OMNIVORES
De la Pie-^ièche rou$se.
Les naturalistes la connaissent sous plusieurs noms (lanim coU/urio rufus , lanitis pomeranuSt rutilus^ mftcoUis). fille est plus petite que la précédente ; elle a le bandeau , les ailes et la queue comnae elle. Le dessus de sa tête et de son cou est d'un roux vif; son^os est noir , son ventre et ^ôn croupion blancs. Il serait difficile dé la reconnaître à son chant , car elle a le talent singulier d'imiter très aisément celui des oiseaux qui vivent autour d'elle ; ses habitudes sont les iDêmes que celles de la pie-grièchè commune.
De VÉcorcheur. *
Gmelin a décrit cet oiseau sous le nom de lanius coUurio, Il est up peu plus petit que le précédent; le dessus de la tête et du croupion est cendré *, le dos et les ailes isont fauves ; le dessous du corps est blanchâtre ; il a un bandeau noir sur l'œil ; les pennes des ailes noires , bordées de fauve; celles de la queue noires , les latérales blanches à la base. Il imite le chant des autres oiseaux avec encore plus de facilité que la pie-grièche rousse; sa petite taille Tempêche d'être aussi dangereux que les autres , mais il ne mérite pas moins d'être détruit , à cause du tort qu'il fait aux abeilles , dont il se pourrit et qu'il enfile quelquefois aux épines des buissons pour les dévorer à son aise. On ne le prend guère qu'à coups de fusil.
Du Corbeau,
Le corbeau (cortnw corax de Linnée) est le plus grand des oiseaux Européens de l'ordre de» passereaux. Sa taille égale celle du coq; son plumage est tout noir; sa queue arrondie , et le dos de la mandibule supérieure de son bec arqué eu avant. Cette espèce, assez rare, est ordinairement confondue avec la corneille et le freux , dont elle diffère beaucoup par sa taille , au moins d'un quart plus grande.
Le corbeau vit par couple dans les pays montagneux , solitaires et boisés, il est rare qu'il y en ait plus d'une paire dans un canton d'un quart de lieue de diamètre. Il vole bien et haut , et niche sur les grands - arbres. Il a l'odorat excellent et sent , dit-on , les cadavres d'une lieue. Du reste, il se nourrit de toutes sortes d'aliments , de chairs corrom-i
454 DES PÂ6SEBEÀUX
pues , de grains, de fruits, de petits quadrupèdes; et, quand il le peut , il attaque et enlève les oiseaux de basse-cour. Il attaque aussi les jaunes lièvres et les lapereaux , les petites perdrix et les jeunes faisans , enfin , il fait autant de dégâts qu'un oiseau de proie.
Aussitôt tiue l'on s'est aperçu qu'on couple de corbeaux s'est installé dans un canton , il faut tâcher de découvrir soti nid , afin de le détruire. Rarement ces oiseaux donnent à la pipée ou dans d'autres pièges , mais il est assez facile de les empoisonner. Pour y parvenir, on remarque le lieu où ils ont l'habitude- de s'abattre pouir chercher leur pâture; 01^ les y attire pendant quelques jours avec quelques petits morceaux de. viande que l'on sème sur la place. On prend ensuite de la chair crife que l'on hache grossièrement , et à laquelle on mêle une certaine quantité de poudre- de noix vomique ; on en fait des boulettes grosses comme le bout du pouce , et on va les disséminer dans le lieu mentionné. Aussitôt que les corbeaux en ont mangé , ils tombent dans uii état complet d'ivresse , et , pendant un instant , ne peuvent pas voler : le chasseur peut aisément les prendre , s'il se trouve là au premier instant. Un quart d'heure après , ils reprennent leurs sens , s'envolent et vont se cacher (kns quelque trou de rocher , ou dans un épais buisson , oiï ils périssent. Cette manière de les détruire n'est pas sans inconvénient : car si un chien vient à passer et à manger quelques-unes de ces boulettes , il s'empoisonne infailliblement. On ne doit donc avoir recours à ce moyen que dans un lieu clos , à moins que le hasard ne permette d'employer de la chair d'un chien mort , auquel les autres ne touchent jamais. Si on le veut, on peut empoisonner un cadavre de chien tout entier, par le moyen de la noix vomique, et l'on sera plus sûr encore de la réussite.
De la Corneille,
Elle est d'un quart plus petite que le corbeau ; sa queue est plus carrée , et son bec moins arqué en dessus ; du reste elle lui ressemble beaucoup. Les naturalistes la nomment corvuê corone.
Les corneilles ont des mœurs tout-à-fait différentes de celles des corbeaux •, ces derniers vivent solitaires et séden-
•" eilNIVORBS. i^&
taires , tandis que celles-ci voyagent en bandes nombreuses. Pendant la belle saison , elles habitent les pays montagneux et les grande» forêts ; (mais aussitôt que les froids se font sentir , elles abandonnent leur pays natal et se répandent dans les plaines, parti(?ulièrement près des grandes rivières. Elles se nourrissent de fruits , d'immondices , de charognes et de graines , qu'elles viennent quelquefois disputer aux poules jusque dans les basses-cours. Pendant Thiver , elles font beaucoup de mal dans les terres ensemencées , et au printemps elles détruisent une assez [grande quantité de menu gibier.
