‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en relief (volume 2)Chapitre 4 sur 93 · BOIS EMPLOYÉS POUR LA GRAVURE 1S · texte numérisé non relu

BOIS EMPLOYÉS POUR LA GRAVURE 1S

Le buis est le meilleur de tous les bois pour la gravure. On distingue trois sortes de buis : le buis de France, aux teintes pâles, veiné de verdâtre et de blanchâtre et prenant un aspect moiré sous le poli; le buis du Levant, d’un beau jaune foncé, dur et souvent noueux; le buis d’Espagne, plus uni et plus tendre. Le buis de France ne produit pas de pièces d’assez grandes dimensions pour les besoins de la gravure, c’est l’Asie-Mineure qui fournit les blocs de dimensions nécessaires. On reconnaît la bonne qualité du buis lorsque étant scié en travers, il paraît plein et luisant et non graveleux ou piqueté.

Le cormier est brun rougeâtre, d’un grain fin, compact, très dur, et se travaille assez facilement. On doit rejeter le bois ayant des taches blanches vers les bords. Le bois de cormier prenant beaucoup de retrait en séchant, on ne doit l’employer que parfaitement sec. Il est susceptible de se gercer et de se piquer.

Le poirier est rougeâtre, veiné de filets bruns nuancés, dur, pesant, d’un grain fin et serré, de structure très homogène; il ne se déjette pas, il est respecté par les vers ; aussi est-il très employé comme bois de gravure. On emploie généralement le poirier sauvage.

L e pommier ressemble au poirier, mais il est moins recherché parce qu’il se gauchit facilement. Le pommier sauvage est plus dur que le poirier.

Le merisier est d’une belle couleur rougeâtre, un peu tendre, quoique plus dur que le cerisier domestique, et plus compact.

GRAVURE Sl’R ROIS

Ne prunier est dur, d’un grain serré, se travaillant et se polissant très bien.

Les arbres suivants fournissent également des bois propres à la gravure : le citronnier , le cyprès, le cèdre, le jaquier, le condori, le yaiac, Vif, le lilas, le sorbier, le teck, le quebracho, etc.

('.es bois sont équarris et coupés d’équerre. On leur donne 23 millimètres d’épaisseur. On les dresse au rabot, puis au grattoir, au lil et au contre-fil.

Préparation du bois.

Autrefois, la surface du bois sur laquelle on gravait était légèrement bombée vers le milieu, pour éviter que les I rail s et les tailles de la gravure ne salissent les bords des ligures ou soient écrasés à l'impression. (le bombage consistait simplement à diminuer l’épaisseur, de 5 millimètres environ, sur les bords du côté où l’on devait graver.

Cette opération, moins sensible, à mesure que la planche devenait plus petite, empêchait les bords des vignettes de devenir trop gros et boueux à l’impression. On bombait les bois destinés à la gravure à l’aide de la râpe et du grattoir.

Aujourd’hui, on a complètement abandonné cet ancien procédé : les bois sont parfaitement plans. Cela s’explique par la nouvelle méthodede gravure qui consiste à graver le bois debout et non plus de fil comme on le faisait autrefois. Le bois offre ainsi plus de résistance et une surface très unie, entièrement dépourvue de fibres, ce qui est très favorable à la gravure.

DESSINS, REPORTS ET DÉCALQUES SUR BOIS 17 § 3. DESSINS, REPORTS ET DÉCALQUES SUR BOIS.

Les illustrations que l’on veut graver sont ordinairement dessinées sur le bois, avec du crayon, une plume ou un pinceau, soit au trait, soit en indiquant les ombres par des hachures, telles que celles que doit produire la gravure ; c’est la méthode la plus usitée. On peut remplacer ce dessin au trait par un lavis à l'encre de Chine ou à la sépia. Ces dessins seront tracés dans un sens contraire à celui de l’impression : ils doivent être exécutés à l’envers.

On peut aussi opérer par un calque et un décalque ; il est bon, avant de rien reporter sur le bois, de le saupoudrer légèrement de sandaraque très fine, et de le frotter doucement avec un petit morceau de papier, afin qu’il ne reste dessus que ce qui sera nécessaire pour empêcher l’encre de s’étendre. Le bois doit être ainsi préparé lorsqu’on a l’intention d’exécuter des dessins à la plume.

Voici un procédé de report des estampes, indiqué par Papillon dans son Traité de la Gravure sur bois.

« Quand on veut copier exactement une estampe pour la graver, et qu’on s’inquiète peu de la perdre, on peut la coller sur le bois du côté imprimé; quand elle est bien sèche, on use petit à petit la superficie du papier, soit avec le bout des doigts un peu humides, ou avec de la prêle, jusqu’à ce que toute l’estampe ou le dessin se découvre et paraisse bien net. Pour mieux encore en distinguer les traits, lorsqu’on a usé le papier, et que l’on commence à apercevoir tout le

GRAVURE SUR ROIS

dessin, il n'y a qu’à passer dessus une goutte d’huile, ou bien un peu de suif, et tout, paraîtra comme imprimé sur la planche. Il est possible d’user encore le papier avec de la poix-résine un peu écrasée, frottant dessus avec le bout des doigts.

« On peut se servir encore d’un autre expédient pour avoir une estampe parfaitement imprimée sur le bois. On donnera une couche de térébenthine sur la planche; on mettra l’estampe dessus par le côté imprimé, et on la laissera sécher; ensuite on passera sur le papier de l’eau tiède avec une éponge, et on le frottera doucement pour l’enlever; cela étant fait, il ne restera précisément sur la planche que le trait et les tailles de l’estampe, qui paraîtront comme s’ils avaient été imprimés dessus. »

Depuis quelques années, on est parvenu à remplacer les dessins sur bois par la photographie, ce qui donne plus de rapidité dans l'exécution et en diminue sensiblement la dépense. Pour cela, on sensibilise la surface du bois que l’on sé propose de graver et, au moyen d’une glace photographiée, disposée de manière que le dessin à graver se trouve reproduit à l’envers sur le bois, on obtient une véritable épreuve photographique, que le graveur traite ensuite comme un dessin ordinaire. Ce procédé rapide et peu coûteux a pris une certaine extension, surtout pour les gravures d’illustration et les machines. Mais le graveur doit, corriger avec son burin les imperfections du dessin et faire valoir tel détail qui resterait sacrifié sans une retouche intelligemment faite.

