IMPRESSION DES TOILES
le tissu arrivant sous la deuxième paire de cylindres, avant d’être parfaitement sèche, en chargerait toujours plus ou moins la surface, de laquelle elle passerait dans le baquet * du rouge, qui bientôt ne s’imprimerait qu’en rouge-brun ou en puce. Il faut donc, dit avec raison M. Persoz, ou imprimer les mordants alumiuiques en premier lieu, ou y ajouter une certaine quantité de préparation d’étain qui s’oppose à la fixation de fer et conserve à la couleur rouge, sinon sa nuance, du moins toute sa pureté.
Outre ces accidents inévitables occasionés par les mélanges de couleurs, il en est d’autres qui sont dus à la pression: une couleur trop claire et trop lente à sécher qu’imprimerait le premier rouleau ne resterait pas à la surface du tissu, mais laminée entre le deuxième et le .troisième cylindre, elle transpercerait l’étoffe et n’offrirait plu§ qu’une impression maigre et peu nourrie. Le seul moyen d’ a l^ nuer ces effets.de mélange ou de compression, c’est de composer autant que possible des dessins en colonnes ou rayures, de choisir un épaississant qui jouisse de peu de perméabilité, et enfin de faire en sorte que le drap soit aussi chaud que possible: cette dernière considération mérite une sérieuse attention. Dans l’impression à une couleur, on trouve le moyen d’imprimer des dessins très-délicats en couleurs claires, sans crainte de voir ces couleurs couler, parce qu’elles sont tout d’abord saisies et promptement desséchées en entrant dans les séchoirs; dans les impressions à plusieurs couleurs, si l'on veut empêcher le transport de la couleur d’un cylindre sur un autre, ou les effets de la pression sur une couleur fraîchement appliquée qu’elle tend à faire pénétrer dans les pores du tissu au lieu de la laisser à la surface; enfin, sil’on veut réaliser avec le deuxième et le troisième cylindre des impressions délicates, comme le tissu laminé en passant entre le premier et le deuxième cylindre ne peut se charger parfaitement que d'une couleur claire, il est indispensable de chauf-
fer le drap, autrement cette couleur n’étant pas promptement saisie serait coulée ou enlevée entre les autres cylindres, et lé dessin perdrait toute sa netteté.
Après la dessiccation brusque et instantanée par laquelle ' se termine l’opération de l'impression, et que l’on a reconnu indispensable pour la netteté de l’impression, on doit toujours faire reposer les tissus , c’est-à-dire les exposer dans des chambres plus ou moins chaudes et humides, pendant un temps qui varie d’après la nature des couleurs, celle des nuances et enfin celle des tissus. Cette exposition a pour but d’aider à la fixation des mordants sur la toile, en donnant à L’acide acétique le temps de se dégager de ses combinaisons et à l’oxyde celui de se combiner au tissu. Quand on a imprimé un sel terreux, une dessiccation brusque a pour résultat de le soustraire à l’action de l’air, dont l’épaississant le préserve, en le durcissant : l'exposition à l’air d’une toile chargée de ce mordant est donc indispensable, tant pour compléter le dégagement de l’acide acétique, que pour le faire passer à l’état de sel ferrique ; mais il n’en est plus ainsi : lorsque l’on imprime du sulfate ferrique et que l’on connaît le moyen de le fixer.
Quand les toiles sont recouvertes d’aluminate potassique, l’exposition à l’air humide est encore indispensable, car il faut que l’acide carbonique de l’air entre en contact avec la couleur, et qu’en se combinant avec l’oxyde potassique, l’oxyde aluminique soit mis en liberté et s’unisse à la toile. Relativement'aux mordants à base d’alumine, l’exposition à principalement pour objet d’expulser la fraction d’acide acétique qui reste sur la toile, et d’augmenter la dose d’oxyde aluminique qui se combine aux tissus; cependant, quand la dessiccation de l'étoffe, au sortir des rouleaux, a été poussée assez loin pour opérer une décomposition complète de mordant, si celui-ci était de bonne qualité, la toile en est tout autant saturée qu’après plusieurs jours d’exposition; la seule
DES MORDANTS
différence que l’on observe c’est que les teintes sont un peu moins brillantes, ce qui provient, sans aucun doute, de ce que par l’exposition à l’air humide, la portion de sulfate tri-aluminique qui s’est déposée par la chaleur et n’a pu céder sa base à l’étoffe avec laquelle elle n’était point en contact, s’est redissoute à la faveur de l’alun octaédrique fourni, et peut ainsi subsidiairement venir recouvrir le mordant d'une couche légère qui , formée d*une manière plus lente, est toujours moins terne. Cette dernière considération doit Surtout fixer l’attention du fabricant, câr trouver les Conditions dans lesquelles un mordant se résume en oxyde ou sel basique, le plus racorni et le plus transparent possible, c’est assurer la formation sur le tissu d'une couleur vive et brillante qu’on ne pourrait obtenir par aucun autre procédé.
