APPLICATION DES COULEURS
qüer soi-mème. On prend pour cela des brins d’osier de 27 millim. ( 1 pied environ ) de longueur, et de 5 millim. (2 lignes) de diamètre; d’un autre côté, on a fait choix, pour chaque pinceau, d’une centaine de soies de porc de la plus grande longueur possible ; on arrange ces soies de porc tout autour de l’extrémité la plus mince du brin d’osier, et on les lie fortement avec de la petite ficelle. Ces pinceaux, dont les soies sont longues, ressemblent plutôt à un petit balai qu’à un pinceau.
A l’aide de ces pinceaux, on jette çà et là, sur la surface de la gomme, la première couleur; sur celle-ci une seconde, puis une troisième, etc., de sorte que, en s’étendant, ces couleurs se rapprochent ; ensuite on les agite en spirale, si on le juge nécessaire. Nous allons en donner un exemple.
Supposons qu’on veuille former une marbrure qu’on désigne 'sous le nom d’œti de perdrix. On a préparé deux sortes de bleu avec l’indigo flore, l’un tel que nous l’avons indiqué plus haut, et que nous désignerons sous le nom d'indigo n° 1 ; l’autre, qui est le même indigo qu’on a mis dans un vase à part, et auquel on a ajouté une plus grande quantité de fiel préparé, que nous désignons par le n° 2. On jette : 1° la laque carminée ; 2° la terre d’Italie ; 3° l’indigo flore n° 1 ; 4° l’indigo flore n° 2, auquel on ajoute, avant de le jeter, deux gouttes d’essence de térébenthine, qu’on remue bien, puis on agite en volute lorsque cela est nécessaire.
Le bleu n° 2 fait étendre toutes les autres couleurs, et donne ce bleu clair pointillé qui produit un si joli effet. C'est à la seule essence de térébenthine qu’est due cette propriété. On peut incorporer cette essence dans toutes les couleurs qu’on se proposera de jeter les dernières ; elle serait sans effet si on l’avait incorporée dans les précédentes. .
La plupart des marbreurs de papier n’emploient aucun instrument intermédiaire entre les mains et la feuille, et sont exposés par là à la déchirer, ce qui leur arrive quel-»
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quefois ; mais nous connaissons un marbrcur ingénieux qui a imaginé un instrument simple (pii facilite le travail en le garantissant de tout accident. Nous ne pouvons nous défendre d’en donner ici la description :
Deux petites planches minces de sapin, de forme rectangulaire, de 16 centim. (6 pouces) de large, et d’une Ion-, gueur égale à la largeur de la feuille de papier, sont unies ensemble, par-derrière, par un petit liteau mince de l’épaisseur de 3 millim. (1 ligne 1/2) : ce liteau a tout au plus 14 à 15 millim. (environ 6 lignes) de large. Ces trois pièces sont clouées ensemble. Sur le devant et à 11 à 14 millim. (5 à 6 lignes) du bord est solidement fixée, sous la planche mince inférieure, une petite plaque de cuivre qui porte perpendiculairement à sa surface une vis qui traverse les deux planches, et s’élève de 18 h 20 millim. (8 à 9 lignes) à peu près au-dessus de la surface supérieure de celles de dessus. Une règle de la longueur de cette planche, et de 27 riullim.
(1 pouce) de large, est traversée dans son milieu par la vis, qui est surmontée par un écrou qui se tourne facilement à la main, et qui est très-léger. La règle porte vers ses deux 1 extrémités une goupille qui, entrant dans des trous pratiqués dans la planche, s’oppose à ce qu’elle tourne, de sorte qu’elle est toujours parallèle au côté extérieur de la planche , du bord de laquelle elle est éloignée d’une ligne.
Pour la promptitude du service, cet ouvrier a une douzaine de ces outils, dont deux sont nécessaires pour marbrer une feuille de papier. Un petit aide lui prépare les feuilles ; il place un de ces outils à chaque bout de la feuille, qui ne peut entrer que de 5 à 6 millim. (3 lignes) dans chacun. Il serre l’écrou légèrement, la feuille est suffisamment pressée, elle est tenue dans toute sa longueur et ne peut bouger. Le petit aide a toujours soin de placer les outils de manière à ce que les écrous soient constamment en l’air.
L’ouvrier prend un de ces outils de chaque main, il tend
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la feuille et la plonge horizontalement sur la surface du baquet, il enfonce légèrement, et retire de suite tout l'appareil : la feuille est marbrée. Il donne le tout à un second aide, qui pose la feuille sur les cordes de l’étendoir, et détache les outils en détournant un peu les écrous; il les rapporte sur la table où l’autre aide dispose les feuilles. Par ce moyen, l'ouvrier va d'une vitesse inconcevable. Au fur et à mesure que les couleurs s’épuisent, il en jette de nouvelles, sans enlever celles qui restent. Cela change continuellement, les dispositions de la marbrure.
On peut varier à l'infini les marbrures des feuilles, cela dépend du goût du marbreur, du rang qu’il donne aux„couleurs qu'il emploie, du nombre de couleurs dont il se sert, et de la manière dont il les agite avec le bâton. On fait aujourd'hui des gris sur gris qui sont très-recherchés.