§ 4. PRINCIPES GÉNÉRAUX DE GRAVURE, d'après Papillon.

Nous donnons dans cet article quelques principes généraux sur ia gravure sur bois; nous les avons en grande partie extraits de l’ouvrage de Papillon, artiste qui entendait parfaitement ce genre de travail, qu’il a beaucoup perfectionné, et dont plusieurs ouvrages sont encore remarqués aujourd’hui, non pas en comparant le résultat de sa gravure avec celui de la gravure actuelle sur bois, mais en comparant lès moyens qu’il employait avec ceux qui sont adoptés aujourd’hui. Les autres artistes qui se sont distingués dans cette partie, sont : Jean Springinkle, Jean Brosamer, Schœfling, Ch. Sichem, Salomon Bernard, Papillon père, Beugnet, etc.

A l’époque où travaillaient ces artistes, l’outillage était très compliqué ; par le nombre des outils tranchants, dont se servaient alors les graveurs, il rappelait celui des sculpteurs sur bois et des ébénistes. Aujourd’hui, les graveurs sur bois ne se servent plus guère que des burins, de l’échoppe et de l’onglette, comme les graveurs sur métaux. Nous avons donc jugé inutile de décrire ici la série de ces outils abandonnés de nos jours.

Pour graver, ’on tient son burin entre les doigts, comme .s’y fixe ordinairement une plume; il faut, parvenir à diriger cet outil, tout à la fois, avec force et légèreté, à être bien maître de ses mouvements:

GRAVURE SUR BOIS

c’est ce qu'il est facile d’obtenir avec un peu d’exercice, mais non pas en adoptant des principes pour tenir sa main dans telle ou telle position; chacun doit trouver naturellement les moyens qui doivent le mieux conduire à un bon résultat.

On doit d’abord s’appliquer à faire entre deux parallèles des tailles fines et déliées (fig. 2).

Fig. 2.

On fera ensuite des recoupes ordinaires, pour enlever le bois taille par taille (fig. 3).

Fig. 3.

« 11 faut avoir grande attention, en gravant toutes sortes de tailles, de faire posément la coupe et la recoupe; si l’on tirait brusquement le burin, non-seulement on ne pourrait faire bien égaux les espaces qui séparent les tailles, et ces tailles d’égale épaisseur, mais aussi on ne pourrait éviter d’égrener celles que l’on graverait en travers le bois (1).

« 11 faut bien remarquer que dans les figures que nous donnons comme exemples, le trait noir indique les tailles ou contours en relief sur le bois; que ce relief

(1) Cet article a été écrit à une époque où l'on gravait le bois sur son fil. tandis qu'aujourd'hui on ne le grave plus que debout ou à contre-fil.

doit être dégagé des deux côtés par des creux, et que ces creux sent représentés sur les figures par les espaces blancs qui se trouvent entre les traits imprimés.

« Ce relief doit être coupé net et vif, le creux qui se trouve entre chaque taille doit avoir un peu la forme d’une gouttière, et, au contraire, le profil du bas-relief doit former un triangle ou un trapèze, ce qui donne de la force et de la solidité à la gravure. On peut voir cet arrangement dans la figure 4, qui

représente en beaucoup plus grand la coupe d’une planche gravée.

« Les tailles courbes ou circulaires se font ordinairement de gauche à. droite, en tournant en même temps dans un sens contraire la main et la planche ; dans ce cas on tracera d’abord les premières coupes, et,' avant de recouper, on fera une autre coupe, et sa recoupe pour enlever le bois en travers de l’extrémité déliée des tailles qui vont se perdre en mourant (fig. o).

« En général, il faut toujours Commencer par couper la partie concave d’une ligne courbe, la partie courbée étant tournée vers le corps.

GRAY DIRE SUR BOIS

Lorsque les lignes courbes ne tournent pas plus, et n'ont pas plus d’étendue que celles de la figure 6, il n’est pas nécessaire de tourner la planche avec la main gauche , en même temps que la droite conduit l'instrument; le poignet seul peut agir de manière à opérer facilement.

« Si l’on veut faire des tailles courbes, éclairées par les deux extrémités, comme celles de la dernière fienlèvera le bois des deux côtés sur les bords a , a.

« Pour graver un cercle, ou des tailles circulaires, on doit commencer à couper au point b, figure 7, et tournant la planche, on fera rejoindre par l'outil ce point de départ, puis on recommencera un mouvement semblable pour la contre-coupe. Pour, des cercles concentriques, il faut commencer par le centre, en opérant comme nous venons de le dire.

« Pour exécuter des contre-tailles (fîg. 8), il faut d’abord couper les lignes horizontales et parallèles, et croiser ensuite des lignes perpendiculaires, ce qui formera une sorte d’échiquier : on fera alors la contre-coupe en dégageant chaque carré l’un après l'autre. Il en sera de même pour les contre-tailles obliques

(lie- 9).

Fig. 6.

gure, on

Fig. 7.

Fig. 8.

« L’entre-taille est une espèce de taille qui a un renflement ou contre-fort; elle doit être faite du premier coup ; puisqu’il est

impossible de rendre une taille plus épaisse qu’elle n’est après avoir été coupée, ni de rapporter du bois qui a été enlevé. Les entre-tail¬

les se gravent donc en fai- Fi„. g

sant les premières coupes;

on laisse une épaisseur plus forte à la partie qui doit la représenter, comme a (fig. 10), et l’on dégage ensuite avec un coup de

pointe la taille b qui doit être con- - __

tinuée plus finement. Il est facile ~~~™"

de voir que l’on peut varier ainsi (, - -

beaucoup l’arrangement et la dis- ~

position de ce genre de travail.

L’entre-taille est d’un fréquent Fi-, 10.

usage dans la gravure, elle offre une ressource précieuse pour obtenir de l’effet, remplace les tailles rentrées de la gravure en taille douce ; car il est facile, par un léger coup

de pointe, de séparer l’entre-taille - -

de la taille, et d’en faire ainsi deux -

tailles parallèles (fig. 11). - =

« Pour obtenir un pointillé, il faut d’abord graver des tailles, puis dégager chaque point un à pig. il. un (fig. 12). Si l’on veut que les

GRAA U 11E Si n BOIS

points soient jetés irrégulièrement, on coupera des tailles irrégulières, et l'on dégagera autant de points que l’on voudra, soit très serrés,

. - . soit écartés, soit égaux en gros-

• ~ seur, ou de grosseur et de forme

. — différentes.

