CHAPITRE X Gravure de la musique
La gravure de la musique se distingue des autres genres de gravure que nous avons décrits précédemment, en ce qu’on ne se sert pas du burin pour graver les notes et les signes qui constituent l'alphabet jnusical, mais de divers poinçons, comme nous en avons déjà vu pour la gravure des signes topographiques. Il est vrai que les portées sont faites au moyen d’une griffe à plusieurs pointes, et que les queues des notes, les séparations des mesures et les liaisons sont exécutées avec une échoppe ; mais ce genre de gravure ne peut être assimilé à aucune des opérations de la taille douce.
On peut penser que ce travail est purement manuel et qu’il ne demande aucun effort d’intelligence de la part de celui qui l’exécute. Il a cependant des principes, que nous allons développer dans ce chapitre, et, en outre, il demande au graveur du goût, du soin et de la pratique.
Longtemps, la gravure de la musique a été traitée avec une négligence qui ne semblait guère en rapport avec les perfectionnements qui lui ont été apportés depuis un demi-siècle, ni le degré de clarté et d’élégance qu’ont su lui donner quelques artistes consciencieux et habiles, depuis M. Richomme père jusqu’à présent. Cependant, l’ancienne gravure avait un. ensemble qui manque à la gravure moderne et qui est regrettable. Ainsi, le discours, c’est-à-dire les
NOTATION DE LA MUSIQUE
paroles chantées ou les termes italiens employés pour désigner les nuances, qui est maintenant frappé, était alors gravé au burin et offrait un aspect préférable à l’œil. Mais, la grande quantité de musique mise dans le commerce a fait adopter le moyen plus expéditif et moins coûteux des poinçons.
La gravure de la musique demande quelques connaissances préparatoires sur les principes de notation musicale qui ne doivent pas être ignorées des personnes qui l’exécutent. Quoiqu’au premier abord elles puissent paraître étrangères au sujet traité dans ce chapitre, nous les croyons si nécessaires pour son intelligence que nous ne pensons pas pouvoir nous dispenser d’en donner ici un exposé succinct.
Notation de la musique.
Les 'portées (fîg. 62) sont des lignes parallèles qui
1? Interligne
Fig. 62.
servent à placer les notes et les clés pour leur donner une valeur. On les compte de bas en haut. Elles sont au nombre de cinq dans la musique ordinaire, et de quatre seulement dans le plain-chant.
L'espace ou interligne est le blanc qui se trouve entre les lignes de la portée ; les lignes et les espaces se nomment degrés. Le dessous de la première ligne et le dessus de la cinquième sont aussi des degrés. La portée de cinq lignes contient donc onze degrés qui donnent la place à onze notes. Les lignes
Ligne... ïf ’
GRAVURE DE LA MUSIQUE
ajoutées (fig. 63) servent à augmenter les degrés et la place des notes.
Fig. 63.
Il y a trois sortes de clés : la clé de sol (fig. 64), la clé de fa (fig. 63) et la clé d'ut (fig. 66 et 67).
Fig. 64
La clé de sol a deux positions : sur la première et sur la deuxième ligne; la position sur la deuxième ligne est la seule usitée maintenant.
La clé de fa a également deux positions : sur la troisième et sur la quatrième ligne ; cette dernière est généralement adoptée aujourd’hui.
Do
La clé d'ut a quatre positions différentes : sur la première, la deuxième, la troisième et la quatrième
Fig. 65. Fig. 66. Fig. 67.
NOTATION DE LA MUSIQUE
ligne. Elle est principalement en usage dans la musique de plain-chant'; on l’emploie moins dans la gravure de la musique ordinaire.
Il existe deux sortes de clé d'ut : celle qui est représentée par la fig. 66, et qui est connue par les graveurs sous le nom de chaise, est la plus usitée en France; l’autre, représentée par la fig. 67, est plus usitée en Allemagne, ce qui lui a tait donner le nom d 'allemande. On la trouve fréquemment dans la musique ancienne.
Il n’y a donc jamais de clé sur la cinquième ligne.
