‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 16 sur 122 · IV. — Cuivre pour la gravure · texte numérisé non relu

IV. — Cuivre pour la gravure

Pour la gravure au burin, on emploie généralement des plaques de cuivre rouge ; c’est pourquoi on a donné le nom de chalcographie à ce genre de gravure. Cependant, quelques graveurs célèbres, ont employé le bronze et le cuivre jaune ou laiton; mais ces alliages sont abandonnés maintenant.

r.UIVRE POUR LA GRAVURE

Le choix du cuivre est une des opérations les plus importantes de la gravure, et les artistes doivent apporter la plus grande attention à s’assurer de la bonne qualité du métal, et du soin qu’on a mis à le préparer ; aussi croyons-nous utile de donner ici quelques détails sur les procédés employés à la confection des planches à graver.

Le cuivre, qui sert ordinairement à la gravure en taille douce, se trouve dans le commerce en feuilles laminées de 1 m. 40 sur 1 m. 15.

Voici le poids de ces feuilles :

Épaisseur.

Poids.

1/4 raill .

Le cuivre, pour réunir toutes les qualités nécessaires à donner de bonnes gravures doit être plein, liant, très serré, sans être aigre. Les moyens propres à bien connaître et apprécier les cuivres rouges, qui présentent toutes ces conditions, sont les suivants :

On peut d’abord se servir d’un burin que l’on promènera sur le cuivre en faisant aigre, le bruit que fera le burin en coupant le métal, et le sentiment de la main de l’artiste indiqueront suffisamment sa nature.

Outre les moyens physiques pour apprécier la qualité des planches de cuivre, on peut aussi faire usage des moyens que fournit la chimie. L’un d’eux, extrêmement simple, et qui réussit constamment, consiste à verser sur les bords de la planche quelques gouttes d’acide nitrique étendu d’eau ; on

GRAVURE AU BURIN

laisse cet acide en contact avec la planche, pendant 13 à 21) minutes, à la température ordinaire ; et, après avoir lavé, avec de l’eau ordinaire, le sel formé par l'action de l'acide nitrique sur le cuivre, on juge facilement de l'homogénéité de ce métal en examinant la partie mordue, à l'aide d’une loupe ; si l’on verse l’acide dont nous venons de parler sur le coin d'une planche vernie et chargée de quelques traits, on appelle cette opération cuivre à l'épreuve ; en effet, en dévernissant cette partie de la planche, on juge approximativement du résultat que l’on obtiendra dans le cours des travaux de morsure.

Quand on prend le cuivre brut, il faut le choisir d une forte épaisseur, parce que celle-ci diminue par l’opération du planage et du polissage. Cette opération, qui sert à rendre le cuivre propre à graver, se compose de plusieurs préparations qui sont du ressort de l’art du planeur, et méritent néanmoins de lixer l'attention du graveur, par les conséquences qu’elles peuvent avoir sur son œuvre quand elles sont plus ou moins bien faites.

On coupe dans une table de cuivre les morceaux de la grandeur convenable aux objets qu’on veut graver. Un de ces morceaux choisi, est fortement battu sur une enclume ou tas, large, carré et bien dressé, d’abord avec un marteau de moyenne surface, un peu arrondi et dont l’action est de refouler, de presser toutes les parties du métal, afin de lui donner plus de dureté et de consistance.

Le battage a pour but de dresser la planche et d’abaisser toutes les inégalités. Il se fait au moyen d’un marteau large et plat, sur une enclume large, plate et bien dressée.

CUIVRE POUR LA GRAVURE

Le grattage est destiné à enlever la pellicule superficielle de la planche, et à mettre le cuivre à nu sur toute son étendue. Pour cela, on choisit le plus beau côté de la planche, on la fixe sur une table, ce côté en-dessus, et on y passe le grattoir (fig. 8) à larges coups, bien égaux. On la bat de nouveau, mais moins fortement que la première fois.

