RESTAURATIONS ET IMITATIONS
parlé. Si je ne craignais d'être taxé de vanité et d'indiscrétion surtout, je vous conterais des détails curieux.
Dans certaines imitations on pousse les choses jusqu'à imiter les défauts.
11 est on ne peut plus difficile de raisonner d'une façon générale sur les imitations; le style le plus descriptif devient impuissant devant cette immensité de choses à décrire, et, si Ton y réfléchit,.ce seraient des centaines de volumes qu'il faudrait pour embrasser depuis les sculptures de saint Eloi par exemple jusqu'à celles de Michel-Ange ; et encore ce seraient toutes les écoles, les originalités, les styles, les influences des pays les uns sur les autres qu'il faudrait passer en revue. Et avec tout cela les hommes les plus 4 compétents ne sauraient toujours dire comment telle ou telle chose a été faite. Certains objets d'art sont le plus souvent des sortes de langues mortes, dont on reconstruit une phrase, un mot, une lettre, heureux encore quand lettre à lettre on parvient à rétablir et former un tout. Je n'en saurais dire davantage.
Du champ-levé des émaux bysantins, à l'outil
i et aux acides.
Champs-levés à l'outil.
Les couleurs de l'émail bysantin sont enchâssée? dans des compartiments. Chaque compartiment ne contient qu'un ton unique : ces tons sont posés les uns à côté des autres, comme ceux de la mosaïque, d'où est né le genre qui est originaire, non de Bysance, mais de l'antique Egypte. Chaque couleur est séparée de ses voisines par un minco filet de métal làissé dans le dessin champ-levé de la plaque ; ce petit filet est là pour s'interposer entre les couleurs, quand on les fond au feu. Le champ-levé des émaux bysantins est du domaine de la ciselure. On dessine la plaque ou l'objet, soit or, argent ou cuivre rouge, et l'on champlève aux outils coupants, toutes ces sortes de cases où seront posées les couleurs : on a bien soin des petits filets séparateurs dont j'ai parlé, et de ne pas les entamer, parce qu'en émaillant, les couleurs couleraient les unes chez les autres.
Si vous habites Paris et que vous ayez à champ*
lever ce genre de travail dont le moyen-âge s'est beaucoup servi pour orner les châsses, etc., allez faire une visite au Musée de Cluny, qui est riche en pièces de mérite, ainsi qu'à celui du Louvré qui Test encore davantage. # * -
Ayant plusieurs fois champ-levé pour éma.yl, je dois dire que, selon la matière ou la surface,, la profondeur du champ-levé présente des différences. Pour les petites choses, ces profondeurs sont toutes au-dessous d'un millimètre ; pour des objets plus grands, comme des portes de tabernacle, le champ-levé n'est , que légèrement plus profond. En tout ceci, l'émailleur est pour beaucoup, et il n'est pas mauvais, ainsi que je le faisais les premières fois, de le consulter auparavant Je puis cependant dire tout de suite qu'on fait rarement des grands morceaux, le feu décontournant quelquefois les plaques.
. Champ-levé à Veau fôrte.
Uil iSSbyèn excellent est de champ-lever à l'eau forte étëndué d'un peu d'eau ordinaire. Cependant^ si Ton faisait des restaurations, comme les anciens du moyenâge champ-levaient à l'outil coupant, ce dernier donnerait au travail un petit caractère qui lui est particulier, et il vaudrait peut être mieux se servir de ce Moyen.
Pour champ-lever à l'eau forte, on passe la plaqué ôa la pièce au vernis de graveur ; on choisit pour cela le vernis qui est dur comme de la résine^ on le met dans un morceau de soie, on ohauffë la plaque en
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disons ea la tenant avec des pinces, et l'on tamponne bien avec le verpis lié dans la soie, de la façon dont m vejad les vessies de couleurs pour la peinture. U pteqUG ét$nt vernie, vous la passez le côté du verais sur une fi^nme fumante, une chandelle à la rigueu?, gçais, piieux, sur pe petite bougie de cire ja»une, la f^E^ée s'inco?pore £u vernis et lui transmet aa eplor ration noire, et vous laissez refroidir.