~ « On doit prendre bien garde

de ne point trop coucher la pointe Fig. 12. en faisant les premières coupes,

parce qu’alors on couperait les tailles par le pied, et qu’elles ne pourraient plus se soutenir; il faut éviter aussi que la gravure ne soit pas assez profonde, et que les tailles manquent de netteté. Mais il y aurait un grave inconvénient à tenir l’outil trop droit, car alors il serait difficile d’enlever le bois à la recoupe.

« Si le fond des tailles paraît graveleux, et qu’il ne soit pas coupé net, cela indiquera que la pointe est émoussée, et l’on devra la repasser sur la pierre à l’huile.

« On doit apporter la plus grande

- attention pour donner aux tailles une

~ — — : grande netteté de coupe, pour qu’elles

— — soient bien fermes et bien égales dans m:. — leur épaisseur.

« Si l’on a des tailles à faire en pjg. 13. travers d’un bois sujet à s’égrener (fig. 13), on peut, au lieu d’enlever le bois dans toute la longueur de son fil, avant de faire ces tailles, faire les coupes et les recoupes, soit

PRINCIPES GÉNÉRAUX DE GRAVURE i25

à chaque taille l’une après l’autre, ou toutes les coupes et ensuite les recoupes, rendant l’extrémité de chaque taille très aiguë, et plus basse que la superficie ou le plan du bois sur lequel elles seront gravées. Pour lors, toutes les tailles étant faites de la sorte, aucune n’ayant pu s’égrener, l’on fera une coupe et sa recoupe en travers leur extrémité sur le fil du bois pour le dégager.

« Lorsqu’on approche d’un angle ou de la réunion de deux lignes, ou d’une ligne sur laquelle s’appuient des tailles, il faut se rendre maître de son outil, lever un peu le poignet et le bras, afin que la pointe du burin soit bien d’aplomb, et que son taillant ne coupe pas le trait contre lequel elles peuvent tenir et être appuyées.

« Lorsque l’on voudra faire deux tailles d’une taille ou d’une entre-taille trop épaisse, ou former une entre-taille en la divisant ou en la séparant, on appuiera légèrement le burin tant à la coupe qu’à la recoupe ; sans cette attention, on court risque de faire éclater ou de couper le pied ou la tête des nouvelles tailles ou entre-tailles que l’on grave. Quand les entre-tailles se trouvent entre des tailles longues qui tiennent à des traits qui les bordent, il faut faire deux coupes préparatoires appuyées en dedans

Fig. 14.

de ces traits, comme par exemple figure 14, afin de pouvoir enlever le bois en faisant la recoupe ordinaire de ces longues tailles ; et aux entre-tailles d’entre ces tailles, après les avoir gravées, on enlèvera l’excé- Graveur. — II. 2

GRAVURE SUR BOIS

dant par une coupe et une recoupe transversale qui les rendra de la longueur qu'on aura déterminée.

« Quand les entre-tailles se trouveront sans traits qui les arrêtent (lîg. 15), on fera d’abord toutes les coupes, et ensuite, par les deux bouts, deux

c, ,c coupures a b et c cl , entre lesquelles on fera

! — I les recoupes de chaque taille.

« Les cercles, toutes les lignes et les tailles circulaires et courbes, ou ovales, sont très difficiles à graver exactement, c’est-à-dire sans être cassés, meurtris, ondés ou coupés. Quatre causes principales contribuent à les rendre mal faits : la trop grande largeur de la première partie de la pointe; l'inattention à retirer et à remettre souvent l’outil en les gravant, c’est-àdire à faire la coupe et la recoupe à plusieurs reprises, la vacillation du burin et le iil du bois. Quant à la première cause, il est certain que si l’extrémité du burin ou sa pointe sont trop larges, son dos meurtrit les tailles circulaires en faisant la coupe, parce que cette partie est conduite de biais à mesure que l’on fait tourner la pointe en gravant, et qu’elle se trouve plus large que l’espace compris entre chacune de ces tailles, particulièrement lorsqu’elles sont pressées. Cet accident arrive aussi en gravant des cercles et toutes autres lignes courbes ou ovales, principalement quand les diamètres sont petits; l’on comprend bien que c’est, en partie parce que leur courbure est peu développée. C’est par cette même raison qu'un ne peut graver un cercle d’un seul coup,

parce que la lame est plate et qu’elle casserait; quand même cela n’arriverait pas, son dos foulerait toujours le cercle d’un côté, et son taillant, en glissant, couperait en travers un autre endroit ; il faut donc absolument graver à plusieurs reprises les cercles, et toutes les lignes et tailles circulaires, courbes ou ovales.

« A l’égard de la vacillation de l’outil, elle peut provenir de trois causes : la première de n’être pas tenu bien ferme; la seconde d’ètre emmanché trop long, et la troisième de ce que la lame serait trop mince ; d'une façon ou d’autre, la pointe, en vacillant, grave le cercle, la ligne ou la taille circulaire tout ondée ou cassée. On préviendra ces fautes en corrigeant ce qui peut les produire.

« Les accidents produits par le fil du bois sont moins faciles à prévenir; la pointe est souvent emportée en dedans, cassé et coupe ainsi les cercles, les tailles circulaires et les lignes courbes ; tout ce qu’on peut faire, c’est de passer la pointe plus promptement à cet endroit ; mais comme cela n’est pas suffisant pour empêcher que le fil du bois ne l’emporte quelquefois, il faudra, quand cela arrivera, s’arrêter tout court, et reprendre la coupe en douceur, un peu au-dessus de l’endroit où la pointe aura été entraînée; ou bien, après avoir un peu tourné la planche du côté gauche, on reprendra la coupe en forme de recoupe audessous de l’endroit où la pointe aura glissé, en la commençant en dedans, et en apparence au-dessus comme a (fig. 15), et en rétrogradant, on l’achèvera en b; le trait c marque l’échappade de la pointe ; et

GRAVURE SUR BOIS

afin que cet accident n'arrive pas à cette retouche, on tiendra la pointe plus à plomb, l'appuyant un

peu ferme, et la faisant agir modérément.

« Quand le burin sera entraîné dans le iil du bois en faisant la recoupe du dedans des cercles, des lignes ou des tailles circulaires, on retournera la planche à contre-sens, et on reprendra cette recoupe un peu au-dessus de l’échappade, en faisant une coupe à l’ordinaire.

