CHAPITRE PRËMIER
1. Gn ne saurait déterminer bien fixement l’époque où le caoutchouc fut connu en Europe ; cependant on peut affirmer qu’elle n’est guère plus reculée que la moitié du siècle dernier. Le célèbre La Condamineen parle le premier et en donne la description vers 1750. Puis, successivement, d’autres auteurs en ont parlé , quelquefois en se répétant les uns les autres, à diverses époques. Ainsi on en rencontre des mentions dans Macquer , Bernard , Achard , Fournay, Grossart, Fabroni, Owisson , Valmont de Bomare , Roxbourg. Néanmoins jusqu’en 1800, on ne le trouvait que comme objet de curiosité dans les cabinets des médecins et des collecteurs d’objets appartenant à l’histoire naturelle ; nommé gomme élastique, et façonné en gourdes ou bouteilles, appendues devant les bibliothèques, ou sur les rayons où étaient rangées les coquilles, les échantillons de minerais et les coquillages. Quelques-unes de ces bouteilles étaient garnies de bandes taillées en dent de loup, ou ornées d’autres découpures;
Caoutchouc. I
elles coûtaient vingt-quatre sous ; les plus communes étaiei unies comme une bourse de cuir; elles coûtaient de dou; à quinze sous. Beaucoup de gens allirmaient sérieusemei que ces bouteilles étaient un produit animal provenant d> Zèbres ou des Onagres : les gens sensés soutenaient que dénomination gomme suffisait pour donner la certitude qi c'était un produit végétal ; qu’on tirait la gomme élasttqt de l'Amérique méridionale, des Guyanes; mais nul ne s'i vertuait à chercher à tirer un parti quelconque de ce produ pourtant si remarquable.
Le premier qui découvrit que la gomme élastique enleva de dessus le papier les traits du crayon, carbure de fer, d mine de plomb, crut assurément avoir fait une importan découverte. D’un autre côté, et plus tard, les collégiens ( D'Harcourt et Duplessis imaginèrent de couper circulair mentles bouteilles dégomme élastique, en petites bandelett d’un millim. carré de section, plus ou moins, et de les pel tonner sur un bouchon arrondi : opération qu'ils nommaie, faire un fond. Ce fond, gros comme une forte noix, était r couvert de laine fdée et formait les meilleures balles coi nues ; un peu dures à la main ; mais pouvant être repris > au 4e ou 5e bond.
Ainsi le caoutchouc n’eut, pendant fort longtemps, d’aut destination que d’enlever les raies du graphite et de fourn d’excellentes, balles à jouer au mur.
Plus tard, on trouve chez tous les papetiers le caoutchoi découpé en tablettes épaisses, parallélogrammiques; nu dont on ne fait encore usage que dans de rares circonsta ces.
Enfin lorsque, après dix ou quinze ans, l’industrie e trouvé des emplois nombreux de cette substance, la scien s’éveille et le caoutchouc est étudié sérieusement. En 17S on voit des essais de tissus doublés de caoutchouc fabriqu par M. Besson ; en 1811, on en fait pour les armées; m; ces tentatives ne furent point couronnées de succès, et fut à Manchester, que MM. MaJcintoch et Hancock réalisère quelques importantes fabrications ; mais n’anticipons pa quand nous en serons à l'emploi du caoutchouc, nous revie drons sur ces applications, il s’agit maintenant de fixer a tant que possible les noms divers de ce produit, de rechc cher les lieux de provenance, et de voir comment on le r cueille.
2. On connaît plusieurs espèces de caoutchouc, varia entre elles et par la couleur et par la densité et la cohérem selon qu’il nous est apporté de l’Amérique ou de l’Asie. L
arbres qui le produisent sont le siphonia cahucha ou caoutchouc, kurceola elastica , le ficus elastica .
Le siphonia cahucha (prononcez caoutcha ) couvre une immense étendue de l’Amérique méridionale, dans les Guyanes hollandaise et française. Le caoutchouc qu’il donne est celui qui se prête le mieux, dit-on, aux procédés de la fabrication.
Le ficus elastica abonde en Asie, principalement dans le pays d’Assam. Le gutta gireck passe pour la plus belle espèce.
