CHAPITRE PREMIER
Quoique le Chandelier , généralement parlant, ne s’occupe pas de fondre les graisses au moment où elles sortent du corps des animaux , et qu’il les achète des bouchers qui les fondent en gros pains , et qui les lui vendent ensuite sous le nom de suif de place , il sera utile pour ceux qui seraient obligés de les fondre eux-mêmes de ne pas ignorer comment on s’y prend.
Nous diviserons ce Chapitre en plusieurs paragraphes. Dans le premier, nous traiterons de la qualité des graisses et de la manière de connaître celles qui sont les plus propres à la fabrication des chandelles ; dans le second , nous détaillerons les procédés qu’on emploie pour fondre les graisses.
§ I. De la meilleure qualité des Graisses ; moyens de la
reconnaître.
Les graisses se trouvent dans le plus grand nombre de tissus animaux. Elles sont très-abondantes sous la peau , aux environs des reins et dans la duplicature membraneuse de l’épiploon , la surface des muscles et des intestins, etc.
La consistance des graisses, leur couleur et leur odeur varient suivant les animaux qui les fournissent. Elles sont solides et inodores dans les ruminans, molles et d’une odeur forte dans les carnivores , généralement fluides dans les cétacés. *v
Les graisses sont ordinairement blanches et abondantes dans les jeunes animaux , jaunâtres et moins abondantes dans ceux qui sont vieux.
La consistance des graisses varie selon les parties du corps de l’animal d'où on les a extraites : sous la peau et aux environs des reins elles sont plus fermes que dans le voisinage des viscères mobiles.
Le Chandelier , dont le but consiste à fabriquer des chandelles blanches , inodores , solides , sonores lorsqu’on les agite l’une contre l’autre , doit s'attachera choisir les graisses
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les plus consistantes, sara cependant qu'elles soient trop cassantes; car cette qualité, dans beaucoup d’autres circonstances, serait un défaut. Il doit donc s’attacher à choisir les graisses fournies par les ruminans, puisqu’elles remplissent toutes les conditions nécessaires pour la fabrication des chandelles de bonne qualité. C’est donc seulement la graisse de bœuf et celle de mouton qu’il choisira , et il rejettera toutes les autres. Il est bon d’observer que sous la dénomination de graisse de bœuf, on comprend celle de vache et de taureau , sans oublier que cependant la graisse de bœuf est plus molle que celle des vaches et des taureaux. Sous la dénomination de graisse de mouton , l’on comprend celle des béliers , des brebis , des boucs et des chèvres. Il paraît que la graisse des chèvres et celle des boucs est plus solide et plus ferme , car plusieurs Chandeliers habiles les préfèrent.
L’expérience a prouvé que la nature des alimens influe sur la qualité des graisses; mais la différence qui en résulte est d’une faible importance lorsqu’on s’attache à choisir celles des animaux ruminans que nous avons désignés. On convient seulement que les animaux tués pendant l’hiver fournissent des graisses meilleures pour la fabrication des chandelles que celles qui proviennent des animaux tués pendant l’été. En effet , les suifs sont plus secs et plus fermes en hiver qu’en été.
La graisse qu’on retire des animaux est, dans ce moment, enveloppée dans des membranes, et renfermée dans le tissu ' cellulaire : on la distingue alors sous la dénomination de suif en branches : c’est sous cette forme qu’il est facile d’en juger la qualité , et de reconnaître même de quelle sorte d’animal elle provient ; mais lorsque la graisse a été fondue, il est impossible de la bien juger; on se contente d’y enfoncer le doigt ; et par la résistance plus ou moins grande qu’on éprouve , on juge à peu près de sa bonté , sans avoir une certitude suffisante de sa qualité.
Dans les endroits où le boucher n’est pas obligé de fondre ses suifs, il les vend en branches, alors il les suspend sur des perches au moment où il les retire du corps de ranimai , et les fait sécher. Il est important de ne pas les laisser long-temps dans cct état: car, surtout dans les temps
chauds , le saug qui se trouve dans les graisses les corrompt; il s’y forme des vers , et ces suifs contractent une très-mauvaise odeur, qui rend les chandelles qu’on en fabrique extrêmement désagréables. Il est donc très-important de fondre les suifs le plus tôt qu’il est possible après que l’animal est abattu.
§ II. De la manière de fondre les Graisses.