§ 1. DES MORDANTS
Dans l’art (l’imprimer les étoffes, on désigne sous le nom de mordant un composé liquide, épaissi par une substance inerte, qui ait non-seulement la faculté de se combiner avec là fibre organique, mais qui doit ultérieurement aussi se combiner avec la substance colorante. Le savant Vitalis, à qui nous empruntons la matière que renferme ce paragraphe, s’exprime en ces termes :
« On ne doit employer que des mordants très-solubles, et dont l’acide, susceptible d’ailleurs de se volatiliser, n’adhère que faiblement à sa base. De cette manière, on porte le mordant sur l’étoffe dans un plus grand état de concentration, et la base de la dissolution saline venant à s’y déposer tout entière, par la décomposition complète du sel et le dégagement de là totalité de l’acide, il s’ensuit qu’on parvient à obtenir des couleurs très-nourries. L’acétate d’alumine, l’acétate de fer, les diverses solutions d’étain remplissent parfaitement toutes les conditions dont on vient de pâf-lér :
aussi ces sortes de mordants sont-ils très-fréquemment employés dans l’art dont nous nous occupons.
» Les mordants dont on fait usage dans l’impression des toiles sont liquides ; on conçoit qu’ils ne peuvent adhérer à la planche qui doit les porter sur la toile, qu’autant qu’ils seront suffisamment épaissis, et l’on juge qu’ils sont arrivés à. ce point, lorsqu’ils conservent sur la toile où ils ont été imprimés les contours de l'objet gravé sur la planche.
' » En général, on épaissit avec un 1/2 kilog. de gomme
arabique, ou quelquefois 30 grammes de gomme adragante, par litre de mordant, pour les couleurs liftes et délicates, et avec 122 grammes d’amidon torréfié par litre de mordant, pour les couleurs fortes. »
Il faut, suivant M. Persoz, pour qu’un corps puisse jouer le rôle de mordant , que les dimensions de ses molécules soient dans un rapport simple avec celles de la surface de la fibre, et que, fixé sur le tissu, il engendre un composé coloré dont les faces en relation aussi avec celles de la fibre, l’y fassent adhérer.
Tous les mordants ne rendent pas de la même manière les couleurs adhérentes aux étoffes : les uns ne leur font éprouver que de légers changements de nuances, qui tiennent au rôle acide ou basique que joue le mordant, et surtout aux dimensions de la molécule colorée qui se forme. Les autres, particulièrement l’oxyde ferrique, font préalablement subir une altération au principe colorant ou coloré ; car si l’oxyde ferrique s’unissait purement et simplement à la matière colorante de la garance, par exemple, qui, dans son état d’isolement, est d’un brun clair ou d’un jauneorangé, ou devrait obtenir des laques d’une couleur plus claire que celle qui est propre à cet oxyde, tandis qu’il se produit des laques dont la nuance varie du noir le plus intense au lilas le plus tendre, suivant la proportion d’oxyde qui se trouve sur l’étoffe.
DES MORDANTS
On trouvera dans le Manuel du Teinturier qui fait partie de YEncyclopédie-Roret , les notions les plus étendues sur la théorie et l'emploi des mordants simples et composés.
1° Mordants pour rouges.
« Dans une cuve capable de contenir 400 litres, on verse d’abord 240 litres d’eau bouillante, 75 kilog. d’alun trèspeu réduit en poudre, et une décoction concentrée faite avec l kil .500 de bois de Fernambouc moulu. On agite jusqu’à ce que l’alun soit dissous. On ajoute alors 25 kilog. de sel de Saturne (acétate de plomb) réduit en poudre. On agite avec soin pendant quelque temps, et quand la liqueur commence à s’éclaircir, on met alors 3 kilog. de potasse ou de soude du commerce, puis 3 kilog. de craie, par petites portions, afin d’éviter une trop grande effervescence. On agite encore pendant une heure, on laisse reposer, et on prend le clair à mesure qu’on en a besoin.
» Oin donne de la couleur à ce mordant, parce qu’il n’en a , pas par lui-même, et qu’il est cependant nécessaire qu’il en ait une pour guider l’imprimeur dans son travail.
» Premier rouge. — Ce rouge, qu’on nomme aussi fort roügCj s’épaissit avec l’amidon torréfié. Si l’on veut des rouges d'un ton plus faible , on épaissira le mordant avec la gomme, comme nous allons le dire.
» Pour le second rouge, on épaissira 2 litres avec l kn .224 grammes de gomme que l’on aura fait dissoudre dans 1 litre d’eau froide. Ou mêlera bien le tout en agitant pendant un temps suffisant.
» Pour le troisième rouge, on mêlera 2 litres de mordant avec la dissolution de 2 kil .i48 grammes de gomme faite avec 6 litres d’eau froide. t
» 11 sera donc aisé de se procurer fous les rouges, depuis le plus foncé jusqu’au rose le plus tendre.
» Le mordant de rouge dont on vient de donner la composition, sert aussi pour les jaunes de gaude, de bois jaune et de quercitron avec toutes les nuances. »
Nota. — On donne souvent le nom de mordants-mères aux principaux môrdants que l’on prépare à l’avance, à un certain état de concentration. Quand on veut s’en servir, on les étend avec des valeurs déterminées d’eau ordinaire (ce qui est rare), ou d’eau de gomme et de vinaigre gommé, et enfin ou y ajoute les substances qui peuvent assurer la bonne exécution de la couleur.
