XVIII. — PilOTOZINOOGR AVURE
MM. Auguste et Louis Lumière ont présenté à la Société Française de Photographie, dans sa séance du 3 juillet 1891, un nouveau procédé de photoùnco graphie très intéressant. Nous reproduisons ci-dessous leur communication :
La méthode que nous proposons est une modification au procédé dit à l'albumine.
i'IiOTOZIXCOGRÀYURE
La facilité et la rapidité avec laquelle elle permet d’obtenir des images d’une grande finesse, légèrerement gravées en creux, et l’emploi, comme écran, d’un phototype positif constituent des avantages in contestables qui nous engagent à la faire connaître.
La plupart des procédés actuels exigent des clichés négatifs retournés, à la fois transparents et vigoureux, conditions parfois difficiles à réunir; de plus, les manipulations auxquelles ils donnent lieu sont délicates et ne conduisent à des résultats satisfaisants qu’à la suite d’une longue pratique.
Notre méthode n’a pas les mêmes exigences, et, en se conformant exactement aux indications sommaires qui suivent, on obtiendra à coup sûr des images exemptes de toute défectuosité et susceptibles de fournir d’excellentes planches lithographiques ou d’être transformées en blocs propres à l'impression typographique.
On prépare la solution suivante :
Kau . 1 . 000 gîv.m
Albumine d’œul's. 100 —
Bichromate d'ammoniaque. . . 3 —
.Ammoniaque en quantité suffisante pour amener la coloration ! au jaune clair.
Le mélange est agité fortement, filtré avec soin, puis étendu a la tournette sur un zinc poli, préalablement nettoyé au blanc de Troyes.
Dès que la couche mince d’albumine est ainsi obtenue, il convient d’en activer la dessiccation en chauffant légèrement la plaque.
Graveur. — II.
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On l’expose ensuite à la lumière sous un positif, puis l’insolation jugée suffisante, le zinc est retiré du châssis et recouvert au rouleau d’une légère couche d'encre à reports additionnée de vernis moyen. 1. 'aspect de la couche doit alors être gris foncé, sans aucune apparence d’image, et non pas noir.
On immerge dans l’eau tiède et l’on ne tarde pas à voir apparaître le dessin, qui peut être facilement dépouillé en frottant légèrement la surface du zinc avec une touffe de coton.
L’image ainsi obtenue est négative et le métal est mis à découvert dans les points représentant les traits noirs de l’original.
L’albumine est, en effet, restée soluble en ces points protégés par les traits correspondants de l’écran positif, pendant l’exposition à la lumière.
La plaque est ensuite rincée à grande eau, séchée, et, plongée dans une solution de perchlorure de fer à 35° B, où elle doit séjourner 10 à 15 secondes.
On lave puis on sèche de nouveau.
En passant ensuite sur le zinc chauffé vers 50° un rouleau chargé d’une encre composée de noir à reports et de vernis moyen, l’encre adhère sur toute la surface; on fait ainsi tableau noir, puis on dégarnit les fonds à l’aide d’un rouleau lisse qui est passé rapidement et à plusieurs reprises sur la plaque.
11 ne reste plus qu’à frotter la couche avec un morceau de mousseline imbibée d’ammoniaque caustique.
L’image apparaît en noir se détachant sur un fond brillant formé par le zinc. Pendant cette opération,
PHOTOZINCOGRAVUKE
l’albumine bichromatée insolubilisée par la lumière se dissout à son tour dans l’ammoniaque, et l’on opère ainsi un second développement, inverse du premier. Par le frottement, et à l’aide du liquide ammoniacal, on enlève donc l’encre des points où celle-ci se trouvait supportée par l’albumine insoluble, tandis que cette encre reste fixée au zinc dans les parties gravées. C’est cette dernière réaction qui est la base de notre méthode et qui en constitue le procédé nouveau. Nous ajouterons qu’il est très curieux de voir s’opérer cette inversion de l’image primitive sous l’influence de l’ammoniaque. Les solutions de potasse, soude, etc., ou leurs carbonates, ne produisent pas des résultats aussi nets, probablement à cause de la saponification de certains éléments constituants de l’encre employée et aussi parce que ces substances ne possèdent pas le pouvoir dif— fusif considérable de l’ammoniaque.