Nous avons dit qu’en général les bouchers sont chargés de fondi e les graisses , et que c’est chez eux que les Chandeliers se fournissent de suif pour fabriquer leurs chaudelles, et, sous ce rapport , il paraîtrait que nous ne devons pas nous occuper de cette manipulation , qui semble étrangère à l’art du Chandelier. Nous avons fait observer cependant qu'il arrive quelquefois que les fabricans de chandelles sont obligés de faire fondre les graisses qu’ils achètent des bouchers , et il serait à désirer qu’ils s’occupassent de ce travail, les chandelles en seraient et plus belles et meilleures ; en eflet, ils pourraient choisir les graisses avec plus d’exactitude ; ils feraient leurs mélanges avec une parfaite connaissance des substances qu’ils uniraient ensemble, tandis que souvent ils sont arrêtés par les mauvaises qualités des suifs que les bouchers leur livrent. Ces motifs nous engagent à entrer dans les détails de la fonte des graisses.
Au fur et à mesure que les bouchers retirent du corps des animaux qu’ils égorgent, les substances membraneuses qui renferment la graisse , ils placent ce suif en branches sur des perches suspendues dans le séchoir ou étuve. Au sortir du corps de l’animal , la graisse est chaude ; là , elle se refroidit et se fige , le sang et les membranes se dessèchent , et le suif en est extrait ensuite avec plus de facilité et de promptitude. On doit avoir soin seulement de ne pas les laisser en cet état trop long-temps si la température est un peu élevée, de crainte, comme nous l’avons fait observer plus haut , que la putréfaction du sang que les graisses contiennent ne les gâte au point de rendre les .chandelles défectueuses. Le danger n’est pas à beaucoup près aussi grand lorsqu’elles sont desséchées.
Aussitôt que le Chandelier en a ramassé une assez grande quantité, il les fait porter à l’atelier pour les disposer à la fonte.
L’atelier destiné à la fonte des graisses est ordinairement placé à côté du séchoir : il est bon de décrire l’un et l’autre avant d’indiquer les manipulations indispensables pour obtenir le suif prêt à livrer au Chandelier ; cette description nous évitera des redites.
Autant que cela est possible , le séchoir est contigu à l’atelier de la fonte , afin de rendre le travail plus prompt et d’éviter les frais de transport.
Le séchoir est une pièce plus ou moins grande , selon l’importance de la manufacture ; il est rempli de fortes perches , dont les deux bouts sont suspendus au planeher par de bonnes cordes. Les murs sont percés de grandes ouvertures opposées , afin de donner à 1 air une libre circulation. Il est important que la dessiccation s’opère dans le plus court espace de temps possible , afin d’éviter la putréfaction qui détériore les graisses, comme nous l’avons fait observer. C’est sur ces perches que l’on étend le suif en branches aussitôt qu’il est sorti du corps de l’animal. La Fig. 1, PI. I, indique cette disposition.
Il est bon , autant que cela se peut , de destiner dans un coindu séchoir , une place pour le hachoir; on sentira que cette disposition est économique , puisqu’elle donne à l’ouvrier la facilité de choisir les parties sèches et de commencer par elles.
Le hachoir est formé d’une forte table A ( Fig. 2 ), sur laquelle on fixe par un des bouts un couteau de boulanger B, qui n’a qu’un mouvement circulaire vertical autour du piton C, fixé sur la table et qui lui sert de centre. Ce couteau est plus commode et plus expéditif qu’un couperet dont on se sert quelquefois , et qui n’est pas employé sans danger par l’ouvrier souvent maladroit.
Il est avantageux de fixer sur le hachoir , et à l’endroit où agit constamment la lame du couteau , c’est-à-dire dans toute la longueur de son tranchant , une planche de bois de hêtre D, d’un pouce d’épaisseur. On la fixe par quelques bonnes vis à bois , dont la tête est noyée, ce qui donne la facilité de la changer aussitôt qu’elle est usée. C’est une construction qui présente de l’économie ; car on s’aperçoit que presque partout l’on néglige cette précaution , et qu’il en résulte que partout où le tranchant agit , le dessus de 1»
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table se ronge , qu’il faut l’aplanir de temps en temps ; qu’enfin elle devient bientôt si mince qu’il faut la changer , ce qui est une dépense bien plus considérable qu’un morceau de planche qui coûte très-peu , et qui se change sans peine. La vieille planche indique l'emplacement des trous des vis ; on les pose l’une sur l’autre ; on n’est pas obligé de percer de nouveaux trous dans la table , qui ne se détériore jamais. La moindre économie ne doit jamais être rejetée dans les manufactures ; c’est presque toujours par elles qu’elles prospèrent.