« Les contre-tailles exigent bien de l’attention pour les graver parfaitement ; lorsqu’on fait la seconde coupe qui croise la première, il ne faut pas appuyer trop fort, ni tirer brusquement l’outil, de peur de le faire sautiller sur les premières coupes; car toutes les tailles qu’on traverserait se hocheraient ou s’égrèneraient à chaque croisé, et il arriverait qu'en faisant la recoupe on enlèverait ces endroits-là, ce qui rendrait les contre-tailles interrompues ou pouilleuses ; ou si le bois ne s’enlevait pas, les tailles ne se rapporteraient plus à chaque croisé, et paraîtraient hachées.

« Les contre-tailles courbes, circulaires et obliques, sont les plus sujettes à ces accidents, à cause de l'allongement de leur carré. Pour prévenir ces accidents, autant qu’on pourra, on commencera, si cela se peut, les premières coupes en travers du bois, pour faire ensuite les secondes qui les croiseront dans le fil du bois; cela empêchera de faire sautiller la pointe à chaque croisé, comme il pourrait arriver si l’on faisait la seconde coupe en travers le bois.

« Il est encore très essentiel, pour graver de belles contre-tailles, de ne point se servir d’une échoppe dont l’extrémité soit camuse ou trop large, parce que, lorsque l’on ferait la recoupe des contre-tailles, cette partie se trouvant plus large que les petits carrés formés par le croisé des contre-tailles, il arriverait infailliblement que le taillant de la pointe couperait la taille qu’elle toucherait, en même temps que son dos meurtrirait celle sur laquelle il s’appuierait, ce qui ferait par conséquent autant de doubles fautes que de recoupes.

« Il faut s’attacher à graver bien vif les angles des petits carrés des contre-tailles, ce qui sera aisé si l’on fait leur recoupe en deux temps, et en équerre ; rien n’est plus difforme que de voir ces angles arrondis ou obliques. La figure 16 donne un exemple de ces défauts, rendus bien sensibles.

Fig. 16.

« On redoublera d’attention quand on gravera des contre-tailles, égales d’épaisseur et à même distance, pour produire partout une même teinte. Si parmi ces tailles quelques-unes se trouvaient gravées trop fortes ou trop minces, cela paraîtrait beaucoup à l’é-

GRAVURE SUR BOIS

preuve et interromprait la continuité de la teinte qu’on voudrait exprimer.

« Quand les carrés des contre-tailles seront trop grands pour que le bois puisse s’enlever facilement par le deuxième coup de pointe de la recoupe, il faudra recouper ou enlever diagonalement la moitié du carré sur laquelle les deux premières coupes auront été faites, comme au noir de la figure 17, prenant garde, 7 en finissant cette recoupe, de ne pas faire toucher la pointe par en bas sur la taille, de peur de l'ébrécher; ensuite [on fera la recoupe en équerre à l'ordinaire, ce qui enlèvera avec facilité le bois de l’autre moitié du carré.

« Il y a de grandes difficultés à faire des tailles circulaires ou spirales, croisées par d’autres tailles courbes et tournantes, comme l’indique la figure 18.

« Il faut faire la coupe des secon- Fig. 18. des tailles courbes une à une, et faire la recoupe ainsi de chacune avec une grande attention, en deux fois, c’est-à-dire à partir du centre, et carreau par carreau.

» Quand les doubles tailles des globes ou des cercles, boules ou autres corps sphériques, doivent simplement être faites obliques par dessus les tailles circulaires ou par dessus une taille spirale ou centrale, on peut les commencer, par exemple, en b , figure 19, et ainsi taille par taille oblique, faire les coupes et

les recoupes très posément, afin de ne pas enlever les croisés.

« Lorsque dans quelque espace d’entre les contretailles, le bois du carré ne voudra pas quitter par la recoupe, parce que la coupe n’aura pas été faite à cet endroit assez profondément, il faut, pour ne pas diminuer d’épaisseur le trait sur lequel cette coupe aura été faite, si l’on y repassait brusquement le burin, la remettre très légèrement, tant soit peu plus loin du côté gauche, dans cette même coupe, pour guider ainsi la pointe à l’endroit où il faudra l’enfoncer un peu plus ferme.

Ce petit tour de main fera partir le petit copeau qui n’aura point quitté la planche à la recoupe; même s’il le faut, et dans le même principe, ou repassera la pointe dans la recoupe. La pratique fera connaître qu’à toutes sortes de tailles faites en travers et appuyées sur une coupe, où le petit copeau de bois ne pourra partir par la recoupé, il faudra agir de même.

« Si les contre-tailles demandent tant de soin, les triples tailles exigent encore bien plus d’attention , c’est absolument, dans la gravure en bois, ce qu’il y a de plus difficile à bien exécuter. On le comprendra facilement par l’explication suivante.

« Après avoir fait deux coupes de pointes croisées comme aux entre-tailles, il faut en faire encore une qui traverse diagonalement d’angle en angle les petits carrés que les précédentes ont formés^ d’où il

GRAVURE SUR ROIS

s’ensuit que, dans l’espace de chacun, il y a déjà trois coupes qui peuvent avoir attaqué les tailles par le pied, pour peu que l’un ait fait entrer le burin un peu trop profondément dans le bois. Pour recouper ensuite et former le relief de ces triples tailles, il faut faire cette recoupe à trois endroits différents, dans chacun des mêmes petits carrés, en opposition aux trois premières coupes ; par conséquent, cela donne six coupes de pointe dans chaque carré.

« La difficulté est donc d’enlever le bois d’entre chacun de ces carrés, sans faire sauter les tailles ou couper leurs croisés. Pour cela, il faut graver toutes ces coupes avec une grande prudence, faire d’abord les trois premières au pied des lettres A, H, C (fig. 20), très légèrement et sans trop appuyer la pointe; faire de suite, avec la même légèreté, la recoupe du triangle qui partage d’angle en angle la moitié de chaque carré, comme en D; cette recoupe doit être faite à l’équerre, et en même temps, c’est-à-dire à droite et à gauche de la lettre. On recoupera après, avec la même attention, l'autre moitié triangulaire du même carré, comme en E ; cette recoupe doit n’être faite qu’à la tête de cette lettre, parce qu’il y aura deux coupes de faites à ses deux côtés. On fera la recoupe de ces triangles D, E, alternativement l’un après l’autre.

