DES RAGRÉURES
Tout en tenant grand compte des difficultés de la fonte, on doit lorsqu'on coupe un plâtre modèle, le couper eu égard à la monture et aussi en prenant en considération la ragréure de cette monture.
On nomme ragréure, le travail qui a pour but de faire disparaître à l'œil le joint d'assemblage de deux ou plusieurs morceaux solidement réunis, soit à chaud, soit à froid.
On nomme montures à chaud, les montures à la soudure et qui par conséquent sont faites au feu.
On nomme montures à froid, les pièces montées le lus souvent par des espèces de tenons et de mortaises comme quelques assemblages de charpente, et qui sont appelées à adhérer fortement au moyen d'une cheville de tirage faisant clef. Une partie des bras (en 'air surtout) et quelquefois deâ jambes, sont montés
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ainsi, lorsque la position qu'ils occupent créerait de grandes difficultés soit au fondeur, soit aussi pour ciseler.
Les montures sont le plus souvent des raisons économiques de fabrication, et la fabrication de Paris excelle dans les montures à froid.,
Lorsqu'on prépare un modèle sur lequel on doit faire nombre de surmoulés, on doit ajouter sur le bord des pièces appelées à être réunies ensemble, une espèce de lèvre de quelques millimètres d'épaisseur, proportionnée à la grosseur des morceaux, et cela pour la raison que je dirai un peu plus loin.
Les bras, les jambes, les morceaux de draperie, les accessoires, des têtes même, des pattes d'animaux, des cornes, des cerfs, des becs supérieurs ou inférieurs d'oiseau qui crient, etc., etc., doivent être coupés au modèle autant que possible, de façon à laisser le passage des outils appelés à les ragréer. Lorsqu'on a un nu sortant de dessous une draperie, on choisit quelquefois de préférence l'endroit de cette séparation pour faire la monture, parce que le joint dans cette occasion se trouve mieux dissimulé ; mais cependant, si cela ne tournait pas la difficulté que l'on a en vue d'amoindrir, il vaudrait mieux* faire la monture sur la draperie : et je dirai pour être bref qu'à Paris, on fait des montures partout où il est besoin. Bien que tout cela soit à présent l'affaire des monteurs (spécialistes dans cette partie de l'art), un ciseleur doit oependant savoir, en ce qui le concerne, les vraies conditions dans lesquelles les montures doivent être faites, et j'ai vu souvent de chefs d'atelier fort experts
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consulter les plus compétents d'entre nous, avant de prendre une décision.
Règle générale, à rares exceptions près, la monture se fait quand la ciselure des morceaux est terminée. Ge n'est que lorsque le monteur a joint, ajusté et arrêté les morceaux solidement, que la pièce revient au ciseleur.
J'ai dit plus haut que les morceaux qui devaient être joints ensemble, ont besoin d'avoir sur le bord de l'assemblage une petite lèvre venue à la fonte et qui, le dépassant de trois ou quatre millimètres, se trouve border le joint des deux côtés, de cet .excédant de matière. Le ciseleur prend alors un mat à grains, grippant bien la matière, et nommé ordinairement un outil à sertir, puis à l'aide du marteau frappant sjjr l'outil, il pousse ces deux lèvres l'une contre l'autj#. de façon à combler tous les vides qui seraient dans le joint; à mesure qu'il fait ce travail, et de temps en temps, il baisse (selon la facilité qu'il a d'aller partout), au ciseau, à la lime ou au rittoir, l'épaisseur de ces lèvres et commence ainsi l'affleurement du tout, et en examinant bien attentivement tous les endroits, où le joint paraît il y pousse à l'aide de l'outil et du marteau, l'excédant de cette matière qui lui reste encore, et qu'il doit ménager, jusqu'à affleurement complet, lequel affleurement se poursuit jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus trace de joint.
Si à l'endroit de la monture il y avait un travail d'outil, de mat, de rayé, etc. On doit le reprendre adroitement, et ne pas laisser apparence de joint, ni interruption du travail qui est sur lui. Voilà les conditions d'une bonntf ragréure.
Les fonds étant les endroits souvent les plus difficiles, on doit s'ingénier de manière à ce qu'ils soient aussi bien traités que les dessus. J'ai fait des ragréures difficiles (où la main et l'outil ne pouvaient aller), avec une ressing à repousser, sur le bout de laquelle je piquais quelques coups d'outils pour la faire gripper un peu, puis des rifloirs cambrés exprès au feu faisaient le reste. (Voyez Ressing.)
On ne fait guère de ragréures des montures à froid que sur les bronzes, et une partie des pendules, etc., de commerce, sont ainsi ajustées. Mais on fait aussi des montures à froid sur les grandes choses; les jambes du cheval de la statue équestre du Duc d'Orléans, posée avant 1848, dans la cour du Louvre, fondue chez Soyer, étaient montées ainsi.
Bien que je vienne de dire qu'on ne fait presque des montures à froid que sur le bronze, je dois dire cependant que rien n'empêche d'en faire sur les autres métaux, excepté peut-être sur le zinc.
A l'heure ou j'écris ceci, on n'a pas encore trouvé le moyen de souder l'aluminium avec Iw-mème, et on n'a fait que de très-petites choses; toutefois les montures à froid auraient permis, ce me semble, de faire de plus grandes pièces et d'essayer du grand air, afin de savoir comment ce métal s'y comporte avec le temps.