‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en relief (volume 2)Chapitre 50 sur 93 · XX. — ZINCOCOLLODIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XX. — ZINCOCOLLODIOGRAPHIE

La zincocollodiographie est un procédé de reproduction sur zinc, en relief, des tracés stylographiques sur papier enfumé, provenant des appareils enregistreurs très employés dans les sciences et l’industrie, sans emploi de la photographie. On peut reproduire de même les dessins à l’encre de Chine, au crayon Conté et à la mine de plomb, à la condition qu’ils soient tracés sur du papier collé avec une solution de gomme.

Ce genre de gravure est une combinaison du procédé collodiographique de M. Henocque et du gillotage. Nous allons en donner la description d’après la communication qu’en a faite M. Henocque à la Société française de Photographie (1).

Le procédé collodiographique consiste à transporter sur une pellicule de collodion riciné, le tracé marqué par le style, la plume ou le crayon. Les manipulations sont divisées en six temps :

1° Le tracé stylographique, à la plume ou au crayon doit se faire sur papier albuminé non sensibilisé ou sur papier gommé avec de la gomme arabique. On peut employer les tracés obtenus sur ces papiers à une époque très éloignée de celle où on les a exécutés, à condition qu’ils aient été vernis. On peut supprimer ce vernissage en appliquant le collodion sur le tracé dès qu’il vient d’être produit.

(!•) Bulltlin. année 1883, p. 70.

2° On fixe la feuille de papier avec un peu de gomme par ses quatre angles sur une plaque de verre, et on pose cette dernière au fond d’une cuvette à photographie. On verse lentement sur le bord supérieur le collodion riciné et l’on incline la cuvette d’avant en arrière de façon à l’étendre uniformément. La couche de collodion doit être épaisse et il n’y a pas d’inconvénient à en mettre en excès. Lorsqu’on collodionne une feuille enfumée, il faut bien prendre garde de ne pas produire des taches blanches en versant le liquide trop brusquement.

3° On laisse sécher le collodion pendant environ deux heures ; aussitôt qu’il redevient transparent, il est inutile de tarder plus longtemps.

4° « La plaque et la feuille collodionnée qu’elle supporte sont plongées dans l’eau froide, où on les laisse baigner pendant un temps qui varie suivant l’épaisseur du papier. Celui-ci se laisse bientôt détacher du verre, et l’on peut alors séparer le papier de la pellicule de collodion; cette opération doit être faite sous l’eau, en commençant par détacher les angles et les bords du papier, et s’aidant au besoin d’un jet d’eau modéré agissant sur le sommet de l'angle formé par le papier et le collodion en partie séparés ; on se servira d’un pinceau de blaireau large et aplati, qui est fort utile dans toutes ces manipulations. C’est alors surtout qu’il faut agir avec, précaution, sans précipitation, et en faisant des tractions légères ; bientôt la pellicule de collodion surnage, on la déplisse avec le pinceau, et on l’étend

ZINCOCOLLODIOG RAPIDE

sur l’eau ; on peut alors la recueillir très facilement en glissant au-dessous d’elle, et toujours sous l’eau, la plaque de verre qui a déjà servi ; avec le pinceau ou avec les doigts on maintient la pellicule sur le bord supérieur du verre et on la retire doucement de l’eau; elle s’étend complètement sur la plaque. »

5° La pellicule adhère d’elle-même au verre en se desséchant. On doit bien l’étendre sur la plaque avec le pinceau et les doigts, étendre les plis, chasser les bulles et l’essorer par application à sa surface du papier buvard. On laisse sécher lentement.

On obtient un cliché sur collodion que l’on peut considérer comme un négatif.

6° On l’applique sur une feuille de zinc préparée au bitume de Judée, et on expose au soleil dans le châssis à exposer ; puis on continue la suite des manipulations que nous avons détaillées au gillotage.

