SECTION PREMIÈRE
payer ses tributs, ont détruit quantité de choses que nous n'admirerions sans doute pas moins que les chefs-d'œuvre de marbre et les pierres gravées que l'antiquité nous a transmis. Certainement, les artistes qui ont gravé ce grand nombre de pierres précieuses, ces camées d'un travail si fin, si savant, devaient être les contemporains de ciseleurs éminents, leurs émules^peutrètre bien leurs maîtres, car, en logique d'art, le travail des métaux a dû précéder celui des pierres dures. ^
Lorsqu'on lit la description du bouclier d'Achille par Homère , on comprend qu'il devait être dans les usages de ce temps de posséder de ces belles pièces et de s'en faire gloire, car Homère ni le fabuleux Vulcain ne les ont certainement pas inventées.
Tous ces chefs-d'œuvre de fer, d'airain, la rouille et le temps les ont à peu près entièrement détruits , et le peu qu'il nous en reste et qui n'ont pas été dévorés , ont été tellement attaqués et détériorés, qu'ils ne nous offrent plus que des débris souvent informes, ou à peu près.
Les fragments d'or retrouvés dans le sarcophage de la vieille Egypte et le Chapitre XXV de l'exode de Moïse dans la Bible , prouvent que la ciselure était connue de toute antiquité ; et, pour me servir d'une définition toute faite , plus prompte*, « que son ori- » gine se perd dans la nuit des temps. »
Franchissons une longue suite de siècles, arrivons en France et disons que jusqu'aux xi« et xn e siècles, dans notre pays, tout porte à croire que la.ciselura a été peu pratiquée. Les châsses grossières, bon nom-
bre d'autres pièces, l'épée de Charlemagne, le fauteuil de Dagobert, attribué à saiut Eloi , sont comme spécimen, avec ce que nous avons vu du même temps, des œuvifes, si j'osais, je dirais de forgerons.
La ciselure prend son origine chez nous, vers le temps des Croisades. C'est de ce grand mélange des nations de la chrétienté réunies, du contact de leurs noblesses , de l'orgueil de leurs blasons, de l'éclat de leurs arjmures, de la vue des richesses orientales, qu'est né ] e mouvement. En marchant à ces conquêtes et en déployant tant de bravoure, on faisait aussi assaut de vanité et étalage d'un luxe imposant., . De l'esprit religieux surgit tout-à-coup le grand style ogival. Cette révolution de l'art bysantin se métamorphosant en une nouvelle architecture, fit naître en foule quantité de choses nouvelles : verrières admirables, émaux, orfèvrerie ciselure, travaux de forges, miniatures, illustrations de missels , de livres saints, étoffes d'or et d'argent, etc., etc. En un mot, les arts du dessin apparaissent avec un éclat inconnu jusquelà, sous toutes les formes et sur toutes les matières. Ainsi que toujours, la ciselure et l'orfèvrerie s'unirent étroitement, et elles eurent pour lot les croix, châsses, crosses, calices, ciboires, jnoustrances , reliquaires, couronnes, anneaux, etc., le tout enrichi d'incrustations, d'émaux, de pierreries, de nielles, de filigranes, d'ivoireries, de sculptures, de vierges, de saints, d'anges, de démons, etc., en or, en argent, en repoussés, et fondus, ciselés, quelquefois assez grossièrement, mais toujours avec une certaine harmonie, et surtout avec l'empreinte d'un sentiment religieux qui n'est