‹ Nouveau manuel complet du fabricant d'étoffes imprimées et du fabricant de papiers peintsChapitre 29 sur 156 · A LA BOUSE · texte numérisé non relu

A LA BOUSE

Les Anglais ne lavent point immédiatement après qu’ils ont retiré les pièces de l’étuve; ils leur font subir avant le lavage une Opération qu’ils ont nommée fumage , et que l’on a généralement adoptée maintenant, dans les fabriques françaises, sous le nom de bousage : il parait que les fabriques de la Suisse l’employaient déjà vers le milieu du siècle dernier, et que c’est en 1790 qu’on a commencé à l’utiliser en France. Par le fumage, disent les Anglais, les marchandises se nettoient mieux et prennent des tons de couleur plus vifs et plus éclatants quand on les passe dans les bains de garance, de gaude, etc.

Lorsque les calicots ont été parfaitement séchés à l’étuve, on les passe, au moyen d’un moulinet, dans une eau à diverses températures, dans laquelle on a délayé de la bouse de vache en quantité suffisante pour que cette eau prenne une teinte verdâtre. Cette bouse de vache sert, non-seulement à absorber et à enlever les portions de mordant qui ne sont pas bien combinées avec l’étoffe et qui pourraient tacher le blanc ou le fond du dessin, mais elle communique aux fibres du coton quelques parties de substance animale

DU FUMAGE OU BOUSAGE. Vl

qui, agissant comme un surcroît de mordant, rend la combinaison des matières colorantes plus intime qu’elle n’aurait été, et rehausse en même temps le ton des couleurs.

La durée du fumage varie depuis cinq jusqu’à quarante minutes, suivant l’espèce d’ouvrage. On porte ensuite les pièces à la rivière ou aux mécaniques que nous avons décrites, Chap. 1, § 1, afin qu’elles soient mieux lavées ; après quoi, pour s’assurer qu’elles ne contiennent pas d’impuretés, on les passe dans une eau tiède.

Théorie du fixage à la bouse. — Il est très-probable que c’est l’emploi du crottin de mouton, dont on fait usage pour la fabrication du rouge turc, qui a donné l’idée d ’animaliser le coton, comme on le disait jadis, pour le rendre plus propre à attirer les matières colorantes. Haussmann, dans une lettre écrite à Berthollet (Ann. de Chim. t. xii, p. 141), lui faisait observer : « que l’exposition dans une eau courante, n’emporte pas toujours, surtout en hiver, et lorsque les toiles sont fines et serrées, toutes les parties salines qui sont retenues opiniâtrement par la gomme et par l’amidon dont on se sert pour épaissir les mordants : que la simple ébullition dans l’eau, fait que les parties salines, qui consistent principalement en acétite de fer et en acétite d’alumine, laissent évaporer une partie de leur acide, et déposent sur la surface des toiles, une partie d'alumine et d’oxyde de fer par le moyen desquels les objets blancs se salissent dans la teinture et se reblanchissent plus ou moins difficilement : qu’on remédie à cet inconvénient en ajoutant à l’eau bouillante de la bouse de vache. »

On peut employer le bain de bouse , dit M. Pcrsoz, quelle que soit la nature du mordant , tant parce que la bouse de vache renferme des phosphates alcalins et terreux," et des carbonates qui ont pour effet de déterminer une double décomposition sur la portion de mordant non combinée, et de précipiter à l’état de phosphate , que parce qu’elle ren-

ferme des matières organiques fixes, entre autres de l’albumine, qui, en réagissant sur les solutions salines, forme, avec les bases, des combinaisons tellement intimes, que les tissus cessent d’avoir aucune action sur elle.

Quand le bain de bouse ne peut pas être chauffé à la vapeur, l’opération se fait à feu nu dans une chaudière en cuivre où l’on fait circuler les pièces, au moyen d’un cadre à roulettes. La température à laquelle ce bain doit être chauffé, varie de 45 à 100°, selon les genres d’impression, les espèces de mordants ou plutôt la nature des matières colorantes qu’ils sont appelés à saturer, selon l’intensité des nuances qu’il s’agit d’obtenir, et enfin selon la nature des épaississants.

On peut considérer le bousage comme une véritahle teinture, s’opérant aux dépens de la matière colorante de la bouse, qui maintient l’oxyde dans la modification isomérique où il teint, et est ensuite expulsée par une substance colorante plus forte, en vertu d’un véritable déplacement, lorsqu’on vient à passer les toiles mordancées dans un bain de teinture.

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