« bien que nous ayons dit que la troisième coupe des triples tailles devait traverser d’angle en angle les carrés des contre-tailles, cela n’est pas de rigueur. L’expérience apprend que cette coupe peut varier quel-

quefois plus d’un côté que d’un autre ; en sorte que fort souvent l’épaisseur qu'il convient de laisser aux deux premières tailles, fait qu’il n’y a point ou bien peu de recoupes à faire à quelques-uns des triangles D, comme en C (fig. 20). Quelques-uns même

Kl

xjx

ftX

Fig. 20.

de ces triangles peuvent changer de figure, et devenir des pentagones irréguliers ; les triangles E (fig. 21), par le même moyen, deviendraient aussi à quelques endroits de même figure, et alors il faudrait toujours faire la recoupe aux premiers en deux temps à l’équerre, aux deux côtés de la lettre D. Pour les deux derniers il faut la faire en trois temps : au côté gauche, au haut de la lettre E, et tout de suite à son côté droit. A quelques autres endroits, le triangle E deviendrait pareillement si petit qu’il n’y aura point ou bien peu de recoupe à y faire, de même qu’on l’a dit de quelques-uns des triangles D, et qu’on peut le voir en d (fig. 21) : c’est particulièrement à ces endroits

GRAVURE SUR ROIS

qu'on peut très facilement couper les tailles par le pied, et faire sauter leurs croisés en faisant les trois premières coupes, pour peu que l’on enfonce la pointe trop avant dans le bois, ou qu’on la tienne trop penchée. La pratique doit guider dans ces occasions, elle fera plus que toutes les instructions que l’on pourrait donner.

« Les anciens graveurs sur bois ont fait jusqu’à cinq et six tailles ou contre-tailles, croisées les unes sur les autres, dans des morceaux véritablement assez grands pour qu’on puisse les distinguer. Ces contre-tailles ne pouvaient et ne peuvent se faire au bout de la pointe, c’est-à-dire de fantaisie, comme l’on fait maintenant les secondes tailles ou contretailles ordinaires; d’autant que, d’une part, toutes les coupes croisées se confondraient ensemble, et qu'on ne pourrait les distinguer facilement, et que, de l’autre, les recoupes qui y conviendraient feraient partir, sans doute, aussi bien qu’elles, un grand nombre de croisés et autres traits des contre-tailles, accidents et fautes irréparables qui les rendraient toutes pouilleuses. Il faudrait donc, dans le cas où l’on voudrait faire cinq ou six tailles les unes sur les autres, les tracer et les dessiner à l’encre sur le bois, comme l’ont fait les anciens maîtres, puis les travailler de la manière suivante.

« Nous ne pouvons trop admirer, et nous avons peine même à concevoir la grande patience et l’habi- ^ leté étonnante que les graveurs, tels que les Albert Durer, les Lucas, les Vichem, et autres artistes, ont

eu à couper bien vif tous les petits espaces blancs produits par la multitude des tailles mises les unes sur les autres, sans que toute leur longueur fût interrompue par le moindre défaut, comme si toutes les coupes eussent été faites d’abord transversales, c’està-dire comme dans toute la longueur de chaque contretaille, d’un même coup de pointe, les unes sur les autres, comme nous l’avons dit des secondes tailles ou contre-tailles ordinaires, et sans les ébrécher.

Ce travail est d’autant plus étonnant qu’ils ne gravaient que sur du cormier ou du poirier, bois moins durs, comme on le sait, que le buis, attendu qu’il n’était pas possible de trouver de ce dernier bois en planches assez grandes pour exécuter les morceaux où ils pouvaient faire entrer tant de tailles et de contre-tailles les unes sur les autres. Cela surprendra quiconque connaît l’excessive difficulté de graver ces bois proprement et sans défaut.

« On doit comprendre par ceci, qu’à l’exception des triples tailles, l’on ne doit point faire de recoupes de chaque taille dans toute sa longueur, les croiser les unes sur les autres, par quadruples, par cinquièmes et sixièmes tailles ou contre-tailles, mais les dessiner auparavant sur la planche, si tant est qu’absolument l’on désire en faire. 11 faut couper, recouper et graver chaque espace blanc qu’elles produiront toujours les unes après les autres.

« Quand on aura gravé des contre-tailles ou des triples tailles, on frottera légèrement sur leurs croisés avec l'ongle du pouce, afin de les raffermir, et '

GRAVI HE SUR BOIS

que le tout ne fasse qu'un seul corps qui puisse se soutenir. On doit faire la même chose à toutes sortes de tailles, aux endroits où elles tiennent à des traits ou à des contours, à cause de la coupe qu’on y a faite pour faciliter l’enlèvement du bois en recoupant ces tailles; autrement il y pourrait rester une petite ouverture imperceptible que l'épaisseur de la pointe aurait faite en passant, qui pourrait faire un blanc ou une interruption, laquelle, à l’impression, produirait un mauvais effet.

« Quand il se trouvera dans quelques ouvrages de très petites parties à ombrer, comme filets, montées, marches d’escalier et autres choses semblables sur lesquelles des tailles passeront, telles qu’aux ligures 22 et 2:3, on fera grande attention pour les graver

Fig. 22.

Fig. 23.

sans accident et ne pas endommager leurs traits horizontaux ou perpendiculaires, de ne faire d'abord qu'une coupe préparatoire légèrement appuyée dans toute la longueur, de A en II en dedans du trait. Pour pouvoir faire ensuite les petites tailles de traverse une à une de C en D, on enlèvera le petit copeau à chacune par une très légère recoupe appuyée en dedans sur le trait du côté D, afin de no pas ris-

quer d’enlever la taille, ou plusieurs même si l’on avait fait une recoupe, si légère fut-elle, dans toute la longueur en dedans du trait D, pour s’éviter la sujétion de donner cette petite recoupe à chaque bout de taille une à une de ce côté D, comme nous venons de le dire; car on doit sentir qu'une recoupe préparatoire faite en D, en dedans de toute la longueur d’un si petit espace, empêche les petites tailles d’avoir assez de force pour soutenir l’appui que fait le burin en coupant et recoupant de si petites parties de bois. On fera attention qu’en ce cas, les tailles faites en travers le fil du bois seraient sujettes à s’égrener par le bout en les gravant, si l’on avait toute la longueur du trait ; et que, d’une part, les petites coupes faites dans le fil du bois, quand les petites tailles s’y trouveraient, peuvent, quand on recoupe et qu’on enlève le copeau par la coupe, entraîner et ébrécher, par la force du fil du bois, la petite partie du trait qui se trouverait au bout de chaque taille, et qui doit rester sur l’ouvragé, si d’autre part, l’on n’avait pas l’attention d’enfoncer avec la pointe, quoique légèrement, pour que le copeau parte facilement.

