‹ Nouveau manuel complet du fabricant d'étoffes imprimées et du fabricant de papiers peintsChapitre 56 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE l’iMPRFSSION DES ÉTOFFES DE LAINE POUR AMEUBLEMENT.

Depuis longtemps on imprimait sur des fonds de toute couleur, mais particulièrement sur vert, rouge ou violet, à nuances peu obscures, des dessins ou des fleurs en noir , qui se trouvaient en relief après l’impressiou. L'étotlè sur laquelle on imprimait ces sortes de dessins était une serge en laine croisée, qui prenait le nom de flanelle après l'impression. Elles étaient employées, surtout dans les département^ méridionaux, à l'habillement des paysannes et des femmes de la classe la plus inférieure. Les toiles peintes, depuis surtout que les prix en sont devenus extrêmement bas, ont fait tomber ce genre d'industrie.

M. Ternaux a fait revivre cette branche d'impression en l’appliquant à la fabrication des étoffes de laine pour ameublement. Il soumet à l’impression les draps, les casimirs, etc., teints en jaune, rouge, bleu ou vert. Il imprime en noir, avec

des dessins appropriés au dessus des fauteuils, bergères, sophas , chaises , etc. On substitue, dans toutes ces circonstances, ces draps, ainsi imprimés, au velours d’Utrecht, et ils font beaucoup d’usage.

Cet art n'a jamais été décrit. Roland de la Platière, qui s’était chargé de décrire une division de l’Encyclopédie méthodique, Manufactures et Arts , avait eu l’intention de le décrire, puisque dans l’atlas du second volume des planches, on en trouve six, gravées en taille-douce, portant pour titre * Impression des étoffes de laine. On ne conçoit pas ce qui a retenu M. G.-T. Doin, rédacteur du Dictionnaire de teinture, renfermé dans le quatrième et dernier volume de la collection commencée par Roland de la Platière, de le décrire. Il a omis, non-seulement cet art important, mais il n’a pas même donné l’explication des six planches dont nous venons de parler. Nous allons suppléer à cette lacune.

§ 1. DESCRIPTION DE L’aTEUER.

Il y a ordinairement quatre fortes presses dans l’atelier, disposées en carré, et laissant entre elles l’espace convenable pour le service. Au milieu du carré est élevé un massif carré de maçonnerie en briques qui renferme quatre tuyaux de cheminée, dont chacun correspond, par un tuyau latéral, à un fourneau placé au-dessous de la presse et entre les deux jumelles. Nous ne décrirons qu’une de ces presses, avec ses accessoires ; les trois autres sont semblables.

La presse a une grosse et forte vis en fer, dont l’écrou est en bronze. La tête de l’écrou porte le plateau ou sommier supérieur qui s’élève et s’abaisse avec elle lorsqu’on fait jouer la vis. Les jumelles de la presse sont assez écartées pour contenir entre elles la pièce de drap de la plus grande largeur qu’on est dans le cas d’imprimer, avec un jeu de 5 à 6 centim. (2 pouces) de chaque coté.

DESCRIPTION DE VàTELTCR. 127

Sur los deux faces de la presse, et à la hauteur d'environ 2 mètres (6 pieds), sont fixées deux fortes pièces de bois qui reçoivent, dans des trous , les tourillons en fer d’un cylindre en bois, de 3 décim. (1 pied) de diamètre. Ces deux cylindres sont l’un devant l’autre derrière la presse.

Sur la même pièce de bois transversale sont placés, en avant des cylindres dont nous venons de parler, deux autres cylindres en bois avec un axe entier en fer. Ces cylindres ont chacun 1 décim. (3 pouces 9 lignes) de diamètre ; leurs tourillons roulent, comme les précédents, dans des trous pratiqués dans les mômes pièces de bois. Un dès tourillons de chacun de ces derniers cylindres porte une roue en fer à rochet, dans laquelle vient s’engager un cliquet aussi en fer, poussé par un ressort. Sur chacun de ces deux cylindres est fixé, par un bout, un morceau de forte toile de chanvre, assez long pour descendre sur le fourneau, après être passé sur les deux autres cylindres. On verra plus tard l’usage de ces quatre cylindres, dont les deux derniers ont une manivelle.

