‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en relief (volume 2)Chapitre 78 sur 93 · IV. — GLYPTOGR ARME · texte numérisé non relu

IV. — GLYPTOGR ARME

La glyptographie ou glyptigue est l’art de la gravure sur pierre appliquée à l'ornementation. La nain rc de la gravure sur les pierres, les fait diviser en deux grandes sections :

1° Les Intailles ou pierres gravées en creux ;

2° Les Camées ou pierres gravées en relief.

La gravure sur pierres dures remonte aux plus anciens temps connus par les 'monuments historiques, et il est impossible de savoir dans quel pays et à quelle époque elle a commencé à être pratiquée. On peut affirmer que les plus anciennes pierres gravées appartiennent à l’Egypte et sont antérieures à l’arrivée de Joseph dans ce pays.

La glyptique a été cultivée par tous les peuples civilisés de l’antiquité, Ethiopiens, Egyptiens, Indiens, Persans, Etrusques, etc., mais ce n'est qu’entre les mains des Grecs’ qu’elle réunit à l’exécution matérielle la plus parfaite tout ce que le sentiment du beau peut imaginer de plus, délicat.

On sait combien l'usage des pierres gravées était général chez les anciens. Les intailles (pierres gravées en creux), servaient ordinairement de cachets et on les montait presque toujours en anneaux afin de

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pouvoir en faire plus facilement des empreintes. Les camées (pierres gravées en relief), étaient spécialement destinés à orner les vêtements, les bijoux et les meubles précieux. On recherchait également les pierres gravées comme de purs objets d’art dont on faisait des collections. Suivant Pline le naturaliste, Marcus Scaurus, beau-père de Sylla, eut le premier, à Rome, une collection de ce genre. César et Pompée formèrent aussi des cabinets semblables, et pour que les richesses qu’ils renfermaient ne restassent pas enfouies, ils en permirent l’accès au public. Notons, en passant, que le premier consacra dans le temple de Vénus genitrix les pierres gravées que Mithridate avait rassemblées à grands frais et que ce prince perdit avec sa couronne.

Pendant le moyen-âge, les procédés de la glyptique continuèrent à être pratiqués, quoique avec une grande barbarie, par les Grecs de Byzance, mais ils furent oubliés ou du moins très rarement utilisés par les populations de l’Occident. Toutefois, le goût des pierres gravées ne disparut jamais chez le? Latins. En France, en Angleterre; en Italie et ailleurs, on se plut, au moins à partir du vme siècle, à rechercher les beaux produits de la glyptique antique, que l'on appelait camanieux, mais en les convertissant à de nouveaux usages. Quelques grands personnages choisirent des intailles ou des camées pour en faire des sceaux ; mais c’est surtout dans les trésors des églises et des monastères que l’on conservait ces monuments, qu’une piété peu éclairée

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prenait pour des objets de dévotion. l 'Agate de la Sainte-Chapelle qui représente l'apothéose d'Auguste, passait pour le triomphe de Joseph. L'Apothéose de Gcrmanicus, que l’on a vue pendant sept cents ans à l’abbaye de Saint-Èvre de Toul, était regardée comme figurant l’apôtre Saint Jean, et l’on prenait l’aigle impériale pour l’emblème qui accompagne ordinairement cet évangéliste. Une aigue-marine qui représente Julie, fille de Titus, et qui a été longtemps conservée à Saint-Denis, passait pour une image de la Vierge Marie. Enfin, les images de la Victoire ailée, qui sont si corqmunes sur les monuments des derniers temps de l’empire, étaient considérées comme représentant des anges. Une multitude d’autres pierres gravées servaient à orner les châsses, les reliquaires, les croix processionnelles, et, en général toutes les pièces d’orfèvrerie religieuse, et c’est à, cette circonstance que nous devons la conservation des camées les plus célèbres. Les belles pierres, telles que les cornalines, les sardoines et les agates-onyx, étant trop rares pour satisfaire au goût des amateurs, les artistes du moyen-âge exécutaient quelquefois les camées et les intailles sur des coquilles, et ils distinguaient ces imitations des véritables camées, qu’ils appelaient camanieux d'agate.

Au xvc siècle, on tenta en Italie quelques essais pour faire revivre la glyptique, mais, suivant Rasari, elle ne commença à produire des œuvres de quelque mérite qu’après l’avènement du pape

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Martin V, qui monta sur le trône de Saint Pierre en 1417. Toutefois, ce n’est qu’après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, que la restauration eut véritablement lieu. Ces événements ayant forcé les artistes grecs à se disperser, la plupart d’entre eux se réfugièrent dans la péninsule italique, où les graveurs sur pierres introduisirent, sinon le génie de leurs prédécesseurs, qu’ils ne possédaient plus depuis longtemps, du moins les procédés mécaniques de leur profession.

