‹ Nouveau manuel complet du ciseleur contenat la description des procédés de l'art de ciseler et repousser tous les métauxChapitre 40 sur 63 · DU FER · texte numérisé non relu

DU FER

sure et le plus souvent rivés à froid. Le génie de ce travail a été surtout, et c'est en cela que son auteur, l'artiste qui a fait ces portes, a réussi, de cacher la naissance des attaches sur la tige, par la recouverture de feuilles sur ces premières attaches, lesquelles, étant bien dissimulées, font croire à certaines personnes que c'est une chose produite d'un seul jet.

Du fer.

Les fers doux sont les meilleurs pour repousser. Le fer est doux quand il ne contient pas ou peu de manganèse, de soufre, d'arsenic, de charbon, de silice, etc. Pour avoir du beau repoussé sur fer, il faudrait produire ce qu'on nomme du fer de laboratoire. Pour cela, il faudrait dissoudre par l'eau régale, ou l'acide azotique, précipiter les matières étrangères, refondre ensuite ce fer épuré dans un creuset, en le couvrant bien avec de la glaise, pour qu'il soit à l'abri de l'air, et surtout à l'abri du charbon. Une fois fondu, on laisse refroidir doucement, puis ce culot obtenu est ensuite forgé en le faisant chauffer en dehors du contact et de l'action du charbon, c'est-à-dire qu'il faut le faire rougir dans une sorte de poterie assez grande pour le contenir, le préserver, en chauffant, de l'air et du feu de charbon, même de bois.

Les tôles douces, dites décapées, ne sont pas mau- " vaises pour repousser quand on n'a pas un trop haut relief à obtenir. En fait, moins les fer contiennent de corps étrangers, plus ils sont ductiles et malléables»

t76 SECTION XXXV,

De l'octet.

L'acier est un produit de l'art ; il n'a point été, jusqu'à présent, trouvé à l'état nature. Tous les aciers' sont faits avec du fer; lès aciers dits naturels, acier d'Allemagne, sont obtenus avec de la fohte. L'actioir qui transforme le fer et la fonte en acier se nomme cémentation.

La cémentation consiste à faire recuire pendant plusieurs jours, à une température élevée, à peu près à celle de la fusion du cuivre, des barres de fer dans des sortes de caisses, lesquelles barres sont garnies, par couches alternatives, d'une préparation charbonneuse qu'on nomme cément. Thenard dit : a Que le » cément que l'on emploie le plus ordinairement est » formé d'un mélange da charbon pulvérisé, desuie* » de cendre et de sel marin, et que le charbon ani- » mal passe pour être meilleur que le charbon vé^ » gétal. » (4).

Un essai auquel j'ai souvent regretté de ne pou- 1 voir me livrer, en raison de tout ce qu'il faut pour cela, consisterait à cémenter un travail de ciselure fait sur plaque de fer doux; à pouvoir me rendre un compte exact de ce que le travail ciselé pourrait perdre par cette opération ; car si le travail n'y perdait pas, on conçoit alors tout ce qu'on pourrait produire en acier.

(1) Voyez, pour les fers et aciers, les ouvrages de Réaumur, Thenard, Vauquelin, et de MM. Dumas et Pelouie.

Un préjugé enraciné consiste à croire à la supériorité des anciens sur nous dans l'art de champ-lever, repousser et ciseler le fer. J'ose répondre à cela, qu'à aucune époque, dajis aucun pays, personne n'a ciselé le fer d'un travail aussi délicat que celui des modernes. Les fusils de luxe et autres armes, etc. , composés et ciselés à Paris pour l'exposition universelle de Londres, 1851, et Paris, en 4855, prouvent victorieusement ce que je viens de dire. J'en appelle aux véritables connaisseurs qui les ont vus.

Des recuits.

On doit autant que possible recuire les pièces de fer et d'acier ciselés, le repoussé surtout, à l'abri des flammes du charbon et de la houille ; cette dernière, notamment, contient du soufre et rend le métal cassant et aigre. Un four en briques chauffé en dessous est ce qu'il y a, je crois, de préférable.

Les eaux à dérocher doivent ne contenir que peu d'acide, et pour en donner un exemple, je citerai le décapage des fils-de-fer dans les fabriques, où il s'opère avec de l'eau contenant 4/240 de son volume d'acide sulfurique.

Du plomb comme ciselé.

Le plomb ne s'altérant pas, ou très-peu à r$rir, a fourni dans les monuments du moyen-âge la matière à certaines figures d'anges ou autres, posées au som,inet de nos clochers, etc. C'est un travail de repoussé, à cause du poids lourd qui en résulterait si c'était fondu : ces sortes de figures sont garnies d'armatures de fer à l'intérieur pour plus de solidité. Bien qu'à présent ces objets figurés soient un travail de plom-

hier, sauf la forme dont le modelé est du ressort du

sculpteur, il n'est pas, malgré leur rareté, inutile qu'tqa ciseleur sache que c'est de son domaine, et que sur un autre genre de travail ou sur celui-là même, il peut être appelé à procéder sur du plomb.

