LE LOIR
Schrebcr nomme cet animal Myoxxu gin; il appartient à l'ordre des mammifères rongeur» , et il est le type du genre auquel il a donné son nom. Sa taille est k peu près celle du rat -, son poil est doux , d'un
94 HAUMIFÈRES NUISIBLES, CARNASSIERS.
gris-brun cendré dessus, d'un blanc légèrement roussàtre ^essous *, ses yeux sont entourés de brun plus foncé *, il a de fbries moustaches, et sa queue, fournie de 'longs poils sur toute sa loftgueur , est presque disposée comme celle d'un écureuil.
Ce petit animal , plein de grâce et de vivacité , est c<Hina depuis la plus haute antiquité. Les Romains le faisaient rechercher à grand prix , pour l'élever en captivité ; ils l'engraissaient et le servaient sur leurs tables comme 'un mets très estimé. H n'habite que les bois retirés du midi de l'Europe , vit sur les arbres* fait ses petits dans leurs troncs, et se nourrit de fruits. Lorsque l'hiver, commence à se faire sentir , les loirs se rassemblent par famille , cherchent un troa à Tabri de l'humidité et du vent du nord , le remplisseiit de mousse , s'y enfoncent Us uns à côté des aulnes ^ et sV eilgourdissent jusqu'à ce que le printemps ramène la chalerfr. ,
Les fruits dont le loir se nourrit de préférence sont les noi^.' settes , la faîne, le gland ^ les châtaignes et les noix. Quelquefois cependant il surprend les petits oiseaux sur leur' nid , mange les jeunes ou brise le^ œufs; mais ceci arrive * trop rarement pour qu'on puisse avec justice le classer parmi les animaux destructeurs du gibier. Il ne peut guère être nuisible que dans les vergers qui sont à proximité des grands bois , parce! qu'il y pénètre pendant le crépuscule ♦ et attaque les fruits à noyau et à pépins. Il détruit aussi une petite partie des r^oUes des arores fruitiers cultives en pleins champs et à proximité de sa retraite. Cet animal n'est pas aussi nuisible qu'on lé dit généralement , et je ne pense pas qu'il fasse plus de dégâts ({ue l'écureuil, dont il a absolument les mœurs. Si les cultivateurs l'accusent » c'est qu'ils le confondent presque toujours avec le lérot » dont nous allons bientôt nous occuper. On'ne le trouve que> dans le midi de la France, et encore ycst-il assez rare.
Quoi qu'il en soit, il est fort difficw^ de le détruire, et l'on ne peut guère y parvenir qu'en l'attendant le soir à rafïïit f aans les lieux qu'il fréquente , et en le tuant à coups de fusil. Cependant , s'il s'était beaucoup mufliplié , on pourrait essayer de rempjoisonner avec des noyaux macérés dans de Feau et de la noix vomique , comme nous le disons page 67 ; ou bien on pourrait encore empoisbnncr quelqties
LE LKROT. 95
figues OU autres fruits mous , avec de la répare de noix vo-. mique, et les déposer tout près de sa retraite.
Quant aux pièges à employer contre lui ce sont ce^x figurés panc^e I, fig. 22, 24, et planche U, fig. Z.fin amorce les deux premiers , avec le iioyau d'une noix fraîche , et le troisième avec quelques noisettes; mais on ne peut en attendre quelques succès que dans lesmois d'avril, de mai et de juiii , teo^s pendant lequel ces petits animaux trouvent peu de nourriture , et sont obligés qo chercher dans la mousse les graines de Tannée précédente. Ces piégés doivent se , placer dans les enfourchures des plus grosses branches des arbres que Ton sait être habités on fréquentés par des loirs.
Ayant habité pendant fort . longtemps tme de nos provinces méridionales et mes goûts^ m'ayant toujours porté à lâchasse, surtout à celle des pièges, j'ai découvert, par hasard, une méthode excellente pour prendre les loirs , les lérots et les m uscardins. J'avais préparé plusieurs trébuchets en sureau , liommés mésangctles , pour prendre au passage la mésâjj^e charbonnière. Je tertdais mes mésangettes le ioir, etl^^ue le matin j'allais les visiter , je les trouvais détendues, et les baguettes de sureau coupées. Je ne pouvais deviner Tanimal qut me faisait perdre ainsi le fruit de ma chasse, et je résolus de le savoir.- En conséquence, je fis faire letrébuchet dessiné PL II, /¥^. 0. Il consiste en une cage de, gros fil de fer, longue de 10 pouces , large de 7, et haute de 4 ; le dessus a a est une espèce de couvercle qui s'ouvre au moyen d&charnières en fil de fer placées en hb. Au milieu de la cage est une espèce de iucnoir ce, fait d'une petite baguette arrondie. Qn prend la moitié d'une noix avec sa coquille , et Ton enfonce dans l'amande un petit bâtonnet • long de deux pouces *, on soulève le couvercle a a, on pose la coquille de noix d sur la traverse ce, et Ton appuie le couvercle , c'est-à-dire une de ses traverses , sur le Mtonnet, comme on le voit en c, on place le trébuchet sur l'enfourchure de quelques rameaux d'une branche.