Le polissage a pour mission de rendre la face grattée bien unie. La .planche est fixée sur une table inclinée et frottée avec un bloc de grès plat et de l’eau propre, d’abord en long puis en travers, jusqu’à disparition des inégalités. Alors on substitue au grès un morceau de pierre ponce que l’on promène sur la planche en tout sens, pour effacer les rayures causées par le grès. Enfin on remplace la pierre ponce par la pierre douce (émeri très fin) dont on frotte, sans appuyer, la surface de la planche de façon à enlever les dernières rayures ainsi que tous les corps étrangers qui pourraient s’y trouver.

La. planche doit maintenant présenter une surface assez belle, mais portant encore des rayures, fines à la vérité, mais trop profondes pour permettre d’espérer qu’elles ne paraîtront pas à l’impression ; il faut donc les faire disparaître, et, pour y parvenir, on procédera à un polissage, fait comme les précédents, mais avec une pierre à aiguiser, dite pierre douce. On lavera le cuivre à grande eau, afin de le débarrasser de toute la poussière et de tous les corps étrangers ou mobiles qui auraient pu résulter du polissage.

On passe enfin à la dernière opération, qui consiste dans un nouveau polissage fait au charbon (I). Pour

(1) Le charbon de saule bien doux ou de fusain sont ceux qui servent ordinairement aux planeurs en cuivre. Pour l’obtenir, il

GRAVURE AU BURIN

l’exécuter, il faut choisir un morceau de charbon du plus gros diamètre, ferme, qui se soit maintenu au feu sans se fendre ; on le tiendra fortement avec la main, et l’on en frottera la planche, en appuyant sur une de ses cornes ou angles, en le dirigeant verticalement et parallèlement, jusqu’à ce que toutes les traces qui existent encore sur la planche disparaissent entièrement.

S'il arrive que le charbon ne fasse que glisser sur le cuivre, sans y mordre, c’est un signe qu’il n’est pas bon ; il faut le rejeter et en choisir un qui, passé sur le cuivre avec de l’eau, présente une certaine résistance et donne l’effet que produirait une lime extrêmement fine ; si, au contraire, le charbon était trop âcre ou trop rude, et qu’il mordît trop sur le métal, il ne permettrait pas non plus d’obtenir un beau poli.

Le, cuivre étant ainsi bien charbonné, il peut recevoir le travail du graveur ; cependant on lui fait souvent subir encore une autre opération, qui est le brunissage. ■

Après l’avoir très légèrement enduit avec de l’huile d’olive, on le frotte encore avec l’instrument nommé brunissoir , en le dirigeant, non dans le sens de la largeur ou dans celui de la longueur, comme on l’a fait avec le grès, la pierre ponce, la pierre douce et le charbon, mais de biais, c’est-à-dire diagonalemont d’un angle à l’autre.

faut d' abord ratisser l’écorce du bois, puis ranger les morceaux dans du feu que l’on couvrira de charbons allumés, et de cendre rouge par-dessus, de sorte qu'ils puissent y demeurer sans avoir de contact avec l’air. Après une heure ou une heure et demie, suivant la grosseur des charbons, on retirera les charbons du feu et on les jettera tout ardents dans de l’eau ou dans de l’urine, où on les laissera refroidir.

CUIVRE POUR LA GRAVURE

Lorsqu’on reçoit le cuivre tout préparé de la main du planeur, comme cela a lieu le plus ordinairement, il faut faire attention à ce qu’il soit bien ferme, sans cependant être trop dur, car alors les burins y perdent leur pointe ; s’il est, au contraire, trop mou, il subit mal Faction de l’eau-forte, produit un trait inégal, et est bientôt usé à l’impression.

Ces opérations peuvent être faites au moyen de machines semblables à celles que l’on emploie pour dresser les pierres lithographiques ou les planches de zinc.

On enduit le cuivre d’une couche très légère d’huile d’olive et on le frotte d’un angle à l’autre avec le brunissoir. Finalement, la planche est essuyée avec un chiffon propre.

Ordinairement, le graveur reçoit du planeur les planches toutes prêtes à être gravées.