Au fur et à mesure que l’ouvrier hache les graisses , il les fait tomber dans une manne E, placée sous le hachoir et un peu en avant. Cette manne, lorsqu’elle est pleine , est roulée sur une brouette jusqu’auprès de la chaudière dans laquelle la graisse doit être fondue.
Contre un des murs de la fonderie r et près d’une croisée, est construit le fourneau en briques qui renferme une chaudière plus ou moins grande selon le plus ou le moins d’im-
{ lorlance de la manufacture. Dans une fabrique ordinaire , a chaudière a un mètre ( 3 pieds environ ) de diamètre , et 10 centimètres ( 2 pieds 2 pouces environ ) de hauteur. La chaudière a des rebords inclinés vers l’intérieur , afin que les gouttes de suif qui se répandent sur les bords retombent d’elles-mêmes dans la chaudière. La Fig. 3 montre la disposition du fourneau et de la chaudière. On a ménagé au bas du fourneau quelques marches C, qui servent à élever l’ouvrier afin de lui donner la facilité de remuer le suif sans peine et de le sortir de la chaudière au moment convenable.
On voit en A le fourneau , B la chaudière. Sur le bord supérieur, qui est plus large du côté du mur, on pratique
P lusieurs cavités D qu’on remplit déplâtré en poudre , dont >s ouvriers se servent afin de dégraisser leurs mains , ce qui les met à même de manier les outils qui leur échappent lorsqu’ils sont couverts de graisse.
Le foyer ne peut se voir dans cette figure ; son entrée est derrière le mûr contre lequel le fourneau est adossé. On prend cette précaution afin de n’être pas gêné dans l’atelier et par la fumée , et par une trop grande chaleur qu’éprouverait l’ouvrier qui serait du côté où se trouve la porte du foyer.
La chaudière est eu cuivre, son fond a lu forme d’un œuf, et on ne la chauffe que parce fond, sur lequel il reste toujours un bain de suif qui garantit le métal de Faction du feu. Il est important que la chaleur ne frappe que le fond de la chaudière , et n’agisse pas sur les parois; sans cette précaution , le suif qui s’y attache en couche légère se brûlerait , prendrait une teinte brunâtre qui altérerait la couleur du suif, au point qu’aucune sorte de blanchiment ne pourrait lui rendre sa pureté et son éclat primitifs.
Lorsque la chaudière commence à être chargée de graisse coupée par morceaux , on allume le l’eu , et on le conduit modérément ; alors l’ouvrier monté sur les marches remue la graisse avec une spatule de bois, afin de l’empêcher de se brûler , il la presse contre les parois de la chaudière atin qu’elle sorte des cellules membraneuses qui la renferment. Le suif se fond petit à petit , et lorsque le fond de la chaudière en est tout couvert, le danger de la brûler n’est pas si grand; il faut continuellement agiter.
Lorsque le fond de la chaudière est bien couvert dégraissé liquide , on ajoute de nouveaux morceaux de suif en branches , coupés, jusqu’aux deux tiers de la hauteur de la chaudière , en agitant continuellement , et on laisse fondre.
On attend pour retirer la graisse qu’elle soit bien fondue; alors à l’aide d’une casse emmanchée au bout d’un long bâton , et qu’on nomme puisclle, on la verse dans de grands vases de cuivre E, qu’on nomme poêles, sur lesquels on a posé un châssis F, qui supporte une banatte G, dans laquelle on verse la graisse fondue.
La banatte est ordinairement un panier d’osier de forme cylindrique , et dont les brins sont suffisamment serrés pour ne laisser passer que la graisse , et retirer les membranes et autres saletés. Il vaut beaucoup mieux employer des ba- ■nattes de cuivre , recouvertes de petits trous , tous égaux comme une passoire de cuivre ; on perd beaucoup moins de graisse qui s’imbibe dans les brins d’osier, et le suif est beaucoup plus pur.
Le châssis F est formé de quatre liteaux assemblés comme une civière; il doit être assez fort pour supporter la banatte pleine.
Quelques ouvriers placent la banatte vide dans la chau--
DliS GRAISSES .
dièrc, la graisse entre dans la baruitlc par des trous et ils puisent la graisse au-dedans. Ce moyen ne serait pas mauvais s’il n’empêchait pas l’ouvrier d’agiter la graisse , qui, par un long repos, risquerait de se brûler.
Au lur et à mesure qu’une poêle est remplie, on la retire dans l’atelier, et l’on y en substitue une autre. Ou met sur la première un couvercle en bois et on laisse reposer la graisse pendant quelque temps , alin que les substances quelle peut contenir , et qui ont une pesanteur spécir tique plus grande , puissent avoir le temps de se séparer et
de tomber au fond. . , .