Le loir, en se promenant dans le feuillage, aperçoit l'amorce , entre «îans la cage et attaque l'amande -, il fait tomber la noix , qui entraîne le bâtonnet : le couvercle n'ayant plus de support , tombe et l'animal est pris. Nous ferons oDserver que le couvercle doit être assez pesant pour
96 MAMMIP. NDISIB., GARNIS. LE LÉROT^
que le loir ne puisse pas le lever avec sa tête ; il est botf Ae le charger avec quelques morcetuix de plomb laminé que Ton entortille autour de la première traverse hh* Une livre et demie de plomb suffit pour un loir ou un lérot, une demi-livre pour un muscardin*
LE LÉROT.
Il appartient au genre du- loir , et a été nommé par les naturalistes Myoxus nitda. Un peu moins grand que le
E recèdent, il s'en distingue encore par son pelage d'un grisrun dessus, blanchâtre dessous. Ses yeux sont entourés d'une tache noire , qui s'étend en s'élargissant jusqu'à l'épaule , et lui dessine comme une grande moustache. Sa queue est presque dépourvue de longs poils depuis sa naissance jusqu'à près de la moitié de sa longueur, mais elle est très touffue à l'extrémité, qui est blanche, tandis que le reste est noir.
Le lérot est le fléau des jardins ; il attaque tous les fruits à mesure qu'ils mûrissent , et s'attache principalement aux meilleures espèces , telles que pêches , poires , cerises , pru- >ies , abricots , etc. Il habite les trous des murailles de clôture , les greniers abandonaés ou peu fréquentés , et les lieux ruinés. Il ne sort guère de sa retraite qu'à la nuit tombante , pour parcourir leg espaliers qu'il dévaste avant d'étendre ses excursions jusqu'aux mi-vents et plein- vents du jardin ou du verger. Avant de manger un raisin ou une pêche , il en entame quatre ou cinq, sans doute pour faire son choix avec connaissance de cause , ce qui augmente beaucoup ses dégâts. Extrêmement agile pour grimper contre les murs les plus unis , et descendant très rarement à terre, il est peu exposé à être surpris par les chats, qui, d'ailleurs , ne se soucient pas de l'attaquer , parce qu'ils ne le mangent pas et l'abandonnent après l'avoir étranglé.
Cet animal multiplie assez pour aevenir très-incommode. Comme le loir^ il s'engourdit l'hiver dans un trou de mur au midi et il n'en sort qu'au printemps. Ce n'est guère , par conséquent, que depuis le mois de mai jusqu'en septembre qu'on peut lui faire la chasse. Le meilleur moyea de le détruire est de raltenàpe le soir à rafTùt, auprès de*
LE IftsCAUDlK. 97
murs de clôture et des espaliers, et de le tuer à coups de fusil. On rempoisonne a?ec de la noix vomique , ou mieux encore avec de Tarsénic, dont on saupoudre deux moitiés de pêche , que l^n réunit ensuite ; ou on lui tend des pièges.
Los traquenards représentés PI. 1, Hj/. ii et 22 ; r%ssomrooir, fig. 21 -, la bascule , fig. 25 , et lés pièges, PL H, fig, 4, 3 et 9, sont les seuls dont on puisse espérer dû succès ; Dfiais il faut les amorce^ avec des fruits très mûrs , et donner la préférence aux fruits à noyaux , tels que pêches, prunes et abricots. Il faut encore avoir la précaution de .placer* les pièges aupr^ des arbres dont la récolte n^eùtre pas encore en maturité : car , sans cela , les lérots trouvant une nourriture abondante , dédaigneraient de toucher aux amorces. Au printemps, avant la maturité des premiers fruits , 00 amorcera avec un iborceau de poire ou de pomme, que Ton aura conservée de la récolte précédente. Si Ton a encore quelques raisins , fussent-ils à moitié secs , on aura un bien plus grand succès.
Les pièges se placent sur les murs , sur les branches d'arbres ; la Imscule, pi. h fig. 23, se met aupied des ^riiers que les lérots ont coutume de fréquenter, et contre \e tronc ou quelque branche de Tarbre , aGn qu^ils puissent
L parvenir sans être obliges de descendre à terrel Cette uscule, dont nous donnons la descdption à Tarticle du rat Sroprement dit, se place sur un baquet à moitié rempli "leau. Du reste , un raisin, s'il n'y a pas de vigne dans le jardin ; une pêche , s'il n^y a pas de pêcner on au moins pas de pêches mûres, sont les meilleurs appâts que Ton puisse susoendre au fil de fer d.
Quant au trébuchet PI. II, fig. 9^ on conçoit qu'il est aussi facile de le tendre en faisant porter I0 bâtonnet e snr la moitié d'une pêche, que sur un morceau de noix.