GHA VI HE AL BURIN
Pour obtenir un dépôt uniforme de cuivre pur, il faut :
1° Maintenir au bain son acidité normale en ajoutant de l'acide libre lorsqu’il devient neutre ;
2" Maintenir au bain sa quantité normale de cuivre en ajoutant du sulfate de cuivre s’il y a lieu ;
0° Faire circuler le liquide dans le bain.
Les planches de cuivre ainsi obtenues sont unies ; il ne reste plus qu’à les polir et les brunir pour qu’elles puissent servir aux usages de la gravure. Le cuivre électrolytique renferme 99,935 pour 100 de cuivre pur.
Opérations préparatoires. — On commence par recouvrir la plaque avec du vernis au pinceau composé comme suit:
Essence de térébenthine. . .
Cire vierge .
Mastic .
Asphalte .
Noir de fnmce .
On peut aussi employer le vernis au tampon, comme nous l’indiquerons à propos de la gravure à l’eau-forte, puis enfumer la plaque.
Le tracé du dessin peut se faire de plusieurs manières, suivant que le graveur dessine d’après ses conceptions ou d'après un original.
1° Lorsque le peintre graveur fait un dessin original, d’après sa propre initiative, et qu’il importe peu qu’à l’impression le sujet soit représenté en sens inverse, il trace, avec la pointe, de manière à attaquer
légèrement le cuivre, les premières tailles de la gravure. Lorsque le sujet doit être représenté dans son vrai sens à l’impression, l’artiste dessine alors en sens inverse, ce qui est plus difficile et demande une plus grande habileté et une grande expérience. Pour juger de l’effet du dessin dans son véritable sens, on le reflète dans une glace.
2° Lorsqu’on possède un dessin à reproduire et qu’il peut être représenté sans inconvénient en sens inverse, on le frottera bien uniformément, par derrière, avec de la sanguine pulvérisée ou de la craie en poudre fine, que l’on étendra avec un linge fin. On posera le dessin sur le cuivre, on le fixera par des boules de cire molle de manière qu’il ne puisse subir aucun dérangement, et l’on passera sur les tailles essentielles une pointe d’acier ou d’ivoire ronde, sans trop appuyer. On enlèvera le dessin, et partout où on aura passé la pointe, le vernis sera marqué en rouge. On y passera la pointe aiguë, de façon à entamer le vernis et légèrement le cuivre.
Si l’original que l’on possède ne doit pas être abîmé, on interpose entre le dessin et le cuivre une feuille de papier mince enduite de sanguine ou bien de craie.
3° Lorsqu’on doit reproduire un dessin dans le même sens qu’il a sur l’original, on le décalque sur du papier transparent avec de l’encre de Chine, on frotte le calque avec de la sanguine, on le retourne et on l’applique sur le cuivre. On passe sur tous les traits du dessin une pointe d’ivoire. On peut aussi décalquer en se servant à la place d’encre de Chine, de sanguine délayée dans de l’eau ; on retourne le calque sur le cuivre et l’on passe dessus un rouleau
GRAVURE AU BURIN
de caoutchouc pour faire adhérer toutes les parties de sanguine au vernis.
Enfin, nous avons vu employer le procédé suivant: le sujet est décalqué avec de l’encre polychrome composée ainsi :
Encre violette.
Eau . 100 gram.
Alcool . 20 —
Violet de Paris . 15 —
Encre rouge.
Eau . 100 gram.
Alcool . 10 —
Rhodamine. / . 1 —
On retourne le calque et on l’applique sur le cuivre, on passe le rouleau, et le dessin se reporte sur la surface du vernis. On peut aussi dessiner avec cette encre le dessin à exécuter, sur un morceau de papier glacé, le retourner et le reporter sur le cuivre.
Le dessin étant reporté à la surface de la planche, on la raie avec la pointe en suivant tous les traits. La pointe ne laisse, à la surface du cuivre, qu’une légère trace qui se perdra d’elle-même dans la suite du travail. Ceci fait, on dévernit la planche en la lavant dans un liquide composé de :
Essence de térébenthine . 100 gram.