Le suif reste assez long-temps à se figer ; mais avant qu il soit arrivé à ce point et pendant qu’il est encoïc liquide on
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distance du fourneau. Ou les verse aussi dans des futailles, par le bondon, lorsqu’on doit expédier le suif au loin.
La forme des petites poêles est celle d un cône tronque aplati ( Fig. A ), ce qui donne la facilité de sortir les pains en les renversant, lorsque le suif est entièrement lige. Ce sont ces pains, J ( Fig. 5), que l’on nomme suif dé placé , que les Chandeliers achètent de préférence an suit qu ou expédie eu barriques des départemens ou de 1 etranger.
Les saletés qui restent au fond des poeles b, se nomment de la boulée ; elles sont formées des impuretés que contenait la graisse , et qui se sont précipitées. Ou en extrait la graisse en jetant le tout dans la chaudière sur un feu modéré et très doux. La graisse sc tond, vient a la surlace, les saletés vont au fond; on enlève la graisse avec précaution à l’aide des puiselles. Le marc est plus charge de graisse que le creton dont nous allons parler, et se vend
plus cher que lui. .. , . , « ■
1 Ce nui reste dans les banattes après que le sud s est écoulé
contient encore beaucoup de suif, retenu par les vésicules membraneuses qu’on ne peut retirer que par une flF le pression. Ou se sert pour cela d’une forte presse semblable à celle du fabricant de papier ou du pressent- de draps, et qui est très-connue : la Figle 6 la représente «
Nous allons la décrire d une maniéré mtclhg bl , eu
arrêtant seulement sur les différences qu’elle peut avoir.
La presse est formée de deux fortes jumelles ou mon tans verticaux , et de deux fortes traverses horizontales , solidement assemblées avec les jumelles. La traverse inférieure se nomme le patin. La traverse supérieure porto l’écrou de la vis et se nomme Y écrou.
Dans l’intérieur de ce cadre , et au milieu de la traverse supérieure, est placée lavis dont la tête est à lanterne, formée de six à huit fuseaux, qui donnent plus de facilité pour la pression que les quatre trous qu’on observe dans les presses ordinaires. La tête de la vis porte au-dessous d’elle une forte pièce de bois qui s’élève et s’abaisse avec elle en glissant par ses deux bouts , dans une coulisse pratiquée intérieurement dans les deux jumelles verticales. Cette pièce mobile se nomme mouton , c’est elle qui exerce la pression. On se sert avec beaucoup plus d’avantage d’une presse hydraulique. Au-dessus de la traverse inférieure , le patin, est placé une mai A ( Fig. 7 ), en bois, creusée de deux pouces au moins , à laquelle on a ménagé sur le devant une gouttière B, qui, lors de la pression , verse le suif liquide , qui se rassemble dans la mai , dans un vase que l’on place au-dessous.
Sur la mai on dispose un appareil C, que l’on nomme seau et dont voici la description : c’est un cylindre en tôle forte formé de deux demi-cylindres se joignant par-derrière et par-devant , dans les deux arêtes diamétralement opposées. La hauteur du cylindre est divisée en parties alternativement égales: les zones a, a, etc., ont un bon pouce (30 millimètres) de large, les zones 6, d, etc, ont de 11 à 14 centimètres ( 4 à 5 pouces ) de large. La zône supérieure est étroite comme la zône inférieure a. Toutes les zones larges sont criblées, sur toute leur surface , de petits trous égaux , comme une passoire. C’est par ces trous que sort le suif pendant la pression.
Toutes les zones étroites sont couvertes d’un fort anneauen fer forgé , formé de deux pièces ajustées par-derrière sur une même broche fixe enfer, sur laquelle ils font charnière. Sur le devant une broche mobile D les enfile tous de même , et le cylindre est alors solide , peut résister à une' pression très-forte , et au moyen de la charnière il peut
s’ouvrir on enlevant la broche D, pour retirer de son intérieur ayec facilité les résidus de la pression , le creton.
Tout cela bien entendu , voici comment le fondeur opère : après avoir disposé le seau sur la mai , il verse dedans le marc encore chaud que contient la banatte, il place dessus des rondelles épaisses de bois , et en quantité suffisante pour que le mouton puisse presser sans s’appuyer sur le seau ; il en ajoute successivement jusqu’à ce qu’il ait porté la pression au plus haut degré , même en employant le secours du tourniquet , qui est ordinairement placé à côté de la presse, et sur les leviers duquel s’exercent plusieurs hommes. Le suif coule par la gouttière dans le vase E, sur lequel on place un tamis de crin , destiné à retenir les saletés qui pourraient s’échapper par les trous du seau , d’où on les porte dans les moules coniques I ( Fig. 4 ).
