BLANCHIMENT DES TOILES
Beaucoup de fabricants d’indiennes, malgré tous les avantages que présente l’emploi du chlore pour le blanchiment, suivent toujours l'ancien système, tant est puissante la force de l’habitude. Voici comment ils opèrent :
Après avoir lavé les toiles dans l'eau naturelle , il les arrangent dans un cuvier , et ils leur donnent une bonne lessive préparée à froid. Ils réduisent en poudre et mêlent bien parties égales de potasse et de chaux vive ; ils jettent ces deux substances ensemble dans un cuvier, armé dans le bas d'une chantepleure, placée un peu au-dessus du résidu terreux qui doit se déposer au fond. Ils remplissent le cuvier d'eau froide ; ils agitent trois ou quatre fois le mélange dans l'espace de vingt-quatre heures ; ils laissent reposer, tirent le clair, qui doit marquer au plus deux degrés à l’aréomètre ; ils le font bouillir et le versent bouillant sur les toiles, en entretenant par la vapeur cette température pendant cinq ou six heures. Au sortir de la lessive, ils lavent bien les pièces, et les exposent sur le pré pendant cinq ou six jours. Ils répètent la lessive et l’exposition sur le pré jusqu’à ce que les toiles aient acquis le degré de blancheur convenable. On emploie avec avantage les machines que nous avons décrites, pl. 1; fig. 1, ou fig. 2 et 3.
Les fabricants instruits emploient le chlorure de chaux, ainsi que nous allons l’expliquer. Sur 10 kilog. de chlorure de chaux en poudre, ils versent petit à petit dix kilog. d'eau,
Blanchiment des toiles.
ou 10 litres, en délayant continuellement. Ils y ajoutent ensuite successivement deux cents litres d’eau, et brassent bien le mélange pendant quelques minutes, puis laissent déposer pendant deux heures. Au bout de ce temps, ils soutirent toute la solution claire, à l’aide d’un robinet placé au-dessus du dépôt, et ils remplacent cette solution par 200 litres d'eau, qu’ils mélangent bien en brassant. On laisse déposer et on soutire à clair. On répète ces opérations quatre fois, afin de dépouiller parfaitement la chaux du chlore qu'elle contient. Les deux premières solutions obtenues sont mêlées ensemble et servent à préparer le bain de chlorure pour blanchir. Les deux dernières sont mêlées entre elles pour être employées, au lieu d’eau pure, à dissoudre une nouvelle quantité de chlorure en poudre.
Si l'on employait la première fois la même quantité de chlorure que pour toutes celles qui suivent, la première solution serait plus faible que toutes les autres, puisqu’elle serait faite à l'eau pure, tandis que les suivantes doivent l’être avec des eaux de lavage qui contiennent du chlorure dissous. Pour rétablir l'égalité des proportions, il sera nécessaire d'employer dans une première opération, faite à l’eau pure, un cinquième en sus de chlorure de chaux, c’est-à-dire que si l'on veut avoir tous les jours une solution de chlorure représentant 10 kilog. de ce chlorure, il faut la première fois en employer 12 kilog., et toutes les autres 10 kilog. seulement.
Les solutions de chlorure de chaux s’opèrent dans des tonneaux ou des cuviers, doublés intérieurement en plomb, munis d'un couvercle mobile, et d’un robinet placé à quelques centimètres du fond.
On fait dégorger les toiles écrucs dans de l’eau tiède, ou mieux dans une lessive qui a servi à passer d’autres toiles^ On rince à l'eau chaude, s’il s’en trouve à disposition, comme pela arrive lorsqu’on emploie une machine à vapeur pour
moteur : on passe dans une lessive neuve, et Ton riqco dans les machines, fig. 1, 2 ou 3. On passe au chlorure de chaux pendant deux heures au moins, et douze heures si l’on a 1<? temps. Ce bain de chlorure de chaux, après qu'on en a tiré les toiles, peut servir à une première immersion d’autres toiles; on laisse ensuite couler le liquide, qu’on remplace immédiatement par du chlorure neuf.
On rince les toiles, on les savonne, on les lessive, on les rince, puis on les met tremper dans un deuxième bain d$ chlorure de chaux comme la prémière fuis. Au sortir de ce bain, on les rince, puis on les plonge dans le bain acide, Cornposé d’environ quatre-vingt-dix-neuf parties d'eau sur une partie d’acide sulfurique. Si on les plongeait dans le bain acide sans les rincer préalablement, le blanc n’en serait quo plus beau, mais il se ferait un dégagement de chlore qu l pourrait gêner.
On rince très-exactement après le bain acide et & eau courante ; on fait sécher.
Les proportions de chlorure de chaux en poudre sont un peu variables, suivant la nature des toiles ; mais elles sonjt communément de 5 kilog. au plus pour une cuve contenant 1600 litres d’eau , et pouvant recevoir 40 pièces pesant 12Ô kilog. pour la première opération.
Pour les toiles déjà passées une fois au chlorpre de chaux, 11 n’en faut que 4 kilog.; enfin, s’il était nécessaire de passer trois fois au chlorure, la dernière fois en nécessiterait seulement 3 kilog.
L’eau légèrement tiède fait mieu?. agir le chlorure de chaux que l’eau trop froide.
On trouvera dans le Manuel du Teinturier, qui fait partie de Y Encyclopédie-Roret , des détails plus étendus sur l’art du blanchiment et sur le rôle que joue le chlore dans la décoloration des tissus, qu’on l’y emploie à l'état libre ou à l’état de combinaison.