On peut les prendre comme nous Tavons dit pour !e geai , en les attacnant sur le dos avec des^ofochets. On peut aussi les empoisonner , comme les corbeaux , et même la chose est beaucoup plus facile. Il ne s*agit pour cela que d'étendre sur la neige une voiture de fumier , et de jeter dessus des boulettes à la noix vomique. Les endroits d'où Ton vient d'enlevef une gerbière offrent, pendant les neiges, un emplacement où le succès est infaillible. '
Afin de les y attirer avec plus de certitude, on attache par la patte deux ou trois corneilles qui servent d'appelants. Quelques autres enseignent un moyen fort plaisant pour prendre ces animaux : nous allons l'mdiquer , mais en avertissant le lectenr que nous n'en avons jamais vu faire usage. On se procure du parchemin , dont on fait des cornets assez larges pour que l'oiseau puisse y enfoncer la tête. On l'enduit intérieurement de gfu , ou place un morceau de chair corrompue dans le fond , et l'on enfonce ces cornets dans la neige ; enfin , on attache quelques corneilles dans les environs pour servir d'appelants. Ces biseaux viennent se poser auprès des autres , attirés par l'odeur de la chair corrompue *, ils enfoncent la tête dans le cornet et s'en coiffent de manière à ne plus pouvoir s'en débarrasser. Aussitôt qu'ils se sentent pris , ils s'élèvent perpendiculairement dans les airs à perte de vue : mais bientôt étourdis et fatigués , ils retombent et deviennent la proie du chasseur. On prétend que les corneilles se prennent très bien à des hameçons amorcés avec de la viande , ainsi qu'au collet en fil de laiton et en crin ; ces moyens , ou au mouiSj le premier , me paraissent doutcu:^.
uigitizea oy >^ w w^ i w
iZf^ DEf PASSEREAUX
Un autre procédé est encore Yanté par les auteurs , et ne nous par«ut pas plus sûr ; le voici : on tâche de décou* vrir Ténoroit où les corneilles se retirent la nuit pour se livrer au repos : C^est ordinairement un massif d'arbres élevés , à la proximité d'une forêt. Phisieurs hommes s'habillent en noir^ montent sur les arbres voisins et s'y tiennent sans faire le moindre mouvement *, d'autres honmies , armés de longs bâtons , vont effrayer les corneilles perchées sur les ai4)res d'alentour. Celles-ci , en voltigeant d'arbre, en arbre , aperçoivent les hommes vêtus de' noir , les prennent pour des animaux de leur espèce et viennent se poser aoprès d'eux. Les chasseurs n'ont que la peine de tendre le bras^ de saisir les corneilles , de leur tordre le cou et de les jeter en bas. B est bien entendu que cette chasse ne peut se faire que la nuit.
Presque toutes les corneilles des environs de Paris se retirent la nuit dans les hautes futaies du mgtc de Versailles. Les gardes s'abstiennent dé les dé^0)*e, parce - qu'elles leur servent de sentinelles vigilantes , oui , au moindre bruit , les avertissent de là présence des braconniers. A l'approche d'un homme , elles x;ommencent à crier d'une manière assourdissante , puis elles s'envolent en tournoyant , et vont chercher un autre gite loin de là, pour y passer la nuit. Ce fait , dont j'ai été témoin oculaire , ne s'accorde guère avec la chasse do'nt nous venons de parler d'après les auteurs.
On recommande encore , pour prendre les geais et les corneilles , différentes autres méthodes , tels que les pièges» traquenards 9 trébuchets, etc.; mais ces moyens sont si incertains, et quand même ils réussiraient, ils conduiraiefnt à des résultats si peu satisfaisants , que nous croyons les devoir passer sous silence.
Du Freux.
n est un peu plus petit que la corneille et 4 le bec plus droit, plus pointu. Dans lâge adulte, la base de son bec est dépouillée de plumes , ce -qui vient sans doute de l'habitude qu'il a de fouiller dans la terre pour y trouver sa nourriture. C'est le corvus frugilegus de Linnée. Cet oiseau a les mêmes mœurs, les mêmes habitudes que le pré-
cèdent ; comme lui , il YÎt en groupes nombreuses , descend dans les pays tempérés pendant 1 hiver , et fait un grand dégât dans les terres ensemencées. On le chasse de la même manière.
De la CormiUe mantélée.
G^est le carvuê corrUx de Linnée. Elle est cendrée , avec la tête , les ailes et la queue noires. Plus Carnivore que Tespèce précédente , elle fréquente les bords de la mer , y vil de coquillages, etc. Elle est aussi plus niusible. Du reste, on la prend de kt même manière.
