CHAPITRE IV
DES OPÉRATIONS PAR LESQUELLES ON TERMINE LA FABRICATION DES TOILES PEINTES BON TEINT.
Après que les calicots ont été imprégnés des mordants qui doivent fixer la couleur des bains, il reste encore plusieurs opérations à décrire, soit pour faire connaître la nature de nos bains et la manière d’y passer les étoffes, soit pour décrire les procédés des couleurs d’application et les manipulations nécessaires pour le*s fixer sur les étoffes, et enfin les autres opérations que cette fabrication exige pour obtenir les toiles peintes par le seul emploi des mordants, des bains colorés et des couleurs appliquées. D’autres opération*
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particulières seront traitées dans des chapitres particuliers. Vitalis sera notre principal guide dans ce chapitre; nous no saurions en avoir de meilleur.
§ 1. Dü GARANÇAGE ET DO GAODAGE. •
« Le garançage des toiles est une des opérations les plus importantes de l'art du fabricant d'indiennes, car c'est de cette opération que dépendent la beauté et la solidité des couleurs. Le bain de garance se compose d’eau de rivière dans laquelle on ajoute 734 grammes de bonne garance de Hollande, en poudre, par pièce fond-blanc, et le double par pièce à fond de couleur, surtout si les fonds sont rouges ou noirs. On délaie bien la garance dans l'eau, et l’on met le feu sous la chaudière, ou mieux on tourne le robinet qui amène la vapeur. Lorsque le bain commence à chauffer, on y passe les pièces que l’on a attachées ensemble en les nouant ou les cousant par les deux co.ins de chaque bout ; on les dévide, en les tenant au large , sur le moulinet , tandis que deux ouvriers, armés d’un bâton à chaque main, les enfoncent au fur et à mesure pour les empêcher de s’entortiller et pour que la partie colorante s’applique bien partout. Quand les pièces sont dévidées, on tourne le moulinet en sens contraire, et l’on continue cette manœyvre jusqu'à ce que le bain soit parvenu à l’ébullition, ce qui a lieu dans l'espace de deux heures environ, et ce qui suppose que l’on a pris soin de bien graduer la chaleur. En employant la vapeur, cette graduation s’obtient naturellement.
« On laisse bouillir pendant sept à huit minutes environ , c’est-à-dire jusqu’à ce que les couleurs commencent à so brunir. Lorsque l’ouvrier juge que les pièces ont atteint le maximum de la couleur, ii les retire en les dévidant promptement sur le tourniquet, de dessus lequel on les enlève aussitôt qu’elles sont égouttées, pour les mettre au ‘piquet dans
Étoffes imprimées, %
la rivière, précaution sans laquelle les pièces se tacheraient^
et les couleurs se terniraient.
» Un seul garançage suffit pour les toiles à fond blanc, mais il en faut deux pour les toiles à fond de couleur. La première se donne avec un demi-kilog. de garance par pièce ; on ne pousse pas la température jusqu’à l’ébullition , mais seulement jusqu'à ce qu’on ne puisse plus tenir la main dans le bain, et que les couleurs se distinguent bien. On enlève; alors les pièces et on les porte à la rivière pour les faire dégorger. Après avoir vidé et nettoyé la chaudière, on prépara un nouveau bain avec 1 kilog. de garance par pièce ; onr conduit le garançage comme le premier , et, vers la fin* lorsque la température est portée à l’ébullition, on laisse., bouillir pendant un quart-d'heure tout au plus.
Lorsque les toiles ont été garancées, il faut enlever au* fonds blàncs les tachés rouges dont ils se sont chargés dans le bain. Pour remplir cet objet, on laisse tremper les toiles : au sortir du bain, on les bat bien sur le pont, ou mieux à la. mécanique^ et on les expose pendant quatre ou cinq jours sur le pré, de manière que l’envers soit eu dessus. On maintient les pièces en les attachant à de petits piquets, par les quatre coins et de distance en distance, le long des lisières. Lorsque les toiles commencent à sécher, on les arrose avee-, une écope , surtout lorsque le soleil est ardent. Aussitôt qu’elles commencent à blanchir, on les passe dans un bain de bouse de vache; on les fait mémo bouillir dans- l’eau da son, et l’on répète ces débouillis jusqu’à ce que les blancs., soient bien éclaircis, après quoi on fait bien sécher. »
Il parait que la proposition que Widmer avait faite de passer les pièces dans la fessive d’eau de Javelle très-affaiblie, pour blanchir les fends qui doivent rester blancs, qu’ilavait annoncée comme plus expéditive , n’a pas été adoptée, à cause des inconvénients qu'elle présente ; ainsi nous ne la. décrirons pas, ,
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L'exécution du garançage dans des circonstances convenables, est telle que le sort d’une fabrique peut en dépendre, dit M. Persoz. tin fabricant parviendrait à imprimer et à fixer ses mordants sur la toile, de la manière la plus parfaite, qu'il n'arrivera à aucun bon résultat, s’il ne sait teindre, avec les proportions de garance voulues, dans les conditions de température déterminée , et combattre les effets des différentes espèce d'eau et de poudre de garance dont il fait nsage, parce qu’alors au lieu de suivre une marche régulière, ne s’occupant que de rechercher la cause de ses mécomptes sans savoir où la trouver, ü ne travaillera le plus souvent qu'à hâter sa ruine.
Du gaudage. — « L'opération du gaudage se fait de même que celle du garançage ; la seule différence consiste dans k substance qui colore le bain : ici c’est la gaude ou le quercitron qu’on emploie au lieu de garance. Toutes les opérations que nous venons de décrire pour le garançage sont les mêmes pour le gaudage ; il n’y en a qu’une qu’on ajoute avant lo séchage, la voici :
« Comme le jaune est devenu un peu terne, on lui rend toute sa vivacité en passant les pièces, pendant quatre à cinq , minutes au plus, dans une eau très-légèrement acidulée par de l'acide muriatique (hydrochlorique), qui achève d'ailleurs d'enlever les parties de jaune qui pourraient être restées dans le fond ou sur le rouge, et qui en altéreraient l’éclat : alors on fait bien sécher.
» Lorsque les fonds des toiles qui ont été imprimés de mordant de rouge, de noir ou violet, ou de toute autre couleur qui se forme par le garançage, ont été bien nettoyés, on procède alors au rentrage du jaune et du bleu, quand lè dessin l’exige. Nous allons nous occuper de cette opération.
On trouvera dans le Manuel du Teinturier, qui fait partie de r Encyclopédie -Roret , tous les détails nécessaires à la connaissance parfaite de la nature et de l'emploi de la garance et de la gaudc, pour les besoins de toute espèce de teinture dans la fabrication des étoffes imprimées.