On obtiendra une planche de zinc portant le tracé du dessin en relief, si ce dernier a été fait à la plume ou au crayon sur papier blanc gommé. Lorsqu’on a à reproduire un tracé stylographique sur papier enfumé, dont les traits sont blancs sur fond noir, le cliché collodiographique négatif doit être transformé en cliché positif par des moyens connus ; on peut alors l’utiliser pour la photogravure.

Quoique ce procédé ne soit pas encore entré dans la pratique, nous espérons qu’il est appelé à rendre de grands services et qu’il deviendra d’un usage général lorsqu’on sera parvenu à simplifier quelquesunes des manipulations un peu délicates.

GRAVURE PHOTOTYPOGRAPHIQUE

Nous donnons à titre d’exemple les procédés brevetés par M. Michaud.

Premier procédé. — On prend le dessin tel qu’il sort des mains de l’artiste ; ou bien on groupe les objets qui doivent composer le dessin ; on en fait avec précision et à la grandeur voulue un cliché photographique ; ce dernier servira à obtenir une phototypie qui donne, ensuite autant d’épreuves sur papiers de reports, convenablement préparés, que le modèle primitif comporte de couleurs.

D’autre part on a à sa disposition une sorte de presse à taille douce modifiée de la façon suivante : le rouleau supérieur est remplacé par le rouleau à graver, qu’on peut mettre et enlever facilement à l’aide d’une disposition quelconque ; pour cela l’axe ou mandrin du rouleau, qui permet de le manier facilement tourne d’une façon fixe, précise, concentrique dans des coussinets qui reçoivent les extrémités de ce mandrin. D’autre part, le plateau de la presse, qui est solide et a des dimensions convenables, porte en dessous, marginalement, deux crémaillères qui s’engrènent sur les deux extrémités du rouleau inférieur munies de dents ; ces dispositions assurent les mouvements du plateau qui deviennent réguliers et sous des angles toujours égaux. Enfin, une plaque de gutta est collée sur le plateau métallique de façon à égaliser et à uniformiser la pression.

Maintenant, comme les rouleaux doivent subir plusieurs sortes d’opérations pour aboutir à leur gravure, le mandrin qui sert à les manier est en bois ; quand il s’agit de leur argenture ou de leur dorure, ce bois est imprégné d’une solution de paraffine dans la benzine ; on chauffe un peu ensuite pour faire pénétrer.

Le mandrin est en fer plein quand il s’agit de pratiquer les reports en fer aussi pour tout le reste du travail, mais les extrémités seulement, incluses dans le rouleau, remplissent la totalité du trou, ce qui allège les poids souvent considérables de ces masses à graver.

Le rouleau à graver est placé sur un tour simple, après l’avoir muni de son mandrin en bois et décapé d’abord mécaniquement de la majeure partie de ses impuretés, puis dans de l’eau acidulée contenue dans un auget que l’on approche de la surface qui barbote alors partout. Ce décapage est complété et achevé par des tampons recouverts de poudre impalpable d’émeri. Ce rouleau est aussitôt porté dans une cuve rectangulaire en gutta-percha, pour y subir l’argenture.

Si l’on veut obtenir une argenture galvanique solide, non poreuse et propre aux opérations chimiques subséquentes, le rouleau, aussitôt son décapage complet et avant de l’enlever de dessus le tour, subira l'action du nitrate de mercure acidulé et en solution très étendue. La solution de ce corps est placée dans un auget dans lequel on fait tourner le

înf) GRAVURE PHOTOTYPOCRAPHIQUE

cylindre pendant une minute ou deux. On remplace cet auget par un autre rempli d’eau pour laver le cylindre et l’on brillante la surface métallique avec une peau douce.

Le temps nécessaire à l'argenture varie comme la richesse du bain d'argent, et la qualité du courant galvanique ; deux à trois minutes suffisent avec un bain qui doit toujours être très étendu et un courant faible à plusieurs éléments.

L’argenture terminée, le rouleau est sorti du bain, lavé, séché, changé de mandrin, remis sur le tour pour brillanter la surface argentée avec les tampons à poudres impalpables et pour le rendre propre aux reports qui se font aussitôt.

