MISES EN CIMENT
mais quand cela se présente, je pense qu'il vaut mieux mettre la pièce dans l'eau bouillante, ce qui fait un bain-marie (ayant bien soin qu'il n'entre pas d'eau dedans), que de la placer sur le feu où ne pouvant pas remuer le ciment, il est inégal. (Voyez fig. 19.)
On dit que la pièce porte bien, porte partout, lorsqu'elle est mise en ciment et que celui-ci adhère dans tons les points, ce qui est facile à reconnaître en topo** tant de place en place par petits coups avec le marteau; la pièce porte, si vous sentez de la fermeté dans le coup, et que le son est plein. Les endroits où le ciment n'est pas adhérent, sonnent creux, et sont tout ce qu'il y a de plus facile à reconnaître : ils ne portent pas ; ils sont vibrants, parce qu'ils n'ont pas de ciment dessous.
Lorsqu'une pièce ne porte pas, on met dessus, si elle est plate, quelques charbons de bois bien allumés, et si la pièce a une forme telle que les charbons ne puissent tenir, on fait une espèce de nid d'oiseau en Aide-fer, dans lequel on place les charbons ardents, on les évente un peu, et lorsque la chaleur a dissous et appelé le ciment, on retourne le côté du travail en dessous, et on laisse refroidir ; cela réussit le plus ordinairement; mais si votre pièce a été mouillée à l'intérieur, ou que votre ciment ait contenu de l'eau (il crie au feu), cette eau dégagera une vapeur qui s'interposera entre la pièce et le ciment, et celui-ci n'adhérera pas, quoi que vous fassiez en dessus : il n'y a alors qu'un ■ moyen, c'est de retirer de ciment et de remettre en ciment.
A moins qu'il ne s'agisse de certains travaux d'ébauche, laissez toujours bien refroidir votre ciment avant
de travailler ; et laissez-le refroidir, le métal dessous et le ciment dessus, autrement son poids l'entraînerait à se séparer.
Pour en finir avec le cimentée rappellerai ici ttne vérité bien vulgaire, mais que beaucoup de ciseleurs me semblent encore ignorer : tous les corps se dilatent (augmentent de dimension) par la chaleur, et se contractent (diminuent de dimension) par le froid.
En sa qualité de corps composé, le ciment joue bieti plus que le métal; exposé au froid, il quitte naturel lement ce dernier en reculant plus que lui. Pour éviter cet effet, couvrez bien votre repoussé l'hiver, le soir quand vous quittez votre travail, et cela chaudement si là pièce est grande, et rapprochez-le môme un peu du feu le lendemain matin avant de recommencer, celavous évitera ce dicton d'atelier : allons, bon, voilà ma pièce qui ne porte plus ! et tout ce qui s'en suit comme conséquence.
Un service rendu par une petite chose.
Un jour, un petit vase d'argent sur lequel je devais tracer quelque chose roula de mon établi et tomba à terre ; comme il était rempli de ciment gras, son poids en tombant y produisit un bosselé méplat que je ne savais comment relever d'en dedans ; le collet rétréci, très-étroit, était disposé de manière à ne pouvoir y entrer une ressing : tout^ en m'occupant d'un autre > travail, je réfléchissais à cet accident, mais je ne savais comment faire lorsqu'au bout de deux jours il me vint une idée. Lorsque j'étais enfant, j'avais souvent joué avec ce que nous appelions un tire-pavé. On sait que c'est un morceau de bon cuir de veau, un peu plus grand qu'une pièce de cinq francs, au centre duquel on pratique un trou juste pour passer une bonne ficelle, à laquelle, une fois passée, on fait un bon nœud pour Fempêcher de repasser par le trou. Lorsqu'on . tirera dessus, on laisse la ficelle en dessus, longue d'à peu près 50 à 60 centimètres, on mouille le cuir, puis avec le talon du soulier ou la main on l'applique et le colle très-exactement sur une pierre : il se fait un vide sous le cuir, et celui-ci adhère à la pierre comme
Ciseleur. 13
SECTIOX XXVII.
une ventouse, et cela si fortement et avec tant de ténacité, qu'on peut enlever ainsi des pierres ne pesant pas moins de 15 kilogrammes. Je sortis donc le ciment du vase : je fis un tire-pavé, j'appliquai bien le cuir à l'endroit bosselé, rentre en dedans, j'attachai solidement à quelque chose la ficelle que j'avais choisie assez résistante, puis prenant mon petit vase à deux mains, je le tirai brusquement d'un coup sec, et en trois coups j'avais réaffleuré la bosse.
