CISELURE ET RETOUCHE MODERNE
Le galvano se rifle bien, cependant il arrive assez souvent qu'il est cotonneux, je dis cotonneux, parce que je ne sais comment décrire un certain flou, Lourru, qui est plus difficile à dresser qu'un métal traité par la voie ordinaire (le feu).
On fait aussi en galvano beaucoup de soudures à Té tain; souvent, pour ne pas rejeter un morceau bien venu d'ailleurs, on met des pièces à rétain, c'est-à-dire de la soudure posée au fer rouge aux endroits où il y a manque : cette soudure bien ragréée, ie morceau est recuivré (à la pile) à l'endroit de la soudure, et l'on ne s'en douterait pas. Pour la ragréure des soudures d'étain, planez le moins possible, faites le plus que vous pourrez au grattoir surtout et à l'outil coupant ; puis, rappareillez le travail d'outil, soit mat ou autrement ; mais n'oubliez pas que votre étain, étant plus tendre que le cuivre, prend le mat, et que le traçoir a un bien plus léger coup de marteau que ce dernier : de plus si vous frappez fort, l'étain quittera le cuivre ; ce dernier étant le plus dur, sert d'enclume à l'étain q^ii, s'aplatissant sous l'outil, se trouve pour ainsi dire laminé, obéit à la pression faite sur lui, mais en divorçant complètement avec le cuivre, auquel oh l'avait soudé. Les métaUisations obtenues par la pile, soit or, argent, cuivre, étant des métaux, à peu de chose près purs, sont molles, et exigent du marteau sur l'outil, une retenue, une réserve proportionnée ; pour êtra bref, frappez moins fort que sur les fondus et les métaux planés.
Si vous vous servez de l'outil coupant, craignez les trous, allez-y prudemment et sachez que sur les stir-
60 SECTION xn.
faces et dans les fonds les angles aigus viennent moins épais que les plans parallèles aux fonds, si c'est un bas-relief, et que les angles aigus des rondes-bosses sont également plus minces ; de plus une pièce à grande surface est presque toujours indfeale d'épaisseur, malgré l'adresse du praticien qui Ta galvanisée et qui a quelquefois mis des conducteurs au milieu, pour appeler la métallisation au centre. Malgré cela, la pièce est plus épaisse sur les bords qu'au milieu, et exige en conséquence une attention proportionnée, pour ne pas trouer, surtout lorsque c'est très-mince-
De quelques effets métalliques considérés
comme art.
J'ai pour moji propre compte une aversion trèsgrande pour l'effet produit par le gratte-bossé, sur une pièce d'art soit or, doré, argent, bronze môme ; le motif de mon aversion, est que le modelé est tué net, sous l'effet de quantité de mirages reflétant, selon la lumière à laquelle la pièce est exposée, toutes les choses environnantes, confusionnant les lignes sous un brillant mal entendu qu'on a trop souvent la simplicité de prendre pour de la richesse. Ce que je dis, s'applique surtout à la figure; allez voir les deux grands anges dorés, sur le maître-autel de Notre-Damede-Lorette, où, à, certaines heures, si ce n'était la silhouette desdits anges, il serait impossible de savoir où sont les membres dans les draperies. Indépendamment de cela, ce ne sont pas des artistes des xn e et xm e siècles qui auraient divisé leur effet en appelant l'attention d'une manière criarde sur les deux bouts de l'autel, au lieu de centraliser la vue sur le milieu.
Une figure d'art ne doit pas être astiquée comme un fourreau de sabre de cavalerie.
Ciseleur. 6
Les Anglais ont pris l'extrême contraire, et une partie de leurs figures d'argent ciselé sont déguisées à l'état de sucre blanc. Cette belle unité (ce triste effet monotone) s'obtient au moyen de quantités de petites molettes d'acier sablé à la pointe fine et faisant l'éperon qu'on promène en tous sens sur l'ouvrage ; il y a des molettes pour les yeux, il y en a pour aller partout, et quand tout est égal de ton à du sucre cassé, les artistes anglais rehaussent encore la gentillesse en brunissant des boucles, des souliers, des jarretières, des boutons, etc., en un mot, le modelé n'a plus de nerfs, et c'est plus que laid, c'est affreux.