On verra dans la figure 68 que la ligne sur laquelle est posée la clé de sol traverse la partie arrondie de cette clé ; que la ligne sur laquelle est placée la clé de fa passe entre deux points, et que la ligne sur laquelle est placée la clé d'ut traverse une ouverture qui existe au milieu de cette clé.
Comme on le voit dans la figure précédente, chaque clé donne son nom à la note qui occupe la même ligne qu’elle, et l’on part ensuite de cette note, en suivant l’ordre des degrés, pour connaître le nom des autres. Il y a sept notes, do, ré, mi, fa, sol, la, si.
Do ré mi fa sol la si do
Fig. 69.
C’est la place que chaque note occupe sur la portée (fig. 69) qui lui donne son nom.
Après la dernière des sept notes, le si, on recommence par la première, le do, ce qui donne une suite
GRAVURE DE LA MUSIQUE
de huit notes qu'on appelle la gamme. Ces huit notes gardent entre elles un rang qui est déterminé par la place que chacune d’elles occupe dans la gamme. Ainsi l’on dit : première note de la gamme, deuxième note de la gamme , et ainsi de suite.
Il y a autant de gammes que de notes ; chaque gamme porte le nom de la note par laquelle elle commence : on appelle gamme de do celle qui commence par un do, gamme de ré, celle qui commence par un ré, et ainsi de suite jusqu’à la huitième que l’on nomme réplique.
On nomme valeur la durée ou le temps que le son de chaque note doit avoir ; cette valeur est déterminée par la figure de la note. Les figures des notes
La Ronde
Egale une
Pause.
La Blancbe
Egale une
Demi . pause.
La Noire
Egale un
Soupir.
La Croche
Egale un
Demi-soupir.
La Double croche
Egale un
Quart de soupir.
La Triple croche
Egale un
8"”’ de soupir
La Quadruple croche *
Eg3le un
16“' de soupir.
Fi
sont au nombre
de sept
: la ronde,
la blanche,
noire, la croche, la double croche, la triple croche et la quadruple croche (fig. 70).
NOTATION DE LA MUSIQUE
La ronde représente la plus longue durée du son ; la blanche , une durée moins longue de moitié que la ronde ; la noire, une durée moins longue de moitié que la blanche, et ainsi de suite pour les autres notes, qui ont chacune une valeur moindre de moitié de celle qui la précède.
Pour marquer les moments plus ou moins longs de silence, on emploie aussi des signes qui en indiquent la durée. Ces signes, au nombre de sept (fig. 70), correspondent aux sept figures des notes qu’ils remplacent. Ce sont : la pause, qui remplace la ronde ; la demi-pause, qui remplace la blanche ; le soupir, qui remplace la noire ; le demi-soupir, qui remplace la croche ; le quart de soupir, qui remplace la double croche : le huitième de soupir, qui remplace la triple croche ; le seizième de soupir, qui remplace la quadruple croche.
La pause se place au-dessous de la troisième ligne et la demi-pause au-dessus de cette ligne, les autres signes se placent sur la même ligne.
Un point placé après une note accroît la durée de cette note de la moitié de sa valeur (fig. 71).
rr-G - -
rr-
vam
Fig. 71.
Quelquefois, la note est suivie de deux points. Dans ce cas, le premier point vaut la moitié de la note et le second point vaut la moitié du premier, de sorte qu’une note suivie d’un double point est augmentée des trois quarts de sa valeur. Un point placé
GRAVURE DE LA MUSIQUE
après un silence influe sur ce signe comme sur une note, c’est-à-dire qu’il augmente de moitié la durée de ce silence.
Un 3 placé au-dessus ou au-dessous d’une suite de notes de valeurs semblables, indique que trois de ces notes ont la valeur de deux , sans que la mesure en soit modifiée ; c’est, le triolet (fig. 72). Un 6, placé au-dessus d’une suite de notes dans la même condition, indique qu’il faut exécuter six notes aussi vite que (]uat7'e.