« Le pointillé est aussi une des parties de la gravure sur bois, des plus difficiles à exécuter; rien n’est plus fréquent que de le couper par le pied et de le faire sauter; c’est un accident sans aucun remède, et qu’on ne peut guère éviter, si l’on ne se sert des précautions suivantes en le gravant. Les tailles qu’on veut pointiller étant gravées, on divise les points en travers la taille, en faisant toujours la recoupe, avant Graveur. — II. 3

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la coupe, si on les commence par le haut d'une taille; ou la coupe avant la recoupe, à l’ordinaire, si on les fait en rétrogradant, de bas en haut, aussi déliés qu’on le désire, sans craindre de les enlever. D’ailleurs, on peut faire le pointillé de manière qu’il n’y paraisse pas d’encre, si l’on fait épreuve de la planche auparavant, pour égaliser les tailles par une retouche, car les points ne viennent toujours que trop forts à l’impression. Or, en continuant, on laisse entre chacun la distance qui est convenable, et on les grave point à point, ou l’un après l’autre, en se servant toujours d’une pointe fine. Lorsqu’une taille est donc toute pointillée, on commence celle qui est immédiatement à côté, en observant de ne pas faire les points de cette autre taille vis à vis ceux de la première, mais de placer les points de cette seconde vis à vis les intervalles des points de la première, et ainsi des autres. Le pointillé étant gravé, doit paraître de figure pyramidale, dont la base est tenue par le corps de la planche, et la cime forme le point qui doit venir à l’impression. Cette manière de graver le pointillé est la meilleure et la plus sûre, parce que les points se trouvent mieux mêlés, et qu’ils ont plus de solidité que quand ils sont faits de la manière que les graveurs en bois emploient communément : il est vrai que celle-ci demande bien plus de temps que la leur; mais l’on ne doit pas s’en inquiéter, lorsqu’on veut rendre une gravure parfaite.

» Nous allons décrire ci-après la méthode usuelle de graver le pointillé, elle servira au moins à en faire

connaître les défauts, et à prouver la bonté de celle que nous venons d’expliquer.

« Les graveurs sur bois, après avoir gravé toutes les tailles qu’ils veulent pointiller, les coupent en les croisant tout en travers, et les recoupent de même, en sorte que, par ce moyen, ils font d’une coupe et d’une recoupe, dix, vingt, trente, points ou davantage, selon qu’il y a plus ou moins de tailles : cela leur abrège bien du temps, à la vérité, mais aussi, dans cette opération, la pointe sautille de taille en taille et enlève presque toujours, en passant, quelques points, pour peu qu’on l’enfonce un peu trop dans le bois. D’ailleurs ce pointillé n’est point mêlé, il paraît par colonne, ce qui n’est point agréable à l’œil.

« Lorsqu’on voudra graver des points pour qu’ils paraissent gris au tirage, on les fera comme si l’on faisait la première coupe d’une taille circulaire ; et le bois étant enlevé, on prendra la pointe à calquer, on mettra son extrémité dans le trou gravé, la tenant d’aplomb, et on tournera le manche de cette pointe entre les doigts en appuyant un peu ; elle arrondira parfaitement ces points (1). »

Le procédé de gravure sur bois de fil que nous allons décrire ci-après n’est plus en usage aujourd’hui pour la gravure sur bois des estampes et des vignettes ; il

(1) Papillon, Traité historique et pratique de la Gravure sur bois.

lu

GRAVURE SLR BOIS

ne présente donc qu’un intérêt historique. Nous l'avons conservé cependant parce qu’il est encore usité maintenant pour la gravure des planches destinées à l'impression des étoffes et à la fabrication du papier de tenture. Cette méthode a pris sa source dans un autre genre de gravure, qui concourait aussi à son origine, à l’exécution des estampes ; c’est la gravure en camaïeu.

Quelquefois le bois sur lequel on grave paraît très convenable à l’oeil et s’égrène ou s’éclate cependant sous l’instrument, ce qui provient le plus souvent de ce qu’il n’a pas été coupé sur pied en temps convenable, ou de ce qu’il était mort avant sa coupe. Pour prévenir ces sortes d’accidents, il faut avoir soin d’essayer d’avance la planche sur laquelle on doit travailler.

Le bois ne s’égrène le plus ordinairement que sur son travers, et presque jamais Sur son fil : on a donc peu de chose à craindre, en dirigeant la pointe dans ce sens, et c’est ce qui a déterminé un grand nombre de graveurs à la choisir pour la direction de leur taille ; mais alors il se présenle un autre inconvénient, c’est que le fil du bois emporte la pointe, et qu’il est presque impossible, par cette raison, que les tailles soient coupées aussi nettes et aussi égales que sur le travers du bois.

Une précaution essentielle est de dégager d’abord la ligne sur laquelle les tailles doivent être appuyées a b (fig. 2i), et de faire la recoupe de chaque taille avant de faire la coupe. On gravera ainsi toutes les tailles alternativement l’une après l’autre.

Si ce sont des tailles courbes pareilles à celles de la figure 24, on peut faire toutes les coupes d’un bout à l’autre ; et, après qu’elles seront faites, on dégagera tout au tra- r vers, au bord de l’extrémité des tailles, suivant la ligne c d; on fera ensuite toutes les recoupes à contresens de la manière ordinaire, c’est-

à-dire en coupant de l’extrémité au gras des tailles, appuyant d’abord la Fig. 24. pointe un peu ferme à l’extrémité de ces tailles, et finissant légèrement contre leur gras. On pourra graver encore autrement ces sortes de tailles, les coupant et recoupant une à une avant de dégager le travers de leurs extrémités, en sorte que tous les copeaux d’entre chacune des tailles resteront attachés par ce côté sans être enlevés, et partiront tous ensemble lorsqu’on fermera ce dégagement.