Enfin, Yurceola se trouve à Madagascar et dans, une infinité d’autres îles des archipels indien et malais. La croissanco i de ce dernier est tellement rapide, qu’au bout de cinq ans, il parvient, assure-t-ou, à une longueur de 60 à 70 mètres, sur une circonférence prise à hauteur d’homme, de 40 à 50 cenitim. ; ce qui nous porte à employer le mot longueur au lieu ! de hauteur ; parce qu’un tel arbre doit être une plante grim- ) pan te ou rampante, vu le diamètre trop restreint du tronc 'qui ne pourrait faire supposer une élévation de 70 mètres;
8 c’est ce qui a lieu pour Varisiolochia sypho. On prétend que achaque pied d’urceola peut produire annuellement de 25 à «30 kilog. de gomme sans que la végétation en souffre ; encore bien que pour se procurer cette gomme, on n’ait d’aur tre moyen que de pratiquer des incisions dans l’écorce comme licela se pratique pour d’autres substances sur d’autres arbres.
ri Cette gomme sort des incisions liquide et mêlée avec iH’eau de végétation et la sève extractive. Bientôt les princiicpes se séparent, l’eau s’évapore, la sève durcit, la gomme se :oagule : cette séparation est définitive, les procédés connus eiiiusqu’à présent, ne peuvent opérer une nouvelle combinain<]son.
"3': 3. A Cayenne, c’est le siphonia cahucha qui fournit la [«■gomme élastique à l’état de suc laiteux. Ou pratique des oa|:ncisions au tronc et aux branches, et le produit est plus ou |<poins consistant, suivant l’àge de l’arbre et selon la saison. «Du laisse le suc laiteux se figer en tablettes. Les indigènes pas e font sécher en l’étendant par couches sur des moules en iei.erre friable, et en l’exposant au feu qui donne à l’enduit aune teinte brune. Quand le suc est entièrement coagulé, ils ^irisent le moule en terre et font sortir la terre de l’enve- , r oppe que forme alors le caoutchouc, soit en la retirant en joussière, soit en la délayant avec de l’eau, s’ils ont employé ,riaiàes glaises ou argiles. Yoilà pourquoi le caoutchouc nous arme ’ive en forme de bouteilles ou poires. 11 y a de ces bouteilles >
de foute grandeur, lorsqu'elles ne sont pas destinées à l’exportation ; et les indigènes s’en servent en ajoutant une canuli au col, comme on se sert des clysoirs en Europe pour fair< passer , en les pressant, de l’eau dans les intestins. Il leui arrive aussi de donner à leurs moules de grossières ressem blances d’hommes ou d’animaux.
Ils se servent aussi du caoutchouc pour divers usages Dans le Cayra, en remontant l’Orénoque, ils attachent de pe tites bouteilles de gomme élastique au bout des baguette avec lesquelles ils frappent leurs tambours. Chez les Madé casses, ceux qui gardent les troupeaux, reçoivent le caout chouc liquide dans des tubes de bambou fermés par le bas puis ils le solidifient en exposant les bambous pleins au fe ou au soleil. Lorsqu’ils pensent que le caoutchouc est solidi fié, ils brisent l’enveloppe, et- ils ont par ce moyen des sorte de cordes qu’ils étendent et dont ils font des espèces d psaltérions. D’a’utres Indiens emploient cette substance pou l’éclairage en la combinant avec d’autres substances moir inflammables. Le caoutchouc brut donne une flamme vive ( dont l’odeur n’est pas insupportable. Par ce moyen, ils pei vent s’éclairer et conserver du feu assez longtemps.
4. Nous venons de dire qu’on observe une variété dans 1 couleur du caoutchouc qui nous parvient. Cette couleur e: le plus souvent d’un noir foncé, d’autres fois cette nuam s’adoucit par dégradations peu sensibles et tirant Sur le gri et l’on en rencontre souvent d’un jaune pâle. On trouve’ dans la suite de cet ouvrage, le moyen de donner au caou chouc, toutes ou presque toutes les teintes qu’on peut d sirer. Il nous vient aussi du caoutchouc à l’état de suc la teux ; mais il faut en faire demande .expresse. Pour qu puisse nous arriver en cet état, il faut qu’il soit, au fur et mesure de son écoulement de l’arbre, recueilli dans d> vases que l’on ferme hermétiquement. Par ce moyen, pri du contact de l’air extérieur, et le vase étant bien remp le suc ne se transforme point, ne se coagule pas, et on en employé à Londres qui a satisfait pleinement à l’idée qu'<{ s’était faite de l’emploi du caoutchouc liquide. On l’a r; pandu sur une feuille de papier, puis exposé à l’air libi pour que l’évaporation ait lieu, et il a fourni une couche s1 lide, élastique , en tout semblable au caoutchouc ordinaij coupé en feuilles minces par les procédés mécaniques.