Ne prenez jamais pour de l'unité la monotome, et qu'importe qu'elle soit mate ou clinquante.
L'art vit surtout de nuances et de contraste».
Diqitized by GoOQle
De* bronzages artificiels et des bronzés naturels obtenus par différentes oxydations. — Du vert antique. — Des bronzages (dits) florentins, et du vrai bronzé florentin*
Une partie des bronzages du commerce sont des bronzages artificiels, produits par des poudres métalliques, de différentes couleurs, nommées bronzines, qui, mêlées aux vernis, aux siccatifs, à la mixtion, sont posées au pinceau comme toute autre couleur.
Mais le véritable bronzage n'est pas cela, c'est une oxydation naturelle du bronze lui-même, laquelle oxydation varie de ton, de couleur, en raison des influences qui l'ont produite.
Il est d'habitude en ciselure lorsqu'on a fait un modèle, de le rendre d'un ton autre que celui du cuivre fraîchement travaillé, et cela pour donner de l'unité à la pièce.
On emploie pour cela plusieurs moyens, le plus souvent c'est le vert dit antique, mais voyez avant ce qu'il en est dit à l'article des pièces et rivets, page 43. On met simplement de l'ammoniac en poudre (écrasé) et un peu de limaille de cuivre dans du bon vinaigre, et quand celui-ci en est bien saturé (la quantité qu'il
en peut dissoudre), on en prend avec un pinceau, et on en passe sur la pièce, cela se fait vivement ; on doit surtout s'attacher à en mettre dans les petits fonds : comme le vert fonce de ton à vue d'œil, on l'arrête au ton qu'on veut, en passant dessus un peu d'huile avec du coton ou un autre pinceau, après quoi Ton essuie de préférence avec du coton sec.
On fait à la Monnaie un autre vert antique^ dont voici la recette :
Vinaigre blanc 1/2 litre.
Sel ammoniac 7 gr. 6 déc.
Sel de cuisine 7 gr. 6 déc.
Apprêt volatil de corne de cerf
(ou ammoniac liquide), cette
Composition s'applique au
pinceau et à diverses reprises. 15 gr. 2 déc.
Dans les ateliers j'ai vu pour rendre des modèles, lès mettre simplement dans de la déroche ayant déjà servi et dans laquelle on avait mis quelques morceaux dè fer. La déroche est composée ordinairement de 7 ou 8 fois autant d'eau que d'acide suif uriqué ; on lâisise tremper environ une heure, après quoi on sèche au feu (sans fumée) sans élever la chaleur trop haut, puis on passe sur la pièce très-peu d'huile aù pinceau; tout cela donne un ton rouge -de la couleur du cûîvf e pur.
A la Monnaie on passe les médailles à une sorte du bronzé dit florentin, qui a un ton tirant sur la couleur du chocolat. En voici la recette :
Vert-de-gris . 500 çram.
BRONZAGES ARTIFICIELS. 65
Sel ammoniaque 475 gram.
Un verre de fort vinaigre.
On pulvérise le vert-de-gris et le sel ammoniaque. On mêle les deux poudres. On prend gros comme un œuf de ce mélange, on en fait une pâte avec une portion du verre de vinaigre ci-dessus. On met cette pâte dans une casserole en cuivre, on y ajoute deux litres d'eau ; on fait bouillir pendant 20 minutes et on décante.
Lorsqu'on veut bronzer , on verse dans une casserole de cuivre une portion de la liqueur ci-dessus décantée et Ton y introduit les médailles, en les supportant avec quelques morceaux de bois blanc, de peur qu'elles n'adhèrent à la casserole ou entre elles. On continue l'ébullition pendant environ un quartd'heure.
Voici une autre préparation indiquée par Walcker.
