PASSAGE. DES TOILES AU SUR
Nous allons compléter ce qui nous reste à dire ici du blancfiiihent, par les bains acides qui le terminent, et qu'on appelle en fabrique le passage au sur.
§ 4. PASSAGE DES TOILES AU SUR, OU BAINS ACIDES TERMINANT LE BLANCHIMENT J ÉPREUVES ArRÈS LE BLANCHIMENT.
Il est rare que les toiles, dans leur fabrication, et même, dans les opérations précédentes, n’aient pas contracté quelques taches ferrugineuses; elles retiennent aussi quelques, portions de potasse qui restent fixées dans leur tissu, et que. le lavage le plus soigné aurait beaucoup de peine à emporter ; alors oh a senti la nécessité de les passer dans de l'eau aiguisée par l’acide sulfurique, ce que les ouvriers appellent passer au sur. Sur soixante parties d’eau contenues dans une cuve doublée en plomb, ils versent une partie d’acide sulfurique concentré; après avoir bien agité l’eau, on la fait chauffer, par la vapeur, à 35 ou 40 degrés; alors on y jette les pièces cousues l’une au bout de l’autre, en les faisant circuler rapidement à l’aide d’un moulinet placé sur la cuve, tandis qu’un ouvrier les tient, à l’aide d'un bâton, toujours immergées dans le bain. Au bout d’un quart-d’heure on les tord au-dessus du bain, on les porte de suite à la rivière, et, sans aucun retard, on fait dégorger l’acide à l’aide des. cylindres cannelés jusqu’à ce qu’il n'y reste aucune trace d’acidité. Alors on fait sécher.
Nous n’avons parlé ici du passage au sur que pour les fabricants qui ne se servent pas de chlorure ; car pour ces derniers, nous avions indiqué cette opération à la fin de l’article précédent. Les doses d’acide et d’eau sont seulement différentes; et de plus, quand on se sert du chlorure on peut laisser les toiles, a\ l ec moins de danger, immergées plus longtemps dans le bain acide; mais ou lave et ou dégorge toujours de la môme manière.
Etoffes imprimées. 3,
phEMiÈRE partie.
Epreuves apres le blanchiment. — Alors même que par «uite du blanchiment, les toiles paraissent avoir acquis toute la blancheur désirable, un fabricant prudent doit toujours en soumettre une pièce prise au hasard, à des épreuves qui lui garantissent le succès de certains genres d’impressions qui exigent un blanc parfait. Les corps gras, en effet, qui pourraient rester sur ces pièces, y produiraient inévitablement des taches ; si on les passait par exemple dans une cuve d’indigo, la couleur ne prendrait pas également bieu sur toutes les parties; si l’on y imprimait des fonds uuis, les parties grasses, en fixant plus de matières colorantes, offriraient des inégalités de nuance qui diminuent toujours la valeur d’une étoffe ; enfin, dans les impressions genres fonds blancs , quelques-unes des parties qui doivent rester blanches, attirant à elles la-matière colorante du bain de teinture, le fabricant se trouverait dans la triste alternative, ou de conserver le fond blanc avec ses taches, pour ne pas trop compromettre les couleurs, ou d’endommager plus ou moins ces dernières, pour reudre aux parties tachées leur pureté primitive.
Pour s’assurer si une partie de toiles destinées à l’impression, est débarrassée de toute matière étrangère à la fibre, M. Persoz conseille d’en mettre une pièce à la suite des pièces mordancées, et de les plonger toutes dans un bain de garance où elle devra d’autant moins se colorer qu’elle aura été mieux blanchie.