La connaissance de ces procédés suffit, entre les mains des artistes de premier ordre que possédait alors l’Italie, pour faire sortir la glyptique de l’état d’avilissement où elle était plongée. Laurent de Médicis et Pierre, son fils, tous deux amateurs de camées, contribuèrent, plus que tous les autres, à opérer cette révolution, en faisant rechercher avec soin ces monuments, et en attirant auprès d’eux, à Florence, les maîtres les plus habiles de ce temps. C’est à cette école que se formèrent Giovanni, que l’on regarde ajuste titre comme le restaurateur de la glyptique, et le Milanais Domenico. Le premier grava surtout en creux et le second en relief, mais l’un et l’autre avec un tel succès, qu’ils ne sont connus que sous les noms de Giovanni delle Corniole (Jean des Cornalines) et Domenico dé Camei (Dominique des Camées).

Le xvie siècle est l’époque la plus florissante de la gravure sur pierres en Italie. Une multitude d’artistes éminents la cultivèrent : Giovanni, Bernardi de Castel-Bolognèse, Valerio Vicentino, Mateo

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dal Nassaro de Vérone, Alessandro Cesavi, Jacopo Caraglio de Vérone, et Luigi Anichini de Florence sont les plus renommés.

La glyptique pénétra en Angleterre, en Allemagne et en France dans le courant du même siècle. Elle fut introduite dans ce dernier pays par Mateo dal Nassaro que François Ier avait attiré à sa cour et qui, de 1525 à 1517, date de sa mort, porta le titre de Maître de la monnaie de France. Après Mateo, il faut descendre jusqu’à Julien de Fontenay, dit Coldoré, valet de chambre de Henri IV, pour troûvcr le premier Français qui se soit distingué dans la gravure sur pierres.

La glyptique déchut beaucoup au xvnc siècle et perdit même plusieurs de ses procédés, mais elle se releva au siècle suivant. Nous citerons parmi ceux qui contribuèrent le plus à la remettre en honneur, le Milanais Maurice, qui mourut à Rouen en 1732; François-Julien Barrier, graveur ordinaire de Louis XV, mort en 1716; Louis Siriès de Figeac, qui alla former à Florence une école d'habiles artistes ; Jacques Guay, de Marseille, le plus illustre de nos graveurs, qui mourut sous le Directoire ; et surtout Jean-Antoine Pikler, de Brixen, dans le Tyrol, qui travailla à Naples d’abord, puis à Rome, où il mourut en 177!).

Au début, les camées étaient gravés sur des pierres quelconques, et parmi les pierres gravées par des artistes grecs ou romains qui enrichissent les collections, on en trouve beaucoup d’une seule couleur, telle que le saphir ; mais on ne tarda guère à faire choix pour cet objet, de pierres formées de

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couches variées, comme la sardonyx, dont le graveur s’appliquait à faire les plus heureux effets, en détachant en plus clair, en blanc autant que possible, la ligure, les vêtements en une teinte intermédiaire, et réservant peur le fond la couche la plus foncée en couleur, qui formait le repoussoir.

Les pierres sur lesquelles on grave, selon qu’elles sont transparentes, semi-transparentes ou opaques, sont groupées en trois classes : ■

1° Le diamant, le rubis, le saphir, la topaze, l’émeraude, . l’améthiste, l’aigue-marine, le grenat, l’hyacinthe, le cristal de.roche ; 2° la plasme d’émeraude, l’opale, le girasol, l’hydrophane, les agates, la chalcédoine, la cacholong, la sardoine, la cornaline, le jade ; 3° le jaspe vert, jaune, brun, noir, gris, le granit, le basalte, la serpentine, la siénite ; enfin parmi les pétrifications, la turquoise a été souvent employée par les anciens.

Les pierres gravées reçoivent quelquefois des dénominations caractéristiques.

On appelle Scarabées, les pierres qui ont la forme de cet insecte ; Cabochons, les pierres convexes ; Grylli, celles qui offrent des sujets grotesques : Caprices, les sujets groupés d'une manière bizarre ; Chimères, l’association des parties de divers animaux pour en former un de pure invention. Les pierres astrifères sont celles où les astres sont figurés.

En France, l’État encourage la gravure sur pierre, qui a sa place marquée au salon des Beaux-Arts par un prix quinquennal.

GRAVURE EN RELIEF SUR PIERRE

Gravure sur Coquille.