Le marc , qu’on nomme pain de creton , est retiré facilement du seau , après qu*on a enlevé la broche D, et qu’on l’a ouvert. On ne retire le pain de creton que lorsque le marc est entièrement égoutté, et que la presse est refroidie. Le pain de creton se vend pour faire de la soupe aux chiens, et pour engraisser la volaille.
En suivant les opérations du fondeur de suif je me doutai qn’il devait rester beaucoup de graisse dans les résidus , par la raison que je regardais comme impossible que , pendant toutes les manipulations, les membranes , etc., qui se déposent dans lesnanates, conservassent une chaleur suffisante pour entretenir assez de fluidité à la graisse, afin qu’elle pût couler même par une grande pression. Je fis , il y a plusieurs années , quelques expériences sur un pain de creton que l’on m’apporta , et j’y trouvai encore une assez grande quantité de graisse. Je conçus dès-lors un moyen facile à mettre en pratique, pour entretenir dans le résidu soumis à la presse, et pendant tout le temps de la pression , une chaleur capable de tenir toujours, à l’état liquide , la graisse jusqu’à son entière extraction. Je communiquai mon idée d’abord à un Cretonnier, ensuite à un Chandelier, qui l’exécutèrent , et ils en ont tiré depuis de grands avantages. Je vais l’indiquer.
Je ne change rien à la disposition extérieure du seau , j’augmente seulement son diamètre de quatre pouces ( H centimètres), je fixe sur le patin de la presse un cylindre
eu forte tôle, lie H centimètres, ajoutés à l’ancienne dimension ; il traverse le milieu de la mai, et s’élève jusqu’à environ un pouce (5 centimètres) près du bord supérieur du seau. Ce cylindre est solidement luté avec le fond do la mai, par du lut au blanc d’œuf et à la chaux. 11 est hermétiquement fermé et communique par un tuyau de six lignes (14 millimètres ) avec une bouilloire , qui fournit continuellement de la vapeur d’eau bouillante. Un tuyau inférieur armé d’un robinet, sert à évacuer de temps en temps l’eau de con<densation. Un robinet placé au tuyau qui apporte la vapeur, sert à la supprimer lorsqu’on n’en a pas besoin. On sent que par ce moyen on entretient continuellement la fluidité nécessaire à la graisse , et on l’exprime par la pression aussi parfaitement qu’il est possible. La Fig. 7 indique cette disposition.
Je pense qu’il n’est nas nécessaire de faire observer qu’il faut que les rondelles clcbois qui servent à la pression soient percées dans leur milieu d’une grande ouverture capable de recevoir le cylindre à vapeur.
Les différentes espèces de suif doivent être fondues séparément. Les Chandeliers regardent le «uif de mouton comme le meilleur ; il doit être très blanc, sec , cassant et un peu ■transparent. Le suif de bœuf est plus gras que celui de mouton , il est d’un blanc un peu jaunâtre, et ne doit avoir aucune mauvaise odeur. On ne doit pas saler les suifs dans l’intention de les conserver, le sel décrépite pendant la combustion des chandelles et les fait pétiller d’une manière désagréable ; les Chandeliers le repoussent , et ils ont raison. Le suif bien fondu se conserve assez longtemps sans aucune addition de sel, mais on doit l’employer le plus tôt possible, car il se détériore en vieillissant , il prend une odeur désagréable , et perd beaucoup de sa blancheur.
§ III. De la Manière de travailler les Graisses.
Nous avons déjà dit que le suif de mouton seul est le meilleur pour faire de bonnes chandelles’, cepeudant, comme il est très solide , on peut y mélanger partie égale de suif de bœuf, sans altérer la bonté des chandelles, surtout si l’on emploie ce dernier suif peu de temps après qu’il a été fondu. La meilleure proportion pendant l'été, est de deux parties
•le suif de mouton sur une partie de suif de bœuf. Le suif de itoue est encore plus solide que le suif de mouton. Le suif de vache est plus dur que celui de bœuf. Ainsi quelques expériences peuvent facilement indiquer dans quelle proportion on peut mélanger ces diverses sortes de suifs, selon les circonstances.