Pour toutes les notes dont la valeur se trouve divisée, soit entre plusieurs mesures, soit entre plusieurs temps, ou même en plusieurs portions de temps de manière qu’elles soient coupées , on emploie
Syncope Syncope Syncope
Fig. 73.
la syncope , ligne courbe qui les réunit en dessous ou en dessus (fig. 73). Ainsi, deux notes, posées sur le même degré et réunies par une ligne courbe ou liaison, n’en représentent qu’une, qui doit soutenir la durée de deux. Lorsque, dans une mesure, une blan-
NOTATION DE LA MUSIQUE
che est renfermée entre deux noires, cette blanche est syncopée , parce qu’elle est coupée en deux, à la moitié de la mesure ; il en est de même des notes d’autre valeur.
La mesure est une division de la phrase musicale en plusieurs parties ; elle se partage en temps. Les mesures sont indiquées, soit au commencement d’un morceau de musique, soit à divers endroits du morceau, lorsque la phrase musicale est terminée et qu’une nouvelle phrase commence et quelquefois à certains endroits de la même phrase. En tous cas, les changements de mesure sont toujours précédés d’une double division. Les principales mesures sont à deux temps, à trois temps et à quatre temps ; les autres mesures dérivent de ces trois grandes divisions. Elles sont notées en chiffres ou en signes. Ainsi \ indique la mesure à deux temps, 3 ou \ la mesure à trois temps, 2 ou Q la mesure à quatre temps, g est une mesure à trois temps, g une mesure à deux temps en triolets, g une mesure à trois temps en triolets, g2 une mesure à quatre temps en triolets.
Pour rendre les mesures plus sensibles à la vue, on place sur la portée des divisions verticales qui servent à séparer les mesures les unes des autres, comme on le voit dans la fig. 73.
Il existe plusieurs sortes de renvois : le signe indique que l’exécutant doit recommencer certains passages. Les lettres D C (da capo), placées à la fin d’un morceau, indiquent qu’il faut recommence à partir du commencement. Dans ce dernier cas, à la fin de la phrase musicale se trouve une double division verticale surmontée du mot FIN. Quand il existe deux
GRAVURE DE LA MUSIQUE
points de chaque côté de la troisième ligne de la portée (fig. 74), à côté de deux barres de division, ils
Fig. 74.
indiquent que la phrase suivante doit être recommencée jusqu’à l’endroit où se trouvent des points semblables. Quand il y a deux points des deux côtés des barres de division, ils indiquent qu’il faut exécuter deux fois la partie du morceau qui les précède et deux fois l’autre partie du morceau qui les suit.
Les accolades (fig. 75 et 76) sont des lignes qui réunissent plusieurs portées à la fois ; elles indiquent que la musique qu’elles renferment doit être exécutée d’ensemble et dans la même mesure. On les emploie principalement pour la musique concertante et d’orchestre, pour la musique de piano, dans laquelle les deux mains jouent simultanément, et dans la musique de chant, accompagnée par le piano ou un autre instrument.
NOTATION DE LA MUSIQUE
Les liaisons sont des espèces d’accolades d’une forme différente (fig. 77), qui indiquent que toutes
Fig. 77.
les notes qu’elles réunissent doivent être liées. Au contraire, les notes détachées sont, indiquées par des points placés sur ou sous les notes (fig. 78).
Fig. 78.
Les notes sont souvent haussées ou baissées d’un demi-ton ou d’un ton, suivant la modulation de la phrase musicale. Ces accidents sont représentés par les signes suivants :
Le dièze # qui hausse la note d’un demi-ton ; le double dièze ## ou X qui la hausse d’un ton ; le bémol p qui la baisse d’un demi-ton; le double bémol pp qui la baisse d’un ton; enfin le bécarre $ qui la remet en son état naturel.
Nous avons dit que toutes les notes de la musique étaient frappées au poinçon. Il n’y a rien à y ajouter lorsqu’il s’agit des rondes, ce qui est l’exception; pour toutes les autres notes, il faut y ajouter une queue. On la grave à droite de la note pour les basses et à gauche pour les dessus ; la planche étant gravée à l’envers, ces queues viennent au tirage dans le sens opposé.
GRAVURE UE UA MUSIQUE
Dans la musique de chant, on ne lie pas entre elles par des barres les notes affectées à des syllabes différentes ; on ajoute aux queues de petits crochets, comme on en voit dans la fig. 70. La croche est munie d’un crochet, la double croche de deux crochets, la triple croche de trois crochets, la. quadruple croche de quatre crochets. Dans la musique instrumentale, on assemble les croches au moyen de barres, ce qui simplifie la lecture (fig. 79).