5. On sophistique quelquefois le caoutchouc vendu en tblettes; en faisant une pâte avec le suc laiteux et de la pol dre de bois pétris ensemble, puis recouverte par une couct de caoutchouc pur. Il est donc prudent de couper transvei
salement quelques tablettes, afin de découvrir par l’inspection attentive, cette fraude heureusement peu ordinaire.
6. Avant de faire connaître les travaux des chimistes actuels que nous donnerons plus loin in extenso et littéralement reproduits, il convient de mettre sous les yeux du lecteur une- analyse rapide de ce qui a été fait d’abord, avant que le caoutchouc ait obtenu l’importance qu’il a maintenant.
Le suc liquide apporté dans des vases clos, isolé pendant tout le parcours du contact avec l’air a été reconnu d’une densité = 1011.74. Coagulé et amené à l’état de feuilles, il s’est trouvé ne plus peser que 45 pour 100 du poids primitif; ainsi l’eau de végétation et la sève entraient pour 55 pour 100 dans la totalité du poids. On a remarqué que, lorsque le liquide ne remplissait pas exactement le vase, et qu’il se trouvait une certaine quantité d’air interposé entre le liquide et le bouchon, il se formait sur ce liquide non une peau provenant d’une partie de suc coagulé , mais seulement une pellicule. IL aurait été très-important d’analyser cet air; on aurait su lequel de ses principes constituants manquait, et avait, par sa combinaison avec le caoutchouc liquide, donné lieu à la pellicule. 11 n’est pas à notre connaissance que ce fait ait été étudié.
Si on laisse le suc laiteux à l’air libre, il se couvre d’une crème épaisse, et le fond est un liquide brun et limpide. Si on verse de l’alcool dans le caoutchouc laiteux, il se coagule de suite • l’eau -l’étend sans le coaguler et sans nuire à sa pureté. Suivant Berzelius, pour purifier entièreriçjat le caoutchouc, il faut le mêler à quatre fois son volume d’eau dans un vase percé au fond ; mais momentanément bouché. On laisse en repos pendant vingt-quatre heures, et alors la crème surnage ; on ôte le bouchon, et l’eau écoulée, on bouche de nouveau ; on remet de l’eau sur cette crème et ainsi ■de suite plusieurs fois ; on obtient de la sorte un caoutchouc purifié.
Après ces lavages le caoutchouc est pur, mais tellement mêlé avec Peau, tellement divisé, que, quand on le délaie {dans une nouvelle masse d’eau, il forme un lait qui s’éclairent lentement (c’est toujours Berzelius qui parle). Il se forme alors dessus une pellicule très-mince au contact de l’air; i»3t si cette pellicule est étendue sur une feuille de papier loseph, *ou sur une brique, l’eau est absorbée et la pellicule devient transparente comme la colle de poisson. Ainsi obtenu, ce caoutchouc conserve pendant longtemps sa propriété :1 d’adhérer faiblement, il est vrai, aux corps sur lesquels ou
l’applique. Des morceaux fraîchement coupés de cette matière rapprochés, adhèrent entre eux comme s’ils n’avaient pas été coupés. Cette même propriété appartient, comme on sait, au caoutchouc ordinaire et non lavé. Le môme chimiste annonce qu’il n'a trouvé dans le caoutchouc lavé aucune texture fibreuse. > -
D’une autre part, des lames de caoutchouc pur ont offert à un observateur, une division en pentagones, au centre desquels on remarquait des étoiles rayonnantes.