Ce moyen d’essai, cependant, n’indique pas toujours fidèlement les accidents auxquels est exposé le fabricant, car il arrive quelquefois que certaines taches de graisse ou de résine, ont par elles-mêmes si peu d'affinité pour la couleur de la garance qu’elles n’en fixent que des quantités insignifiantes, tandis qu’au contraire ces mômes corps gras ou résineux, en absorbent une très-grande quantité avec le concours d’un mordant de fer ou d’alumine. Ainsi, quand des
CALANDRAGE 0D CYLINDRAGE DES TOILES- 2 ?
mordants sont imprimés sur des toiles de cette espèce et que Ton passe en bouse; l'excès du mordant qui s’en détaché et se délaie daus le bain est attiré par les cofps gras et forme avec eux des combinaisons qui, non-seulement altèrent la matière colorante, mais encore constituent avec elle des composés très-stables.
Pour être sûr que les toiles blanchies ne subiront jamais
de pareils accidents, il faut en passer une pièce dans un
bain de bouse, en même temps que des pièces mordancées,
et après l’avoir bien nettoyée , la teindre dans un bain de
garance. Si elle ne se teint pas ou qu’elle ne contracte qu'uno
ligne teinte bien uniforme, la libre est certainement pure
de toute matière étrangère.
§ 5 . CALANDRAGE OU CYLINDRAGE DES TOILES.
Lorsque les toiles sont sèches, on les fait passer entre trois cylindres disposés l’un au-dessus de l’autre verticalement,en manière de laminoir. L’un de ces cylindres est mû par le moteur de l’établissement; il entraîne les deux autres. Ces cylindres sont ordinairement en bronze ; on les échaulfe en plaçant daus leur intérieur des barres de fer chaudes ou mieux avec de la vapeur qu’on y introduit par un robinet à genouillère. Les Anglais se servent de calandres dont un des cylindres est en papier; ce cylindre est formé d’une multitude de feuilles de papier superposées, bien collées les unes sur les autres et fortement comprimées entre deux forts plateaux en fer ou en bronze, d’un diamètre un peu moindre que celui du cylindre de papier. On arrondit le papier, ains 1 comprimé, sur le tour, à l’aide d’instruments bien tranchants, et on en forme un cylindre aussi dur que du bois. Cette machine, de quelque manière qu’elle soit construite, se nomme calandre. Les toiles calandrées s’impriment avec plus de facilité que lorsqu'elles ne le sont pas ; leur surface est
plus unie, ïa planche s’y applique partout également, et elle s’use beaucoup moins promptement.
Observations sur le calandrage. — Nous venons de voir que calandrer des toiles, c’est les flaire passer entre des cylindres de métal ou de carton, qui, en laminant le tissu, en lustrent la surface. Comme cette opération ne peut se foire sans que l’étoffe s’étende en long et en large, on a mis cet effet à profit pour redresser par une pression convenable, sur certains points, les parties d’un tissu qui peuvent avoir des contractions inégales.
Si le cylindrage est un élément dé succès pour l’impression, dit M. Persoz, toutes les fois que l’étoffe reçoit immédiatement, à la suite l’une de l’autre, les diverses couleurs dont se compose un dessin, il n’en est plus ainsi lorsqu’elle ne reçoit sur table , qu’une partie des couleurs qui doivent y figurer, ayant encore à subir les opérations de la teinture avant l’impression des couleurs de rentrures; car les pièces que le cylindrage a étendues se contractant et se resserrant au contraire par les opérations de la teinture, du dégorgeage et du nettoyage, il devient souvent fort difficile d’y rentrer une couleur à la place môme qu'elle doit occuper. Si l’opération du cylindrage a été bien foite ; le tissu ne présente pas de défauts, et l’on peut le ramener à son état primitif par une traction régulière en long et en large, ou compenser les effets du retrait par une disposition de gravure. Ainsi, à une époque ou la fabrication était moins pressée qu’elle ne l’est de nos jours , il n’était pas rare de voir des fabricants faire graver les dessins de rentrure, après les opérations de la teinture, pour que les couleurs s’encadrassent mieux. Quand au contraire le cylindrage a été mal fait et que le tissu est inégal, aucun de ces' artifices ne peut plus servir, et l’Impression, au point de vue mécanique, est toujours défectueuse. En général donc, sous ce rapport déjà, le fabricant ne saurait donner trop d’attention au choix de ses