Vcrçi? avez fait ijn dessin exactement de la, grandeur qrçç vous voulez reproduire, vous le calque? aveç uae SQrtçL de papier légèrement épais, transparent, ressemr blant à un composé de colle de poisson. On ven<J cç papier à Paris, chez tous les marchands qui fournissent lg? graveurs. M<û? avant, je dois dirç qu'il fauj m préalable avoir renversé son dessin ; et que c'est sur çette iiiversion qu'on décalque avec le papier dont je yiei^s de parler. On ne calque pas aveç un crayon, mais avec une pointe fine, le plus souvent une aigi^le emmanchée; ce trait à, la pointe a une très-faible profondeur, on y passe de la poudre de sanguine, qui est rouge, ainsi qu'on sait ; l'on essuie les dessus, de façon, autant que possible, qu'il n'en reste que dans les traits faitâ par la pointe. Ce calque ainsi préparé doit alors être posé sur la plaque, à l'endroit exact qu'il doit occuper. Cela fait, on le fixe bien par les coins avec de la cire, etc., etc. Il est bien entendu que le côté sanguiné du papier est celui qui doit toucher au vernis ; c'est pour cela que pour émail, il faut renverser le dessin. Lè calque bien fixé, on le frotte sur le dos avec un ébauchoir, habituellement avec une sorte de brunissoir : la sanguine ou, autrement dire, le dessin
se trouve ainsi transmis sur le vernis noir ; vous enlevez le papier d'un côté seulement, pour bien vous assurer que tout a marqué ; si tout y est, vous l'enlevez définitivement, vous repassez le trait rouge à la pointe fine qui doit, elle, traverser la couche de vernis jusqu'au métal : vous enlevez ensuite le vernis au grattoir, à la pointe, sur toutes les places que vous voulez creuser ou champ-lever, ne laissant du vernis que sur les filets et les endroits que vous voulez conserver. Cela fait, vous bordez la plaque avec de la cire pour empêcher le liquide que vous allez mettre, de déborder, et vous versez de l'eau forte dessus que vous laissez une, deux, trois, quatre, cinq minutes, selon la force de l'afode, selon la profondeur que vous voulez obtenir. Pour le cuivre, il vaut mieux que l'eau forte soit un peu étendue d'eau, je parle ici d'acide azotique à 40 degrés ; pour l'acide plus fort, il en faudrait davantage.
Ce travail n'est pas nouveau, puisque c'est le moyen employé dans la gravure à l'eau forte ; mais l'artiste qui me l'a appris avait un moyen excellent pour arrêter où il voulait la profondeur du rongé : il prenait plusieurs petits morceaux du même cuivre qu'il vernissait, et dont il enlevait le vernis à un endroit : sur ces petits morceaux il versait de l'eau-forte en même temps que sur sa plaque ; l'opération, se passant en tout point dans les inêjnes conditions, au bout de deux minutes, il passait l'un des petits morceaux dans l'eau propre pour le rincer; si le gravé né tait pas assez profond, il laissait continuer un instant, après quoi il
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regardait un second petit morceau, et ainsi de suite par intervalle, jusqu'à ce qu'il eût assez de profondeur; » il rinçait alors sa grande plaque dans l'eau, et la chose était terminée, sauf quelques petites retouches.
On peut champ-lever l'argent comme il vient d'être dit et également avec de l'eau forte.
On peut même champ-lever l'or ; séulement, au lieu d'eau forte, il faudrait se servir d'une eau régale composée de :
Acide azotique i (eau forte).
Acide chlorhydrique 4 (esprit de sel).
Quand on a champ-levé à l'acide sur l'or ou l'argent, on doit conserver l'eau qui a rongé ; l*br ou l'argent rongés sont à l'état d'oxydes dans le liquide, quoiqu'ils n'y paraissent pas.
En fabrication d'orfèvrerie d'église pour les petits émaux se répétant beaucoup, on grave une matrice et on les estampe dessus. 11 serait peut être mieux de dire qu'on grave un poinçon exactement comme doit être la pièce champ-levée; ce poinçon on le trempe et on Yenfwice au balancier dans une matrice, laquelle, après essai, est trempée à son tour et sert à estamper autant de plaques qu'on en désire.
Ciseleur. 15
uigmzea Dy
Ciselure du fer, de l'acier. — Origine en France. — champ- levé 9 repoussé. — Armures. — Portes de la galerie d'Apollon au Louvre. — Recuits. — Déca-
iSui lés champs de bataille, au moyen-âge, abstraction faite du courage, c'était à la force du bras et à la bonté de l'arme qu'était remis le succès de l'action : (ma bœvne, ma loyale épée, etc.) ; à la largeur des entailles de part et d'autre ; on comprit, l'antiquité aidânt, qu'en se bardant de fer on atténuerait les coups dë l'adversaire. La liberté, l'honneur, la vie des nations, des partis et des particuliers étant en jeu, amenèrent ces recherches fortes et minutieuses, sur le grand art que le maître d'armes de M. Jourdain, dans Molière, résume si laconiquement à deux choses : « Donner et ne point recevoir. »
A cette époque toujours guerroyante, où la France n'ayant pas encore trouvé son unité, s'égorgeait province contre province, on fit pourtant de grandes choses; on affranchit la patrie de l'étranger; mais les extrêmes se touchent : le grand législateur a voulu que la chaîne et l'épée soient du même métal !
Le fer avait fait ses preuves ; il dut les recommencer encore ! La hache gauloise et l'épée du moyen-âge refoulèrent l'anglais jusque dans son île !