7. Le caoutchouc est mauvais conducteur de l’électricité. Sa densité est de 0.925, cette densité n’est pas susceptible de s’accroître beaucoup par la pression; le froid le rend dur et peu flexible, mais non cassant : un long repos à la température ordinaire produit le même efi’et. Berzelius annonce qu’une fois le caoutchouc devenu cohérent, on ne peut le rendre émulsifpar aucun moyen. On verra dans la suite de cet ouvrage que cette opinion a été suivie d’opinions divergentes; mais nous nous tenons toujours dans ce qui était émis avant la découverte de Hancock.
Insoluble dans l’alcool, le caoutchouc est soluble dans l’éther; mais il faut qu’il soit alors bien purgé d’alcool : ce dernier agent . le précipite de la dissolution. Dans l’huile de pétrole rectifiée, le caoutchouc se gonfle et acquiert un volume trente fois aussi considérable que celui qu’il avait avant d’être soumis à cet agent. Si on le fait bouillir dans cette même huile, il s’y dissout en partie. La portion dissoute reparaît si on fait évaporer le dissolvant; mais alors ce caoutchouc a perdu son élasticité. Les huiles essentielles provenant dertla distillation du bois, du goudron et de la houille, dissolvent le caoutchouc, en lui communiquant une forte odeur, et le rendent poisseux et trop adhésif. Un couranl de vapeur d’eau fait disparaître cette odeur et cette troi grande propriété adhésive.
Le caoutchouc se dissout également dans les huiles grasses et volatiles ; mais elles lui ôtent son élasticité et le renden visqueux et gluant. L’huile de cajeput forme, dit-on, exception à cette règle. Si l’on fait ramollir le caoutchouc en h faisant macérer dans quatre fois son poids de sulfide carbo nique, puis, si on le mélange avec seize autres parties de c< sulfide, on obtiendra, dit Lampadius, en remuant souvent e au bout de quelques jours, une dissolution laiteuse qui lais ■ sera du caoutchouc élastique et transparent lors de la dessic cation.
120 degrés de chaleur suffisent pour mettre le caout chouc en fusion. Après le refroidissement, le caoutchou
caoutchouc; naturel. 7
reste liquide et gluant et ne se durcit qu’après un long temps. La substance est altérée alors, et a perdu ses propriétés primitives.
Le chlore n'a pas d’action sur le caoutchouc, non plus que l’acide sulfureux, l’acide hydrochlorique, l’ammoniaque, l’acide fluosilicique. Il est insoluble dans les alcalis. L’acide sulfurique à froid ne fait que le charbonner ; aussi se sert-on de tubes de caoutchouc dans les laboratoires de chimie, pour réunir les tubes en verre et faire jouir l’appareil d’une certaine flexibilité j Ces tubes se font en découpant, avec des ciseaux bien coup&nts et purgés de tous corps gras, des bandes de caoutchouc, puis, en rapprochant les bords de la section et les comprimant avec les doigts, le caoutchouc, en vertu de sa puissance adhésive, se colle et fait corps comme s’iL n’avait pas été divisé : il est prudent d’attendre un. peu si cette jonction doit être soumise à une forte traction ; trop nouvelle, elle est sujette à se rompre.
On peut aussi faire ces tubes en étendant sur un cylindre de gypse des couches de caoutchouc liquide, qui se durcit au fur et à mesure que l’eau est absorbée par le cylindre. On peut faire des ballons en ramollissant dans l’éther une bouteille de caoutchouc en soufflant dedans avec précaution, alïn d’éviter le déchirement. On peut de la sorte produire une vessie artificielle de 4 décim carrés de diamètre.
La composition du caoutchouc est, d’après Faraday : carbone, 87.5; hydrogène, 12.5. Ou bien, sur 100 parties de caoutchouc: 31.7 caoutchouc pur ; albumine végétale 1.9; cire, des traces; eau contenant un peu d’acide libre 56.37 ; substance nitrogénée 7.13 ; substance soluble dans l’eau 2.9.
