CHAPITRE V
Les cuirs sont une industrie assez récente. On trouve trèssu de documents sur ce travail : les Anglais nous ont deincés dans cette partie ; mais nous n’avons pas tardé, sinon les surpasser, du moins à leur faire concurrence, et sur paucoup de marchés, les cuirs vernis français obtiennent la référence. Nous pensons qu’après la lecture des moyens de '.ire que nous allons donner, les personnes qui ont fait une jpécialité de cette fabrication pourront, en expérimentant, ht étudiant, parvenir à des résultats satisfaisants.
Les cuirs vernis sont le plus souvent noirs, et c’est mémo i couleur qui offre le plus beau brillant ; les reflets les plus
vifs. C’est aussi cette teinte que la consommation demande) le plus. Néanmoins, on voit des cuirs vernis rouges, verts, bleus ; mais comme ils sont moins demandés que les noirs et qu’il est toujours possible à celui qui sait faire le vernis noir de changer la couleur au moyen de la substitution d’une matière 'colorante à une autre, nous ne nous occuperons présentement que de la, fabrication principale.
Les carrossiers et les selliers font un grand usage de cuir vernis, qui, par son imperméabilité et par la facilité avec laquelle on le nettoie sans altérer son brillant, justifie la préférence dont il est l’objet ; on l’emploie beaucoup aussi pour la confection des chaussures, et la botte-vernie est une des nécessités du monde fashionable, une clause sine quâ non de la toilette irréprochable. Quand le cuir vernis est bien fait il est souple ; il peut être plié sans se casser, sans s’écailler, sa durée n’est pas moindre que celle du cuir ordinaire ; assez souvent, lorsqu’il est ménagé, il conserve plus longtemps son moelleux et n’est pa§ aussi sujet à se gercer, se fendiller et à se couper dans les plis.
Pour que le cuir vernis jouisse de tous ces avantages, il faut remplir les trois conditions suivantes : 1° cuir de très-bonne qualité ; 2° bon vernis ; 3° application intelligente du vernis, Si ces trois conditions ne sont pas obtenues, les produits sont de médiocre qualité et par conséquent de mauvais usage. Le vernis s’éraille, s’écaille, le cuir se coupe, se fendille et les objets dans la confection desquels on l’a fait entrer sont promptement dans un tel état de détérioration qu’ils ne sont plus bons à rien et qu’on n’a pas pour eux la ressource du cirage qui ravive les cuirs ordinaires.
Cette industrie comprend deux divisions : la première renferme le choix, le séchage, la préparation des peaux ; c’est ce qu’on nomme Y apprêtage et le vernissage.
L’apprêtage a pour but de boucher tous les pores de la peau et de l’unir par un ponçage suffisant, c’est-à-dire renouvelé jusqu’à ce que la peau soit parfaitement unie : c’est cetto opération qui rend la peau susceptible de recevoir le vernis ; ce qui se nomme, en terme du métier, faire un fond.
Le but que l’on doit principalement s’efforcer d’atteindre dans le vernissage c’est d’avoir une couche égale, souple, moelleuse, produisant un brillant vif et dont l’éclat ne puisse être altéré soit par le frottement, soit par les lavages successifs. La composition des couches de l’apprêt doit dont différencier de celle du vernis.
L’àpprèt se fait en mêlant et incorporant des matières réduites en poussière, telles que le blanc de Meudon, le noi: de fumée, des terres, des verres et autres substances qu’oi
malgame ensemble et dont on fait un mastic en les malaxant t pétrissant dans des corps gras servant à les lier ensemble. Ce corps gras est le plus souvent l’huile de lin rendue sicative par les moyens connus : son mélange avec la litharge u d’autres oxydes métalliques est amenée à la consistance de irop par une cuisson prolongée, par l’évaporation ; la dose rdinaire est pour 10 litres d’huile de lin, 1 kilog'. de céruse t autant de litharge. On fait cuire jusqu’à réduction à l’état e.fluidité pâteuse.
On distingue par. des noms différents les deux côtés d’une eau : le côté extérieur est nommé la fleur, l’intérieur est ommé chair , l’apprêt peut être étendu sur l’un ou l’autre ôté. Seulement, le côté de la chair étant le plus poreux a esoin de recevoir plus d’apprêt. Cet apprêt à l’état sirupeux étend au pinceau et est ensuite rendu égal d’épaisseur soit l’aide de râcloirs, soit à l’aide d’un rouleau qui le comprime t le fait entrer dans les pores.