La plus grande difliculté dans l’art du Chandelier consiste, 1° à purifier parfaitement le suif de tontes les impuretés qu’il peut contenir; 2° à le rendre aussi dur qu’il est possible pour empêcher que les chandelles ne soient grasses au loucher, et qu’elles ne coulent pendant la combustion ; 5° à donner un beau blanc permanent. Une foule d’essais ont été faits pour atteindre ces différents buts ; quelques-uns ont passablement réussi, mais ils sont tous secrets. Nousallonsessayer de décrire tout ce qui est venu à notre connaissance.
Le suif produit par la première fonte, quo nous avons décrite dans le paragraphe précédent, n’est pas assez pur pour qu’on puisse en former ae belles chandelles; il a besoin d’être fondu de nouveau pour arriver à ce point.
Le Chandelier pèse exactement le suif de mouton et le suif de bœuf dans la proportion qu’il veut donner à ces deux . ospèces de suif dans son mélange. Il fait couper ces graisses on petits morceaux sur le dépéçoir qui est un, élahlLsemhla?ble à celui du hachoir ( Fig 2) que nous avons décrit (page 7); il jette le suif ainsi dépecé dans la chaudière avec le quart de son poids d’eau , ce que les ouvriers appellent donner le filet. 11 agite la matière avec un bâton , et écume de temps en temps. C’est pour empêcher que le suif brunisse au fond de la chaudière qu’on ajoute l’eau. Ou doit bien prendre garde de ne pas verser l’eau quand le suif est fondu, il. se gonflerait et pourrait se répandre au dehors. Lorsque le. suif est fondu, on le passe à travers un linge ou à travers un. tamis de crin serré.
On remet le. suif dans la chaudière avec la même quantité d’eau , dans laquelle on a fait dissoudre , sur huit livres de suif, une demi-once de salpêtre, autant de sel ammoniac et une once d'alun calciné. On fait bouillir ce mélange jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de bulles, et que la surface- «lexne ure unie, ou qu’on aperçoive au, milieu une place*
transparente de la largeur d’une pièce de cinq francs. Alors on enlève la chaudière de dessus le feu , on laisse parfaitement refroidir, on renverse la chaudière, le pain se détache, on le reçoit sur un linge propre , on enlève les saletés qui se sont déposées à sa surface inférieure , et on le fait fondre de nouveau. C’est par ces fontes successives , faites avec précaution , qu’on parvient à le débarrasser de toutes ses impuretés. On le fond alors une dernière fois pour former les chandelles. Ce procédé est celui qui est suivi par la plupart des Chandeliers.
On avait proposé pour purifier le suif , de jeter dans la chaudière, pendant qu’il est en fusion , de la chaux vive en poudre. La chaux, en se précipitant entraîne avec elle les saletés qu’on retrouve ensuite au fond de l’eau. Nous n’avons aucune donnée bien positive sur ce procédé ; nous le donnons cependant comme nous ayant été communiqué par un ouvrier qui prétend l’avoir essayé avec succès.
En Allemagne on suit , pour purifier le suif, un procédé analogue au premier que nous avons donné. On jette vingt-
S uatrc livres de suif coupé en petits morceaux dans une cbauière pleine d’eau, on fait bouillir pendant une demi-heure, on passe le suif qu’on décante avec des puisélles , à travers un tamis de crin , et on laisse refroidir dans une poêle. On nettoie le pain comme dans l’autre procédé , et l’on met le suif dans une chaudière avec deux litres d’eau de fontaine , dans laquelle on a fait dissoudre une once et demie d’alun, deux onces de potasse et huit onces de sel commun. Quand on destine le suif à former des chandelles qui durent deux heures de plus que les autres , sur douze livres de graisse on met une demi-pinte d’eau dans laquelle on a fait dissoudre deux gros de sel ammoniac pulvérisé , deux onces de sel commun et quatre gros de salpêtre purifié. On fait fondre une seconde fois le suif, et l’on y mêle deux gros de nitre purifié; après l’avoir fait un peu bouillir, on enlève l’écume nrune qui monte à la surface.
En 1804, M. Rochon de Paris, prit un brevet d'invention de cinq ans , pour une manière de fabriquer des chandelles économiques avec la graisse des os et du suif de mouton. Cet auteur s’exprime en ces termes: « On fait bouillir, à petit bouillon, aes os pilés, et sur quatre-vingts kilogrammes
d'os , qu’un homme peut casser en un jour, on peut retirer au-delà de quatorze kilogrammes de graisse purifiée.
