‹ Nouveau manuel complet du fabricant d'objets en caoutchouc, en gutta-percha, et en gomme facticeChapitre 4 sur 109 · EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE

« Médaille d’or. — MM. Rattier et Guihal, à Paris, rue des Fossés-Montmartre, n° 4.

» Nous sommes heureux d’avoir à signaler une industrie toute nouvelle, que ses inventeurs ont portée avec rapidité vers un degré voisin de la perfection.

» Il y apeu d’années le caoutchouc n’offrait qu’un petit nombre d’usages, et d’une faible importance. MM. Rattier et Guihal en ont fait l’objet d’un travail ingénieux et d’un commerce étendu.

«Avant 1831, 1 importation du caoutchouc formait un article trop peu considérable pour être mentionné dans les états officiels; il n’en est plus ainsi.

Importations pour la consommation française.

1831 . 39,337 fr.

» MM. Rattier et Guihal prennent le caoutchouc tel qu’il arrive, en poire, des colonies, ils l’aplatissent en disque par la pression. Ce disque est fixé par son centre sur un support armé d’une pointe de fer. Dans cette position, des couteaux de forme circulaire le taillent en lanières, qu’on subdivise en ; filaments. Ces filaments sont soudés bout à bout, puis étirés régulièrement, puis enroulés sur un dévidoir et laissés en cet Mat pendant sept à huit jours : le caoutchouc semble alors avoir perdu toute son élasticité.

» Les fils très-fins obtenus de la sorte sont placés sur un aaetier à lacet, ou, pour mieux dire, à cravaches, et recouverts de soie, de fil ou de coton. Ces nouveaux fils garnis ;ont tissés immédiatement comme du fil ordinaire, en ruians, en bretelles, en sous-pieds, en ceintures, en corsets, 'te. Ces tissus peuvent reprendre l’élasticité du caoutchouc lar 1 action de la chaleur; il suffit pour cela de les repasser ivec un fer chaud.

; » Cette industrie a fait des progrès si rapides, qu’en 1833, es produits ont surpassé 700,000 fr. et ses exportations à , 'étranger 400,000 fr.

» MM. Rattier et Guibal emploient plus de 200 ouvriers ■ans leurs ateliers. De très-nombreux contrefacteurs, qu’ils ut cessé de poursuivre, démontrent les profits que procure a e genre de fabrication.

. » Les développements dans lesquels nous avons cru deoir entrer justifient pleinement la récompense de premier rdre que le jury décerne à MM. Rattier et Guibal.

Médaille de bronze.

» M. Verdier, à Paris, rue N.-D. des Victoires, n° 40.

» Collection d’instruments de chirurgie en gomme élastique; nombreux échantillons de taffetas et autres tissus rendus imperméables au moyen du caoutchouc. La perfectiqn de cette application du caoutchouc mérite la médaille de bronze. » ■ ,

Comme on le voit, nos prévisions relatives à la fabrication de MM. Rattier et Guibal n’avaient pas été trompées, et le rapport du jury renferme sur cette fabrication des moyens d’exécution qui se rapprochent beaucoup de ceux énoncés par M. Sainte-Preuve, en y ajoutant toutefois des circonstances importantes ci connaître, et qui motivent l’espèce de répétition que nous donnons de ces moyens de fabrication. Comme tout est important à connaître dans une fabrication nouvelle, nous reviendrons probablement encore sur ce même sujet. Par le rapport que nous venons de transcrire, le lecteur jugera que cette industrie a fait des pas de géant en bien peu de temps : elle ne s’est pas arrêtée, et le rapport de 1839 apportera de nouveaux documents d’un grand intérêt. Voici ce qui était dit sur le caoutchouc dans le rapport officiel.

exposition de 1839.

Tissus imperméables.

12. «Tout le monde connaît les résultats intéressants à tan de titres, qu’une industrie nouvelle, fondée sur les proprié tés du caoutchouc, a offerts au public depuis quelques an nées, soit en Angleterre, soit en France par les soins d MM. Guibal et Rattier, et de leurs nombreux imitateurs.

» Le caoutchouc est en effet une substance merveilleuse ment douée ; qu’aucun des liquides habituellement en rap port avec nous n’attaque, ne dissout; qui ploie, s’allonge, s’é tend, et revient sur elle-même avec toute l’obéissance d’un enveloppe qui ferait partie du corps même sur lequel on l’aj plique.

» On est parvenu .à le couper en lames minces, à le refei dre en fds, à remettre en masse les débris ou les parties in pures : on sait lui ôter son élasticité et la lui rendre à vi lonté ; enfin, on le coupe, on le soude en cent façons et avi une facilité qui se prête à tous les caprices de la fabric tion.

» Cette partie de l’industrie du caoutchouc ne mérite que des éloges.

» Mais il en est une autre qui est moins avancée, quoiqu’elle soit aussi pratiquée depuis lonptemps, et qu’elle le soit sur une grande échelle. On veut parler de la fabrication des tissus imperméables doubles et simples, à l’aide du caoutchouc dissous par les huiles essentielles. Dans ce procédé, la substance est toujours un peu modifiée; elle retient une certaine quantité d’huile qui lui donne de l’odeur et qui la ramollit.