Fig. 79.
Une barre tracée sur les queues de plusieurs noires les transforme en croches ; deux barres en fait des doubles croches ; trois barres des triples croches ; quatre barres des quadruples croches.
Une barre tracée sur la queue d'une blanche indique qu’il faut faire quatre croches au lieu de la blanche; tracée sur la queue d’une noire, elle indique qu’il faut faire deux croches au lieu de la noire.
Deux barres tracées sur la queue d’une noire la changent en doubles croches; trois barres en triples croches ; quatre barres en quadruples croches.
Toutes les barres sont frappées avec des poinçons plus ou moins longs suivant le nombre de notes qu'elles réunissent.
NOTATION DE LA MUSIQUE
On frappe quelquefois sur la portée des barres verticales placées entre la seconde et la quatrième ligne ; elles indiquent qu’on doit répéter les notes gravées autant de fois qu’il est nécessaire pour compléter la mesure (fig. 80).
Fig. 80.
Pour abréger la gravure, lorsque la même mesure est répétée plusieurs fois consécutivement, on frappe au-dessus de la portée le nombre de mesures pendant lequel elle devra être répétée. Dans les morceaux concertants, un instrument reste quelquefois inoccupé pendant une phrase ou une partie de phrase ; en ce cas, on l’indique comme le représente la fig. 84.
Fig. 81.
Il existe encore d’autres abréviations dans là gravure de la musique. Les principales sont :
Le point d'orgue : 'T'
Les notes accentuées : A note forte ; > note plus forte que la suivante; < note plus faible que la suivante; ï note pesante (loure) ; 1 note piquée ; * note détachée.
La note arpégée : $ .
Le crescendo : - - .
Le decrescendo ou diminuendo : ~
GRAVURE DE LA MUSIQUE
l'appogiature : (Petite note précédant la note
principale et jouée en triolet avec la principale).
I.e grupetto : r\j. (Groupe de petites notes précédant la note principale et la suivant.
Le trille : (Appogiature prolongée).
Les octaves : 8a """ , 8a bassa .
Enfin, pour la musique de piano, la pédale : Ped ou -;|f.
Nous croyons avoir indiqué les signes qui sont employés le plus ordinairement dans l’écriture de la musique. Leur connaissance peut suffire dans presque tous les cas au graveur; mais il est cependant utile qu’il possède des notions assez étendues de l'art qu’il reproduit, afin de n’éprouver aucune incertitude dans l’interprétation des manuscrits qui lui sont confiés, de ne pas commettre d’erreurs ni de contre-sens, et de se rendre compte du travail qu’il exécute.
Tous les signes de la musique sont frappés au moyen de poinçons ; il en est de même des lettres qui accompagnent la notation, soit pour le chant, soit pour diverses modifications dans le mouvement et dans l'accentuation. Voici les principales abréviations de la musique gravée ; elles proviennent toutes de mots italiens, la langue italienne étant généralement adoptée comme langue musicale.
Piano.
Doucement.
Pianissimo.
pp
Très doucement.
Forte.
Fort.
Fortissimo.
îf
Très fort.
Sforzando.
Sforz
En forçant.
Rinforzando.
Rinf
En renforçant.
Smorzando.
Smorx ;
En mourant.
Ritardendo.
Ritard
En retardant.
Rallentendo.
Rail
En ralentissant.
Accelerando.
Accel
En accélérant.
Ad libitum.
Ad lib
A volonté.
Indépendamment de ces abréviations usuelles, qui sont frappées dans le corps de la musique, il existe un certain nombre de mots italiens adoptés pour indiquer les différences de nuances et de mouvement. Ces mots existent dans toutes les Méthodes, ce qui nous engage à ne pas les reproduire ici in-extenso. On les trouvera au besoin dans le Manuel simplifié de Musique, qui fait partie de cette Collection de Manuels.
Outillage.
Les outils employés le plus fréquemment par le graveur de musique sont les suivants :
Un tas d’acier (fig. 82) pour dresser les planches, les planer, et repousser les empreintes trop prononcées des poinçons. Fig. 82.