Le rouleau est alors mis en place sur la presse, tout a d’ailleurs été disposé à point : les épreuves phototypiques ont été mouillées uniformément toutes et disposées dans un buvard tenu humide constamment entre deux plaques métalliques ou deux verres ; toutes ces épreuves aussi ont été coupées de mesure^ en tenant compte de l’allongement qu’elles donnent par l’opération du report, si bien qu’en faisant le, cliché photographique du modèle primitif, on tienne compte, non seulement du développement linéaire des rouleaux, mais encore de cet allongement dû à la pression pour pratiquer les reports.

On prend une des épreuves phototypiques, on la place sur un coussin de papier humide à un nombre compté de feuilles, ces papiers sont déposés

sur une toile caoutchoutée, régulière et posée sur le plateau de la presse : le tout est mis perpendiculairement à l’axe du rouleau à l’aide d’une [équerre ; on abaisse le rouleau de façon qu’il arrive toujours au même point de repère pour obtenir la même pression pour tous les reports qui vont suivre ; on fait mouvoir le plateau de la presse, et en un instant le rouleau est couvert de papier de report ; on complète la pression s’il faut pour arriver juste aux reports demandés ; on écarte le cylindre qu’on enlève et qu’on replace sur le tour, où immédiatement on mouille le papier par derrière, à l’aide d’une éponge imbibée d’eau propre ; aussitôt, si on soulève la fedille détrempée, on la voit propre et ayant abandonné la totalité de l’encre qui constitue le dessin de report.

Le report étant sec, on procède à un léger vernissage protecteur, qui consiste à recouvrir uniformément le rouleau de solution étendue de gomme laque :

Alcool fort . 100 gram.

Gomme laque . 3 —

Ce qui se pratique en présentant, comme pour d’autres opérations, au-dessous du rouleau placé sur le tour, un auget qui contient le vernis, pendant qu’on manœuvre le rouleau à un moment donné, on écarte l’auget, on continue les mouvements de rotation, de façon à obtenir une couche égale et mince qui sèche très rapidement.

108 GRAVURE PHOTOTYPOGRAPHIQUE

Tous les rouleaux destinés à recevoir les mêmes dessins sont traités de la même façon, successivement. en prenant des précautions pratiques tout à fait identiques.

Tous les rouleaux argentés et couverts de leurs reports parfaitement nets et visibles, dans leurs demi-teintes comme dans leurs contours, sont ensuite remis entre les mains de dessinateurs habitués à ce travail, lesquels, avec des pointes métalliques en acier, suivront tous les contours. Chaque rouleau mettra ainsi en évidence la couleur qui lui correspond, et comme toujours les fonds seront faits mécaniquement.

La pointe d'acier du dessinateur a pour but de découvrir le cuivre du rouleau, de le mettre à nu. Lorsque le travail est terminé, on fait disparaître l’encre grasse, qui constituait le report, à l’aide d’un simple chiffon imprégné de benzine et d’éther.

On change de mandrin.

A ce moment, on remplit une cuve rectangulaire en gutta d’une solution de sulfate double de mercure et d’ammoniaque; on place successivement chaque rouleau sur la cuve, de façon qu’il repose par son mandrin sur les extrémités de cette cuve. Avec cette disposition, la circonférence seule du rouleau plonge dans la solution merçurique, et, par une agitation continue, à l’aide d’une manivelle qui s’adapte à une des extrémités du mandrin, on obtient une attaque régulière de tous les points découverts par la pointe du dessinateur.

Si l’argenture a été bien faite, on peut prolonger l’action pendant 10 à 13 minutes; ce temps est largement suffisant pour produire une certaine profondeur de gravure, qui sera complétée, comme on va le voir, par une deuxième opération. On soulève le rouleau, on l’essuie et on le place dans l’axe d’une étuve en tôle, sorte de cylindre creux, formé de deux moitiés réunies par des charnières et qui s’emboîtent par leurs bords. On chauffe ce cylindre avec un réchaud à gaz disposé pour cela. Cette étuve, comme on le comprend, peut être en maçonnerie; on la maintient chauffée à 400 degrés centigrades environ.

