas été indiquée , et il la détruisit complètement en faisant passer les vapeurs qui s’élevaient des chaudières à travers un lit de charbon embrasé.

« Des moyens analogues ont été indiqués par M. d’Arcct, et exécutés avec une modification proposée par le conseil de salubrité de Nantes*, ils ont le double avantage de donner au suif une meilleure qualité , sans pression des cretons ; et de détruire tout-à-fait la mauvaise odeur qu’exhale le suif pendant sa fusion.

«Le premier moyen de M. d’Arcct consiste à mettre dans une chaudière de cuivre rouge suffisamment grande , bien propre et ouverte , cent kilogrammes de suif en branches, coupé par petits morceaux, cinquante kilogrammes d’eau et un kilogramme d’acide sulfurique à 66°; ce procédé donne lieu à des vapeurs beaucoup moins fétides , mais qui sont encore très désagréables. Le conseil de salubrité de Nantes propose d’ajouter à la chaudière un dia-

phragme mobile percé de trous, pour empêcher le suif d’adhérer au fond de la chaudière , et cette modification ne peut qu’être avantageuse , s’il est vrai que quelquefois les cretons adhèrent. Dans ce procédé, la fusion s’opère eu beaucoup moins de temps que sans acide; le suif rend davantage , les cretons n’ont pas besoin d’être pressés ; mais ils retiennent de l’acide sulfurique , et si l’on ne peut le leur enlever entièrement , ils ne pourraient plus être employés à la nourriture dés animaux; ce qui serait un inconvénient.

« Dans un autre procédé qui conserve aux cretons leur ancienne destination , M. d’Arcet se borne à faire arriver les vapeurs du suif sous le foyer même des chaudières où s’opère la fusion. Là, en traversant le foyer , elles éprouvent une combustion complète et ne conservent plus d’odeur.

« Le conseil de salubrité de Nantes a constaté l’efiicacité de l’emploi de l’acide sulfurique , et il propose de réunir les deux moyens de M. d’Arcet, en condensant les vapeurs aqueuses dans un réfrigérant avant de les faire arriver au foyer. »

Observations. Après avoir lu ce procédé , le lecteur sera peut-être surpris de ce que nous l’avons consigné ici après le § 6 , dans lequel nous avons rapporté textuellement les expériences faites par le conseil de salubrité de Nantes , qu’il rappelle d’une manière incomplète. Nous avons eu deux motifs pour ne pas l’omettre :

J° Parce que la Société d’encouragement ne citant aucun procédé , dans son bulletin , qu’après avoir acquis la certitude sur sa réussite, a donné , par cette insertion , la sanction la plus authentique à sa bonté.

2° Parce que cette même Société parle ici de la solution du chlorure de chaux qui se combine avec le suif, et elle se contente de dire que c'est un grave inconvénient , sans le signaler. Nous avons voulu connaître la nature de cet inconvénient, et après avoir tenu pendant quelques minutes du suif en contact avec du chlorure de chaux liquide , de manière à ce que le suif se fondit dans le chlorure échauffé, nous avons obtenu un pain de suif d’une blancheur extrême, mais qui n’a plus été propre à la combustion. Nous pensons qu’on pourrait parvenir à s’emparer du chlore et qu’alors ce serait unmoyon nouveau pour blanchir complètement le suif.

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