Dès qu’une couche est donnée, on laisse sécher pendant eux ou trois jours selon la température, et lorsque l’apprêt st sec, on ponce afin d’unir parfaitement les surfaces enuites. La même opération se renouvelle quatre ou cinq fois, a laissant toujours bien sécher la nouvelle couche et la ponnit avant d’en étendre une autre. Le nombre de ces couches épend beaucoup de la finesse de la peau, et aussi du choix faire entre les matières pulvérulentes, ocre, craie, blanc ’Espagne, etc.
Cet apprêt, ce fond, doit être parfaitement lisse, également tendu, et ne doit pas être trop épais, car alors il devienrait cassant et sujet] à s’écailler. On doit se bien figurer u’il n’est mis que pour servir d’intermédiaire entre la peau t les vernis qu’on mettra dessus. Cet apprêt, c’est là le oint essentiel, doit couvrir la peau, y être adhérent; mais e doit point la pénétrer, afin qu’elle conserve toujours dans m intérieur la porosité qui est cause de la souplesse. Si apprêt pénétrait trop avant dans les pores de la peau, il :s obstruerait, et lorsqu'il serait sec, il rendrait cette peau pmpacte et cassante, ce qui est un vice radical.
Les choses étant dans cet état, on colore l’apprêt, avec du oir d’ivoire ou autre broyé très-lin , et délayé dans l’es- ?nce de térébenthine; et pour étendre cette couleur sur apprêt, on se sert de ces pinceaux larges, dits blaireaux. ,ette couleur doit être fluide , et ne doit contenir aucune ratière pulvérulente; mais seulement l’huile de lin, le blanc e plomb et la litharge, qui forment la base de l’apprêt. On onne ainsi cinq ou six couches de cette couleur; chacune .e ces couch.es étant trcs-légère et , bien également appli-
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quée, est séchée à 1’étuve, les peaux suspendues Sur des châssis et ne pouvant se toucher entre elles. Par ce moyeD, le fond devient poli, brillant, glacé , d'un beau noir bien égal, et la peau conserve toute sa souplesse. Il ne reste plus, après parfaite dessiccation , et avant d’appliquer le vernis, qu’à lustrer avec la ponce broyée au numéro le plus fin, dont on saupoudre un tampon de vieux tricot de laine, et qu’on passe et repasse sur l’apprêt qui est alors terminé et prêt à recevoir le vernis.
Cette opération demande beaucoup de soin : avant d’en parler, nous devons dire quelle est la composition du vernis.
C’est encore l’huile de lin, le blanc de plomb et la litharge, qui forment l’huile d’apprêt, qui servent à faire le vernis : on y ajoute, dans les proportions ci-après, les substances qui le composent.
Par kilogramme d’huile d’apprêt, on met 5 décag. de noii d’ivoire, de bleu de Prusse, ou de bitume de Judée, 5 hectog, de vernis gras au copal et 1 kilog. d’essence de térébenthine.
On commence par faire chauffer l’huile d’apprêt avec la substance colorante ; on agite et on mêle bien, puis on ajoute le vernis copal, et, en dernier lieu, l’essence de térébenthine. On agite fortement et vivement pour que le tout soit biei mélangé. On laisse alors déposer dans un endroit chaud, pendant trois semaines environ, sans y toucher aucunement, et en le garantissant avec soin de la poussière.
Ces précautions prises et le vernis bien reposé , on peul l’étendre sur les peaux, ce qui se fait à l’aide du pinceat plat dont nous avons parlé, et que les ouvriers nommen queue de morue. On met les peaux ainsi enduites dans uni étuve chauffée de 56 à 75° C., en les préservant attentivement de la poussière, et les tenant suspendues, ou biei clouées sur des cadres, le vernis en dessous; ou bien encon posées à plat dans des tiroirs qui passent à travers les mûri ou parois de l’étuve, afin qu’ils puissent être tirés dehor: pour être visités sans qu’il soit besoin d’ouvrir l’étuve.
Certaines peaux, certains vernis exigent des degrés de chaleur différents; mais toujours renfermés dans la limite qu< nous venons de poser; l’expérience et la pratique peuven seuls déterminer sur ce point la marche du vernisseur ; i en est de même pour le temps que les peaux passent dan l’étuve.