L’exposition du rouleau dans l'étuve a pour but de faire disparaître en vapeurs le mercure mis en liberté pendant l’attaque de ce rouleau par le bain de sulfate ammonico-mercurique. On le retire après cette volatilisation, et lorsqu’il est refroidi, soit spontanément, soit par immersion dans l’eau, on le place sur le tour, on l’essuie pour le sécher, on le recouvre à l’aide d’un tampon d’une solution de vernis des graveurs dans la benzine, fortement additionné de bitume et d’un peu de paraffine ; on enlève l’excès de vernis avec un autre tampon imprégné d’essence de térébenthine. La surface devient ainsi presque propre pendant que toutes les lignes creusées par le bain mercurique restent remplies de vernis. On fait manœuvrer le tour, on humecte d’eau un bloc de charbon de bois qu’on promène sur toute la surface du rouleau, celui-ci devient propre et parfaitement décrassé.

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On fait de nouveau intervenir le nitrate mercureux, on brillante avec la peau douce et, après avoir changé le mandrin, on soumet le rouleau à un bain de dorure pendant quelques minutes. Le bain d’or est disposé comme le bain d'argent, et les précautions sont les mêmes pour la qualité de l’opération galvanique.

Au sortir de ce bain, on replace le mandrin creux en fer; on essuie le rouleau à l'aide d’une brosse ou d’un linge, on enlève à la benzine et à l’éther le vernis qui garnit les creux. On soumet le rouleau au bain de chlorure ferrique saturé de sel marin placé dans un auget dans lequel on fait tourner le rouleau au moyen d’une manivelle. On arrête l’attaque lorsque la gravure a atteint la profondeur suflisante. On achève par un lavage et le charbonnage pour régulariser les surfaces gravées.

Si les gravures doivent avoir des doubles contours, ceux-ci peuvent se faire avant l’attaque par le perchlorure de fer, à l’aide de la double pointe, qui enlève les pellicules d’argent et d’or superposées, en mettant à nu le cuivre.

On pourrait bien ne pas employer le bain d’or, parce que l’argent est fort peu attaqué par le sel ferrique relativement au cuivre, mais comme l’or résiste parfaitement à ce sel de fer, le travail se fait bien plus pur en employant la dorure.

On pourrait également faire la gravure des rouleaux par le seul bain de mercure et d’ammoniaque, mais ce bain, d’une action plus lente, peut nécessiter

d’ailleurs plusieurs évaporations des vapeurs mercurielles dans l’étuve. Il est vrai qu’on pourrait, pendant l’attaque, employer un rouleau argenté qu’on promènerait sur la surface du cylindre que l’on grave; de cette façon, on enlèverait l’excès de mercure à mesure de sa formation, et la vaporisation à l’étuve ne se ferait qu’une seule fois en dernier lieu.

Mais il est préférable d’employer les moyens combinés du bain mercurique et du chlorure ferrique, plus prompts et plus économiques.

Deuxième procédé. — Ce deuxième moyen de graver les rouleaux est plus rapide que le précédent et moins dispendieux encore.

Le cliché photographique du modèle étant fait, on en fait autant de plaques argentées et iodées que le modèle présente de couleurs. Chacun de ces exemplaires photographiques est traité à la pointe par le dessinateur, mais de façon à ne découvrir, à ne mettre en évidence, qu’une seule des couleurs du modèle.

Les plaques ou clichés négatifs ainsi préparés servent à obtenir ensuite un nombre égal de positifs photographiques, à l’aide desquels on obtient autant de phototypies que l’on applique sur chaque rouleau, au moyen de la presse et avec les précautions relatées plus haut. Chaque report est traité par la poudre de colophane, chauffé pour déterminer la vitrification et soumis à l’action du perchlorure de 1er. On lave ensuite à l’essence et à la benzine et l’on achève à l’eau au charbon pour bien régulariser.

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