‹ Nouveau manuel complet du ciseleur contenat la description des procédés de l'art de ciseler et repousser tous les métauxChapitre 20 sur 63 · PASSES A L'EAU FORTE · texte numérisé non relu

PASSES A L'EAU FORTE

seau d'eau propre ou d'une gamelle assez grande pour pouvoir rincer la pièce. Il faut aussi avoir de la sciure de bois pour sécher la pièce aussitôt qu'elle a été rincée. Dans les ateliers, Ton tient la sciure à sécher dans une caisse, ce qui permet facilement de retourner le morceau tout à l'aise. Ayez soin que votre sciure ne soit pas humide comme j'en ai vu souvent, et si vous faites des choses qui en valent la peine, ne vous servez *pas non plus pour sécher à l'eau forte, de la sciure à sécher les dérochés ; celle-ci habituellement est assez sale et ternit le beau jaune obtenu. On se sert d'eau forte du commerce, je veux dire d'acide ordinaire (40 degrés) ; l'acide azotique concentré n'est pas nécessaire dans ce travail.

Pour passer à l'eau forte, voici comment on procède : On en verse un peu dans une gamelle de grès ou de verre, et il est important que le contenant soit imperméable aux acides. Comme je ne pourrais vous indiquer ici la quantité à verser, attendu que la détermination des proportions est une affaire d'expérience et toute relative à la grosseur de l'objet, pour y suppléer, je vous dirai que pour une statuette de 30 à 35 centimètres de hauteur, j'en verserais en eau forte à peu près la contenance d'un œuf de poule. On y ajoute, ou plutôt on met, avant de verser dans une gamelle, un peu de suie calcinée, puis un peu de sel de cuisine, puis l'acide, et on mélange avec une baguette de bois, ce qui est fait de suite : puis tenant votre pièce de la main gauche, et à l'aide d'un petit pinceau de chiffon au bout d'un petit manche de bois, vous barbouillez votre statuette (ou autre), et vous la voyez instantané-

ment ddrenir jaune; vous la retournez alors sens dessus dessous, c'est-à-dire, que si vous avez mis les pieds en bas pour commencer, c'est le tour de la tète : à mesure que vous voyez que l'acide agit, vous continuez et vous allez avec le pinceau partout où vous n'avez pas encore passé. Avec de l'expérience vous saurez de suite à quoi vous en tenir, et, quand vous aurez répété l'opération quelquefois, vous l'aurez acquise. Aussitôt que vous croyez que tout est jaune^ ce qui a dû se faire rapidement, vous plongez la pièce dans l'eau propre ; si elle est bien venue, séchez-la aussitôt dans la sciure avec une brosse à long poil. Mais avant de la sécher, et lorsque vous la sortez de l'eau, s'il y avait encore des places noires, remettez-?y aussitôt un peu d'eau forte, rincez et séchez.

Tout cela doit se faire vivement, le séché surtout, pour éviter que l'air ne produise une oxydation sur le cuivre humide. Lorsque au rincé vous vous apercevez que votre pièce a encore des places noirâtres et que vous retournez à l'eau forte, votre pièce étant toute mouillée viendrait égoutter dans votre acide Gt l'affaiblirait; évitez cela en secouant l'eau vivement avant de remettre la pièce à l'acide.

Ce qui remplace avantageusement le pinceau, est une tige d'artichaut, qu'on aplatit un peu en frappant dessus, c'est filendreux et fait un pinceau naturel qui résiste à l'eau forte mieux que tous les chiffons. Je connais des ciseleurs qui, dans la saison des artichauts, font leur provision de tiges pour toute l'année, ce qui veut dire qu'elles se conservent.

Pour passer les petites pièces, en les attache aveoun

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fil de cuivre, et on les sauce dans Feau forte, puis dans Feau propre et dans la sciure , en trois temps.

Les cuivres ne viennent pas tous d'un beau jaune, et s'il s'en trouve qui, aussitôt passés, sont semblables à la dorure, il y en a aussi quir sont toujours un peu noirâtres : à cela, il n'y a souvent rien à faire ; la raison en est dans la diflérence des alliages.