On doit graver d’abord le corps des figures ou les massifs des objets quels qu’ils soient, avant de graver le dehors de leurs traits ou contours, qu’on réserve ordinairement en dernier, afin que la gravure se soutienne d’elle-même au fur et à mesure qu’on la dégage, et que l'on ne soit point sujet à courir le risque de plusieurs accidents que la pointe peut faire en s’échappant, lorsqu’elle ne trouve aucune résistance extérieure aux figures, ni qui puisse l’empêcher d’en briser le trait ou le contour, lequel étant gravé par dehors, doit être ensuite dégagé avec une forte pointe pour pouvoir vider la planche.

GRAVURE SUR BOIS

Pour graver correctement et solidement le dehors des contours, il faut avoir attention de ne faire qu’une coupe et une recoupe sur les parties qui touchent aux endroits ombrés, sans enlever le bois, parce que l’une ou l’autre de ces coupes ne servira qu’à faciliter le dégagement des tailles des endroits ombrés, et la gravure des contours extérieurs, faite avec une forte pointe, préparera le travail à faire pour vider la planche ; et cette dernière coupe doit être large et profonde, pour que la gouge ou le fermoir ne vienne pas fouler ou ébrécher le trait gravé, ce qui arriverait infailliblement si les copeaux tenaient tant soit peu à ce trait, ce qui est le plus à craindre dans les parties où ces instruments, suivant le fil du bois, sont difficiles à maîtriser.

Pour éviter ces inconvénients, on ouvrira donc largement le bord des contours qui sont en contact avec les endroits que l’on aura à vider, comme dégageant entièrement la gravure et ne risquant plus ainsi de l’atteindre avec le fermoir ou avec les gouges.

« Quand il y a un filet qui borde le dessin que l’on grave, il faut faire une coupe appuyée sur ce filet, en dedans, avant de graver les parties du dessin qui le touchent ; mais il faut bien se garder d’y faire une recoupe qui séparerait par du blanc les tailles et contours du fdet qu’elles doivent toucher; mais cette coupe unique borne la gravure, et facilite l’enlèvement du bois lorsque l’on fait les recoupes, et enfin elle dégage de ce côté le filet, qui s’achève

en faisant une recoupe en dehors, pour ôter la vivearête de la planche.

« Pour graver un double filet, il faut d’abord faire la coupe de celui qui touche le dessin, puis achevant de graver la planche, la dégager aux endroits convenables en dedans ; après quoi on fait la coupe intérieure du second filet, puis la recoupe aussi intérieure du premier, ce qui enlève le bois entre les deux filets, et l’on achève eq faisant la recoupe extérieure du second filet aux bords la planche, ou quelquefois elle ne consiste qu’à adoucir sa vive-arête.

« Quand on a fait la première épreuve d’une planche gravée, et que quelques tailles, paraissent trop épaisses ou trop marquées, on peut les adoucir et les diminuer avec la pointe. Cette retouche doit se faire particulièrement aux endroits qui sont très éclairés, aux lointains et aux extrémités des tailles qui ne tiennent à rien, et qui doivent se perdre en mourant. L’on ne peut pas user facilement de cette méthode aux contre-tailles.

« Dans certains cas d’échappade de la pointe, et de petites ébréchures peu profondes à un trait ou à un contour, on peut y remédier sans mettre de pièce, mais en baissant la superficie du trait en douceur, à droite et à gauche avec le fermoir, jusqu’à l’ébréchure, et réparant le trait, le diminuer d’épaisseur, atteignant ainsi l’ébréchure et la réparant. »

Ce n’est pas sans de grandes précautions qu’on parvient à vider convenablement une planche, et sans lui faire éprouver des avaries. Pour y parvenir,

GRAVURE SUR BOÏS

il faut, comme nous l'avons dit plus haut, avoir le soin de dégager largement les contours extérieurs de la gravure des bois inutiles qui les environnent, et ensuite fixant fortement la planche, on attaquera le bois avec le fermoir , plaçant le manche de cet outil dans le creux de la main droite, le pouce posé sur la virole et un peu sur la lame, l'index allongé de l’autre côté, le doigt du milieu fermé sur le manche, l’annulaire appuyé sur la partie coupée du bouton du manche, et le bout de l’auriculaire sur ce bouton pour soutenir l’outil. On poussera le fermoir de manière à ce qu’il entre obliquement dans le bois à une profondeur de 3 à 5 millimètres, l’on tournera un peu la main du côté du corps, et, faisant un petit effort, le bois éclatera, et sera enlevé par l’angle droit du taillant du fermoir.

Le bois ainsi ébauché à petits coups, présentera des aspérités et des échardes qui seront encore enlevées successivement avec le même outil, pour donner à la planche un air de poli et de propreté.

On aura soin de s’accoutumer à se servir des fermoirs nez ronds dans les petites parties angulaires des champs que l’on videra, parce que cela abrège bien du temps et que d’ailleurs, en se servant d’un fermoir ordinaire, on risquerait d’enlever avec ses angles les traits ou les tailles qui forment des contours sinueux et délicats.

Depuis quelques années on a remplacé les fermoirs par un instrument appelé bute-avant. Petit ciseau recourbé (fig. 25), dont la largeur varie depuis 1 mil-

limètre jusqu’à 1 centimètre, et qui offre un très grand avantage pour atteindre les creux d’une petite étendue, sans danger d’écraser les travaux qui les entourent.

Fig. 25.

On se servira du fermoir double nez rond ou pointu, pour dégager les parties angulaires les plus obtuses.

La gouge plate est indispensable pour vider intérieurement les bords des contours ou des parties courbes et circulaires, parce que cet outil n’ayant pas d’angles à son taillant, on n’est point en danger de faire sauter les traits comme avec un fermoir.

La gouge courbe est employée pour vider les bords extérieurs des mêmes traits et contours circulaires, parce que son taillant étant un peu courbe, elle embrasse mieux les contours et enlève plus de bois qu’un fermoir ordinaire, qui ne peut approcher de ces contours.

Si l’on sent, en dégageant, que l’outil s’engage trop avant dans le fil du bois, et qu’il s’y trouve entraîné, on le retirera aussitôt pour repasser encore fortement la pointe au pied du trait que l’on doit dé-

GRAVURE SUR ROIS

gager, afin d’empêcher qu’il ne soit enlevé avec le copeau. Il faut, en général, enfoncer moins l’outil dans le bois, et dans le sens de son fil, que du côté de son contre-fil.

Plus les champs de la planche seront grands, plus il faudra les vider profondément, afin que l’encre de l’imprimeur n’y puisse atteindre ; par exemple, un champ de 2 à 3 centimètres de diamètre sera creusé de 6 à 8 millimètres.