De la Pie,
La pie commune {corvus pica de Linnée) est un bel oiseau , extrêmement commun dans toutes les plaines de la France. Il est d'un noir soyeux, à reflets bleus et dorés *, son ventre est blanc , et il a une tache de même couleur sur Taile. La pie se plaît autour des balRtations ; elle se nourrit de toute espèce de matières , et souvent attaque les petits oiseaux de basse-cour. Elle chasse dans les haies, les Dûissons, les taillis , brise les œufs qu'elle trouve dans les nids, ^t se saisit même quelquefois de la mère couveuse. On en a vu détruire des couvées entières de petits perrdreaux,, et' même se jeter sur les jeunes lièvres et les jeunes lapins. Par un singulier instinct de prévoyance, la pie cache le reste de ses aliments, et fait, en automne, des provisions oui consistent surtout en noix, en ^mandes , en fruits secs, aon .prétendu penchant pour le vol n'est qu'une suite de cet instinct, qui s'exerce même en captivité. Quant à son aptitude pour l'arithmétique, quoi qu'en ait dit l'ingénieux auteur, des Lettres philosophiques sur V intelligence et la perfectibilité des animaux, nous la regardons comme un conte fait à plaisir. Ce qui est plus réel, c'est 1& méfiance de la pie à 1 état sauvage , c'est la facilité avec laquelle on Tapprivoise, quand on l'élève en domesticité. Du reste, ses habitudes naturelles tiennent de celles du geai et du corbeau, a Comme les premiers , dit l'auteur d'un excellent article inséré dans le Dictionnaire universel d'imstaire 4iaturelle dirigé par M. Charles d'Orbigny, comme les premiers, elle fréquenté ordinairement les bois, les coteaux couverts d'arbres, vit plutôt en familles que par
DESTRUCTEUR, i^« PARTIE, ug zeaoy^..v.g. 12
158 DES TASSERBAUi;
grandes troupes ; mais , comme les seconds, elle descend fréquemment à terre pour y chercher sa nourriture. Durant la mauvaise saison, il n est point rare de voir plusieurs Eies ensemble fouiller les bois , parcourir les champs laourés ou en chaume pour y trouver des aliments : mais, k plus grande partie de Tannée , on les rencontre seulement par couples. y> Bien de plus facile ^ue la destruction de cet animal iacommode. Comme la pie place son nid à découvert, sur les arbres les plus élevés, et qu^elle Tentoure d'un fagot d'épiftes qui le rend très facile à apercevoir, il ne s'agit que de saisir le moment où la mère est sur ses œufs, pour la tuer d'un coup de fusil.
La pie, comme le geai, a une antipathie prononcée contre les oiseaux de proie nocturnes, et principalement contre la chouette et le hibou. On se sert de cette aversion connue pour l'attirer dans un çîége. Dans un lieu un peu découvert, on élève une cabane de feuillage, dans laquelle le chasseur se cache. Au-dessus de la cabane , on place un juchoir, sur lequel est attaché une chouette ou un hibou ; autour de la cabane on plante quelques branches élevées, dépouillées de leurs feuilles et de leurs rameaux, et gar- *nies de gluaux. Aussitôt que la pie aperçoit son ennemi, [ue l'on a soin de faite remuer de temps à autre au moyen 'une ficelle , elle s'approche en criant , vient pour l'attaquer,'se pose sur les branches engluées, et tombe embarrassée dans les gluaux. 1^ chasse est beaucoup plus certaine si celui (jjii la fait sait imiter le cri de la chouette. Dès jue l'on a pris une pie, on a soin de la faire crier pour attirer les autres. .
Du Geai,
Ccst un des plus jolis oiseaux de l'Europe : il est d'un gris vineux, à moustaches et pennes noires ; il est surtout remarquable par une grande tache d''un bleu éclatant rayé de bleu foncé, que forment une partie des couvertures de l'aile et par les plumes lâches et érectiles dont sa tête est orhée. Il a à peu près les mêmes mœurs que la pie , mais il s'approche moins des habitations et se plaît davantage dans les forêts. Sa nourriture habituelle est le gland; mais il mange aussi des noisettes, des baies, des fèves, des pois,
HflSIBLES ITIX RÉCOLTES. 439
des insectes ei des vers , et il fait un grand dégât d'œafs de merles, de grives et d^autres oiseaux. Outre cela , ses criaillements continuels inquiètent le grand gibier , et le forcent souvent à quitter le canton où ces oiseaux font leur demeure.
Le geai se prend au même piège que la pie, et donne à la pipée avec plus de hardiesse. Il est un moyen fort amusant de le prendre ; lorsque Ton en a démonté un à coups de fusil, on le renverse sur le dos, et on le fixe sur la terre au moyen de deux petits crochets en bois, qui le saisissent près du corps par les ailes, et sont solidement implantés dans le sol. Dans cette attitude gênante , il crie continuellement. Les autres geais, attirés par la curiosité, s^en approchent ; il en saisit un avec les pattes , et ne le lâche plus que lorsque le chasseur vient le lui ôter d'entre les serres. On dit que ce moyen* peut aussi s'employer avec assez d'avantage pour prendre des corneilles. Les naturalistes donnent à cet oiseau le nom de corvus glandularius.