On verse dans un demi-litre de vinaigre 60 grammes de carbonate d'ammoniaque et 30 grammes d'acétate de cuivre, on fait bouillir le mélange jusqu'à ce qu'il soit presque entièrement évaporé ; on ajoute alors à la dissolution un demi-litre de vinaigre dans lequel on a fait dissoudre 8 décigrammes d acide oxalique et 82 décigrammes de chlorhydrate d'ammoniaque. On remet le mélange sur le feu, on le chauffe jusqu'à l'ébullition, et on le filtre lorsqu'il est refroidi.
Le liquide ainsi obtenu s'applique à l'aide d'un pinceau, sur la médaille que l'on a préalablement chauffée. On frotte durant une demi-minute ; puis on
verse de l'eau bouillante sur l'épreuve, qui sèche
aussitôt. On la frotte ensuite légèrement avec du coton à peine imbibé d'huile, et on la sèche avec du coton sec.
On fait encore une sorte de bronzé florentin par oxydation, en vernissant la .pièce avec un veriiîs àù benjoin et en la mettant ensuite dans un four, Idàtis celui d'un poêle fourneau, par exemple, si la pièce n'est pas trop grande.
Le véritable bronzé florentin, qui est d'un tôn tirant sur le noir, se faisait en enfumant la pièce stlr àes charbons allumés, sur lesquels on saupoudrait de la raclure de corne de cerf.
Pour tous les bronzages, la pièce doit être bien pi*opre avant d'opérer.
Cîtehire do zinc. — De ce métal lui-même.
De l'éeouane»
J'ai travaillé à ciseler les premières figures en zinc, coulées dans du sable de fondeur, qui aient été faites à Paris; c'était chez M. Debraux. J'ai revu ce genre d'industrie plus tard à la société de la Vieille montagne, et les moyens sont restés les mômes.
Le zinc n'est pas ductile, il est peu malléable, excepté en laminé (ou à moins d'alliage), et, par conséquent, ne vaut rien pour faire du repoussé. 11 a plus de dureté que le plomb et que rétain, mais son peu de ductilité ne permet pas d en tirer des fils : il se plane assez mal, vu sa raideur cassante ; il empâte la taille des limes et des rifloirs , et nécessite dans ces derniers genres d'outils, une troisième espèce qu'on ' nomme écouane. L'éeouane est une sorte de lime dont la taille n'est ni celle de la râpe ni celle de la lime ordinaire; son profil de taille ressemble aux dents d'une scie, et vue à plat, c'est une taille simple, profonde de quelque chose comme 3 millimètres, faite le plus souvent avec une lime tiers -point à affûter les scies, ou l'angle d'une lime demi-ronde : c'est une
taille qui ne croise pas comme celle des limes par une seconde taille. (Voyez fig. 29.) On cambre l'écouane au feu, dans la forme la plus favorable ; et cela de la même manière que celle indiquée pour les rifloirs; après quoi on la trempe. Lorsqu'au travail elle s'engorge, il est facile de la nettoyer avec une pointe, une grattebrosse ou mieux un morceau de carde. Quand l'écouane est usée, on la détrempe et on procède avec elle comme pour affûter une scie, puis on la retrempe.
C'est un outil de plombier qui se vend chez les quincailliers. Mais l'outil qui marche le mieux quand on sait le manœuvrer, c'est le grattoir fait, soit avec un bout d'acier, 'soit avec une lime tiers-point affûtée, pointue ou relevée. Emmanché bien solidement, l'outil fait force souvent.
Les montures du zinc sont faites à la soudure d'étain ; et lorsqu'on en fait les ragréures et qu'il manque, il vaut mieux eh remettre ou en faire remettre avec le fer à souder, que de vouloir pousser une matière qui se pousse peu.
On croise, si l'on veut, quelques coups de rifloirs un peu rudes pour* terminer, et l'on passe au papier émeri (un peu gros) si la pièce est grande, c'est tout ce que ce travail a de particulier.
Le zinc étant très-cassant à l'état fondu, l'entenaillé à l'étau exige plus de soin que pour le bronze. Les grosses pièces se mettent sur un établi ; et l'on calle avec des coussins de cuir remplis de sable.
Le travail d'ébauche et l'enlevage des jets de fonte, les coutures, doivent se faire à la scie et à i'écouane, de préférence à l'outil coupant.