» Cette graisse, sans être mélangée, fournit des chandelles d’excellente qualité pour la durée et pour la lumière jetée par une flamme qui n'a aucun pétillement , et qui ne produit aucune odeur désagréable lorsqu’on l'éteint. Ces chandelles économiques ne coulent pas ; elles n’ont que le défaut de n’avoir pas la consistance requise et d’être trop grasses au toucher ; mais on peut leur donner assez de consistance , en les composant a’un dixième de suif de mouton. »
Depuis cette époque il a été pris beaucoup de brevets d’invention sur les moyens de perfectionner les chandelles; mais rien n’a encore été publié , de sorte que ceux qui ont plus ou moins approché du but , tiennent leurs procédés cachés. Tels sont MM. Bonmatin, Hamel, Audifred, à Paris; M. Monier, à Morlaix , etc.
En 1812, M. Deglos fabriqua des chandelles de suif saturé d’un extrait de marron d’Inde , ce sont ses expressions. Cette nouvelle combinaison du règne animal et dü règne végétal , produit une lumière éclatante et sans fumée; elle répand une odeur agréable ; la chandelle qui en provient dure aussi longtemps que la bougie , et ne lui cède en rien pour la beauté. Elle possède encore le précieux avantage de ne pas couler, lors même que la mèche est mouchée courte. Nous n’avons ni éprouvé ni vu de ces sortes de chandelles, nous ne pouvons rien dire de certain sur les qualités que lui attribue l’inventeur, nous nous sommes contenté de citer sa propre description.
On sentit bien que ce n’était pas seulement dans le mélange des graisses qu’on devait cbercher la perfection des chandelles , mais qu’il importait de tourner ses recherches vers les moyens de donner au suif une plus grande fermeté et plus de solidité; on crut l’avoir trouvé dans la compression. Au commencement de ce siècle , M. William Bolts imagina en Angleterre d’injecter le suif, préparé et purifié, à l’aide d’une machine de compression, dans les moules disposés pour le recevoir. Cette invention, toute ingénieuse qu’elle paraissait, ne produisit pas de grands effets, l’amélioration qu’il avait annoncée ne prouve aucun avantage, et •cette fabrication ne fut pas continuée.
Les travaux de M. Chevrcul et de M. Braconnot sur la nature des corps gras, jetèrent un grand jour sur les moyens à employer pour obtenir de bonnes chandelles. Lorsque M. Chevreul eut annoncé que toutes les graisses contiennent en différentes proportions, selon leur nature, deux substances, dont l’une , l’oléine , est constamment fluide , et l’autre ; la stéarine , est au contraire solide , et que la fluidité plus ou moins grande des diverses graisses n’est duc qu’à une * plus ou moins grande proportion d’oléine qu’elles contiennent, comparativement à celle de stéarine qu’elles renferment; cette découverte fut un trait de lumière pour ceux qui tournaient leurs études vers l’amélioration des chandelles.
M. lleard paraît être le premier qui, en Angleterre, a réussi dans ses recherches; il prit une patente relative à un • procédé pour purifier et pour durcir le suif et les graisses animales. Voici la traduction de la spécification de cette pa- •tente , telle que la rapporte le Repertory of arts.
a Le but que l’auteur s’est proposé a été de durcir le suif et les graisses animales au point de les rendre susceptibles de résister à une température élevée sans se fondre. Il obtient cet effet en mêlant au suif en bain , soit de l’acide nitrique, soit de l’acide nitreux, ou nitromuriatique , dans des proportions déterminées par la qualité de la matière employée. M. Heard préfère l’acide nitrique, qui doit être très pur et d’une pesanteur spécifique de 1,500. La quantité qu’il en ajoute par chaque livre de suif ou de graisse, varie depuis une demi-drachme à trois quarts d’once ( 1 ) . Il a trouvé que, lorsqu’on emploie du suif en branches de première qualité , il suffit d’une demi-drachme d’acide, tandis qu’il faut doubler la dose en traitant des suifs ou des graisses de qualité inférieure et de consistance molle.
» On fait fondre le suif sur un feu doux , et après y avoir ajouté la quantité suffisante d’acide, on l’entretient en fusion, en remuant continuellement jusqu’à ce qu’il ait pris une teinte orangée : alors on le retire du feu , et quand il est refroidi, on le soumet à l’action d’une presse très forte;
(t) La livre dont il est ici question est la livre anglaise, avoir ilu poiir.