A raison du peu de dureté de la matière dans laquelle il est gravé, le travail du camée-coquille diffère entièrement de celui du camée sur pierre line. Premièrement, l’usage du tour est dédaigné ; quoique, sur le tour, les outils qui ont raison de la nacre même s’ébrèchent sur ces coquilles, on n’a point recours aux meules enduites, de poudre de diamant et autres pour les travailler. : des burins et des grattoirs manœuvrés à la main suffisent.

L’artiste, assis auprès de l’établi, a, rangée devant lui, toute une collection d’outils variant depuis le burin triangulaire de taille raisonnable jusqu’à de véritables aiguilles emmanchées et des limes d’une finesse extrême ; outre un petit tampon de cuir garni d’une planchette de bois sur laquelle est fixé un objet ovale ayant l’apparence d’une très petite plaque d’albâtre, et qui n’est autre qu'un fragment de coquille ayant reçu sa forme générale et dressé pour être gravé. Sur cette petite plaque, l’artiste commence par tracer, à l’aide d’un crayon très fin, les contours du dessin dont le modèle est placé devant lui sur un petit chevalet, ou immergé dans l’eau.

Le dessin terminé, il abandonne son crayon, qu’il remplace par un de ses outils à pointe imperceptible, avec lequel il suit en grattant les lignes tracées parle crayon, puis il emploie un outil plus fin encore pour creuser plus profondément les lignes du contour.

GLYPTOGRAPHIF.

Pendant cette opération, l’artiste porte une loupe enchâssée dans l’arcade soucilière : il suspend fréquemment son travail pour en examiner les progrès et en scruter avec beaucoup d’attention les résultats ; puis il reprend, avançant avec lenteur et précaution, grattant sur la même ligne encore et encore, et s’arrêtant de nouveau, presque à chaque coup de grattoir, pour se rendre compte des effets obtenus. L’office du second outil étant terminé, il en prend un plus fin, recommence le même jeu, et ainsi de suite jusqua ce que la série tout entière y ait passé et que le profil du portrait qu’il avait tracé au crayon sur la petite plaque — car c’est presque toujours d'un portrait qu’il s’agit, réel ou imaginaire — se détache nettement, entouré d’une fine et étroite ligne creuse.

Alors le burin et l’échoppe sont mis en réquisition et s’escriment sur la partie de la plaque qui entoure le dessin, taillant et grattant : la surface blanche perd bientôt de sa netteté et devient plus sombre, puis d’un brun foncé, faisant ressortir en vigueur la tête blanche en relief découpée dans la couche supérieure de la coquille. Les grattoirs recommencent leur œuvre sur cette figure, à laquelle il s’agit de donner les reliefs, les rondeurs et les creux de la nature, sans dépasser la couche blanche sur laquelle elle a été dessinée ; les cheveux, la portion de vêtement qui accompagne la figure, si petite soit-elle, sont au contraire grattés un peu plus avant, dans la seconde couche ; mais les bords de la miniature doivent toujours être coupés nets et à angle droit,

GRAVERE EN RELIEF SFR PIERRE

depuis la première couche, avec le champ brun foncé exhumé de la troisième, autrement les contours apparaîtraient indécis ; la couche blanche étant partiellement transparente, si les contours de la figure en relief s’arrondissaient par degrés sur le fond de couleur sombre, ils s'y noieraient forcément par l’effet de cette transparence. C’est, ce qui fait que les bords d’un camée sont toujours blancs, c’est-à-dire que l’action du grattoir s’est, arrêtée à la première couche, bien qu’en dedans de ces limites il ait pu fouiller jusqu’à la seconde.

Le fond de la miniature est terminé, autant que possible, à coups d’échoppe tranchante. Cette manière de procéder donne un fond un peu inégal, ondé, facile à reconnaître en y regardant de près ; c’est peut-être un défaut, meus il est compensé par un très grand avantage, qui est de faire reconnaître à première vue le vrai camée, d’un seul morceau, des camées rapportés, supercherie fréquente dans le commerce des camées en pierre dure. .

L’ouvrage terminé, on donne le poli avec la potée d’étain appliquée à sec à l’aide d’une brosse un peu dure, mais .en y mettant beaucoup de soin, attendu la nature de la matière, qu’un rien pourrait altérer en détériorant le travail d’une manière irrémédiable (1).

Des camées en lave du Vésuve, matière tendre présentant des couches nuancées différemment, sont gravés par des artistes napolitains, suivant des procédés analogues à la gravure sur coquille.

(1) Adolphe Bitard. Les Arts et Métiers illustres.

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