Un marteau à planer (fig. 83).
Fig. 83.
Un tire-ligne pour tracer les portées. C’est une lige d’acier emmanchée, recourbée et terminée par une Graveur. — I. 20
GRAVURE UE LA MUSIQUE
griffe à cinq pointes aiguës et coupantes (fig. 84), oi bien simplement une sorte de lame aussi recourbét et formant un crochet pointu et coupant.
Fig. 84.
Des poiûçons d’acier, de 6 à 8 centimètres de longueur, représentant les divers caractères d’écriture. 1 les accolades, les notes, les clefs et tous les accidents de la musique (fig. 85).
Fig. 85.
Une masse en acier, pour frapper les poinçons. ••
Fig. 86.
Une ou plusieurs équerres de métal. Les meilleures sont formées d’une règle d'acier montée sur un talon de cuivre (fig. 86).
Une planche à rayer , d’une dimension plus grande que les planches d'étain, et sur laquelle se fixe, au
PRINCIPES DE GRAVURE
moyen d’écrou, une règle d’acier sous laquelle coule la planche, et qui sert à tracer les lignes avec le crochet ou tire-ligne.
Un grattoir , comme celui des graveurs en taille douce (fig. 87).
Fig. 87.
Un compas à vis , comme celui des graveurs de lettres (fig. 88), qui, dans beaucoup de cas, est, par plusieurs graveurs, remplacé par. des compas ordinaires. v J
Des échoppes de différentes grosseurs, 1 1
faites pour graver les croches ; elles sont I 1 larges et longues (fig. 89). "w4l
Fig. 89.
Des onglettes, lames pointues et Iran- Fig. 88. chantes.
Des pointes à tracer, pointues et peu coupantes.
Principes de gravure.
On se sert ordinairement, pour graver la musique, de planches d’étain, que l’on trouve toutes préparées et prêtes à recevoir le travail du graveur chez le planeur qui façonne également les planches de cuivre et d’acier. Il est rare qu’on emploie le cuivre. Autre-
GRAVURE DE LA MUSIQUE
fois, ce métal pouvait être préféré à l’étain lorsqu’on tirait la musique à la presse de taille douce, à cause de sa plus grande résistance à l’écrasement; mais depuis qu’on reporte sur pierre les planches de musique gravées et qu’on les tire en lithographie et à la machine, ce qui a de beaucoup réduit les frais du tirage, on ne se sert plus que des planches d’étain.
On commence la gravure par tracer, avec l’équerre et une pointe, un cadre qui détermine les marges, en laissant un peu plus d’espace en haut de la planche que dans le bas; on indique, à l’aide du compas, les distances qui doivent séparer les parties ; cette opération s’appelle pointer (1); puis, avec l’équerre et le tire-ligne, ou bien avec la planche à rayer, on les grave en appuyant assez fortement l’outil et le glissant le long de la règle, de l’un à l'autre côté de la planche. 11 faut tenir le tire-ligne bien d’aplomb, de manière qu’il n’éprouve pendant son trajet ni secousses ni dérivations. Comme je l’ai dit plus haut, il y a des graveurs qui répugnent à se servir de la griffe, et qui préfèrent diviser au compas les écartements désalignés des portées, et les tracer ensuite avec le crochet simple. La griffe a le désavantage d’exiger beaucoup de force pour tracer les cinq lignes à la fois, et souvent on est obligé de reprendre plusieurs de ces lignes qui sont mal gravées.
On trace encore plusieurs lignes à la droite de la planche, pour placer les clefs, les dièses et les bémols qui sont à côté de la clef.
C’est sur la première de ces lignes que l’on pose perpendiculairement toutes les clefs les unes sous les
(1) Pour le piano on trace une ligne à la droite de la planche, afin de ménager la place des accolades.
PRINCIPES DE GRAVURE
autres, après les dièses et bémols; une autre ligne sert à appuyer les premières notes de chaque portée.
Les mots piano ou violon , qui se gravent au haut de la planche, doivent être exactement au milieu.