De* dégâts occasionnés par le plomb sur l'argent, et des moyens de les prévenir*
Le plomb, ou plutôt l'oxyde de plomb, ronge l'argent quand il va au feu en contact de ce dernier.
Si vous ciselez de l'argent, évitez de le laisser toucher par le plomb, soit par les gardes des mâchoires de l'étau, soit de toute autre manière. Surveillez surtout votre ciment à repousser, qui sert souvent à remplir (des vases par exemple) ; vous risquez en vidant vos pièces du ciment qu'elles contenaient et en les recuisant, soit pour les nettoyer à l'intérieur, soit pour reprendre votre travail, d'avoir des trous si le ciment contenait môme des parcelles de plomb.
C'est une erreur de croire qu'en mettant dans la déroche une pièce en argent, qui a été en contact avec du plomb, on la débarrasse des plombures (taches) qui peuvent être après elle ; la meilleure preuve de l'inaction de l'eau seconde sur le plomb, c'est que les baquets à dérocher chez les orfèvres, les bijoutiers, et même chez les bronziers, sont précisément en plomb, parce qu'il est bien reconnu que la déroche ne les attaque pas.
On croit quelquefois bien savoir une chose et l'on
est dans Terreur, en chimie surtout ; souvent il y a précipice en deçà, et .en delà il y a encore précipice.
On fait l'extraction de l'argent par le plomb fondu, et les essais à la monnaie pour reconnaître le titre de l'argent (combien il contient dé milliêïnès d'àffl&ge) se font également par la coupellatioh : de là est née une appréciation fausse pour quelques-uns, qui croient semblables deux choses qui ont d'énormes différences quant au résultat. Voici comment se font les essais à la Monnaie ; je vais décrire en chiffres ronds afin de faire . plus facilement comprendre.
Dans une petite coupelle (petite fcôiïpë) faite d'ôfc càlcinés, on met deux fois autant de plomb que <f argent, supposons argent 5 grammes, plômb 10 gf amibes, on les fait fondre, et quand ils sont fondus l'afgdttt est resté seul au milieu de la coupelle : le plomb, dans cette occasion, non-seulement n'a paà détcntë l'argent, mais il a pris à ce dernier tout l'alliage qui! contenait; de façon que si on avait mis 5 gramiïite d'argent et qu'après l'opération il n'en resté plus quéi, il demeure acquis que l'argent contenait un cinquièînô de son poids d'alliage ou 20 pour 100, si vous aimez îûieux. Comment dans cette occasion le plomb se coïrfporté-t-il si respectueusement envers l'argent? lui qui d'habitude le ravage quand il le rencontre au feufr c'est ce qui ne s'explique guèfe. « C'est me vertu dô la Coupelle, » me disait quelqu'un de très-compétent, « qui ne s'explique pas plus que l'aimant. » En effet, c'est une loi d'affinité dont la cause est inconnue ; Oû n'explique pas davantage la puissance du plomb â Wiener captif tout l'alliage que contenait l'argent.
DÉGÂTS DU PLOMB SUR I/àRGENT. 149
Bien que tout ceci ne soit pas de la ciselure, je m'y suis arrêté un moment, à cause du rapport de circonstance et pour que Ton soit bien convaincu qu'en dehors de la coupelle qui a une vertu, et d'autres lois chimiques qui en ont aussi, on ne met jamais impunément du plomb, même des taches au feu ; j'en ai vu d'effrayants exemples : et pour qu'il ne vous reste aucun doute, que c'est dans la manière de procéder qu'est la raison des différences, j'ajoute qu'on fait des alliages de plomb et d'argent en toute propôrtion (1).