2° Mordants pour noirs.
« 12 litres de liqueur de ferraille ou de tonne au noir. (Voyez au Vocabulaire.)
» 122 grammes de couperose verte (sulfate de fer).
» On fait dissoudre la couperose dans la liqueur ; et après avoir décanté le clair, on y délaie peu à peu 2 kilog. d’amidon torréfié. On chauffe dans une chaudière, en remuant sans cesse, et on retire du feu quand l’amidon est bien cuit.
» Autre mordant pour noir. — Sur 4 kilog. de liqueur de ferraille, on prend environ 1 kilog. et 245 grammes de farine superfine de froment, que l’on détrempe peu à peu. avec une portion de la liqueur ; on ajoute le surplus et on laisse en repos pendant douze ou vingt-quatre heures, et même plus longtemps encore. On fait ensuite bouillir pendant une demi-heure, ou jusqu’à ce que ce mélange ait acquis la consistance d'une pâte; on retire la chaudière du feu: on agite le mordant jusqu’à ce qu’il soit refroidi; on le passe à travers un linge ou un tamis, et on s’en sert pour l’impression.
» Ces mordants donnent un beau noir par le bain de canjpèch®, et surtout par le garançage. »
Nota. Dans les deux recettes ci-dessus, il est avantageux
DES MORDANTS. '
de substituer 1 epyrolignate de fer à la liqueur de ferraille. On doit l’employer au même degré de densité indiqué par le pèse-liqueur de Baumé, pour le bain de tome au noir. Nous indiquerons ces deux liqueurs à l'avenir sous lu dénomination générale d’acétate de fer.
3° Mordants pour violets. *
» Les différentes nuances de violets se font toutes avec Une dissolution quelconque de fer plus ou moins forte. Chaque manufacture a son procédé particulier, et dans lequel la dissolution ferrugineuse est modifiée, soit par l'alun, le nitre, le sel marin ; soit par l'addition de sels à base de cuivre, qui donnent un ton de rouge ou de bleu qui domine plus ou moins.
» Premier violet. — 16 litres d’acétate de fer, 8 litres d’eau, 122 grammes de vitriol de Chypre (sulfate de cuivre). On épaissit avec la gomme réduite en poudre, à raison d’un 1/2 kilog. par litre.
» Deuxième violet. — Mêler trois parties, du mordant cidessus avec une partie d'eau, et épaissie aussi comme cidessus.
» Troisième violet. — On étend deux parties du mordant du premier violet avec trois parties d’eau. On épaissit de môme.
» On fera de cette manière toutes les nuances, depuis le gros violet jusqu’au lilas le plus faible.
» En combinant le mordant de rouge avec le mordant de noir ou de violet, dans certaines proportions, on se procu- ' rera aisément un très-grand nombre de couleurs. En voici quelques exemples :
» Couleur de café. — 10 litres d’acétate de fer ; 2 litres de mordant du premier rouge; 4 litres d’eau. Épaissir avec ^amidon torréfié.
p Couleur de puce ou carmélite. — 3 litres de mordant
du premier rouge ; 1 litre d'acétate de fer. Epaissir commo ci-dessus. »
Nota. Tous les mordants qui suivent dans ce paragraphe, sont épaissis avec l’amidon torréfié. Nous ne le mentionnerons plus.
« Brun foncé. — 2 litres de mordant du premier rouge; un 1/2 litre d’acétate de fer.
» Couleur marron. — 2 litres de mordant de violet ; 1 litre de mordant de rouge ; 245 milligrammes de couperose verte (sulfate de fer), que l’on fait dissoudre dans le mélange des deux mordants ci-dessus.
» Mordoré. — Huit litres de mordant pour violet; douze litres de mordant pour rouge.
» Lilas-foncé. — Un litre dé mordant de violet; un litre de mordant de deuxième rouge.
» Lilas-clair. — Un litre de mordant pour violet; trois litres de mordant de deuxième rouge.
» Couleur de musc. — Un litre de mordant pour rouge ; trois litres de mordant pour noir.
» Couleur incarnat. — Cette couleur est entre la couleur de cerise et la couleur de rose. Dix litres de mordant pour rouge; un litre démordant de noir. »
Nota. Pour toutes les couleurs qui précèdent, on emploie un bain de garance, ou, ce qui est la même chose, on passe les pièces au garançage.
« Couleur >olive. — Gaudage sur mordant du premier, deuxième ou troisième violet.
» Couleur réséda. — Gaudage sur mordant de puce. »
Observations sur les mordants. — M. Persoz distingue les diverses espèces de mordants, ainsi qu’il suit : aluminiques, ceux où l’alumine est à l’état de base, ceux où l’alumine fait fonctions d’oxyde ; ferrugineux, alcalins, stanniques, ceux où l’étain oxydé fait fonctions de base, ceux où l’étain oxydé fait fonctions d’acide; à base çhromique; à l’acide arsénieux.