On dispose ensuite, avec une pointe, les titres, les autres lettres et la musique, de manière à leur donner à peu près leur forme pour pouvoir bien les reconnaître et ne faire aucune méprise en les frappant ; on trace un ovale pour indiquer la place des notes, et l’on pose un point dans celles qui doivent être blanches, ou bien on les traverse d’une barre, afin de les distinguer des noires.
Toutes les notes et signes doivent être bien également espacés avec goût et symétrie, de manière que toute la planche soit bien également chargée.
Il est nécessaire, en disposant, de tracer de suite la barre qui sépare les mesures, quoiqu’elle ne se frappe pas, afin qu’elle se trouve bien au milieu de l’espace compris entre la note qui finit une mesure et celle qui commence la suivante.
Sur une planche pour le piano, on dessine d’abord tous les passages les plus serrés; on monte ainsi d’une portée à l’autre, selon que le trait contient le plus de notes.
Il faut faire en sorte que les valeurs correspondantes se trouvent bien les unes sous les autres^
Lorsque la disposition de toutes les parties de la planche est terminée, on passe au frappage; et, pour cela, on pose la planche sur un marbre : on assure le poinçon de manière qu’il ne puisse ni varier ni tourner dans les doigts, et à ce qu’il soit parfaitement perpendiculaire ; on le frappe d’abord d’un léger coup de masse qui doit l’assurer sur la planche, et d’un
GRAVURE DE LA MUSIQUE
second coup sec et assez vigoureux qui doit marquer l’empreinte.
On commence par frapper les lettres sur les lignes parallèles tracées pour les recevoir, et tous les mots qui se trouvent sur la planche, puis les clefs, les dièses et les bémols, et enfin les notes.
A mesure que l’on frappe, la planche se détend et se courbe ; on évitera une partie de cet inconvénient, en plaçant dessous un chiffon qui aidera à la relever et à la remettre de niveau.
Lorsque le frappage est terminé, on redresse entièrement la planche en la plaçant sur le tas et la battant à petits coups de marteau sur le côté opposé à la gravure; on fait disparaître ainsi les aspérités produites par les poinçons.
Les coups de marteau doivent être bien réguliers et de même force ; l’instrument doit être conduit par le mouvement du poignet seulement.
On coupe enfin les queues avec le burin, et les barres et croches avec les échoppes; mais comme ces outils produisent des pleins très larges, et qui, s’ils étaient polis, ne pourraient retenir l’encre d’imprimeur, on donne à la main, tout en poussant l’outil, un balancement de droite à gauche, qui écorche et déchire le fond de la taille de manière à lui donner en largeur les inégalités que l’on fait à l’aide du burin, et dans le sens de leur longueur, au fond des grosses lignes gravées sur le cuivre.
On rentre les lignes des portées qui ont été fatiguées par le travail précédent, avec une onglette, on ébarhe le tout avec le grattoir, et on brunit de nouveau la surface de la planche ; mais comme les opérations du planage et de l’ébarbage peuvent endorn-
PRINCIPES DE GRAVURE
mager ou trop affaiblir quelques parties de la gravure, on la termine en l’examinant avec attention, et en la retouchant avec des burins.
Les têtes ou petites barres qui se mettent aux notes placées dessus ou dessous les portées, se font avec une échoppe.
Lorsque la planche est entièrement coupée, on repasse les traits d’échoppe en rentrant l’instrument dans la taille, dans le sens contraire à celui dans lequel il a été conduit d’abord : cette opération, qui est négligée dans les ouvrages courants, donne à la gravure un fini très avantageux.
Il ne reste plus qu’à brunir, ce qui se fait avec un brunissoir que Fou frotte de biais sur toute la surface de la planche, pour éviter de rayer ou d’effacer la gravure.
On voit ensuite si rien n’est altéré et ne demande quelques coups de burin, et le travail est terminé.
Gomme on peut s’en rendre compte, ce genre de gravure s’exécute très rapidement. Il demande de la part du graveur qui l’exécute une certaine habitude et une connaissance parfaite des outils qu’il emploie et du parti qu’il peut en tirer pour reproduire le manuscrit qui lui est confié assez clairement pour en faciliter la lecture aux artistes qui l’exécutent. Il doit apporter la plus grande attention dans la distribution des mesures et s’attacher à terminer la phrase musicale à la fin de la page qui devra être tournée.