Notez bien que la quantité d'acide ne nuit jamais, au contraire ; si l'on ne baigne pas la pièce en entier lorsqu'elle est grande, c'est par pure raison économique. La passe à Feàu forte est une chose simple et bientôt faite. Il est important avant de la faire que la pièce soit bien dérochée et bien dessablée.

En passant à l'eau forte, évitez de rester le nez dessus, faites cela au grand air autant que vous le pourrez. Si vous êtes forcé de passer à l'eau forte dans une chambre, faites-le sous la cheminée ; car il s'en faut que ce soit une opération hygiénique.

Comme on peut se livrer quelquefois à la lecture des vieilles opérations chimiques, il n'est pas mauvais de savoir qu'au xn e siècle, Àlbert-le-Grand préparait l'eau forte et l'employait pour séparer For de l'argent j que les alchimistes du moyen-âge la nommaient esprit de nitre; que, lors de la réforme des nomenclatures, on lui a imposé le nom à'acide nitrique, et que plus tard, et maintenant dans la science, on l'appelle acide azotique, et communément, depuislongtemps eau forte.

Nota. Les marchands de couleurs vendent de la suie calcinée, et pour 5 centimes l'on en a pour plusieurs fois.

De la ciselure et de la retouche toute moderne des galvanos or, argent et cuivre.

La retouche des galvanos exige beaucoup de soins. On croit la chose très-facile, mais c'est une erreur. Le galvano est certainement en progrès, il progressera sans doute encore. Il est arrivé à une très-grande per*fection comme reproduction ; mais pour le métal, jë dois dire à propos de ciselure que c'est assez péniblement qu'il se laisse travailler. Lorsqu'un morceau a été mené trop vite à la pile, soit que cette dernière soit trop chargée en zinc ou en acide , il y a ce que les chimistes nomment une précipitation tumultueuse, et le métal alors manque de corps et d'homogénéité, il est rêche à planer, et chose assez bizarre, il est rêche et il est mou : puis, trop plané à l'outil, il se détache des petites pailles ; surtout quand il a été mené trop vivement à la pile, il y a dessous et dans l'épaisseur 4e la métallisation des gros et petits grains qui donnent une inégalité au plané. 11 est très-facile de comprendre que ces grains faisant enclume dessous opposent une résistance que dans l'intervalle de ces grains l'outil ne rencontre pas.

J'ai pour ma part beaucoup ciselé de galvanos, j'ai parfois rencontré des pièces très-douces derrière sans graveleux, et dont les molécules étaient très-compacteg et se planaient bien ; mais c'est en tout cas un métal qu'il ne faut jamais fatiguer. Son récrouine se dilate pas au feu de la même manière que les métaux fondus, forgés, laminés ou martelés à froid; le récroui, lorsqu'on le recuit au vent du soufflet surtout, fait quelquefois lever quantités de petits globules qu'il faut aplatir un à un patiemment, ce qui devient parfois, vu le nombre, un vrai travail.

On monte maintenant les galvanos à la soudure forte ; on en fait alors la ragréure, de la même façon que Ton fait celle du fondu ; c'est-à-dire que cela consiste à rapparciller le joint le plus proprement possible ; et à enlever l'excédant de la soudure qui se trouve faire saillant sur la forme : je recommande la Urne de préférence à tout autre outil; une fois bien préparé, affleuré, rappareillez soit le grain du mat s'il y en a, soit le riflé, soit le poU, si c'est un animal, en un mot, manœuvrez de façon à bien dissimuler le joint que la monture a ajusté.

On doit pour les galvanos se servir de ciments assez fermes, les ciments gras fléchissent trop ; je dirai même que souvent, ayant à faire des retouches ou ragréures de petits morceaux, je l'emplissais non pas avec du ciment, mais avec de l'alun sur une lampe à l'espritde-vin. 11 ne faut pas faire bouillir, vous auriez des globules, mais seulement liquéfier; l'alun est bon quand vous n'avez pas à modifier dans vos masses, parce que autrement le ciment est préférable.

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