8. Nous avons dit plus haut deux mots sur l’emploi du caoutchouc et de l’idée qui vint dès 1793 à M. Besson, et en 1811 à M. Champion; ces essais n’eurent pas un succès prononcé, et ne pouvaient pas en avoir : le caoutchouc naturel est thermométrique, il s’amollit en été, se durcit en hiver, ce qui, joint à d’autres inconvénients qui ont disparu depuis, fut toujours une cause de non-réussite. Cependant, l’essor s étant donné, toute imparfaite que fût la matière, une foule d’industriels, de commerçants, d’expérimentateurs, s’élancèi rent hardiment à la recherche des améliorations ; de belles : fortunes, puissant stimulant, étaient promises à ceux qui par- . viendraient les premiers à surmonter les obstacles. MM. Makin- I tôch et Hancock, de Manchester, vendirent à MM. Rattier et Guihal dont les noms seront souvent cités dans le cours de cet ! ouvrage, les procédés qu’ils suivaient pour enduire les tissus (Ordinaires de caoutchouc. Quant au moyen de parvenir à le
dissoudre, ils gardèrent ce secret, sauf àleur vendre, selon leurs besoins, la dissolution toute opérée. Bientôt, M. Claudot qui, de son côté, était parvenu à dissoudre aussi cette matière, la leur vendit à plus bas prix. Le procédé consistait à dissoudre le caoutchouc dans l’huile essentielle, provenant de la distillation du charbon de terre ; l’enduit s’employait, non pas dans un état de liquidité absolue; mais à l’état pâteux. On l’étendait sur les étoffés par couches aussi égales que possible, puis on les soumettait à la pression d’un cylindre, qui aplanissait l’enduit, le faisait adhérer à l’étoffe, et môme déborder de chaque côté de la. laize du tissu. Mais l’odeur insupportable de ces tissus s’opposait à ce qu’ils fussent généralement adoptés. Ils avaient en outre, le grave inconvénient de se soulever par places, l’enduit et le tissu formant des poches, ce qui était cause d’une détérioration rapide.
Un seul fabricant, M. Verdier, faisait des tissus au caoutchouc, qui n’avaient aucune mauvaise odeur; la dissolution s’appliquait à froid. On tendait ces tissus sur des châssis qu’on pouvait incliner à volonté , et l’enduit excédant était enlevé avec des râcloirs ; puis l’étoffe était également cylindrée : ces étoffes étaient souples et d’un aspect mat, et l’enduit ayant pénétré jusqu’au centre des fils des tissus , elles restaient imperméables, même lorsqu’elles étaient à demiusées. Le même fabricant appliquait sou système, en yajoutant un peu d’huile de lin cuite, à la fabrication des sondes, pessaires, bouts de sein, canidés et autres objets de ce genre, et employait, pour être enduit de son caoutchouc, des tissus de soie, comme étant plus résistants et permettant, lorsqu’il le fallait, d’obtenir la même force de résistance sous un bien moindre volume. Dès 1828, le sieur Maillard Dumeste, mécanicien à Paris, inventa des moyens mécaniques servant à réduire le caoutchouc en iil calibré suivant tous les numéros, et propre à la fabrication des tissus élastiques. Certaines mécaniques de sa façon, pouvant produire 48,000 mètres de fil par heure, fonctionnèrent pour la première fois en 1832.
9. Voici, d’après M. Sainte-Preuve, les moyens qu’on employait pour diviser le caoutchouc en fil :
Opérations préparatoires. *
1° On ramollit la bouteille de caoutchouc par l’eau chaude
2° On enlève le col.
3° Ou coupe la bouteille en deux parties égales : on laisst la substance se refroidir et prendre une certaine consistance i
4° On presse chaque demi-poire dans un moule cylindri que de métal tenu chaud, au moyen d’un piston égalemen
métallique. On maintient le piston quand on lé retire de dessous la presse à l'aide d'un arrêt; puis on refroidit, au moyen de l’eau fraîche, et le moule et le disque de caoutchouc qui y est contenu.
5° On découpe ce disque plat en une bande d'égale épaisseur, à l’aide de la machine dont la description suit : Le couteau qui découpe est une lame circulaire , il tourne autour d’un axe horizontal fixe. Le disque de caoutchouc s’approche de ce couteau en tournant autour d’un axe vertical mobile :1e couteau s’engage dans le caoutchouc, et pour <ju’il enlève toujours une bande d’égale épaisseur, l’axe du disque s’avance toujours, guidé par une vis, clans une direction perpendiculaire au plan du couteau. Ce couteau plonge par dessous dans une masse d’eau froide qui l’empêche de s'échauffer et fait qu’il coupe mieux. La vitesse du mouvement de translation de la vis qui fait avancer le centre du disque est combinée avec celle des mouvements de rotation du couteau et du disque.