Un fourneau avec grille, propre à brûler du charbon, est bâti sur le sol et entre les jumelles de la presse ; un tuyau de cheminée part de l’angle du fond et se rend, par une légère inclinaison, dans l’un des quatre tuyaux de cheminée dont nous avons déjà parlé.

Le dessus du fourneau est formé d’une plaque de fonte de fer épaisse, et plus grande que la plus grande planche de cuivre gravée dont nous allons parler.

Les planches de cuivre rouge dont on se sert pour l’impression sont gravées en creux, selon le dessin qu’on veut produire, et d’une profondeur de 2 millim. (1 ligne) : la figure 12, pl. 1, en montre un exemple pour un dessin de fauteuil. Leur largeur doit être de la même largeur que l’étoffe, et leur longueur égaie au dessin qu’on veut produire, lorsqu’il e 9 t de petite dimension, comme le siège d’un fau-

teuil, d’une bergère, leurs dossiers, ou le siège d’une chaise. On peut, pour les sophas, les graver sur deux ou trois planches séparées ; mais alors il faut des repères, et il n’est pas aisé, comme on le verra plus bas, de les faire rencontrer; cependant cela n’est pas impossible. Il est cependant plus facile et plus sûr de faire le dessin sur une seule planche et d’imprimer en une seule fois. Nous indiquerons plus bas comment on opère.

La couleur noire, qui n’est autre chose que l'encre d'imprimeur, est placée sur une forte table à côté de la presse ; c'est sur cette table qu’on pose la planche de cuivre pour la charger de couleur.

On attache un des bouts de la pièce de laine au bout de la toile de chanvre d’un des cylindres qui portent la roue à rochet; on passe la toile sur les deux autres cylindres, et l’on coud l’autre extrémité de la toile au bout du morceau de toile de l'autre côté, après avoir fait passer la toile sous le plateau ou sommier supérieur de la presse. On roule la pièce d'étoffe sur l’un ou sur l’autre des deux cylindres ; on tend bien l’étoffe sur sa largeur, afm qu’elle ne fasse aucun pli.

On allume le fourneau : lorsque la plaque supérieure est suffisamment échauffée, et pendant qu’elle s’échauffe, on charge la planche de cuivre de la couleur noire avec un tampon de laine, et on la nettoie à l’aide d’une lame mince d’acier, nommée docteur. Cette opération se fait sur la forte table, après avoir fait chauffer un peu la planche ; alors, avec des tenailles, on porte la planche sur la plaque de fonte, et l’on abaisse, par le moyen de la vis, la planche ou sommier supérieur qui porte la pièce de laine : il ne faut pas oublier que le dessous de cette planche est couvert de deux ou trois doubles de drap, afin de former une sorte de matelas.

On laisse le temps suffisant le drap en contact immédiat avec la planche, et, par une forte pression, on imprime; l’étoflfe entre dans toutes les cavités de la planche, et la couleur noire, aidée par une chaleur qui n’est pas capable de brûler le drap, se trouve en relief.

On change le drap de place pendant qu’on charge de nouveau la planche de couleur noire, et l’on continue de même jusqu’à ce que la pièce soit totalement imprimée.

Il faut avoir soin de faire laver avec de la potasse caustique les planches aussitôt qu’on a cessé de s’en servir, comme on lave les caractères d’imprimerie, afin de ne pas laisser sécher la couleur, qui les détériorerait.

On nous a assuré qu’on imprimait aussi à l’aide de deux cylindres en cuivre, placés comme ceux d’un laminoir, dont l’un porte la gravure et l’autre la pièce d’étoffe, qui repose sur une double ou triple chemise de drap; le cylindre gravé est rempli de barres de fer rouges. Alors ce procédé ressemblerait à celui que nous avons décrit, Chap. III, § 2, pour imprimer le mordant des toiles de coton. Ce procédé est, dit-on, employé en Angleterre : nous ne pouvons rien affirmer sur ce point, n’ayant vu aucun de ces ateliers, et n’ayant lu dans aucun ouvrage anglais aucune description qui y ait rapport.

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