Telle est la méthode le plus généralement suivie. Lors qu’elle ne donne pas des produits satisfaisants, c’est qu’on négligé de suivre scrupuleusement les prescriptions ci-deî
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us. Sans doute, la nature des peaux entre pour beaucoup lans les conditions de la réussite : une peau mal corroyée, aal réparée, ne devient pas belle au vernissage aussi facileûent que celle qui a été bien préparée ; le fabricant doit avoir reconnaître si le tannage et le corroyage ont été bien aits; si le dégras était de bonne qualité, s’il a été réparti tien uniformément, si l’on n’en a pas mis trop ou trop peu. toutes ces considérations sont à envisager : trop peu de légras est un grave défaut, trop de dégras s’oppose à la lessiccation des premières couches de l’apprêt; on ne s’aperoit pas d’abord du mal qui résulte de cet excès ; mais bienôt le gras perce, le vernis se trouble, s’obscurcit et perd on brillant. Il se rencontre beaucoup de cas où, avant d'apiliquer les apprêts sur la peau, quand il s’agit de vernir sur hair, on fait un encollage ; ce qui a lieu en mouillant, à 'aide d’une brosse rude, la face interne avec une dissolution dus ou moins épaisse de colle de Gand. La peau, ainsi hunectée, est fixée avec des clous sur un châssis et on la fait écher très-promptement , en l’exposant à une haute tempéature. Cet encollage empêche la peau d’être trop pénétrée >ar l’apprêt. Quand l’encollage est sec , on le ràcle avec du :rès püé et on l’adoucit au moyen d’un ponçage qui atteint usqu’à la chair elle-même; par ce moyen, l’apprêt se fixe >ien après la peau : ce qui n’aurait pas lieu si on laissait ’encollage faire couche, et que l’apprêt ne pùt entrer en ontact direct avec la fibre de la chair.
Dans le procédé dit à l’anglaise, les étuves sont toujours i tiroirs superposés par étage et glissant sur des coulisseaux, les tiroirs ou tables sont recouverts avec des étoffes en aine moelleuses, couvertures ou tapis, sur lesquels on étend les feuilles de papier pour les garantir des taches; les cuirs •ontétendus dessus et maintenus dans cette position au moyen le clous. Les cuirs sont alors recouverts de trois couches l’apprêt étendues à l’aide du ràcloir et après dessiccation, >n ponce sans déclouer la peau. Cette opération, qui a' ieu après chaque couche, se nomme couper le bouton. C’est ivec la paume de la main qu’on applique ensuite sur cct ipprèt six à sept couches de vernis sans essence, et toujours m coupant le bouton à chaque couche qu’on a donnée.
[ Les peaux ainsi vernies présentent un glacé plus vif, plu s Jîrillant que celles qui ont été traitées au pinceau ; mais le ferais est moins durable, étant plus sujet à s’écailler .eu ■aison de sa plus grande épaisseur.
I Dans la composition de leurs apprêts et de leurs verni s pi elques fabricants font entrer des oxydes métalliques, de a céruse, de la litharge, de L oxyde de* manganèse, du ^ui-
Cimtrfmc, 3$
fate de zinc, du minium, des os de sèche, de l’ail, etc., etc Chacun a son secret qu'il estime bon, à l’exclusion de cclu des autres fabricants ; mais qui reviennent toujours à pci près à ce qu’on a vu plus haut : quelques personnes se j>rétendent seules en possession de l’art de faire bien cuin l’huile de lin. Il ne faut pas s’arrêter à ces prétentions, c’es' en définitive celui qui dorme les plus beaux produits qui < raison ; mais ces beaux et bons produits, il les doit hier plus à l’observance exacte des règles que nous avons posées, qu’à telle ou telle drogue ou mixtion dont il serait seul pos sesseur et dont il fait mystère.
Quant à la couleur d’un beau noir, mêmes prétentions Les uns n’emploient que le bitume de Judée, d’autres, 3 mêlent le noir d’ivoire et le bleu de Prusse. Nous devoir dire que le noir d’ivoire, seul, donne qn beau noir, exemp du reflet rouge du bitume et du reflet verdâtre du bleu d( Prusse; mais il faut savoir l’employer : il est sujet à dépo: ser s’il est appliqué trop longtemps après son incorporatioi dans le vernis. D’une autre part, si on l’applique trop tôt bien que toujours d’un beau noir, il produit un grenu qui nui au brillant. Cette difficulté de saisir le moment opportun f été cause que beaucoup de personnes ont renoncé à l’emplo du noir d’ivoire, et se contentent du bitume deJudêe et di bleu de Prusse.
CONCLUSION
Ainsi que nous l’avons fait pour le chapitre IV, nous ter minerons cet êxposé parla mention des noms des fabricant1 qui se sont fait une réputation dans cette partie, et qui on mérité des distinctions batteuses dans nos expositions pu bliques. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le expressions mêmes des rapports du Jury central.
Cuirs vernis.