Benzine . 100 —
Pétroline . 50 —
comme nous l’expliquerons à propos de la gravure à l’eau-forte ; on l’essuie avec un chiffon, on la lave encore avec de l’eau contenant du carbonate de potasse en dissolution (4 0/0 de potasse d’Amérique),
et finalement on l’essuie à sec. Le dessin apparaît à sa surface sous forme d’un tracé très léger qui servira de guide au graveur pour manœuvrer son burin.
Aux moyens que nous venons d’indiquer, nous devons encore ajouter ceux que l’on emploie pour tracer directement le dessin sur le cuivre à l’aide d’une encre spéciale et ceux dont on fait usage pour photographier la gravure à reproduire directement sur la planche.
Pour dessiner sur le cuivre on emploie l’une des deux encres suivantes :
Encre noire.
Eau. . . . 100 gram.
Sulfure de sodium . 10 —
Gomme arabique . 10 —
Noir de fumée . 5 —
Encre blanche.
Eau . 100 gram.
Bichlorure de mercure. ...... 10 —
Dextrine . 5 —
Pour photographier un dessin sur une plaque de cuivre, sans recouvrir celle-ci d’aucun ingrédient qui nuirait à la manœuvre du burin, on commence par l’argenter en frottant sa surface avec une solution moyennement étendue de cyanure d’argent. On expose ensuite la surface argèntée à la vapeur de brome contenu dans une cuvette plate. Lorsqu’elle est devenue d’une couleur jaune uniforme, on la place dans le châssis à exposer, derrière un négatif sur verre et on l’expose au soleil pendant un quart
GKAVUltE AU BL'KLN
d’heure ou vingt minutes. On retire la plaque du châssis, on l’expose aux vapeurs de mercure qui se dégagent d’un hain chautl'é par une lampe à alcool ; lorsque l’image est bien apparente, on plonge la plaque dans un bain d’hyposulfite de soude et on la lave à grande eau.
Plus simplement, on reportera une épreuve phototypique au moyen du papier de report.
Gravure. — Pour graver, le burin est appuyé contre le creux de la main ou plutôt contre la partie intérieure de la main qui touche le petit doigt quand on le ferme sans effort. Le pouce et le doigt du milieu pressent et contiennent la lame du burin dont le doigt index couvre le dos. L’instrument peut être couché sur la planche, sans qu’aucun des doigts ne se trouve entre lui et la planche. La ligure 10 mon-
tre comment on tient le burin. Le burin doit être conduit le plus parallèlement possible au cuivre et l’on doit le pousser avec le bras droit, comme un rabot. On coupe le métal pour creuser des traits que l’on nomme tailles. La gravure pouvant être regardée comme une manière de peindre ou de dessiner avec des hachures, la meilleure manière et la plus naturelle de diriger les tailles, est d’imiter les touches du pinceau, si c’est un tableau que l’on copie ; si c’est un dessin, il faut les diriger dans le sens dont on hacherait si on le copiait au crayon. Ceci est pour la première taille ; à l’égard de la seconde, il faut la passer par-dessus, de manière qu’elle accuse bien les formes, conjointement avec la première et par son secours, fortifier les ombres et en arrêter les bords d’une manière un peu méplate, c’est-à-dire un peu tranchée et sans adoucissement.
Les tailles, plus ou moins profondes, plus ou moins serrées, plus ou moins multipliées, dirigées de différentes façons, donnent des teintes et des demi-teintes plus ou moins vigoureuses, dont l’ensemble constitue la gravure.
Les tailles doivent toujours être coupées nettement. De chaque côté du trait, il se forme un petit rebord saillant ou rebarbe que l’on enlève en passant le grattoir sur la planche ; on doit prendre grand soin de ne pas la rayer.