La force, le courage étaient des dons naturels; quant à l'armure, il fallut l'inventer et la fabriquer dans des rapports avec le genre de combat. Aussi, tout ce qui nous reste de cette première période est-il fort, solide, lourd à étonner.
Ce ne fut que plus tard, lorsqu'on fut moins pressé par les événements, qu'on perfectionna les choses au point où l'on les voit au musée d'artillerie de Paris, où Ton a réuni une grande quantité d'armes et d'armures de tout genre, quelquefois gravées, champ-levées, repoussées et damasquinées. Puis, les tournois, ces sortes d'études guerrières, et le luxe qu'on y déployait, amenèrent en très-haute considération les armes offensives et défensives.
Paris est riche en fer ciselé : le musée d'artillerie, eelui de Cluny, des collections d'amateurs, les armures des rois au Louvre, où sont aussi les portes de la galerie d'Apollon en fer forgé, champ-levé, repoussé. Puis un peu partout, épées, dagues, éperons de chevalerie, anciens coffres, serrureries en tout genre, etc.
On rie repoussa guère qu'aux xv e et xvi e siècle sur les cuirasses, les casques, les bouchers ; et la belle armure de Henri II, au Louvre (1), est le spécimen en repoussé de ce que l'on fit de mieux et de plus ouvragé eh ce genre ; elle est repoussée dans tout le luxe du
(i) (Test dans cette armure, dit-on, çue Henri n reçut dans l'œil à - un tournois, le coup de lan«e qui causa sa mort.
CISÉLURÉ DU FEli. 173
tri* siècle, et en la considérant comme ciselure pour entrer dans notre sujet, je dirai que c'est un travail dessiné en dessus, relevé à l'outil d'en dessous, mis en ciment et ciselé en tout point, ainsi qu'il est dit à l'article des repoussés bas-reliefs. Les brassards et les cuissards se démontent et ont permis de même que pour la poitrine, le dos, le hausse-col, et le bouclier, de pouvoir repousser partout à la main sans l'intervention de la ressing. J'en dis autant pour le casque, le hausse-coi et les brassards d'une autre armure ayant également appartenu à Henri II : ils sont repoussés un peu plus haut-de-bosse que dans la précédente armure, mais avec une fierté d'allure dont on ne rencontre pas souvent d'exemple. Pour les easques, voyez ressing. J'ai cependant vft des casques dont les côtés latéraux étaient réunis à l'endroit du cimier.
Les cuirasses, les casques, les bouclièrs étaient faits les uns ën fer, d'autres en acier trempé ; la lime n'y peut mordre que péniblement : je ne pense pas que les cuirasses d'apparat, celles qui sont ordinairement les plus ouvragées, celles enfin qui sont repoussées, soient des pièces en acier trempé; je n'ai pu m'en assurer pal* moi-même, malgré mon désir ; mais sur des ouirasses champ-levées, gravées, j'ai vu moi-même <jue la lime n'y mordait pas.
Le travail champ-levé des cuirasses, des casques, etc., dé toute la vieille serrurerie, est fait à l'outil coupant, chassé par le marteau. Le gravé est souvent fait de même ; mais cependant, à partir du xvi e siècle, une partie des gravés sont des rongés à l'eau-f rte, avec
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des épargnes au vernis, comme il est dit a l'article du champ-levé des émaux bysantins.
Un morceau dont je dois ici m'occuper tout spécialement, parce qu'il en résume beaucoup d'autres, ce sont les portes de fer de la galerie d'Apollon, au Louvre. Ces portes, ainsi que je l'ai dit plus haut, sont forgées, champ-levées et repoussées. Le forgé est une chose trop connue pour que j'aie à m'en expliquer. Je viens de dire comment étaient champ-levées les anciennes serrureries, reste à dire comment et la manière dont on s'y est pris pour les parties repousséés de ces portes, ces parties étant celles qui embarrassent le plus ceux qui voudraient reproduire ce genre de travail. Toutes les parties repoussées sont coquillées (voyez du Repoussé ronde-bosse). Il y a bien encore des champions, quand même, de Fart ancien, amateurs exclusifs, qui préfèrent, sans raison valable, dire qu'elles ont été faites par des moyens perdus. Je répète qu'elles sont coquillées ; l'ont-elles été dans des matrices? H y a plus d'un endroit qui me porte à le croire. Toujours est-il que dans les places qui l'ont permis, les grandes feuilles faisant rinceau sont bradées sur la côte, par la propriété qu'a le fer de se souder à lui-même. Mais dans plus d'un endroit (et ils sont nombreux), les deux côtés de la feuille ne sont que réujiis par des rivets les fixant à la tige, laquelle tige, de la grosseur du doigt, s'enroule en volute. Dans les endroits embarrassants et où la feuille de métal forgé n'a pas permis de tout fournir, certains bouts de feuilles d'ornement sont rapportés par bra-