Comme conclusion, je vous dirai : enveloppez de cuir, de chiffons, de parchemin, de peau, les mâchoires de plomb de votre étau : et dans quelque occasion que ce soit, si vous n'avez pas su ou pu éviter les taches que le plomb fait sur l'argent (ce qui du reste est visible), avant d'aller au feu, enlevez-les à la main avec une gratte-bosse très-douce, si le travail est fin, ou encore avec un peu de ponce en poudre, de l'eau et un pinceau assez ferme.
L'acide sulfurique concentré et chaud dissout le plomb, mais il dissout aussi l'argent.
L'acide azotique (eau forte) dissout le plomb, mais aussi l'argent.
Ce qui équivaut non à faire un trou pour en boucher un autre ; mais à risquer d'en faire un paj l'acide, pour éviter d'en faire un autre par le plomb.
(!) Voyez la CAtmtf'de 11. Dumas, 3* volume, page 673.
Dm décûtaentés. — Deg nettoyage». — Du chalumeau.
Lôtiscttiô WUS sorte* 16 ciment d'un Vàse , il fâùt commencer à le chauffer par te côté où le cimeût est entré et par lequel il doit sortir ; sans cela il pourrait faire explosion. À mesure que le ciment fond, il dévient liquide, et vous le versez jusqu'à ce qu'il soit tout sorti. On peut aussi, pour certains petits vases délicats, sortir le ciment en mettant dans l'eau bouillante ; le ciment fond ainsi dans une sorte de bainmarie et sort très-facilement; on doit éviter de laisser entrer l'eau dans la pièce, et à cette fin on la suspend avec une petite corde.
Si l'endroit par oû le ciment est entré est lé plus large de la pièce, comme* dans un pied de calice par exemple, vous chauffez légèrement le métal partout, . et quand vous vous apercevez que le ciment commencé â fondre sur les bords , avec un outil quelconque vous enlevez tout le ciment d'un coup ; après avoir éu au préalable la précaution de vous garnir la main gauche d'un torchon pour tenir votre pièce sans Vous brûler les doigts.
L'on sort les grandes pièces plates, en mettant des*
sus des charbons de bois allumés. On sort ainsi de ciment les grands plateaux de tables, les plats, les assiettes, les jattes de burettes d'église, etc., etc.. Amesure que le ciment s'échauffe, ce qui est visible à l'œil et au toucher, on enlève la pièce, en ayant touj ours bien soin de ne pas la déformer, et à cette fin on rassemble les charbons sur les endroits qui semblent tenir encore.
On enlève de dessus la boulet en écallant avec un large ciseau.
On sort quelquefois les petites pièces avec un chalumeau à la flamme d'une lampe ou d'une chandelle* • Le chalumeau est un petit tube de forme conique, en fer ou en cuivre, long d'à peu près 25 à 30 centimètres, recourbé du petit bout, et dont le trou de ce, côté doit être fin, parce que c'est celui qu'on introduit dans la flamme , et que s'il était gros, il l'éteindrait. On s'en sert en ciselure pour souffler à la bouche, soit la flamme d'une lampe ou celle d'une chandelle, sur un endroit nécessitant une chaleur vive, mais restreinte
en largeur. (Voyez fig. 30.)
On sort de ciment aussi très-souvent avec la chaleur d'une lampe à l'esprit-de-vin, surtout les nouvelles nommées éolipiles, dont se servent les plombiers. Elles ont un chalumeau, soufflant tout seul, et sont par cette raison très-commodes.
On nettoie le ciment resté après les pièces, avec de l'essence de térébenthine et un machicot de papier, en faisant chauffer légèrement.
Le machicot est une espèce d'estompé que l'on fait en roulant une feuille de papier. On doit prendre garde à ne pas récurer le travail avec le machicot et