» Le problème à résoudre pour rendre le caoutchouc liquide, n’est pas de le dissoudre par des essences dont on ne ieut jamais le débarrasser entièrement; mais de le rendre liquide en l’amenant à l’état d’émulsion, c’est-à-dire à l’état où il découle des arbres qui le fournissent.

» Cette industrie a néanmoins fait en France des progrès notables; les étoffes doubles ou simples en caoutchouc ayant bien moins d’odeur qu’elles n’en répandaient il y a quelques' années. »

Rappel de médaille d'or.

« MM. Guibal et Rattier, rue des Fossés-Montmartre, 4.

» Ces habiles fabricants ont encore trouvé moyen de faire de grands progrès, dans l’industrie qu’ils ont créée en France. En 1834, le jury central leur a décerné la médaille d’or, en se fondant essentiellement sur leur fabrication de tissus élastiques, qui s’effectue au moyen de fils de caoutchouc à qui an ôte leur élasticité par une tension prolongée, qu’on recouvre d’un tissu à l’aide d’un métier à lacet, et à qui on rend înfin l’élasticité par l’action d’un fer chaud. Cette fabrication a pris une très-grande importance, non-seulement entre eurs mains, mais aussi dans celles de leurs nombreux imitateurs et contrefacteurs; mais, à l’extension près, cette industrie est en général au point où elle était en 1834.

» flliez MM. Guibal et Rattier, au contraire, une disposition nouvelle a permis de tirer du métier Jacquard, pour lf ’abriquer ces fils des tissup élastiques, un parti bien plus I ivantageux que par le passé. La quantité de travail qu’un mvrier peut produire est plus que doublée, en certains cas, ® :»ar cette disposition.

i1 » Mais au moment môme où cette industrie prenait des 1 développements inespérés, elle a été frappée dans sa source ; l’ es arrivages de caoutchouc n’ayant pas répondu aux idées '' ju’on s’en était faites, et une fraude active s’étant glissée

Caoutchouc. ' 2

dans la préparation des poires que les Indiens en fabriquent (Voyez ci-dessus, Fraude, n° 5).

» Les trois quarts au moins des poires que nous apporta le commerce sont si mal fabriquées et d’une texture si feuilletée, qu’on ne saurait en faire usage directement pour les découper en lames. MM. Guibal et Rattier ont monté dans leur usine un système d’appareils propres à remettre le caoutchouc en masse ; ils le découpent ensuite en lames, en bandes, en fils, et le font ainsi rentrer dans la fabrication des tissus élastiques, d’où il semblait exclus.

» MM. Guibal et Rattier ont beaucoup amélioré leur dissolution; elle a bien moins d’odeur, bien qu’elle en ait encore ; et ils méritent des éloges, quoique à cet égard on puisse espérer de nouveaux et d’importants progrès.

» Dans la fabrication de MM. Guibal et Rattier, on remarque un nouvel article : c’est un tissu rendu imperméable par une couche extérieure de caoutchouc. Son bas prix le rend accessible à toutes les fortunes, et cependant sa bonne qualité est garantie par une expérience déjà fort étendue. Le seul inconvénient de ces tissus réside dans leur ressemblance avec les toiles vernies, qui les déprécie pour l’emploi que nous appellerons bourgeois. Mais les manteaux militaires, ceux de voyage, de chasse, etc., s’en accommodent parfaitement bien.

» On a pu remarquer à l’exposition des essais qui ont de l’intérêt, et qui auraient pour résultat de faire, à l’aide d’une seule opération1, un très-grand nombre de tapis du dessin le plus compliqué. Ce problème est résolu à l’aide du caoutchouc, et quoique cette industrie singulière n’existe encore qu’en germe, on ne saurait douter qu’un jour ou l’autre, elle ne prenne une forme pratique.

» Parmi les améliorations qu’il faut remarquer chez les habiles fabricants dont nous nous occupons, la baisse importante que leurs prix ont subi n’est pas la moindre. Elle est d’autant plus digne d’attention, qu’elle coïncide av|p une augmentation considérable du prix du caoutchouc.

» L’industrie du caoutchouc s’exerce aujourd’hui sur 40C mille francs de caoutchouc brut, qu’elle convertit en un( masse de produits divers dont le prix s’élève à une sommt dont on appréciera l’importance, quand ori saura que l’Amérique reçoit de nous pour quatre millions de produits er caoutchouc en échange des 400,000 fr. de matière brute qu’elh nous envoie.

» L’extension donnée par MM. Guibal et Rattier à leui industrie, le développement qu’elle a pris entre les main:

de toutes les personnes qui mettent à profit leurs procédés, la perfection de leurs moyens de recomposition de la gomme divisée ou impure, et surtout les perfectionnements qu’ils ont fait subir au métier Jacquard, motivent le rappel le plus honorable de la médaille d’or que le jury s’empresse de voter à ces habiles fabricants.

Médailles de bronze.

« M. Champion, à Paris, rue du Mail, 18.