Les lettres isolées ou les fleurons doivent être vidés le plus à plomb possible, parce que, placés dans ce grand vide, ils sont beaucoup plus foulés par l’impression, et peuvent occasionner des taches au papier.

Si une planche en bois terminée présentait encore des traits, des contours durs, trop gros, trop raides ou trop marqués, on les retouchera alors en affaiblissant les tailles, en les diminuant encore d’épaisseur dans certains endroits, et en les baissant un peu dans d’autres, avec le grattoir (fig. 26) (I) ; c’est par ce moyen qu’on peut facilement adoucir et donner

Fig. 26.

(1) La fig. 26 représente les grattoirs qui servaient ù effacer, à creuser, à ombrer ou <t élargir les tailles.

moins de ton aux lointains, et même aux parties des figures qui demandent un travail doux et léger.

Mais pour rendre les tailles plus fortes et plus épaisses, on se servira du grattoir à ombrer, en le passant légèrement sur la superficie de la planche, dans le sens du fil du bois, ayant soin dans cette opération comme dans la première, de faire- partir, au fur et à mesure, les copeaux et raclures avec le pinceau ou la brosse destinés à cet usage.

Dans les grandes planches de bois il se trouve quelquefois des défauts inaperçus d’abord, et qui arrêtent le travail du graveur, ou bien encore, pendant ce travail, il peut arriver à la gravure des accidents, une brisure, l’enlèvement de plusieurs tailles ; dans ces deux cas, il devient indispensable de mettre une pièce à l’endroit endommagé.

On doit avoir des fermoirs destinés à cet usage et emmanchés convenablement. On tiendra un de ces instruments d’aplomb, le côté plat tourné vers la partie saine de la planche, le biseau vers le trou que l’on veut évider, on frappera sur le manche à petits coups de maillet, et l’on découpera ainsi tout le périmètre de la partie à remplacer ; ensuite, avec un fermoir de moindre dimension, on évidera en attaquant toujours le bois du centre aux côtés du trou, afin de ne pas risquer de fouler les parties gravées avec la lame ou le manche de l’outil.

On taillera un morceau de bois à peu près de la grandeur du trou de la planche, un peu plus grand cependant, et d’une épaisseur d’un tiers plus forte

GRAVURE SUR ROIS

que la profondeur de ce trou ; alors, à l’aide d’un compas, d’une équerre, ou de tout autre instrument* suivant les cas, on donnera à cette pièce les dimensions de largeur et de longueur convenables pour boucher le trou avec la plus grande précision, et on le fera entrer en place un peu à force et à coups de maillet ; on peut, si cela paraît nécessaire, fixer plus solidement cette pièce en y mettant un peu de colleforte légère. 11 ne reste plus qu’à enlever la surépaisseur du bois, ce qui doit se faire avec le fermoir, en apportant la plus grande attention à ne pas faire d’échappade qui briserait la gravure environnante : on doit, suivant la position de la pièce, prendre à cet égard toutes les précautions possibles, et n’exécuter cette opération que graduellement et à petits coups ; on terminera en grattant la surface de la pièce pour la mettre bien de niveau avec la surface supérieure de la gravure.

Si la pièce doit être placée sur le bord de la planche, on la taillera à queue d’aronde pour qu’elle ne puisse ressortir.

Ainsi que nous l’avons dit en commençant cet article, la gravure sur bois de fil est aujourd'hui délaissée pour les estampes et les vignettes. Elle a été remplacée par la gravure sur bois debout, qui a marqué la renaissance de la gravure sur bois et dont nous allons nous occuper. C’est la seule qui soit pratiquée, aujourd’hui, pour l’illustration des ouvrages d’art et de science, même pour celle de certaines revues.

La gravure sur bois debout, ou nouvelle gravure sur bois, s’exécute par des procédés bien différents de ceux employés par les anciens graveurs sur bois.

Aujourd’hui la gravure sur bois a beaucoup plus de rapport qu’autrefois avec la gravure en taille douce ; on ne fait plus usage de la pointe, mais on la remplace par des échoppes et des burins ; on coupe le bois absolument comme on le fait du métal, avec cette seule différence que, dans la gravure sur métal, on creuse la taille elle-même, et que dans la gravure en bois, on creuse les entre-tailles, et que l’on dégage ainsi en relief les parties qui doivent être reproduites par l’impression, tandis que fou abaisse les parties blanches.

Le buis est employé principalement pour la gravure actuelle ; mais, au lieu de travailler sur des planches en suivant le fil du bois, on grave sur des tronçons de bois debout, qui doivent être choisis avec le plus grand soin, en bûches de moyenne grosseur, d’une couleur d’un jaune rougeâtre, ne présentant ni nœuds, ni aubier, ni gerçures, ni flammes blanches ; dans une belle rondelle de buis, s’il se présente de petits nœuds ou accidents, on peut remplacer ce défaut en y introduisant une cheville de buis, enfoncée à force et collée au besoin ; c’est aussi le seul moyen que l’on emploie pour réparer les accidents qui peuvent arriver en gravant ; le trou se fait avec l’arçhet et un foret ; et enfin le bois doit

GRAVURE SUR ROIS

être bien sain et surtout bien sec, conditions sans lesquelles il serait impossible d’en tirer un parti avantageux.

Pour recevoir le dessin, le bois se prépare ainsi : après avoir été bien dressé au rabot et au racloir, on le ponce à l’eau, et lorsqu’il est encore humide, on passe dessus, avec le doigt, du blanc de plomb ou de la côruse broyée à l’eau avec un peu de gomme arabique ; il faut employer ce blanc épais ; on le sèche et on l’unit en l’étendant sur le bois avec le doigt ou la paume de la main.

Les outils qui servent actuellement à la gravure sur bois sont :

1° Un petit châssis en bois dur d’environ 20 centimètres de côté, ayant au centre une ouverture carrée de 8 à 12 centimètres (fig. 27), pourvu de deux vis servant à fixer le morceau de buis sur lequel on doit graver : on conçoit que ce premier instrument

doit varier de grandeur, suivant l’étendue de la planche qu’il doit fixer ; cependant celui que j’indique ici peut suffire pour la plus grande partie des vignettes que ce genre de gravure parait être plus spécialement destiné à reproduire.

2° Des burins effilés en forme de losange (fig. 28,

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