Pour mettre la planche en relief, on la saupoudre avec de la colophane pulvérisée, on la chauffe comme d'usage, avant de procéder à la première morsure. Dans ce dernier cas, il est préférable de diminuer la durée de l’immersion dans le pe’rchloruré de fer, afin d’éviter la formation de creux trop appréciables dans les points qui devront ultérieurement être en relief.
L’application pratique du procédé de zincographie, au trait que nous avons récemment décrit, nous a amenés à étudier une autre méthode plus simple qui conduit à des résultats que les meilleurs procédés au
GRAVURE P H O r 0 n P 0 GRAPHIQUE
bitume ne peuvent surpasser, et qui présente l'avantage d’être expéditive et de n’exiger qu’une courte exposition à la lumière.
Une feuille de zinc parfaitement polie est traitée par la solution suivante, dont l'action doit durer deux minutes environ :
Eau . 100 gram.
Acide nitrique . 3 —
Après lavage on étend à la tournette sur la plaque encore mouillée la préparation sensible contenant :
Eau . 100 gram.
Gomme arabique . 10 —
Bichromate de potasse . 4 —
Le séchage doit être activé par un chauffage modéré.
Ainsi préparée, la plaque est exposée à la lumière sous un phototype positif. La préparation étant très sensible, l’exposition n’exige que quelques minutes à la lumière diffuse de moyenne intensité (de 3 à 10 minutes).
Lorsqu’on juge que l’action de la lumière est suffisante, au sortir du châssis-presse, on verse, sans temps d’arrêt, sur la couche le mordant suivant :
Perchlorure do fer à 45° B . 100 gram.
Chlorure cuivrique . . 5 —
Ce liquide pénètre la couche dans toutes les parties qui n’ont pas été insolubilisées, c’est-à-dire dans les points qui correspondent aux traits noirs du positif, il attaque alors le zinc qui noircit en ces points.
PHOTOZINCOGRA.VURE
Aussitôt que l’image apparaît bien complète, ce qui n’exige que quelques secondes, il importe d’arrêter brusquement l’action du mordant par un lavage rapide sous un fort jet d’eau, suivi d’une friction à la brosse, qui a pour but d’enlever la gomme insoluble.
Enfin on encre à sec, puis on mouille à l’éponge, après quoi on continue l’encrage qui s’effectue sans difficulté.
Le zinc se trouvant gommé après acidulation, il n’y a pas lieu de faire subir à la plaque d’autre préparation.
Comme on le voit, ce procédé est d’une extrême simplicité. Les différentes manipulations qui le composent peuvent être toutes effectuées dans un temps très, court et, de plus, la réussite ne réclame pas les tours de main délicats qu’exigent la plupart des autres procédés similaires. Il donne des épreuves dont la finesse peut rivaliser avec celle des images au bitume de Judée, obtenues d’après les procédés les plus perfectionnés, et n’a pas les inconvénients nombreux de ces derniers.
La réaction la plus intéressante, et sans doute encore la plus nouvelle, de toute la série d’opérations qui précèdent, est celle qui résulte de la présence du chlorure de cuivre dans le mordant, le sel cuivrique crée sur le zinc un dépôt de cuivre pulvérulent, pendant la morsure, en tous les points attaqués. Ce dépôt sépare la couche de gomme du zinc, et le déprépare complètement, c’est-à-dire que sa surface est
GRAVURE P U OTOTYPOGRAPHIQUE
alors dans un état tel qu’elle peut prendre l’enore et la retenir avec une extrême facilité.
On peut remarquer, du reste, que sans l’introduction du chlorure cuivrique, il est excessivement difficile, sinon impossible, d’encrer l’épreuve.