» Connu, depuis longtemps, pour la fabrication de ses mesures linéaires en rubans imperméables, qui lui ont valu, en- 1819, une médaille de bronze, cet ingénieux fabricant ivrait au commerce beaucoup d’objets produits par les mêmes procédés, et applicables à des destinations hygiéniques du à la conservation des métaux.

» On a remarqué à l’exposition actuelle des vêtements imperméables très-légers, très-souples, peu volumineux et fort :onvenables pour les militaires, les voyageurs ou les personîes qui habitent la campagne ; mais l’aspect luisant ou gras les étoffes vernies les exclut de tout emploi dans les villes, :e qui en limite singulièrement l’application.

» Néanmoins, le jury, considérant les divers progrès faits >ar M. Champion dans sa fabrication, lui décerne une nouelle médaille de bronze. »

» M. Meynadier , à Montrouge (Seine).

» Cet ingénieux fabricant prépare les tissus de manière les rendre imperméables. Il opère sur tous les genres d’éoffes avec le même succès, et il peut fournir des tissus simdes imperméables en taffetas ou percaline, et, à plus forte aison, des tissus plus épais.

» Ce que M. Meynadier a surtout cherché, avec raison, 'est de rendre son étoffe imperméable sans lui donner un spect gras et verni. Il a presque réussi sous ces deux raports. Du reste, ses étoffes n’ont pas d’odeur bien sensible. » Elles ont dès longtemps trouvé leur application dans la ibrication des cols noirs et dans celle des manteaux de oyage.

» 11 est à désirer que cette industrie se développe.

» Le jury décerne une médaille de bronze à M. Meynaier. »

« M. G a, (fin, à Clignancourt (Seine).

» M. Gagin a exposé diverses applications.de ses toiles «perméables, qu’il applique essentiellement aux besoins du

soldat. Des outres, une tente, un manteau-dnvouac, des blouses, des bâches pour voitures, etc., ont été mises sous les yeux du jury, et soumis à un examen attentif.

»M. Gagin prépare aussi des chaussures imperméables qui ont été l’objet d’expériences longues et bien faites en Afrique; le résultat en a été très-favorable, comme on le voit par un rapport du colonel Marey.

» Les toiles pour tentes et abris-bivouacs ont été essayées au camp de Compiègne, par M. de Courtigis, avec un succès complet.

» Le jury central décerne à M. Gagin une médaille de bronze. »

Mentions honorables.

« M. Ledoux, à Neuilly (Seine).

» M. Ledoux fabrique des tissus doubles imperméables par les procédés connus ; mais ces tissus ont peu d’odeur.

» Il fait une grande quantité de buses recouverts d’un tissu imperméable, qui les préserve de la rouille : cette application du caoutchouc est devenu déjà d’un usage assez commun. »

« M. Cocu , à Paris, rue Ménilmontant, 86,

» Produit des tissus de caoutchouc avec beaucoup de succès. Ses tissus épinglés sont remarquables par leur belle ei bonne exécution. »

« MM. Galibert et Surrâut, rue J. -J. Rousseau, 1,

» Livrent au commerce des tuyaux en caoutchouc natu rel fort bien faits et susceptibles d’applications intéressantes. »

« M. Bouillant , rue du Faubourg-Saint-Antoine, 325,

» S’occupe avec succès de la fabrication des tissus en caout chouc. »

« M. Marouzi de Af/uire, rue d’Antin, 3.

» Il a fabriqué divers objets en chanvre comprimé rendi imperméable et verni. Ses produits pourront recevoir d’u tiles applications »

« M. Beker, ruade Grenelle-Saint-Honoré, 39.

» Il rend imperméables, par des procédés chimiques, tou tes les étoffes sans en altérer leur souplesse ni leur couleui et sans leur ôter leur perméabilité pour l’air.

» 11 est à désirer que les procédés de M. Beker, ou de procédés analogues, deviennent d’une application générale.

Ces rapports du jury central des expositions publiques des produits de l’industrie, sont des arrêts en dernier ressort, qui classent les industries et les mérites de ceux qui s’y livrent, sans que 1a. faveur achetée, l’obsession, la courtisannerie, le charlatanisme du prospectus ou de l’annonce, influent en rien sur leurs décisions suprêmes : ils renferment une infinité de faits, de noms propres, d’adresses, qu’il est trèsimportant que le fabricant' connaisse. C’est à l’exposition que viennent se rendre et se réunir, de tous les points de la France, les sommités dans tous les genres, et le verdict de ce grand jury est le mètre légal et fidèle qui doit servir à mesurer les réputations. La reproduction que nous donnons ici sera donc, nous l’espérons du moins, accueillie favorablement, non-seulement par les fabricants, mais encore par les consommateurs. Les uns et les autres y verront avec intérêt cette belle industrie du caoutchouc naître, croître et prendre, de cinq en cinq années, d’immenses développements. Elle paraîtra un moment stationnaire dans sa perfection ; mais tout d’un coup, elle changera de face et prendra un plus grand essor quand la découverte de Hancock lui aura donné une nouvelle vie. Mais n’anticipons point et suivons toujours ses pas quinquennaux.

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