6° La transformation des bandes de caoutchouc en fds tissus s’opère par les moyens suivants. On engage ces bandesentre des couteaux circulaires d’un petit diamètre montés sur deux rouleaux placés en regard, comme les cylindres d’un laminoir : en faisant tourner ces rouleaux et leurs couteaux, ceux-ci découpent la bande de caoutchouc d’une largeur égale à l’écartement des couteaux.
7° Les fils de caoutchouc sont déposés dans des vases pleins d’eau froide ; puis on les ramollit par l’eau chaude et on les étire autant que possible en les enroulant sur un rouet qu’un ouvrier fait tourner rapidement, tandis qu’un autre placé près du vase d’eau chaude fde le caoutchouc en le maintenant tendu; puis on met ccs dévidoirs dans un lieu frais pour donner aux fils la raideur nécessaire au travail subséquent.
8° On enveloppe ces fils d’un lacet, à l’aide de machines à lacets, aux plateaux desquelles on donnera, par exception, 42 à 43 centim. de largeur.
9° On transforme enfin ces fils en tissus sur le métier. Ici il est bon de donner à chaque fil sa bobine et de tirer celleci par une corde que tend un poids convenable, pour donner à chaque fil la même tension.
10° Enfin, on rend au caoutchouc son élasticité en chauffant les tissus à l’aide d’un fer chaud ou par tout autre moyen.
On conçoit, ajoute M. Sainte-Preuve, que si les fils n’étaiçnt pas refroidis et rendus inextensibles, ils s’allongeraient pendant le travail, et en se contractant ensuite cle quantités variables, ils feraient goder les tissus.
10. Voici ce que nous disions en 1834 des caoutchoucs exposés par MM. Rattier et Guihal. « MM. Rattier et Guibal, connus par le bel emploi qu'ils ont fait récemment du caoutchouc ou gomme élastique, à la fabrication d’étoffes élastiques et de tissus imperméables, ont soumis à l’approbation du jury des câbles construits avec des fils de la même matière, étirés, et ayant perdu l’excès de l’élasticité qui en rendrait, dans la majeure partie des circonstances, l’emploi peu applicable. Ces cables sont une véritable nouveauté, ils sont offerts à l’industrie avec modestie par les inventeurs qui lui disent:
« Voici un produit nouveau, non encore étudié , qui pourra s’employer dans quelques cas : ces cordes , nous en convenons, sont moins fortes que les cordes de chanvre ; mais elles se recommandent par des qualités qui leur sont particulières; elles sont imperméables, et, par conséquent, non hygrométriques. Séjournant dans l’eau, elles ne pourriront pas, exposées à la pluie, au vent, à la poussière, elles ne se détérioreront pas promptement comme les cordes de chanvre; elles conserveront leur force à la cave comme au grenier, et si vous avez mesuré leur force dans le temps de la plus grande chaleur, vous pouvez compter qu’elles ne trahiront jamais votre confiance ; car la chaleur seule peut, momentanément, les amollir; et la température s’abaissant, elles reprendront toute leur rigidité. Elles ne saliront pas les objets qu’elles supporteront , parce que, comme le crin, l’eau peut bien les traverser, mais non jamais pénétrer leurs filaments et entraîner la partie extractive.» Ils disent au mécanicien : «Voici des cordes qui happeront vivement sur les poulies, et dont l’élasticité correspondra à ce que vous avez trouvé d’avantageux dans l’élasticité des lanières de cuir : C’est bien déjà quelque chose. Il ne s’agit pas toujours de la force.» Si ces câbles peuvent être livrés à des prix modérés, nul doute que, dans bien des cas, ils ne remplacent avec avantage la corde de chanvre. Nous ne saurions prévoir les applications que l’industrie saura faire de cette nouvelle corde, il faut pour cela qu’elle descende dans toutes les mains ; que l'horloger l’applique à son archet, que le pêcheur en compose sa ligne, que le maçon en fasse le lien de ses échafaudages, etc.; toujours est-il que, dès à présent, nous pouvons féliciter MM. Rattier et Guibal de leur heureuse application, et faire des vœux pour qu’elle se popularise. »
11. Dans son rapport publié en 1836, voici quelle fut la décision du jury central de l’Exposition des produits de l’in- 1 dustrie :