« C’est vers 1802 qu’on commença de vernir les cuirs e> France, industrie pour laquelle M. Didier se fit une réputa tion qu’il conserva toute sa vie. Cependant, en 1827, nou étions encore visiblement au-dessous des Anglais. Nos’cuii vernis se rayaient aisément; lorsqu'on y faisait un pli 1 marque en restait et le vernis s’écaillait : aujourd’hui (18$ nous avons fait des progrès remarquables. »
« MM. Nys et Longagne , de Paris, ont exposé des cuii et des peaux vernies et de toutes couleurs, réunissant la s< lidité, la souplesse et l'éclat ; des cuirs argentés et doré genre qui parut pour la première fois aux expositions, et qi tout parfaitement fabriqués; des cuirs noircis pour les c;
rossiers. Avec leurs cuirs vernis, MM. Nys et Longagne peuvent maintenant soutenir la concurrence des Anglais ; ils méritent la médaille d'argent. »
« MM. Plummer père et fils et Clouet, à Pont-Audemer (Eure). Leurs procédés sont importés d'Angleterre. Leurs cuirs égalent en beauté ceux de MM. Nys et Longagne : ils ont droit aux mêmes éloges comme à la même récompense : la médaille d’argent. . . »
« M. Couteau, à Joinville-le-Pont (Seine), expose pour la première fois des cuirs vernis très-beaux... Le Jury lui décerne la médaille d’argent. »
« M. Lauzin, àBellcville (Seine), expose des cuirs vernis d’un grand éclat. On reproche à son vernis d'être un peu cassant. M. Lauzin mérite le rappel de la médaille de bronze qu’il a reçue en 1823... »
« Récompensés dès 1834 par la médaille d’argent, MM. Couteau père et fils ont augmenté depuis lors leur fabrication et l’ont enrichie de procédés nouveaux et remarquables.
» Ils fabriquent des cuirs vernis pour la sellerie et la chapellerie, au moyen des procédés anglais... Ils se présentent aujourd’hui avec les mêmes procédés, mais ils ont ajouté à leur travail une machine spéciale pour scier les cuirs, machine d’invention anglaise et fort digne d’attention par ses résultats. En effet, elle enlève, en une feuille entière et trèspropre à tous les usages où l’épiderme n’est pas nécessaire, cette portion intérieure de la peau, que le drayage ordinaire de la peau fait tomber en copeaux inutiles.
» Comme ils fabriquent beaucoup de visières, chacune des parties de la peau y a trouvé son application particulière. Ainsi, les visières bombées, vernies d’un seul côté, sont faqriquéesavec la partie de la peau qui porte l’épiderme.
» Les visières plates, vernies des deux côtés sont, au contraire, obtenues au moyen de la partie intérieure de la peau détachée par le sciage, . et conséquemment dépourvue d’épiderme. Ces cuirs vernis peuvent subir tous les efforts et se plier de toutes les manières, sans que leur vernis s’écaille : ce qui n’arrive pas aux visières munies de l’épiderme.
» Les cuirs vernis pour chaussures sont obtenus par MM. Couteau à l’aide de procédés qui leur sont particuliers.. .
» Ainsi, dans l’usine de MM. Couteau, on peut voir en activité : 1° le corroyage des cuirs, leur sciage, leur vernissage pour diverses destinations, et Ja fabrication des visières ; 2° leurs ateliers de toiles cirées, ancien et nouveau procédé...
424 irrrre pastie-
MS. C-r-’iteaa emploient pies 4e cent c-mi-: r ~ ; il? Î:r4 je-ur :• à G • vl* • fr. de prodaife p^r an... L’ei >--nil>k de leu fetrkatkii rendait SS. Ci'alean tre*-iiriies de le mê- ■iu.He d'cr eue k Jury central kar décerne. .. *
crûs TE35I5. 154*. — £AIfCLS.
Médaille <fcr.
Ntî et eanp.. Péri?.
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Hktt aîaé, Paris.
Gaiteiol. Paris.
Rvppfl de medaüie <f erge*?.
P l:tx5 frères, à Pures.
Médaille tf argent*
C&cîtois, à Paris.
Rappris de médailles de bronze.
Micor», à Eeiler die (Sqk).
Bl/. t. rair vend p*sor Tikeres, scfcai :s, etc. ( VfcCieaœ meuv-a Heok.; Paris.
ilêdaHUs de bronze.
G reti ra Hocel, Paris.
L'Zii x î Loois . Paris.
Menton honorable,
I>xsT3îAn [Hector; . Paris.
Ciiedion fatorafJe^
Hoo eieomp. La. Chape iie-Saioklfe &és (Beine}*-