Le plomb est d'un travail facile, il se plane lorsqu'il est mince, n*ême avec des maillets de buis, soit darçs un creux, soit sur un sac de sable ; c'est dire ^u'il est d'une malléabilité très-douce et d'une complaisance ^i parfaite parmi les métaux, qu'on en fait ce qu'on veut.

La plus grande partie de ce qui a été fait l'a été de coquillé, autrement dire, pour une figure ronde-bosse, %

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on a coquillé la partie de devant, puis celle du dos, qui ont été réunies ensuite sur les côtés par la soudure do plombier au moyen du fer à souder.

Le plomb (sans alliage) ne se récrouissant pas ou presque pas, n'a aucun besoin d'être recuit; je crois môme qu'on ne le pourrait guère sans risquer de le fondre. 11 empâte les rifloirs, mais les grattoirs font merveille.

Je crains d'être long, et cependant si le lecteur est sculpteur, j'aurais quelques observations d'un autre ordre à lui faire. Exposé à l'air, le plomb n'est pas longtemps à prendre un ton noirâtre assez semblable, à peu de chose près, à celui des ardoises de nos toits. Si vos ligures ne sont pas détachées en silhouette sur le ciel, comme l'ange du toit de la sainte Chapelle à Paris, vous aurez une chose sans valeur de modelé, mais on ne se rendra môme pas compte des contours de ces figures.

Les rondes-bosses plaquées en plomb sont d'un eifet nul, vues à grande distance ; et c'est facile à comprendre : l'ombre et la couleur locale (noirâtre) étant du môme ton, et la sculpture n'ayant justement de valeur que par les oppositions d'ombre et de lumière, à distance, on n'obtient qu'une masse noire, mais rien qui révèle la forme. Les anges adossés au bas de la flèche de la sainte Chapelle sont justes dans les conditions dont je veux parler, qu'on doit chercher à éviter, sauf les raisons d'architecte.

Du dessin à la ciselure.

Si vous voulez devenir fort, dessinez. C'est, je crois, Benvenuto-Cellini qui a dit : « On n'exécute jamais mal quand on dessine bien. »

Il n'y a pas moyen de composer sans le dessin. Un artiste ne prend sa place dans la grande phalange artistique qu'à la condition d'être lui. L'amoindrissement de la ciselure dans l'opinion tient surtout à cela, qu'au lieu d'être elle, les modernes spécialistes, gens de main seulement, en ont fait le plus souvent une très-humble vassale de la sculpture qui nettoie et pare celle-ci, comme une femme de chambre pare sa maîresse. Les ciseleurs modernes n'ont pas assez senti cela ; nos devanciers comprenaient la chose autrement, aussi, n'ont-ils pas, comme nous, livré leur réputation artistique et ses conséquences aux fabricants, aux orfèvres, aux sculpteurs ; ils étaient eux.

L'absence de dessin produit chez nous le plagiat (i).

(i) Ce que je dis pour nous est bien pire encore à l'étranger, où l'exposition de Londres (1851) a révélé des lignes entières de produits sunnoulés sur nos modèles français, que j'ai vos et reconnus.

On se traîne trop sur la pensée et la forme des autres. Quantité de ceux qui sont le plus en réputation ne sont que des pillards adroits, arrachant sans pudeur un feuillet par-ci, un feuillet par-là, avec lesquels ils composent une œuvre ressemblant à la culotte d'Arlequin, et qu'ils cousent avec, du fil plus ou moins fin, qui, seul, leur appartient; c'est là toute leur dépense d'invention et d'imagination. Je ne veux pas, à ce sujet, citer de noms, ni des grands morceaux, ce manuel n'étant pas un terrain propre à établir une controverse. Le sculpteur sans dessin procède de même, et je connais de grandes réputations qui ne reposent pas sur le plus mince objet à elles appartenant.

Dessinez, composez, ne pillez pas. a Cherchez et i vous trouverez. » Ce sera difficile d'abord, mais çgi le deviendra moins en pratiquant ; et si vous persévérez, il arrivera un instant où vous parlerez cette langue des hommes forts dans les arts : le dessin ; car le dessin n'est pas autre chose qu'une langue : on peut conjuguer un verbe sur un bras, sur une forme quelconque, s'apprendre à voir autrement que toujours à un temps de profil. C'est la conjugaison de la forme qui a fait la force de Michel-Ange. En sculpture, l'artiste tel ou tel, si renommé et dont on admire tant les travaux, n'est qu'un plagiaire qui a pris toutes les phases de son œuvre dans le travail des autres. Si un écrivain en eût 'fait autant, qu'il eût puisé aussi textuellement dans Corneille, Montesquieu, Bossuet ou Rousseau, il y aurait deux cents littérateurs qui, le lendemain, lui

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