11 faut donc commencer par s’exercer beaucoup à couper des traits droits et courbes, bien nourris, d’une égale force dans toute leur longueur, nets, sans égratignures ni reprises.
Pour agir avec plus de facilité, on peut poser la planche sur le coussinet, dont nous avons parlé à
GRAVURE AU BURIN
l’article des outils du graveur, et la tourner alors dans tous les sens, selon que la direction des tailles le demande.
« 11 y a des artistes qui montrent une grande facilité de burin, les autres ont une manière fatiguée ; on en voit qui affectent de croiser leurs tailles fort en losange, et d’autres les font toutes carrées. Ces manières faciles dont j’entends parler sont celles de GolziuS, Muller, Lucas, Kilian, Mellan, et quelques autres qui semblent, en plusieurs cas, ne s’être attachés qu’à faire voir, par un tournoiement de tailles, qu’ils étaient maîtres de leurs burins, sans se mettre en peine de la justesse des contours, des expressions, ni de l’effet du clair-obscur qui se trouve dans les dessins et les tableaux que l’on veut représenter.
« Celles que je trouve fatiguées, le sont par une infinité de traits et de points confondus les uns dans les autres et sans aucun ordre qui ressemblent plutôt à un dessin qu’à de la gravure » (Bosse).
Pour bien conduire les tailles, on doit observer attentivement l’action des figures et de leurs parties avec leur rondeur, comprendre bien comment elles avancent ou reculent à nos yeux, et conduire le burin suivant les hauteurs et cavités des muscles ou des plis. On élargit les tailles sur les jours, on les resserre dans les ombres et aussi à l’extrémité des contours, et l’on allège la main de manière que ces contours soient bien déterminés, sans cependant être tranchés durement et d’une manière désagréable à l’œil. On peut consulter, comme modèle, dans ce genre, les gravures d’Edelinck
Les tailles doivent toujours être coupées naturellement, ne pas former de tournoiements bizarres,
qui tiennent plus du caprice que de la raison ; mais elles doivent encore moins avoir une raideur désagréable et froide.
Fig. 19. — 3» phase. Fig. 20. — 4e phase.
Pour les cheveux, la barbe, les poils, on doit commencer par graver les contours des plus fortes masses, ébaucher les ombres principales, laisser de
GRAVURE AU BURIN
grands jours, et terminer ensuite avec des tailles fines et déliées qui doivent établir de l’union entre toutes les parties.
S’il faut rentrer dans les tailles, ce qu’on ne peut éviter de faire en beaucoup d’endroits, et particulièrement dans les ombres, si l’on veut bien rendre l’effet d’un tableau dans sa force et dans l’harmonie de ses tons, on les rentrera dans un sens contraire à celui dans lequel elles ont été coupées d’abord, et avec un burin plus losange : cela contribue beaucoup à donner du brillant et de la netteté au travail.
Le burin, en coupant le cuivre, laisse de chaque côté du trait un petit rebord saillant que l’on nomme rebarbe , et qu’il faut enlever en passant dessus l’un des côtés tranchants de l’instrument appelé ébarboir (fig. 9, page 26), en observant bien de ne point faire de raies sur la planche ; on frotte ensuite son travail avec le tampon de feutre un peu graissé d’huile d’olive, ce qui noircit suffisamment les tailles pour les faire parfaitement apercevoir.
Nous représentons dans les ligures 17, 18, 19 et 20 les différentes phases de la gravure au burin.
Le maniement du burin est un métier qui ne s’apprend qu'avec beaucoup de pratique, mais la manière dont on s’en sert, pour représenter les sujets à reproduire, est un art qui ne s’acquiert qu’avec beaucoup d’expérience et d’habileté.
Nous empruntons l’article suivant à un excellent travail de M. Levesque, qui a résumé les principales règles de l’art de la gravure, d’après ses profondes études sur les anciens maîtres, qui sont toujours les véritables modèles.
THÉORIE DE L'ART