Elle est égale à S 3 grammes ; elle se divise en ,(» onces dont chacune est « gale à 98 grammes ?^o ; chaque onre se divise en 16 drachmes dont chacune é/ale 1 gramme — •j t .
la pression en sépare un fluide huileux qui s’était combiné avec l’acide.
» Le suif ainsi préparé conserve une couleur jaune :tnais il estaisé de le blanchir eu l'exposant à l'air et à la lumière. On en fabrique des chandelles qui ne coulent pas , et dont la qualité est supérieure à celle des chandelles maintenant en usage.
» Ce procédé est préférable à celui qu’on emploie pour ■les chandelles économiques; le suif est plus dur, plus ferme et coule moins. »
Nous avons essayé les procédés qu’indique Hcard , et nous avons eu d’assez bons résultats; nous allons répéter nos-expériences plus en grand , comparativement avec ceHcs indi-
3 uées par MM. Chevreul et Braconnot dont nous allons renre compte, et nous publierons nos résultats.
M. Chevreul a été le premier qui se soit occupé d’une manière spéciale de la recherche de la nature des corps gras. Il est parvenu à démontrer que les graisses et les huiles contiennent deux substances nouvelles, Yélaine, ou V oléine qui est toujours fluide, et la stéarine , qui est au contraire solide dans leur état de pureté. M. Braconnot a répété les mêmes expériences, et a indiqué des procédés simples pour séparer ces deux substances. Il paraîtrait résulter des travaux de ces deux savants , <ju’en séparant ces deux principes , on peut obtenir de l’un d eux d’excellentes chandelles, puisque MM. Gay-Lussac et Chevreul ont pris, le 5 janvier 1825, un brevet de quinze ans , pour des moyens d’employer dans l’éclairage, les acides stéarique et margarine, que l’on obtient de la saponification des graisses , suils , beurres et huiles.
Le 10 février 1825, M. Jules -Léonard -Louis Cambacérès , ingénieur des ponts-et-chaussées , prit aussi un brevet de quinze ans, pour l’emploi des acides stéarique , margarique et oléique, à la fabrication des bougies qu il appelle oxi gênées.
Il est donc aujourd’hui incontestable que les huiles et les graisses sont formées îles mêmes éléments, qui se trouvent dans chacune de ces substances dans des proportions différentes , et qu’aiosi la partie solide peut être employée avec, succès à fabriquer de bonnes chandelles, supérieures en CHANDELIER. 3
qualité à celles dont on a fait usage jusqu’à ce jour. U ne s’agit que d’appliquer avec économie les théories énoncées par ces savants à la séparation de leurs parties constituantes.
M. Braconnot réfléchissant sur la variation infinie qu’on observe dans la consistance des graisses, et pensant que le suif et l’huile semblent être les deux extrêmes de cette consistance , crut apercevoir que par le mélange de ces deux corps en différentes proportions , la nature pouvait produire cette diversité de corps gras qu’on observe dans les êtres organisés. Parmi tous les réactifs chimiques, il n’en trouva aucun qui pût lui donner les moyens de séparer l’huile et le suif. Un moyen mécanique lui réussit parfaitement; le procédé est fondé sur la propriété physique qu’a l’huile de s’imbiber parfaitement dans le papier gris, lequel n’est pas taché par le suif dans son état de pureté.
Voici la manière d’opérer, en prenant pour exemple le beurre fondu des Vosges. Il comprime le beurre pendant plusieurs jours, à l’aide d’une forte presse, à la température de zéro, entre plusieurs feuilles de papier brouillard, en ayant soin de le renouveler jusqu’à ce qu’il cesse de le tacher. Il le pousse de nouveau à une température de 15° (Réaumur); il finit par obtenir une matière blanche , cassante, au moins aussi compacte que le suif le plus dur, d’une odeur et d’une saveur de suif très prononcées. Soupçonnant
3 ue cette substance pouvait retenir encore quelques traces e matière huileuse, il la fit fondre et y mêla une petite quantité d’huile volatile de térébenthine récemment distillée ; la matière figée et pressée jusqu’à siccité dans du papier brouillard , offrit une substance qu’il maintint en fusion pendant quelque temps. Figée , elle était sèche , cassante avec éclat, et se fondait au même degré de chaleur que le suif absolu de bœuf, 46° (Réaumur).
Pour obtenir l’huile de beurre , il humecta d’eau tiède le papier gris dans lequel le beurre avait été comprimé ; puis il en fit un nouet qu’il soumit à l’action de la presse, cl il en résulla une huile parfaitement fluide.
C’est d’après ce procédé que M. Braconnot fit les expériences dont nous allons donner le tableau.