Plaques de cuivre électrolytiques. — Les planches de cuivre employées par les graveurs exigent des qualités que les procédés de la métallurgie réalisent difficilement. Le cuivre,' même le plus pur, contient d’autres métaux qui rendent le maniement du burin difficile et l’action de l’eau-forte irrégulière. Il n’en est pas de même du cuivre électrolytique, obtenu par les procédés de l’électro-métallurgie, qui a pris, ces derniers temps, un grand développement : ce cuivre est absolument pur et présente toutes les qualités qu’exige le travail minutieux de la gravure.

Nous allons indiquer comment on obtient ces planches.

Voici le procédé Marchese, tel qu’il est appliqué à l’usine de Sestri-Levante (Société anonyme Di minière di Dame e di Elettro metaliurgia, de Gènes).

Graveur. — I. 3

GRAVURE AU BURIN

Les minerais de cuivre sont fondus dans un petit four à manche alimenté par un ventilateur ; le four reçoit environ 15 tonnes de minerai par 24 heures et produit à peu près 50 plaques de 80 kilog. chacune. (Ces plaques ont pour composition : cuivre 30 0/0, soufre 30 0/0, fer -40 0/0). Ces plaques, qui constituent les anodes , sont donc obtenues directement après la fusion des minerais coulés dans des moules en fonte, pour leur donner les dimensions de 0,80x0,80x0,03.

Pour relier ces anodes aux conducteurs du courant, on plonge, dans la matte encore liquide une petite bandelette de cuivre souple, suffisamment longue et de 2 centimètres de largeur ; celle-ci, restant attachée solidement lors du refroidissement de la matte, assure de la sorte un bon contact.

On emploie pour cathodes des plaques de cuivre rouge très minces, dont les dimensions sont de 0,70x0,70x0,0003. Afin d’empêcher leur contact avec les anodes, on les encadre dans deux montants en bois et on les suspend à une règle également en bois au moyen de deux bandelettes de cuivre comme celles employées pour les anodes. Dès qu’une certaine quantité de dépôt s’est formée, on les ôte des deux montants provisoires, chaque plaque acquérant alors une raideur suffisante pour lui permettre de rester suspendue, sans danger de contact avec les plaques de minerais.

Les bacs électrolytiques sont en bois, revêtus de plomb sans soudure ; ils mesurent 2 mètres de longueur, 0 m. 90 de largeur et 1 mètre de hauteur. Chaque bac contient 15 plaques de minerais et 16 plaques de cuivre qui sont reliées respectivement

CUIVRE POUR LA GRAVURE

aux conducteurs qui longent les bords supérieurs. Il faut 12 de ces bacs pour précipiter 100 kilos de cuivre par jour. Chaque batterie de 12 bacs est actionnée par une dynamo de Siemens (type 618) à électro-aimants, excitée en dérivation pour éviter, comme on le sait, les renversements de polarité. Ces machines donnent un courant de 10 à 15 volts et 250 ampères. Deux conducteurs en cuivre rouge, de 2 centimètres de diamètre, partent des pôles de la dynamo et vont longer respectivement les deux bords des bacs, dans le sens de leur longueur. A ces conducteurs sont attachées, selon leur polarité, les bandelettes des mattes ou bien des plaques de cuivre, au moyen de petites spirales en cuivre tendues par des vis spéciales, pour assurer un bon contact. Comme les 12 bacs sont disposés en deux séries de six, un seul conducteur sert à relier à la fois les anodes dans un bac et les cathodes dans l’autre, c’est-à-dire que les 12 bacs sont reliés en tension ou en quantité. En outre, les bacs sont disposés en cascade par séries de six, c’est-à-dire en partant du premier de chaque série qui est mise à une hauteur convenable ; les cinq autres ont une chute de 0m15 environ. On obtient ainsi une bonne circulation de liquide qui aide beaucoup l’électrolyse. Une pompe centrifuge remonte le liquide du dernier bac dans le premier. Le liquide est une solution de sulfate de cuivre renfermant 4 pour 100 de cuivre : on le prépare en grillant le sulfure de cuivre à l’air, puis lessivant la masse avec de l’eau.

Le minimum de production du cuivre par le procédé Marchese est de 20 kilogrammes par chevalvapeur et par 24 heures.

Page 1